‹ Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologieChapitre 11 sur 439 · DK LA MALADIE EN GÉN15RAL · texte numérisé non relu

DK LA MALADIE EN GÉN15RAL

couvrir et dont il est absolument impossible, en beaucoup de cas, de démontrer la réalité. — Solidistes et humoristes, isolés ou réunis, ont échoué dans cette tâche ingrate, car il existe une foule de maladies que le trouble des solides et des liq^uides ne peut expliquer. Toutes les maladies dynamiques sont dans ce cas.

Dans une troisième catégorie se trouvent les définitions de la maladie qui reposent sur l'idée oi'gano-vitaliste destinée h concilier les opinions opposées trop exclusives des vitalistes et des organiciens, et qui oblige les médecins à ne pas séparer les éléments dynamiques des éléments matériels de l'organisation,

La maladie est un état du corps vivant dans lequel il ne peut exercer, suivant les lois de la santé, les actes qui lui sont propres (Gaubiusj.

La maladie est une altération notable survenue, soit dans les dispositions matérielles des solides ou des liquides, soit dans l'exercice d'une ou plusieurs fonctions (Ghomel).

La maladie est une altération des parties constituantes du corps et des actes qui doivent s'y accomplir (Andral).

J'en ai dit assez sur les définitions de la maladie, pour montrer les différents points de vue de la médecine ancienne et moderne sur la manière de comprendre et d'envisager la maladie en général et d'une façon applicable à tous les désordres dont l'organisation peut devenir le théâtre. — Les uns^ guidés par la raison et l'observation, ont cherché à pénétrer dans la profondeur du mystère qui préside au développement et à la destruction de l'homme, pour découvrir la nature de la maladie. Au risque de tomber dans l'erreur, ils se sont élevés par la pensée dans le domaine des lois qui gouvernent le monde, pour reconnaître celles qui nous régissent, et ils n'ont pas eu à s'en plaindre, dédommagés qu'ils furent par la découverte de ce naturisme hippocratique si vivement attaqué, mais si vivace, qu'il est arrivé jusqu'à nous, indestructible et immortel comme le nom de son auteur. — Les autres, incertains du rôle de la raison dans les sciences, effrayés de ses écarts, et dévoués à la philosophie des sens, qu'ils croient plus certaine et qu'ils nomment pour cette raison positive, se croient plus circonspects, plus sages, en n'étudiant que les phénomènes apparents et tangibles des choses, comme si ce qu'on voit pouvait être accepté pour ce qui est, ou la cause de ce qui est, et comme si, dans la nature vivante, les phénomènes apparents n'étaient pas l'effet de cette puissance vivante, créatrice et motrice h la fois des éléments qu'elle dirige selon des lois spéciales préexistantes. Ils n'acceptent, en conséquence, comme utiles à considérer dans les maladies, que les phénomènes apparents et tangibles, c'est-à-dire les lésions matérielles solides ou liquides, et pour eux la maladie n'est pas autre chose que ces lésions. Étrange erreur dont le temps fait justice aussitôt qu'elle arrive au grand jour de la publicité, et qui, néanmoins, trouve toujours quelques partisans.

Il faut préférer de beaucoup la doctrine de ceux qui, dans un double but de conciliation et d'amour de la vérité, ont su tenir compte des facultés de la vie, des propriétés de la matière vivante et de la matière brute. Ceux-là seuls ont pu dégager la notion de la maladie de ce qu'elle a d'exclusif <piand on la considère, soit comme le désordre d'un pur esprit, soit, au contraire, comme la modifica-

tion de la matière organisée. En effet, ces dernières opinions insoutenables dans leur expression absolue, représentent par leur fusion quelque chose d'assez réel et d'assez vivant dans la création pour que l'esprit puisse le découvrir et l'étudier. Qu'est-ce donc que la maladie ?

C est une altération du principe de la vie avec ou sans lésion de ses organes ou de lew's fonctions.

Quand l'agent séminal situé dans toute la substance du corps est altéré de façon à en modifier la nutrition et à préparer une lésion matérielle, c'est une nialadie.

Quand un organe est altéré dans sa structure ou dans sa composition, c'e.st encore une maladie.

N'est-ce pas une maladie enfin que le trouble fonctionnel dont on ne connaît pas encore la cause organique?

Ce qui la caractérise, quoi qu'on ait dit, c'est le trouble partiel ou général, évident ou caché, qui se produit dans l'exercice des fonctions. Rien ne me paraît mieux établi, et les arguments contradictoires de MM. Chomel (1), Béhier et Hardy (2), qui ne considèrent pas comme maladie les troubles fonctionnels et les malaises quelquefois très-douloureux observés chez les femmes à l'époque menstruelle ou dans l'accouchement, le trouble qui résulte des émotions morales violentes, de l'affaiblissement sénile des fonctions génitales, de la privation d un œil ou d'un membre, d'une douleur névralgique passagère, me paraissent sans importance. Tous ces troubles de fonctions sont des maladies. La fonction menstruelle ne doit pas être douloureuse, et les malaises qui l'accompagnent constituent une maladie forte ou faible qui s'appelle dysménorrhée. Les troubles qui suivent l'accouchement sont la conséquence d'une réparation organique de l'utérus et de ses annexes, et, à en juger par la suppuration utérine, il me paraît difficile de ne pas y voir une maladie d'un genre particulier. La perte d'un œil est une maladie ou une infirmilé de la vision, aussi bien que la perte d'un membre gangrené ou amputé est une maladie du système locomoteur. Quant à soutenir magistralement que l'infirmité qui résulte du trouble des fonctions motrices aprèfi l'amputation des quatre membres n'est point une maladie, ce n'est pas un argument sérieux. En effet, s'il est difficile de démontrer la maladie dans un membre qui n'existe plus et dont la décomposition a fait disparaître les traces, il ne l'est pas moins d'établir qu'il existe un trouble des fonctions dans un organe absent. Or, c'est le cas d'un borgne ou d'un malheureux amputé. Il est bien évident qu'il ne peut y avoir trouble des fonctions motrices du membre coupé, puisqu'il y a suppression de la fonction et de l'organe destiné à la remplir. C'était une maladie dans le passé, mais ce n'est rien dans le présent qu'une mutilation, et par suite une infirmilé.

L'affaiblissement des organes génitaux dons la vieillesse est, dit-on, un trouble de fonction sans Ctre une maladie. Noti, sans doute, ce n'est pas une maladie.

(1) Chomel, Pathologie (/endmJe. Paris, 1863, p. W.

(2) Béhier et Hardy, Pathologie interne. Paris, 1858, t. I.

Page 1