‹ Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologieChapitre 140 sur 439 · E LA FIÈVRE. AS · texte numérisé non relu

E LA FIÈVRE. AS

riiiappéteiicc, quelquclbls des nausées ou des vomissements, une diminution de la sécrétion urinairo, qui est formée d'un liquide p;lle, transparent, peu chargé de sels ou de mucus. Toutes les fonctions sont modifiées et troublées dans leur exercice, les unes d'une manière facilement appréciable, et les autres à un plus faible degré, que l'observation permet néanmoins de découvrir. C'est le propre de la fièvre de troubler ainsi l'unité de la vie et de rendre tous les appareils fonctionnels solidaires les uns des autres.

XIT

La première période de la fièvre, souvent mal caractérisée, dure de quelques minutes à quelques heures. A un faible degré, elle peut passer inaperçue ; mais lorsque le froid ou le frisson existent d'une manière très-appréciable, ce qui a lieu dans les maladies aiguës inllammatoires, dans la fièvre intermittente, dans les fièvres pernicieuses et dans le choléra, le phénomène de concentration des forces qui la caractérise ne saurait échapper à aucun observateur.

A cette première période succèdent des phénomènes un peu différents, qui contrastent beaucoup avec les premiers. Tandis qu'au début de la fièvre la petitesse du pouls, le refoulement du sang de la périphérie du corps vers le cèntre, et le froid, annoncent l'hypersthénie des petits vaisseaux, ou la concentration des forces, viennent à la seconde période, la rougeur et la turgescence de la peau due à l'hyposthénie des capillaires, l'ampliation du pouls et une calorification plus vive. C'est la période (['expansion des forces.

Le froid et la chair de poule disparaissent ; la peau cesse d'être pâle ou livide, elle s'anime, se colore, se gonfle et s'échauffe au point d'être brûlante à la main. La face rougit, les yeux brillent d'un éclat inaccoutumé, l'intelligence s'exalte et traduit ses volontés d'un voix brève toute particulière. Les mouvements du cœur, très-fréquents, sont moins nerveux, les contractions portent sur une plus grande masse de sang, et les grosses ou petites artères, très-dilatées, reçoivent une colonne sanguine plus considérable ; il y a évidemment là un mouvement d'expansion des tissus, qui se traduit par une plénitude plus grande des vaisseaux de tous les organes, et spécialement des vaisseaux de la périphérie du corps. Le pouls est large, dur et résistant sous le doigt.

Le refroidissement, le froid, les frissons et les claquements de dents cessent pour être remplacés par une chaleur inégalement distribuée à la surface du corps. Cette chaleur est quelquefois très-vive, et dans l'aisselle, elle dépasse de i a 6 degrés la température normale de 36 degrés centigrades.

La bouche reste sèche, faute de salive et de mucus; la langue se couvre d'un enduit blanchâtre, et les papilles linguales se hérissent, surtout chez les enfants Il y a de I inappétence, de la soif, et les urines commencent à être sécrétées en grande abondance. Elles sont alors rouges, épaisses, sédimenteuses. et laissent déposer beaucoup de sels. La miction en est quelquefois douloureus , principa- I lement chez les sujets du premier âge. puncipa

La hccoikIo période de la lièvre, toujours irès-appréciable, se prolonge plus ou moins longleiiips. 'l'anlôl de courte durée, à peine de quelques heures, comme dans la lièvre intermittente (lig. 10), elle peut persister un ou plusieurs joui-s, comme dans les lièvres continues graves (lig. 12, 13, 15 et 16) et dans les lièvres rémittentes. Elle cesse pour être remi)lacée par une troisième période de détente ou de sueur, que l'on considérait autrefois comme le résultat d'une crise.

La chaleur de la peau tend à diminuer, et elle est moins désagréable pour le malade. Sa température s'abaisse par degrés, après des oscillations de matin et de soir, ainsi que le démontre l'usage du thermomètre, qui bientôt enfin annonce le retour à l'état normal. Sa sécheresse disparaît également, car, au bout de quelques heures, elle s'humecte, devient moite ou se couvre d'une sueur plus ou moins aboiidante, qui est parfois excessive.

La salive reparaît dans la bouche, qui est moins sèche, ce qui rend la soif moins fréquente; les urines augmentent de quantité, restent un instant encore rouges, sédimenteuses, puis deviennent claires, jaunâtres, tenant en suspension

n nuage de mucus opalin, connu sous le nom d'énéorème.

L'excitation se calme par degrés, le bien-être et l'appétit reviennent, et, à moins de complication ou d'un nouvel accès, tout rentre à l'état normal.

Les trois périodes de la fièvre, caractérisées par la sensation de froid, de chaleur et de sueur, ne sont bien dessinées que dans la fièvre intermittente de l'adulte, dans la pneumonie et dans les phlegmasies, dans quelques fièvres éruptives, principalement dans la variole. Elles sont, au contraire, incomplètes et mal caractérisées dans la fièvre intermittente des petits enfants, et dans une foule d'états morbides et de maladies fébriles. La première et la troisième sont celles qui offrent le plus d'irrégularités dans l'intensité, dans la forme et la durée ; la seconde, au contraire, est toujours la même, et ne diffère, d'un cas à l'autre, que par la violence de ses symptômes. Ce ne sont pas là des différences assez importantes pour autoriser la division de la fièvre en espèces distinctes. Ce sont tout au plus là des variétés à signaler.

Le froid et la chaleur de la fièvre ont été l'objet de bien des controverses et ont donné lieu à des recherches d'une grande importance. Dans ces alternatives de frisson et de chaleur, ou même dans l'existence simultanée d une chaleur dévorante, profonde, avec un froid intérieur très-vif qu'on observe che quelques malades, on s'est demandé si les sensations éprouvées par eux ^" bien réelles, et si elles sont confirmées ou infirmées par l'examen du the. m mètre Les réponses ont été contradictoires ; quelques médecins ont souteni

DE r.A FriiVRi:.

que la température était toujours augmentée par la fiôvre môme, au moment du frisson et du froid les plus intenses, tandis que d'autres ont, au contraire, avancé (pi'il y avait diminution de la température dans la période de froid et augmentation au moment de la chaleur. Ces opinions difféi-entes peuvent être conciliées, car elles sont également vraies. Tout dépend de la manière de s'en assurer. Avec Hippocratc, de Haen, Bouillaud, Andral, etc., ont eu raison de dire que, dans les lièvres, la température animale est augmentée. On a même fait de cette élévation de température une loi, parce que, ne s'occupant que de la température profonde pour la mesurer dans l'aisselle pendant la fièvre, même à sa période de froid, il a été établi que le thermomètre accusait constamment une élévation de un à plusieurs degrés au-dessus du chilTre normal lixé par la moyenne à 36" centigrades. Dans les fièvres, la température profonde est donc augmentée. En est-il (le même de la température superficielle de la peau? Non, Borsieri l'a déjà dit et démontré, le thermomètre à la main. Partout où, dans le froid de la fièvre, il a appliqué le thermomètre à la surface du corps, il a constaté un notable abaissement de température. Ce fait est vrai, et, dans les expériences que j'ai faites, j'ai trouvé, comme Borsieri, un abaissement notable de la température cutanée dans le froid de la fièvre. Chez des sujets atteints de fièvre intermittente, au moment du frisson, l'haleine est froide et le souffle des malades glace les mains; le nez, les mains et les pieds sont froids, la peau est froide, et le thermomètre, mis sur la peau des membres, indique de 2U à 32 degrés, alors que dans l'aisselle il dépasse de 1 à 2 degrés la température normale, et que sur les membres, dans la période de chaleur, il reviendra à un chiffre de à 6 degrés supérieur à celui qu'il était dans le frisson. Il en est de même dans le choléra pendant la période algide et au moment de la réaction. — Si donc la température, prise chez un malade sur la cuisse ou entre les genoux durant le froid de la fièvre, indique un chiffre inférieur au chiffre normal et au chiffre obtenu dans la période de chaleur, c'est que la température superficielle se sera abaissée dans la première période de la fièvre. C'est là un résultat important et incontestable contre lequel il n'y a pas d'objection possible, et il oblige désormais le médecin qui voudrait apprécier la chaleur fébrile à étudier en même temps la température superficielle et la température profonde du corps. On peut donc concilier les opinions contraires des médecins qui ont sou-

Page 1