DE LA FIÈVRE
dans les mêmes termes les éléments du problème tel qu'on le comprend aujourd'hui. Considérée dans sa nature ou dans ses pliénonif-ncs principaux, la fièvre est encore pour nous ce qu'elle était pour les anciens. En cU'ot, sa nature (>st restée impénétrable, et l'on n'est endiarrassé que par les hypothèses jetées dans la science par les médecins célèbres qui ont régné î^ur l'opinion. D'une autre part, ses phénomènes principaux ne sont pas beaucoup mieux connus aujourd'hui qu'ils ne l'étaient autrefois.
Toujoui s la fièvre a été envisagée de la même façon, comme un feu intérieur animé ou entretenu par une lésion à détruire ou à élimine)-. Son nom vient du latin febris, dérivé de fervere, bouillir, (Je fervor, effervescence, ou de fehruare, qui signifie l'action de purifier. Les mots grecs irup, -rruperbc, servaient à exprimer le fait de la chaleur fébrile observée dans la plupart des maladies, et l'on y a peu à ()eu substitué le mot ttuoe^i;, pyrexie, pour exprimer les maladies dont la fièvre est le phénomène principal.
De tout temps aussi, la, fièvre a été considérée, soit comme une maladie primitive entraînant des désordres secondaires, soit comme une maladie secondaire déteruiinée par une lésion organique, c'est-à-dire connue un symptôme foi'mé par la l'éuniou d'un certain i)ou)bre de troubles particuliers distincts les uns des autres. Dans ce cas, la fièvre ue serait qu'tme agglomération de phénomènes n'ayant de signification que par cette agglomération même. En elfei, séparés les uns des autres, ces phénomènes ne constituent pas plus la fièvre que les différentes parties du visage isolées ne font le portrait d'une personne.
C'est à inrt que différents médecins trop exclusifs ont fait de la fièvre un sympiôme toujours lié à des altérations somatiques appréciables. Cela n'est pas exapt expérimentalement. Le fait est impossible à démontrer, et chose curieuse! cette doctrine, qui est celle des anatomistes, des organiciens, des positivistes, etc., repose justement sur une hypothèse, c'est-à-dire sur la foi aveugle qu'il faut avoir pour des faits qu'on ne peut connaître que par raisonnement et qu'on ne jieut ni voir ni toucher.
Il n'est pas moins déraisonnable de considérer exclusivement la fièvre comme lin acte morbide primitif toujours indépendant des lésions corporelles qui se développent dans sa durée. C'est là une erreur causée par un abus de raisonnement; mais, à l'exemple de Galien, qui est fort explicite à cet égard, il faut ( ludier la fièvreàun double point de vue, selon qu'elle constitue le désordre prmcipal dans la maladie qu'on observe : pxempje, l^s typhus, ou au conlrairp selon qu'elle se développe sous la dépendance lésion somalique constante 01 .nvariable, comme on en voit un exemple dans l'inflammation franche des organes et des principaux tissus.
La fièvreest une réaction de l'organisme contre certaines impressions morbi-
'l^fi PATIIOLOGII^ GÉNÉRALE.
liques. (]'csi un spasme du cœur qui imprime à la masse du sang une course plus rapide, et produit dans les tissus une alléralioii moléculaire générale, d'où résulte une augmentation de la température du corps avec courbature plus ou moins prononcée.
Comme l'a dit Hippocrate, la fièvre est une maladie très-commune, qui accompagne ordinairement toutes les autres et particulièrement l'inflaminatioii. C'est une augmentation de la chaleur générale du corps. Nous n'avons rion changé à cette manière de voir, et les médecins modernes qui prélenclont avoir découvert le fait de cette augmentation de température parce qu'ils ont employé le thermomètre à sa constatation, ou parce qu'ils ont fait graver des figures noires sillonnées de zigzags blancs, ne sont vraiment que des épilogistes.
Galien, plus explicite, définit la fièvre de plusieurs manières. Ici c'est un accroissement de la chaleur naturelle née dans le cœur et propagée an reste du corps en même temps qu'il survient des malaises et un trouble général des fonctions. Ailleurs la fièvre est le passage de la chaleur innée h un état contre nature, les pulsations étant devenues plus fortes et plus fréquentes (1).
Toutes les définitions de la fièvre reposent sur les mêmes faits et représentent plus ou moins celles de Galien. Le seul moyen de s'en rendre un compte satisfaisant, c'est de les grouper d'une manière philosophique autour de l'idée d'où elles sortent. Pour les anciens humoristes, la fièvre était une e/feroescence du sang produite par l'action des sels acides sur les alcalis. D'après Willis, c'était une fermentation du sang comparable aux phénomènes du moût de raisni qui fermente. Pour Bellini, c'était une altération du sang qui portait sur le mouvement de ce liquide, sur la quantité ou sur la qualité ; sur quelques-unes de ces choses ou sur elles toutes au même moment.
Les vitalistes ont donné de la fièvre des définitions un peu différentes. D'après Stahl, c'est une opération de la nature pour une fin salutaire dont le but est l'expulsion de matières nuisibles. La définition de Sydenham est à peu de chose près la même : la fièvre est un mouvement salutaire imprimé au sang par la nature, dont les efforts tendent à débarrasser ce liquide des matières morbifiques qui l'altèrent et à lui rendre sa pureté primitive. D'après Stoll, c'est une affection de la vie qui s'efforce d'écarter la mort. Cullen,Tode, Hoffmann, ont ajoute à ces manières de comprendre la fièvre un point de vue nouveau relatif a la nature de cette maladie. .
La fièvre, dit Tode, est une irritation du sensorium commun transmise du
cerveau aux différentes parties du corps.
Dans la théorie de Cullen, c'est un spasme de l'extrémité des petits vaisseaux produit par une cause quelconque qui irrite le cœur et les artères.
D'après Frédéric Hoffmann, c'est une affection spasmodique du système nei veux et vasculaire accompagnée de malaises et de trouble des fonctions.
(1) Borsicri, Imliiul, de méd. pratique, Irad. par E. Chauffard. Paris, 1856, p. 163.
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Lassée do leurs lontalives inutiles pour découvrir et lorniuler d'une façon inattaquable la nature de la lièvre, l'école descriptive se borne à définir ce phénomène par l'énuniération des éléments qui le constituent. Borsieri, qui a reproduit et discuté avec soin toutes les définitions précédentes, s'arrête à ce moyen, déclarant que, dans l'Impossibilité où il se trouve de donner une définition générique embrassant tous les cas, il ne lui reste qu'à donner une description des principaux phénomènes de la fièvre. C'est le parti auquel se sont arrêtés JJoerhaave, Sauvages, Selle, Vogel, et la plupart des auteurs modernes, Andral, Bouilaud. Grisolle, Gintrac, etc.
Il n'est cependant pas impossible d'allier dans une certaine mesure l'idée d'une maladie avec les phénomènes qui la caractérisent, de façon à montrer dans le développement et la succession de ces phénomènes les rapports de la cause et de l'elTet produit, ce qui est le plus sûr acheminement vers la découverte de sa nature intime. Si tout n'est pas connu dans le mécanisme de la fièvre, l'histoire de ses causes et de ses caractères est assez avancée pour qu'on en puisse tracer du phénomène une relation satisfaisante.
Nous disons que la fièvre est une réaction de l'organisme contre les impressions morbifiques. Personne ne saurait mettre ce fait en doute. En effet, la fièvre est un phénomène sympathique. C'est une action réflexe évidente. De môme que toutes les actions réflexes et sympathiques, elle se produit dans des circonstances déterminées, mais elle peut ne pas se produire. Ainsi dans plusieurs cas, en apparence les mêmes, on ne la rencontre pas toujours. Elle succède immédiatement ou secondairement à certaines impressions morbifiques particulières qui agissent directement sur Vimpressibilité organique ou indirectement par le sang. Elle annonce le mal, et plût à Dieu qu'il en fût toujours ainsi, car on ne connaîtrait pas de maladies latentes. Malheureusement il y a des affections qui n'ont pas le pouvoir d'éveiller les phénomènes sympathiques de la fièvre, et c'est ce qui a poussé les nosographes à diviser les maladies en deux grandes classes : les maladies fébriles et les maladies apyrétiques ou non fébriles. Dans les maladies fébriles, où l'impression morbifique et son effet matériel sont le plus souvent accompagnés de fièvre, il y a des exceptions : telle maladie, ordinairement accompagnée de fièvre, comme la pleurésie aiguë, peut être apvrétique; il en est de même delà méningite tuberculeuse, de l'entérite, etc. Cela dépend de la tolérance organique des individus.
Les sympathies entre les organes et les appareils ne sont pas constantes, et I action réflexe s epu.se par l'excitation. En effet, des impressions morbifiques et des proclmts morbK es existent sans fièvre. La sympathie s'éveille à un I ment qu d est nnposs.ble de prévoir, tantôt à l'époque de l'impression morbifique pr,mmve, et au début des accidents, tantôt, ai contraire da' l o^^^^^
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La preuve que la fièvre n'est qu'un acte sympailiique, c'est qu'il est impossible (le s'en rendre compte par une altération (|nelcon([ue des organes et des tissus intéressés par elle, et que d'ailleurs la lésion qui en provoque l'apparition n'a aucun rapport direct avec eux. En ellet, quel lien y a-t-il entre un furoncle ou une pleurésie et la courbature, l'inappétence, la céphalalgie, l'abattement, la vélocité du cœur et du pouls, l'accroissement cle la con)bustion moléculaire et ' de la calorification ? Aucun, si ce n'est le coH.sen.sws de tous les organes dont parle Ilippocrate (1), ce qui est le résultat de la vie et de l'action sympathique des appareils fonctionnels les uns sur les autres. Kn m'exprimant ainsi, je n'ignore pas qu'on pourrait dire avec M. Bouillaud, que la fièvre est le résultat d'une inflammation de la membrane interne des vaisseaux ; mais ce n'est là qu'une opinion encore à démontrer.
Outre que la fièvre est une sympathie de certains appareils pour les soulTrances d'un tissu, c'est une réaction de l'organisme contre l'impression morbifique et son produit. En effet, toute maladie aiguë a une marche rapide dans laquelle les produits morbides sécrétés se transforment et disparaissent par élimination dans le but de favoriser le retour à l'état normal. Si la fièvre tombe avant cette élimination complète, c'est-à-dire si l'acte sympathique ou la réaction de l'organisme cesse prématurément, la maladie se prolonge, les produits morbides s'immobilisent, et il y a ce qu'on appelle l'état chronique, qui dure autant que les altérations matérielles de l'organe. L'absence de réaction fébrile aura donc été dans ce cas une chose fâcheuse. Il en est partout de même. C'est ce qui donne aux maladies aiguës des vieillards une gravité particulière, car à cet âge la réaction fébrile est faible, et elle disparaît souvent avant l'élimination des produits morbides, ce qui favorise le passage des maladies aiguës à l'état chronique.
La fièvre des maladies aiguës, en rapport avec la force de constitution des individus, est, à mes yeux, l'indice d'une réaction avantageuse de l'organisme contre les produits des impressions morbifiques. Là où cette réaction n'existe pas et lorsqu'elle tombe prématurément, il y a tout à craindre pour une maladie chronique et pour une terminaison fâcheuse.
Dans une nouvelle théorie de la fièvi'e, Marey (2) s'élève contre toutes les interprétations vitalistes qui ont été données de cet acte sympathique. Ce nVst qu'un phénomène mécanique, et la fréquence du pouls, son dicrotismc, ainsi que l'impulsion cardiaque, résultent du relâchement général des capillaires sanguins ou séreux, d'où la nécessité pour le cœur de presser ses contractions afin de faire circuler la même masse de sang dans des canaux devenus tout à coup plus larges. De la diminution de résistance périphérique résulte la nécessité de l'augmentation de fréquence des battements cardiaques. Il paraît que c'est la une loi physique à laquelle il n'y a pas d'objection à faire.
(1) llippocrale, Œuvres complètes, trad. Littré. Paris, 1839-1861.
(2) Marey, Physiologie médicale: De la circulation du sang. Paris, 1863,
im J.A FliiVRE. 'iV'J
La science peut accepter cette explication des phénomènes matériels de la lièvre, sans croire pour cela que la lièvre soit un phénomène mécanique. Elle peut considérer la fréquence du pouls comme étant un acte physique, et l'augmentation de la chaleur centrale connue étant un acte chimique ; mais s'il y a une cause vitale antérieure h ces phénomènes, la théorie vilaliste de la fièvre n'en sera pas ébranlée. Cette cause existe-t-elle ? Oui. En edet, sous l'influence d'une impression morbifique, c'est-à-dire d'une cause produisant d'une façon inconsciente un état morbide en vertu des propriétés du nerf grand sympathique et du consensus général qui en résulte, tout le système capillaire se relâche [l<ij:um). C'est une hyposthénie capillaire générale due à une paralysie momentanée du grand sympathique. Après le fait vital de l'impression morbifiquC;, le premier acte qui se produise est l'hyposthénie du grand sympathique, qui occasionne le relâchement des capillaires, lequel détermine la fréquence des mou- \cments du cœur, et après ce phénomène apparaît l'élévation de température, suivie de courbature, de l'anorexie, etc. Un acte vital sensitif précède donc les pliénomènes mécaniques de la fièvre.
Resterait à savoir quel est le but final de l'état fébrile, afin de déterminer s'il n'y a rien à savoir au delà de la constatation du phénomène; mais ici on touche aux confins de l'hypothèse. La fièvre a-t-elle pour but d'éliminer le principe nuisible des maladies ? Est-ce d'après Sydenham une opération salutaire de la nature ? Il n'est pas déraisonnable de le dire, et la théorie mécanique de Marey n'est pas si éloignée de cette doctrine qu'on pourrait bien le croire, lorsqu'on ne réfléchit pas à la nature des phénomènes fébriles.
Quand une inflammation se produit, son exsudât doit s'absorber ou se convertir en un autre produit. Pour qu'il soit résorbé, il faut que la pression circulatoire voisine soit moins forte et le comprime moins. Or, la fièvre, en relâchant tous les capillaires, amène ce résultat; elle diminue l'énergie de la colonne sanguine se rendant au lieu enflammé, ne fait plus qu'une circulation moins énergique autour du point malade, ce qui atténue l'irritation et permet aux molécules du produit exsudé de disparaître plus facilement.
La fièvre est caractérisée par un ensemble de symptômes très-nombreux qui ne sont pas toujours les mêmes ni toujours très-évidents, et qu'il faut une grande habitude pour reconnaître. Elle n'est jamais la même dans son intensité ni dans sa durée aux difl'ércnts âges, chez les sujets vigoureux ou débiles, chez l'homme ou chez la femme, au début ou à la fin des maladies, etc. Tantôt passagère et de quelques heures, tantôt éphémère ou conUime pendant plusieurs jours elle ofl-re des variations si grandes, qu'une description très-détaillée ne pourrait en retracer le tableau, si l'on ne prenait un type qui la représente dans ce qu'elle offre de plus ordinaire.
/lf,0 PATHOLOGIE (itNÈKALE.
Les causes delà fièvre sont très-variées. Ce sont d'abord les impressions morbifiques directes qui l'cnRcndrent sans lésion matérielle appréciable, et ensuite les causes de toutes les maladies dans le cours desquelles la fièvre se développe par le fait de la sympathie.
Les impi cssions morales très-vives, telles que le chagrin, la tristesse, 1 ardeur au travail, les transports de l'amour non satisfait, etc., modifient l'aciion du grand sympathique, relâchent le système capillaire, et impriment au cœur une vélocité remarquable; elles augmentent la chaleur du corps et principalement de la tête; elles troublent la sécrétion de la salive, du suc gastrique et de la bile; elles \-imènent la dyspepsie et la fièvre immédiate, ou ultérieurement une fièvre lente moins bien caractérisée.
Bien que ces faits soient contestés par quelques personnes, ils reposent sur de nombreuses observations.
On dit qu'un homme est consumé par la jalousie, par l'ambition et par 1 amour qu'il est dévoré par de brûlants désirs : ce ne sont pas de vaines métaphores, ce sont des expressions qui expriment des faits que la médecine aurait tort de négliger. Les transports d'un jeune homme aux pieds de sa première maîtresse, les mouvements accélérés de son cœur, la rougeur et le feu de son visa-c la chaleur de tout son être et l'éclat de son regard, la soif qui le dévore etc., caractérisent la fièvre autant que ces mêmes phénomènes lorsqu ils sont produits par une altération organique. Mais ici ce n'est qu une fièvre éphémère qui tombe par le repos ou disparait par le contentement du desir sa isf Les a?deurs du génie qui compose son œuvre la retourne et a corng po^ l'embellir avant de la produire au grand jour ; l'émotion des lutt s de c ncou . entre des jeunes gens réunis pour improviser une question écrite sont autant rcèfde fièvr^aiguè qu'on ne peut méconnaître. Il ^^^^^^^^^ l'excitation qui s'empare des natures enthousiastes, avides de ce qui es beau et
le c^^ r^^^^ bien, qui s'animent, s'échaudent et s'exaltent à la lecture ou .
td ti cV a chei-d'œuvre musical, oratoire ou dramatique. Tous ces fai. .
ont s exemples de fièvre aiguë, et chez ceux qui vivent sans cesse au milieu
Il^sLs énervantes, il en résulte la fièvre chronique avec dyspepsie,
chlorose et tout ce qui résulte de digestions mauvaises ou incomplètes. B ucoullus souvent la fièvre résulte d'impressions inorbifiques indirectes ,
acco " ^ éphémères ou prolongées du sang. Les bo.sso
xc tTi^s et alcooliques, les aliments excitants pendant leur digestion et aMU de leurs parties nuisibles, les miasmes, les elOuves, ^ venin. .
viiZ etc., portés dans le sang, y déterminent primitivement ou secondai, ement
,lP^ nltérations d'où résulte sympathiquement la fièvre. It^^ ô^^ uue nèvîe «uc passagère comme les repas uop cop.c ,
il en esl de même de lous les s.imulants qui augu,e,.eal passagc,emc« 1 aC.»
des forces vitales.