DE LA MALADIE EN GÉNÉRAL
mais ce n'est pas non plus un trouble de fonctions. Il ne saurait y avoir trouble dans l'accomplissement régulier d'une loi de la nature. Or, la force générale dure de quinze à soixante ans ou h peu près; elle se développe et disparaît par degrés; qu'y a-t-il de surprenant à voir celte fonction disparaître dans la vieillesse, et pourquoi dire à tort que c'est là un trouble de fonctions, quand c'est une extinction de fonctions commandée par les lois delà nature? Trouble signifie désordre. Au contraire, ici c'est l'ordre naturel qui s'exécute, et il n'en peut être autrement.
En considérant la maladie comme un trouble de fonctions, il faut comprendre qu'il s'agit des fonctions telles qu'elles sont établies par le Créateur avec les instruments complets de ces fonctions. Mais, si l'on exige d'un enfant une puberté précoce, d'un vieillard une faculté prolifique tardive, et d'un manchot le mouvement, alors vous vous placez dans un monde difforme qui n'est pas celui qui nous entoure, et ce qu'on peut dire de la maladie dans le monde naturel ne saurait s'appliquer au monde factice, difforme et mutilé de quelques savants.
Ceux qui n'acceptent pas qu'nn trouble de fonctions soit une maladie disent qu'elle peut exister sans trouble fonctionnel. Ils citent les lésions organiques latentes, telles que les tubercules, certains cancers, les entozoaires viscéraux, les hernies, les anévrysmes'qui ne dérangent pas la santé, etc., autant d'erreurs qu'il suffit de signaler pour les faire comprendre. — Est-ce qu'un tubercule, un cancer, un cysticerque, une hernie ou un anévrysme, se développent sans jamais troubler, au moins dans un voisinage circonscrit, la texture naturelle des parties, leur circulation locale, leur nutrition moléculaire ? Est-ce que les tubercules et les cancers ne produisent pas autour d'eux des vaisseaux nouveaux dont l'existence est anatomiquement démontrée ? Est-ce qu'un anévrysme ne trouble pas les fonctions de l'artère sûr laquelle il se développe, avant d'agir sur la .santé générale? Mais ce sont là autant de troubles fonctionnels, locaux, isolés, peu apparents, peut-être encore limités autour de la lésion, mais impossible à révoquer en doute. De ce qu'ils u'excitent pas de douleurs et n'altèrent pas violemment la santé, ils n'eh sont pas moins des troubles fonctionnels, et, dans leur faiblesse comme dans leur force, ils établissent qu'une lésion de texture ou un déplacement organique ne peuvent exister sans trouble fonctionnel du tissu ou de l'appareil intéressé.
La maladie est donc une altération du principe de la vie avec ou sans lésion de ses organes ou de leurs fonctions.
Il n y a pas de maladie sans un trouble fonctionnel, visible ou caché, local ou général, et partout oii elle se développe les fonctions se troublent, dans le tissu, dans l'organe, dans l'appareil ou dans le système alîecté; ce trouble n'est d'ailleurs qu'un effet, car, si l'ordre des fonctions résulte du libre exercice de l'agent vital et des organes qui en sont les instruments, leur désordre est la conséquence de l'altération de cet agent de ces mêmes instruments. Comme on comprend la santé on doit comprendre la maladie. Les causes de la iircnuùre donnent l'idée des causes de la seconde, et je montrerai un peu plus loin comment elles s'éclairent mutuellement les unes par les autres.
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Je viens de dire qu'il n'élait pas de maladie sans un désordre primitif du régulateur des mouvements vitaux organiques, c'est-à-dire de l'agent vital, et il est impossible de comprendre son développement sans faire la part de cette modification première en vertu de laquelle les fonctions de circulation, d'absorption, d'exhalation, de sentiment du tissu affecté, en même temps que sa texture intime, se troublent d'une manière plus ou moins apparente. Cette modification, trop oubliée, n'est autre que celle du principe de la vie, manifeste dans sa réaction par l'intermédiaire de V impressi/jilité elùehsQnsMiké variable des tissus. Supprimer ce terme, c'est décapiter la pathologie, et il ne reste plus à étudier en médecine que les états organopalhiques, matériellement aj)préciables pour les sens et indépendants des causes qui les engendrent. Une phlegmasie se développe; elle est la réaction de l'impressibilité d'un organe contre une influence morbide quelconque. Que se passe-t-il ? Les fonctions de circulation se troublent, la nutrition se modifie, la texture s'altère, et l'état phlegmasique est constitué. Qui ne voit dans cette lésion organique l'effet matériel d'une altération première de l'agent qui préside au développement et au maintien des formes du corps vivant ? Il en est partout de même, et il suffit d'un peu de réflexion pour s'en convaincre. On peut donc inscrire au frontispice de la pathologie ces deux aphorismes :
Toutes les maladies ne sont que des impressions transformées.
Ou bien :
Nulle lésion ne se produit sans un trouble préalable de l'hwpressibilité.
Un grand nombre de personnes regardent la maladie, vocoç, et Vàffection, ■KaQoi, comme deux expressions synonymes. C'est un tort, et bien que, dans le langage usuel, tout semble autoriser à établir cette confusion, il nous est impossible d'y accéder. Pourquoi dénaturer le sens de deux mots dont la signiûcation est différente, et qui ont été employés par l'antiquité et par une partie des médecins modernes pour exprimer des idées différentes ?
La maladie, -jiao^, est l'état particulier du corps troublé dans une partie ou dans l'ensemble de ses fonctions.
L'affection, TraGo?, est au contraire un terme d'une signilication inffnimeni plus générale et plus vague, exprimant à la fois une souffrance vague, indéterminée, une viciaiion générale de l'économie, plus qu'une altération circonscrite et déterminée.
Je crois qu'il est utile de conserver ces distinctions nominales, conformes h la tradition du passé, et qui ne sont pas sans importance pour nous guider dans la lecture des maîtres qui ont fondé la science. Si l'on vent juger par exemple de l'utilité de cette distinction, je dirai : La pneumonie, l'apoplexie, la péritonite, etc., sont des maladies; la scrofule, la peste, le typhus, la goutte, la syphilis, sont des affections qui se traduisent par des maladies du sang, du poumon, des glandes, etc.