MÉTHODE ANATOMIQUE
grouper les maladies, car elle rapproche ou éloigne des alVecLioiis de iiaUire dillérente, selon le hasard de la présence ou de l'absence d'un syrnplômo. Ainsi, d'après cette méthode, un vice organique évident non douloureux sera classé parmi les allcctions superficielles ou organiques; que ce vice soit caché, mais le siège des douleurs lancinantes très-vives, et il faudra le ranger dans la classe des douleurs : c'est là ce qui arrive dans'certains cas de cancers. II en est de même d'une foule d'autres états morbides. La méthode symptomatique, destinée à l'édification d'un système exclusif de nosographie, n'est pas d'une application aussi heureuse qu'elle semble devoir l'être au premier abord; elle sert à caractériser certains groupes, mais elle ne saurait, sans eUbrts et sans rapprochements forcés, les comprendre tous dans ses divisions.
§ 5. — i^létlkuile aiiatuiiiii|iio.
La méthode anatomo-iopographique, qui préside au classement des maladies en prenant pour bases les organes affectés, région par région, ne mérite pas le iiom de méthode. C'est un ordre de classement qui ne saurait prétendre à la considération du système que la raison et l'expérience ont mûri. Autant vaudrait presque l'ordre alphabétique. Qu'est-ce, en effet, que cette réunion des maladies de la tête, du cou, de la poitrine, du ventre, des membres, etc., où les affections les plus dissemblables pour leurs causes, leur nature, leurs s^m- • ptômes, se trouvent rapprochées, et où des maladies de même nature sont dispersées par le hasard de la situation aux deux extrémités du corps? Ainsi procéda Fernel, qui divisait les maladies en affections générales [morOi incertœ sedis) et affeclions spéciales siégeant : 1° dans une partie située au-dessus du diaphragme; 2° dans une partie située au-dessous de celte cloison; 3° dans les parties externes et formant les maladies chirurgicales. C'est aussi l'ordre que Lieutaud (1) a suivi et que propose Sauvages dans sa classification anatomique, ainsi constituée : 1° maladies cutanées universelles; 2° maladies cutanées partielles; 3° maladies des membres; h" maladies des sexes; i" maladies des sens; 6» maladies de la tête; 7" maladies de poitrine; 8" maladies de l'abdomen'; 9° maladies des âges. Cette méthode est enfin la base de la classification de M. J. Tourdes.
Au reste, les médecins qui ont adopté ce mode de nosographie n'ont pu l'appliquer rigoureusement à toute l'étendue de la médecine, et presque tous ils se sont vus forcés de modifier souvent l'ordre de leurs descriptions en faisan intervenir, par exemple, la considération de la nature anatomique des tissus affectés, ou même en quelques cas la nature présumée des maladies. C'est là ce qu'a fait Joseph Franck, qui, après avoir décrit les fièvres, s'occupe des autres affections morbides en les suivant de la tête aux pieds. C'est ce que Bover -, fait également (2), lorsque, après avoir débuté par les inflammations, la brûlure,
(1) Lieutaud, Précis d«/a médecine pratique. Paris, 17(jl.
(2) Boyer, Traité des maladies chirurgicales, 5= cdilion. Paris, 1843-1853.
PATHOLOOIE GÉNÉRALE.
les tumeurs, les maladies des os, etc., il arrive à décrire les aiïections chirurgicales proprement dites, en commençant par celles de la tête pour arriver à celles du ventre, après avoir suivi tout simplement l'ordre topogiaphique.
C'est l'ordre que j'ai adopté moi-même (1), par cette raison (lue, ne visant pas aux honneurs de la nosographie générale, et voulant faire un ouvrage de pratique, j'ai suivi le mode de classement qui me paraissait le plus commode, sinon le 'plus rationnel, pour exposer le résultat de mes observations. Mais, à l'exemple des auteurs que je viens de citer, je me suis bientôt vu dans rmipossibilité d'achever la classification des maladies de l'enfance d'après l'ordre topographique simple; il m'a fallu l'abandonner un instant pour traiter du rachitisme, des fièvres, de la syphilis, etc., affections générales que ne saurait comprendre une division anatomique.
La considération tirée du siège des organes et de la région affectée par les maladies ne peut donc servir de base à leur classification méthodique. Ce n'est là qu'une circonstance presque insignifiante dans le fait des maladies, dont il est peut-être bon de savoir tenir compte, car elle peut quelquefois modifier Ici symptômes ; mais on ne saurait en faire un principe de division nosographique:
§ Médioac onatoii»o-i»by8lologlciuc.
La méthode anatomo-physiologiquc, qui sert de base à la classification des maladies, mérite bien plus le nom de système que celui de méthode. Elle a nour principe de rapprocher les maladies qui se développent dans certains appareils fonctionnels et dans les tissus de môme nature. Or, comme les maladies d'u-i appareil physiologique entraînent nécessairement des troubles fonctionnels analogues, quelquefois semblables ou même communs, il en résulte qu on a l'avantage de rassembler naturellement des maladies ayant le même siège dans un appareil organique, souvent la môme cause, et peut-être aussi les mêmes symptômes. Dans les affections de l'appareil respiratoire, que de caractères pour former une classe complète et bien définie, depuis la gêne de la respiration, la toux l'expectoration, les modifications du bruit respiratoire, jusqu aux inemes influences pathogéniques à l'origine desquelles on peut souvent remonter! Dans 'appareil digestif, certains phénomènes toujours les mêmes, au nombre e a Ss près, trahissent le trouble de la nutrition et les altérations du tu e m stinal. Dan l'appareil hépatique urinaire, n'en est-il pas de même? J en d i a out autant de l'appareil cérébro-spinal, où les aflections les plus diverses P I 1 ur nature amènent cependant des troubles fonctionnels à peu près semb bles ussi nombreux que variés, et très-suffisants pour caractériser une late no og llique. Les appareils des sens, troublés par les affections les p us Séren es, ré gissent d'abord en cessant de fonctionner ou en n agissant plu tuXTi.Jlnco.r.,V^ie et irrégulière, ce qui donne encore ici un certa ;!ombre de caractères communs à différentes maladies, uniquement a cause (l)Bouclml, Traité des momies dos enfants noaveau-no9 et de la seconic enfance 5" édition. Paris, 18(37.
MÉTIIODli OUGANOl'ATIlIQUIi;.
du siège aiialoiiliqiic, cjui ciilraîiic nécessairement avec lui lu niodilicalioii de fonclion.
C'est la méiliodc que suivait jadis M. le professeur Aiidral, et qu'à son exemple je mets depuis quinze années en pratique dans mes cours de médC' ciue. (î'est celle que propose M. Dubois, d'Amiens (1). Elle est très-utile pour l'enseignement oral, parce qu'elle permet, à propos de certains phénomènes organiques ou dynamiques, lels que les inllanmiations, les liémorriiagies, les lésions de luUrilion, d'innervation, de revenir souvent sur les mêmes objeis en traitant des maladies de chaque appareil. Elle fournit ainsi l'occasion de parler à plusieurs reprises, et à des dislances assez grandes, dans la durée d'un cours, des liémorriiagies et des inllammations, par exemple, tantôt avec les maladies du poumon, tantôt avec celles de l'estomac, du cerveau, du rectum, etc. Sous ce rapport, elle est donc très-utile, car c'est un service à rendre à de jeunes auditeurs que de ramener souvent leur attention sur le môme sujet et sur les mêmes idées. Elle est moins bonne à suivre dans un ouvrage dogmatique de médecine, où il vaut mieux condenser les faits et les rapprocher d'après leur nature et leur analogie.
Quoique cette division des maladies d'après leur siège dans chaque appareil ne soit pas très-philosophique, le caractère essentiel se trouvant pris en dehors de la chose à classer, elle présente néanmoins quelque avantage et elle conduit à des résultais satisfaisants pour la pratique. Malheureusement, de même que toutes les autres méthodes nosographiques et systématiques, elle ne comprend pas dans ses divers groupes tous les états morbides observés chez l'homme, et elle laisse en dehors des classes fort imposantes, telles que les fièvres, les asphyxies, les empoisonnements, etc. , qu'on ne peut localiser dans aucun appareil. Il en résulte qu'après avoir établi avec plus ou moins de peine la plus grande partie de l'édifice nosologique d'après un principe exclusif et absolu, il faut le terminer sur un plan différent et d'après des principes qui appartiennent à une autre école et à d'autres méthodes. La nosographie anatomo-physiologique est donc, quant à présent, une chose absolument impossible.
§ «. — niclhodc oi-guiiopadifqnc.
Dans l'impossibilité où l'on se trouve de faire de la maladie telle qu'elle est constituée par les nosographes une individualité simple, comparable de tous points à d'autres individualités de même nature, pour en faire une espèce bien définie, analogue à une plante, la tige de blé, par exemple, que l'on compare à savoisme, un auteur éminent, M. Piorry, a ramené le problème nosographique h son élément le plus simple. Déclarant impossible la nosographie systématique il rejette tous les systèmes antérieurs, conserve pour la pathologie générale' comme chose utile à consulter, quelques groupes de symptômes bien définis' tels que les flux, les névroses, les hémorrhagies, les hydropisies. etc. , et n'admet
(l) Dubois (d'Amiens), Tmilo da pathologie odnéralo. Pariai, 1839.
PAlUULOGlli; GÉNÉKALi:.
plus enliii connue base de nosograpliie qne les étals putliologi(iu(!s matériels simples ou composés des organes, c'est-à-dire les états organopatliiques et les synorganopathies. .l'ai dit que c'était ramener le i)rol)lème nosograpliique à son élément le plus simple ; en ellet, ce système fait table rase des phénomènes ordinairement pris en considération pour les édifices de nosologie, et les réduit h un seul, qui est l'état organopathique. Celle méthode a cela de remarquable, qu'elle remplace par une base solide le terrain mouvant des classifications niédicales antérieures et actuelles. Cependant, par cela même qu'elle rejetlc certains éléments de la maladie pour ne tenir compte que d'un seul, elle rentre dans la classe des méthodes artificielles, et ne constitue plus qu'un système très-habilement défendu et plus ardemment attaqué, car tel est le sort de tous les systèmes : ils sont incessamment ballottés par le flot des passions envieuses ou ennemies.
Pour M. Piorry, point de nosographie ou de ciassilication des maladies; il ne peut y avoir que des descriptions ou classifications de souffrances dont les organes forment les bases.
Peu lui importe qu'on les étudie en commençant par un appareil fonctionnel ou par un autre. Il faut seulement débuter par les souffrances de l'appareil le plus important, et dans son esprit ce sont les troubles de la circulaiion et du sang qui occupent la première place. La circulation est indispensable à la vie; elle existe dans presque toutes les parties des mammifères ; elle est troublée dans presque toutes les maladies; enfin les organes, d'abord liquides avant d'être solides, se nourrissent par des matériaux hquides ou tenus en suspension dans les liquides. En conséquence, M. Piorry débute par l'étude des altérations du san<- -Vient ensuite l'étude des états organopathiques du cœur, des artères, des veines, des lymphatiques et des capillaires ; celle des affections des organes respiratoires et digestifs; celle des glandes annexées au tube ahmentaire; celle des organes génito-urinaires; celles du péritoine ; celles enfin qui ont trait aux affections des organes des sens, du cerveau, de la moelle et des nerfs, des os, des articulations et des muscles.
Dans ce système, d'après M. Piorry, les maladies générales ne sont autre chose si tant est qu'elles existent, qu'une collection nombreuse d'états organopathologiques qui se développent sous l'influence d'une cause unique. Elles ne peuvent guère consister primitivement que dans deux sortes d'altérations ou de troubles, c'est-à-dire dans des changements morbides survenus dans le sang ou dans des modifications pathologiques dont le système nerveux aura ete généralement le siège.
J'ai cité complètement les détails de cette méthode nosographique, qui leiu place entièrement les classifications modernes, et que je range sous le nom de méthode organique, en raison du principe qui lui sert de base. M. 1 .orn lu. donne avec raison le nom de méthode des organopathographies
Il est difficile de trouver une base plus solide pour étayer une doclrme me. cale, et il serait à désirer que, dans l'application, elle fût aussi sûre qu en 1 coi-ic La méthode organique de nosographie appartient, dit son auteur, a la.pluH
MÉTHODE AllXTU OU SYNCRÉTIQUE. 465
des saines doctrines ; car elle comprend dans ses développements l'immense (|uanlité des maladies dont les lusions ont été éclairées par les progrès récents de ranalomiepallioiogiqiie, et elle s'applique merveilleusement a tout ce qui est du diagnostic local. Malheureusement ce n'est pas là toute la médecine. En dehors des changements de forme, de volume, de situation des organes, des lésions organiques et des productions accidentelles de nos tissus, il y a des états morbides incontestables et non contestés, dans lesquels les recherches les plus minutieuses et les plus précises n'ont pas fait découvrir de lésion anatomique constante et caractéristique, sur lesquels le tranchant du scalpel et l'œil de l'anatomiste n'ont encore rien découvert, et qui échappent par conséquent aux chaînes de la palliographie organique. Telles sont les névroses. Sans doute il n'en sera pas toujours ainsi, et dociles à la voix du maître, elles viendront peutêtre quelque jour se ranger sous les principes de l'organopathie, si quelque savant microloguc vient leur imposer la loi générale et féconde qui explique chaque trouble dynamique par une altération matérielle des organes ou des tissus.
Tous les états morbides observés chez l'homme ne peuvent donc aujourd'hui, dans l'état imparfait de notre science, se rapporter à une lésion organique appréciable. J'en viens de citer un grand nombre et j'en po^irrais indiquer bien d'autres. Cependant ce sont là des exceptions qui deviennent chaque jour moins nombreuses et qui fmiront, je n'en doute pas, par disparaître entièrement. Jusque-là toute généralisation absolue de la nosographie organique sera impossible et me semblera dépasser les bornes de l'observation exacte pour s'élancer dans le terrain des hypothèses. Le jour où, de l'aveu de tous les observateurs, chaque phénomène morbide aura son expUcation assise sur la présence d'une lésion matérielle appréciable, ce jour-là, « beau rêve d'une réahsation impossible », dit Requin, la nosographie organique sera pour jamais fondée, et je m'en déclarerai moi-même le plus ardent défenseur. Si tard qu'on vienne au foyer de la vérité, on y trouve toujours sa place quand on s'y présente avec les intentions d'un esprit di-oit et sincère.
§ 8. — i«létlio<ic mixte ou »«yiici-étit|uc.
Les systèmes exclusifs de nosographie sont tous incomplets et ne peuvent mener qu'à l'erreur. ]1 est impossible, quant à présent, de faire une nosolo<^ie exclusivement étiologique ou entièrement symptomatiquc, ou entièrement organique. La nosographie doit, au contraire, revêtir ce triple aspect; elle doit s'Inpuyer sur une méthode mixte on syncrétique, qui permette de prendre no ubase les principaux phénomènes de la maladie, choisis d'une manière conve nable et destmés à établir les grandes coupes de la classification. C'est vrain.ent a fusion des systèmes, ou pour mieux dire, c'est la méthode naturelle appl ut a la classification des maladies, .si toutefois il peut y avoir une méthode do .! nom pour classer des choses aussi peu naturelles qui les J^^^^^ > des monstruosités ou des anomalies de la nature
La méthode syncrétique, qui ordonne, choisit, sépare cl rassemble toute, les
B. — PATHDL, GÉN. ^""«.0 itS
maladies en divers groupes établis chacun d'ai)r&s leur caractère essentiel, devait ôtre le refuge de tous les nosologistes mécontents des classifications i)roduites par les méthodes artilicielles; seulement, comme il ne saurait y avoir rien de lixc en ce genre, chaque nosograplie restant libre de choisir et de multiplier les éléments morbides qu'il veut employer pour en faire la base d'une classilicadon et comme ces éléments sont de nature très-dillérente, il en résulte nécessairement une sorte d'arbitraire dans l'application du principe nosograplnquc. Tel veut utiliser la considération des causes, de la nature, de la lésion, des svmptômes, du siège, de la marche des maladies; tel autre la considération de i'â-e et du sexe des individus ; tel autre quelques-uns de ces phénomènes seu • lement ; nulle règle précise ne peut être formulée d'avance d'une manière absolue • la méthode mixte a cela d'avantageux qu'elle permet au nosograplie de prendre là où il les découvre les éléments d'une bonne classification. 11 paraît que ces éléments sont très-difficiles à rencontrer, car jusqu'à ce jour aucun nosograplie n'a encore pu les découvrir. , . .,
Parmi les essais de classification tentés d'après cette méthode mixte, il en est quelques-uns que je vais citer, autant pour montrer les difficultés de l'entreprise que pour rendre justice à plusieurs travaux dignes de l'attention des médecins.
Macbride, en 1>72 (1), a pris le point de départ de sa classification dans l'âge des sujets ou l'étendue du corps affecté par le mal, et il a divisé ces ma adies en quatre classes: les maladies universelles, les maladies locales les maladies sexuelles et les maladies infantiles. Cet auteur n a donné de deveon^^^^^^ qu'à sa première classe, sous-divisée, d'après les symptômes prin i- Zx en neuf ordres : les fièvres, les inflammations, les flux, les douleurs, les Tp^mes, les adynœmes, les essoufflements, les affections mentales et les ca-
'^Tachier et Car. Webster (2) ont aussi fait des nosologies ayant pour base la fusion des classes établies sur quelques phénomènes morbides importants
M s ces classifications ont toutes été renversées et jetées dans l oubli p r cel de Pinel, publiée en 1798. C'est une des plus importantes et le ret - ÏLent du Lruit qu'elle a fait dans le monde médical est arrivé presque jus-
'^"Eliradmet 6 classes, 21 ordres et 76 genres. Mais elle ne s'applique malheuoninu'aux maladies dites internes, et laisse en oubli les maladies ^« clst u^ défaut capital, commun d'ailleurs à beaucoup d'autres
^CJL^SsL't repose pas sur le même caractère essentiel E. estitab d'après la nature du mal, d'après ses symptômes ^^^^^^^ o^a^ie, eU'une d'elles, la dernière, ne repose sur rien. Ainsi . 1 classe,
(1) Macbride, Intro.uCion à la tkéorie et à la pratique ie la méiccine, trad. par
Petii-Radel. Paris, 1787, 2 vol. in-8.
l2)Wlev,Mcdicinmpraxeossyslema. Ed.nburgh, 1/81.
îs) Pinel, Nosographie philosophique, 6<^ édition. Pans, 1818.