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DE LA MALADIE EN GÉNÉRAL

détériorés, soit comme puissance pouvant se déranger de son équiiilore stable pour y revenir ultérienrenicnt d'elle-même en vertu de ses attributs particuliers. Ce n'est pas qu'on suppose ni qu'on doive supposer que toujours cette puissance se dénature elle-même et constitue à elle seule toute la maladie; non, mais ou pense qu'en se modifiant sous l'influence des impressions morbifiques, elle produit et engendre les désordres d'où naîtra la maladie. Les solides et les liquides reçoivent une impulsion contre nature du principe vital perverti, et des altérations matérielles, physiques ou chimiques, évidemment secondaires, se produisent au sein de l'économie.

C'est bien là la pensée d'Hippocrate (1) exprimant la maladie comme un effort de la nature, dont le but est de ramener à l'état normal les actes de l'économie dérangés de leur marche régulière. C'est en quelque sorte uue réaction du principe conservateur de l'organisme contre le mal, et c'est cette réaction qui, dans ses phénomènes, constitue la maladie.

La même idée se retrouve, en d'autres termes, dans les définitions suivantes, devenues célèbres par les noms de leurs auteurs ou par l'excentricité de leur conception.

La maladie est primitivement et immédiatement, dès son début, le résultat des désordres de l'archée (van Helmout).

La maladie est un effort de l'âme pour rétablir l'équilibre des actions normales et pour expulser les puissances nuisibles (Stahl).

La maladie est une simple lésion des fonctions du corps vivant (Sylvius de le Boë).

La maladie est un effort de la nature en faveur des malades pour la destruction complète de la matière morbifique (Sydenham) (2).

La maladie est un exercice pénible, difficile ou irrégulier d'une ou de plusieurs fonctions (Brown).

La maladie est un acte particulier de l'organisation qui, par une opération •nouvelle, remplace ses opérations ordinaires, troublées par des circonstances insolites (Reil) (3).

La maladie est une réaction du principe vital intérieur contre les causes qui nuisent au corps (Sauvages) [h).

La maladie est une fonction destinée à réagir contre les causes de trouble et de destruction du corps vivant (Cayol) (5).

La maladie est une lésion de l'innervation produisant des lésions organiques sccondau-es (Dubois d'Amiens) (6).

. Nature, âme, archée, eflbrt intérieur d'une puissance conservatrice, principe

(1) Hippocrate, Œuvres com]Mles, trad. Littré. l>aris, I8/4O.

(2) Sydeararn 06.er.a«ionc. modicœ circa morUor ùm aculorum kutonam cl curalionem. I.orulini, 1GG6.

(3) Reil, Entwurf cincr allgcmeinen Pathologie. Halle, 1815 t I

(û) Sauvages A^o,o(o^„:e méthodique, Irad. par Nicolas. Paris,'l771, introduction. (0) Uyol, Cltmque médicale. Paris, 1833.

(6) Dubois (d'Amiens), Pathologie générale. Paris, 1837, t. 1, p. 21.

2/i PATiTor,or,iF. générale.

vital ! qu'imporlent ces mois; vieillis par le temps et abandonnés des générations nouvelles tour à tour emportées vers des mots nouveaux d'une signification semblable ? n'expriment-ils pas la mGme chose au fond, malgré leur apparente diversité ? N'est-ce pas, quand on les invoque pour l'explication des maladies, admettre au-dessus et en dehors de la matière des corps vivants, une puissance insaisissable et inconnue, mais préexistante, qui les régit, les entretient, les transforme, les conserve, et tend à les ramener à leur disposition naturelle s'ils s'en éloignent par la maladie ? Sans doute ; et, sans méconnaître les nuances secondaires qui séparent les défmitions précitées, je dis que, inspirées par le même esprit, elles forment une opposition formelle aux doctrines de la localisation matérielle des maladies dont je vais parler.

La matérialisation de la maladie et sa localisation systématique dans un tissu ou dans un organe ne datent pas d'aujourd'hui ; elles sont aussi anciennes que la médecine, car vis-à-vis du naturisme hippocratique s'étaient élevés le solidisme et l'humorisme des élèves dissidents. Nous retrouvons là l'opposition et les contrastes déjà établis dans les doctrines philosophiques de l'antiquité et poursuivis dans tous les âges jusqu'aux temps où nous sommes.

Ainsi, pour Asclépiade, la maladie est urx état contre nature produit par le mouvement irrégulier des atomes.

La maladie est l'état de tension, de resserrement ou de relâchement des fibres du corps humain (Thémison).

La maladie est une affection du corps qui en trouble les fonctions, dit le célèbre Galien ; mais, pour lui, si le point de départ de la maladie est la lésion de la structure, il n'y a maladie qu'au moment où arrive la lésion d'action. Galien faisait déjà de son temps comme au nôtre, il supposait, sans la connaître ni pouvoir la montrer, une modification de structure, c'est-à-dire une affection du corps, là où il y avait lésion d'action, et il n'admettait de maladie que là où se trouvait celte modification d'action, bien qu'il eût précédemment déclaré que la maladie était une affection du corps. C'est là une contradiction qu'il est unpossible de ne pas remarquer.

La maladie est un trouble considérable dans la proportion et l'ordre des mouvements des solides et des liquides, l'accélération ou le retard de ces mouvemcnls dans tout le corps ou dans quelqu'une de ses parties (F. Hoffmann) (1).

La maladie esl une altération du corps qui en trouble les fonctions vitales, naturelles et animales (Boerhaave) (2).

La maladie est une altération du sang, des humeurs ou des esprits, susceptible de produire l'altération des solides du corps humain (Fernel).

La maladie est un changement de l'état matériel du corps de l'homme (Bulîalini).

Cette manière d'envisager la maladie a le tort de supposer partout, chez les malades, l'existence d'une modification de structure qu'on ne peut toujours dé-

(1) Hofrmann, Deverœ palhologiœ fundwmntis . Halle, 1719, pars I, cap. n.

(2) Boerliaave, Apliorisini de cognoseendis et curandis morbis. Leyde, 1709.

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