‹ Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologie (volume 2)Chapitre 99 sur 212 · MÉDICATION SPÉCIFIQUE · texte numérisé non relu

MÉDICATION SPÉCIFIQUE

Les drastiques comprennent le nerprun, l'aloès, qui agit surtout sur le f^ros intestin, et qui forme la base de toutes les pilules purgatives dont la formule est tenue secrète, le jalap , la gomme-gutte, la scammonée , la coloquinte, le colchique, l'huile de croton tiglium, l'huile d'épurge, etc.

Tous ces agents de la médication évacuante s'administrent généralement par la bouche; mais dans quelques circonstances, lorsqu'une purgation rend très-malade, on peut essayer de la remplacer par des lavements purgatifs, avec le sel gris, le séné, etc. Ce moyen ne remplace Vautre que pour évacuer l'intestin, car il est évident qu'il ne saurait avoir sur l'économie l'action d'une énergique purgation.

La médication purgative est très-usitée, trop peut-être, car on l'emploie sans discernement et souvent sans aucune nécessité. C'est un tort. Elle ne doit être conseillée que d'après une indication précise, dans la constipation, dans les embarras gastriques et intestinaux, dans les obstacles au cours des matières, dans les cas d'entozoaires, dans la fièvre typhoïde, dans les hydropisies à titre de révulsif, dans les maladies de la peau, etc., etc.

il" ^Médication spécifique.

La médication spécifique est ainsi nommée parce qu'elle met en œuvre des médicaments doués de la faculté de guérir spécialement une maladie. La raison n'est pas son guide, et elle ne relève que de l'empirisme. On apprend qu'une substance possède des qualités occultes neutralisantes de tel ou tel état morbide, et on la met en usage en suivant des règles que l'expérience a consacrées. De même que la spéciticité morbide représente la nature propre el les qualités occultes des maladies, de même aussi la spécificité d'un médicament indique ses vertus spéciales. C'est un effet direct et mystérieux qu'il nous faut admirer sans pouvoir le comprendre.

Il y a, comme je l'ai dit dans le chapitre consacré à la spécificité en général, des spécifiques d'organes qui montrent par leurs effets la possibilité des spécifiques curatifs. L'action de l'alcool sur le cerveau, du me rcure sur les gencives et sur les glandes salivaires, du plomb sur les muscles extenseurs des doigts, du phosphore sur les os maxillaires, de l'iode sur les glandes et sur la muqueuse pituitaire, de l'aloès sur le rectum, de la belladone sur la pupille, de la strychnine sur les mouvements volontaires, de la digitale sur le cœur, du seigle ergoté sur l'utérus, etc., etc., serf de preuves à l'existence d'une spécificité d'action des remèdes sur un organe de préférence à un autre. Mais,

si un médicament peut exalter ou abolir, en totalité ou en partie, les fonctions d'un organe, comment lui refuser une vertu spécifique contre certaines de ses altérations morbides? Cela est impossible. De la spécilîcité organique à la spécificité curative il n'y a qu'un pas, et, bien que l'une ne conduise pas inévitablement l'autre, elles sont difficiles à séparer et s'éclairent réciproquement.

La médication spécifique a donc pour but d'appliquer à une maladie le remède occulte que l'expérience a démontré prévaloir sur elle. Ses moyens sont les 5/jec/"/if/w^s tirés de tous les règnes de la nature. Elle oppose le quinquina et ses préparations à la fièvre intermittente et pernicieuse, aux fièvres rémittentes effluviques et aux fièvres larvées, aux névralgies périodiques et à toutes les maladies dont le principal caractère est V intermittence. Elle adresse l'ammoniaque à l'ivresse, c'est-à-dire à l'alcoolisme aigu; la belladone aux impressions morbifiques émanées d'un foyer de scarlatine épidémique afin de préserver ceux qui n'ont pas encore été atteints, le soufre comme prophylactique de la rougeole, etc. Elle utilise la vératrine et le sulfate de quinine à haute dose dans le rhumatisme articulaire aigu, qui guérit très-rapidement sous leur influence. C'est enfin à elle qu'il faut rapporter l'emploi, à titre de spécifiques, de l'iode dans la scrofule et les scrofulides, du mercure et de l'iodure de potassium dans le syphilisme et ses manifestations, du fer dans la chlorose, du tartrate d'antimoine et de potasse dans la pneumonie aiguë, de l'ergot de seigle dans les hémorrhagies de l'utérus, du vaccin contre la prédisposition à la variole, du semen-contra contre les ascarides; del'écorce de grenadier, delà fougère mâle et du kousso contre le taenia, etc., etc.

Je voudrais pouvoir dire que chaque maladie a son spécifique ; malheureusement il n'en est pas ainsi, et le jour de la réalisation de mes désirs est encore bien éloigné. Cependant ce que la science a su conquérir jusqu'ici permet de penser qu'elle pourra dérober de nouveaux secrets à la nature. Déjà il est question d'un spécifique de la fièvre jaune trouvé dans le venin de la vipère préparé par M. de Humboldt neveu; puisse cette espérance ne pas être déçue et de nouveaux spécifiques accroître encore la considération et l'honneur de la science la plus utile aux besoins de l'humanité 1

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