XI II
Bien que les caractères essentiels de l'inflammation soient, à peu de chose près, toujours les mêmes, il y a une foule de circonstances qui les font varier, et qui donnent à cet état morbide une physionomie toute dilîérente de son apparence habituelle. Ces difl^érences tiennent à l'intensité et à la durée du mal, à la nature des tissus qu'il aftecte, et à l'action spécifique des causes morbides.
L'inflammation se présente à l'état aigu et à l'état chronique, d'une façon apparente ou latente, et enfin sous forme de masse ou de granulation miliaire.
Les inflammations aiguës sont celles qui ne durent pas au delà de quarante jours, et qui sont accompagnées de phénomènes locaux et généraux bien évidents La fièvre, l'accroissement de la température, la douleur, le gonflement, la chaleur et la rougeur des tissus malades, s'y trouvent à un degré variable mais impossible à méconnaître. Elles sont plus ou moins violentes, et, d'après leur degré, forment des inflammations aiguës, suraigues et subaigues. Les inflammations chroniques, au contraire, sont celles qui se prolongent au delà de plusieurs septaines, et dont les phénomènes locaux ou généraux offrent peu d'intensité. Très-volumineuses ou miliaires, elles succèdent à une inflammation aiguè ou elles débutent d'emblée par l'état chronique ; mais dans leur cours il y- a souvent des symptômes plus ou moins fréquents de reaction aigue, alternant avec l'état chronique.
L'hvpérémie, l'exsudation séro-fibrineuse, la suppuration, 1 ulcération, 1 induration, l'infiltration et la granulation giise sont les formes matérielles ordinaires de l'inflammation chronique, et il faut y joindre les tubercules, le cancer, et une foule d'autres productions morbides qui n'ont avec cet état que des rapports rendus presque méconnaissables par la métamorphose du P^'od^'t '>^a'"^ matoire. Il y a en outre du gonflement, peu de chaleur, si ce n est dans les Tcrudescencesaiguès quelquefois de la douleur, lorsqu' un nerf est c^nou enveloppé par les tissus malades, peu ou point de fièvre, désordres matériels très-étendus, et alors la réaction fébrile ^^" ^^^^ enlin, il n'y a pas d'excès de fibrine dans le sang, mais un état dhydfcmte et CCaglobulie plus ou moins caractérisé. ,l„.nninue Outre ces phénomènes matériels et dynamiques de l'inflammation chion que il y a, chez les malades, des troubles qui varient, selon les fonctions de I oi-ganc
nE r.'iNFLAMIWATTON.
airocté : ici l'amanrose, dans les phlegmasies de l'œil ; ailleurs la surdité, dans l'es phiegniasies de l'oreille; chez d'aulrcs, la dyspepsie, la conslipulioii, la diarrhée, l'ictère, etc., dans les maladies chroniques des voies digestives et du foie; les vomissements, les convulsions, la paralysie, dans les ad'eclions cérébrales chroniques, etc. Ce sont des choses qu'il suffit d'indiquer pour en faire comprendre l'importance.
Les inflammations chroniques durent plus ou moins longtemps, suivant leur nature et l'idiosyncrasie des sujets alïectés. Dans l'état le plus simple, elles cessent au bout de quelques mois par les soins bien entendus de l'hygiène et du régime; mais, liées à la scrofule, au syphilisme, à l'herpétisme et aux différentes diathèses, elles se prolongent indéfiniment, sans qu'il soit possible de les arrêter. Un état perpétuel d'hypérémie, qui entretient des ulcérations et des suppurations de mauvaise nature dans les organes, s'y oppose ; la fièvre détruit les forces et l'embonpoint; le sang s'altère par la résorption des produits morbides, et il en résulte, avec le temps, un état cacheclique grave, pouvant aller jusqu'au marasme et à la mort.
Il y a, dans les inflammations aiguës et chroniques, de nombreux degrés, *depuis l'état inflammatoire très-aigu, jusqu'à l'inflammation subuiguë, dont les caractères peu tranchés étabUssent en quelque sorte la transition à l'état chronique. Quelques-unes^ par leur intensité, sont intermédiaires à l'état aigu et à l'état chronique, et elles n'offrent que des symptômes locaux ou généraux peu appréciables^ ce qui arrive souvent dans certaines ophthalmies, dans quelques cas de rhumatisme, etc. Leur courte durée seule permet de les classer dans les inflammations aiguës ; mais, avec des phénomènes semblables, quand elles se prolongent, il faut les considérer comme des phlegmasies chroniques. C'est à cette variété qu'on a donné le nom de subinflammation.
Dans quelques cas, enfin, l'inflammation ne détermine point de phénomènes dynamiques appréciables, et, si elle est profonde, elle parcourt la plupart de ses périodes sans donner lieu à aucun symptôme. C'est un fait assez fréquent que j'ai déjà signalé (1) et qu'il est important de connaître. Il existe des inflammations latentes moléculaires et miliaires, quelquefois très-étendues^ occupant un organe presque en entier, et c'est là ce qui a autorisé et ce qui autorise quelques médecins à soutenir que l'inflammation était la cause de toutes les nosorganies cancéreuses, fibro-plastiques, tuberculeuses, etc. (2). Quoi qu'il en soit de cette question, précédemment traitée, l'hypérémie, l'exsudation sérofibrineuse, la suppuration et l'induration peuvent se produire dans la profon-
(1) Voyez Maladies IAïentes, p. 290.
(2) Telle a été la base de la doctrine de BrbUssâis, dite dbclririo physiologique; mais Cette doctrine attaquée chez nous par l'ènvie, ayant été mise en horineur chez les Allemands par Virchow au point de vue des altérations cellulaires, nous voyons ici tous ceux qui s'étaient acharnés sur Broussais acclamer les idées allemsindëâ. Il est irai que de cette façon on n'a pas le déplaisir de faire d'un compatriote Un éloge qui pourrait le grandir et eu faire une gloire nationale.
536 PATHOLor.iE Gf'NÉaAr.i'.
deur des tissus, sans so r6v61ei' au dehors |)ar des syinplôiues très-appréciables, La pleurésie snppiiréo existe ii l'état latent. Il en est de même de la pneu- 'monie et de l'hépatisalion grise purulente chez quelques vieillards, de l'hépatite, de rindamniation gastro-intestinale, du ramollissement cérébral, des hypérémies et des tumeurs viscérales, elo. Sans être très-multipliés, ces laits sont assez non\breux pour établir l'existence des inflaimnations latentes, et personne aujourd'hui ne pourrait les contester.
L'inflammation revêt des apparences anatomiques spéciales, qui lui donnent des caractères secondaires assez nettement tranchés pour servir de base à des classifications de détail. Elle se présente sous la forme érythémateuse, caractérisée par la rougeur, le gonflement des surfaces cutanées et muqueuses, avec peu de douleur et peu de phénomènes généraux ; sous la forme papuleuse et avec saillies papillaires comparables aux rugosités de la peau de chagrin ; sous la forme granuleuse miliaire, avec formation de granulations inflammatoires et tuberculeuses le long des vaisseaux dans les tissus à la surface de la peau, sous forme de vésicules, de bulles et de phlyctènes, lorsque l'épiderme est soulevé par de la sérosité; sous la forme de productions écailleuses épidermiques squameuses; sous la forme pustuleuse, quand il y a du pus renfermé dans les saillies de la peau ; sous la forme tuberculeuse, lorsque des tumeurs non purulentes, plus ou moins grosses, se développent à l'extérieur, enfin sous forme à' infiltration parenchymateuse lorsqu'elle occupe tout le tissu d'un organe.
On distingue aussi des inflammations adhésives {h réunion par première intention, la phlébite arthésive, etc.); des inflammations suppurât ives ; des inflanmiations pseudo-membraneuses, pelliculaires, diphthéritiques, lorsque des fausses membranes se développent sur des aphthes, sur des plaies, sur des vésicatoires, sur des muqueuses enflammées de la gorge, des narines et du larynx, etc.; des inflammations idcéreuses, gangréneuses et spécifiques, si, comme dans cette dernière variété, il y a des caractères exclusivement en rapport avec une cause évidente, quoique mal déterminée dans sa nature.
Ainsi que l'ont démontré Haller, Hunter, Carmichael, Smith, Thomson, Bichat, Lebert, Robin, Virchow, la structure des tissus modifie toujours plus ou moins les phénomènes locaux et généraux de l'inflammation. La rougeur, le gonflement, la douleur, la chaleur, la fièvre, etc., difi-èrent dans la peau enflammée, dans les muqueuses, dans les séreuses et les synoviales, dans les tissus fibreux, osseux, cartilagineux, dans le tissu cellulaire, etc.
Les phlegmasies des muqueuses, malgré l'analogie de leur structure avec la peau, s'en éloignent par la fréquence de l'exsudation fibrineuse pelliculaire ou pseudo-membraneuse, par la fréquence de l'ulcération, et par les flux niuqueux
DH l,'lNI''I.AMiVUT[ON. 537
cl purulents dont elles sont le siège. Connue les maladies de la peau, elles tra- (liiisenl l'influence des impressions miasmatiques, virulentes et contagieuses ou (liatliésiques; mais les maladies épidémiques frappent plus souvent sur le tissu iiuiqueux que sur le tissu cutané.
En raison de la structure des nmqueuses, l'inflanunation se propage aisément de l'orifice d'une partie d'un conduit à son autre extrémité : ex., le coryza, (iiii gagne le pharynx, la trompe d'Eustache et les bronches; la phlcgmasic du méat urinaire, qui s'étend à la portion membraneuse et prostatique, à la vessie et ;iux reins par leurs uretères; l'inflammation du duodénum, qui, par le cholédoque, gagne les voies biliaires. — Elle est d'abord sèche, puis accompagnée ,1e sécrétion de mucus ou de muco-pus, quelquefois de fausses membranes. — Presque toujours les follicules muqueux participent à l'inflanmiation et sont le point de départ de toutes les ulcérations. La cicatrisation de leurs plaies se fait lentement et difficilement ; elle donne quelquefois lieu à des rétrécissements de la partie subjacente par suite de l'infiltration ûbro-plastique des tissus; ce qu'on \oit par la formation des rétrécissements de l'urèlhre, du cardia, du pylore, (le l'œsophage, de l'uretère, etc. , mais elle ne se fait presque jamais au moyen d'adhérences avec les parties voisines.
L'inflammation des séreuses est remarquable par l'exsudation séreuse, séropurulente qui se fait dans leur cavité, et par l'exsudation, à leur surface, d'une lymphe coagulable, dont l'organisation produit des capillaires nouveaux formant des brides d'abord vasculaires, puis filamenteuses, des adhérences entre les l)arties contiguës, et au sein de ces exsudais phlegmasiqucs des plaques cartilagineuses et calcaires. Cette inflammation est essentiellement adhésive, plus ou moins rapide dans sa marche, et rarement suivie d'ulcération ou de gangrène.
■ Dans le tissu fibro-séreux des articulations, l'inflammation est très-mobile et la véritable suppuration extrêmement rare. Les os enflammés ne suppurent jamais-de façon à faire des foyers purulents, et ne se gonflent guère ; s'infiltrent de pus dans les alvéoles de leur tissu spongieux, et le pus concret en voie de régression granulo-graisseuse y forme ces plaques grisâtres qu'on appelle infiltration tuberculeuse ; puis, sous l'influence de cette lésion, ils se nécrosent ou se carient, et tombent par séquestre ou en poussière.
Les parenchymes des viscères seuls présentent tous les caractères locaux de l'inflammation, à peu près de la même manière, à cause des éléments anatomiques semblables dont ils sont composés en proportions différentes.
Dans le système vasculaire, veineux ou artériel, les parois sont malades, et présentent la plupart des phénomènes anatomiques de l'inflammation ; cependant, dans l'intérieur des artères, il n'y a pas de pus, et l'on n'y trouve qu'une mince exsudation avec altération granulo-graisseuse ou calcaire des parois (dégénérescence athéromateuse ou artérite déformante), tandis que dans les veines, les phénomènes locaux de l'inflammation sont bien plus semblables à ceux de toutes les inflammations. Toutefois il y a quelque chose de plus qui est inhérent au siège de la phlegmasie. Dans l'intérieur de l'artère ou de la veine enflammée, il
^'^o PATHOÏ.OGII'. OÉNf;ilALE,
se forme souvciil des caillots (lig. '20, 27 et 28) qui gèiieiU plus ou moins la circulation locale ou oblitèrent le conduit; mais parfois un fragment de ces caillots se
FiG. 26. Caillot (*). FiG. 27. Caillot (**) Fin. 28. Caillot (***).
détache, va boucher l'extrémité d'une artère, ou, s'il est dans les veines, remonte au cœur, d'où il va aux poumons et au cerveau former ce qu'on appelle une embolie artérielle ou veineuse. De la nature et du siège de ces embolies dépendent des maladies particulières que la pathologie spéciale a pour but de faire connaître, et dont je parlerai plus loin.
L'inflammation varie dans ses actes, dans sa marche et dans sa terminaison d'après les causes qui la déterminent. Celle qui résulte d'une action traumatique simple donne souvent lieu à des phénomènes particuliers, différents des phénomènes de l'inflammation spontanée, de cause intérieure. Hunter a fait connaître les différences qui séparent ces deux variétés d'inflammation, en indiquant les propriétés adhésives de l'une, par opposition aux propriétés siqypuratives de l'autre. Une plaie simple, dont les bords sont lavés et rapprochés avec soin, se cicatrise souvent après une légère hypérémie, accompagnée d'exsudation de lymphe plastiqué adhésive, qui s'organise en quelques jours et rétablit la continuité des tissus sans suppuration, sans douleur, sans gonflement, satls chaleur et sans fièvre. Cette réunion par première intention de la nature est le plus merveilleux résultat qu'on puisse voir à la suite des plaies, et elle sera toujours un objet d'ambition pour les chirurgiens qui s'appliquent à l'obtenir apri^s
(*) (i, long caillot j b, collatérale. (Notta, musée DupUytren, n» 108.) (**) o, petit caillot; b, collatérale. (Noita, musée Dupuytren, n» 106.)
(***)»,, parois de l'artère; b, division des luiiicpies interne et moyenne parla ligature; c, einllnt supi^rienr; <(, uilliérences .lu caillot ; c, prolongement librineux du eaiUot supérieur; A caillot inférieur ;ff, ussu de uuilière plastique ipii unit le eaillot inférieur ii la lèvre iid'érieure de la division dos parois do 1 nrli rc-. ( Manec, Traité de la ligttlure des arténs, pl. I.)
DE l'inflammation. 539
les ablations de tumeurs et dans les amputations. Diffîcile à réaliser, elle n'a pas toujours lieu d'une manière complète, et elle peut même échouer entièrement. Alors la plaie change d'apparence, les bords rougissent, gonflent, suppurent et deviennent douloureux ; des bourgeons charnus se forment, et la réunion s'accomplit par seconde intention, comme on le dit, au bout de plusieurs septaines, selon l'étendue et la profondeur de la solution de continuité. Cette diJférence résulte de l'action nuisible de l'air. La précaution de réunir avec soin le.s bords d'une plaie, qui se couvrent de lymphe coagulatoirc, les soustrait à l'influence de cet agent, et la guérison est immédiate, sans formation de pus, tandis que, en dehors de ce procédé, la plaie, irritée par le contact de l'air atmosphérique, ne guérit jamais qu'après suppuration.
Dans {'exposition et la non-exposition des plaies à l'air, on a trouvé toute une méthode opératoire, facile à mettre en usage dans un grand nombre de cas de chirurgie. Son auteur, M. J. Guérin, lui a donné le nom de méthode souscutanée (I), et il a pu mille fois pratiquer des ponctions dans les séreuses, dans les articulations, dans le tissu cellulaire, pour introduire un ténotome et couper des muscles et des tendons, sans produire d'inflammation appréciable ni de suppuration. Il se fait dans ces cas sous la peau un épanchement de lymphe plastique qui s'organise par première intention, sans produire de pus ni d'inflammation secondaire, et auquel on doit la cicatrisation de la plaie sous-cutanée. Pour ces opérations, il suffit de faire un pli à la peau, de pénétrer avec un instrument spécial très-étroit dans la partie malade, et, après avoir fini, d'abandonner la peau à elle-même, en pressant vivement sur la petite ouverture extérieure avant de la fermer avec du taffetas gommé. De cette manière, l'ouverture de la peau ne communique pas avec l'endroit opéré, et s'en éloigne de quelques centimètres par un trajet Irès-étroit, où l'air ne peut s'introduire. On a ainsi une plaie profonde, ne communiquant pas avec l'atmosphère, soustraite à son influence et guérissant toujours très-vite, sans phénomènes inflammatoires et sans suppuration, si l'opération a été convenablement faite. C'est à cette méthode que se rattachent certains succès de l'orthopédie, dans le redressement des pieds bots, de l'œil affecté de strabisme, de la déviation du rachis, etc. On l'a employée pour le traitement des hernies, des corps étrangers articulaires, de l'hydarthrose, etc.
La spécificité est la cause qui produit le plus grand nombre des variétés de l'inflammation. En effet, cet état morbide, comme la fièvre, précède ou suit une foule d'autres maladies. Quand elle naît sous l'influence de causes traumatlques et irritantes simples, elle varie dans ses phénomènes extérieurs, d'après l'âge, la constitution, le tempérament ou l'idiosyncrasie des personnes, et elle
(1) J. Guérin, Exposé de la méthode sous-culanée (Bulletin de VÂcadémie de médecine. Pans, IS.'ie-ô?, t. XXII, p. 365), et Discussion sur la méthode sous-culanée {Bull, de l'Âcad. deméd., Paris, 1865-66, t. XXXI, p. 850). •
SÛO PATHOLOGIE GÉNÉRALli.
se termine d'nnc façon différente dans ces différentes circonstances, car elle peut engendrer des maladies secondaires plus ou moins graves. Dans les cas où elle résulte d'une cause spécifique virulente miasmatique ou autre, et qdand elle se développe chez un sujet atteint de diailièse goutteuse, syphilitique, scrofuleuse, herpétique, etc. , les variations de sa forme extérieure i.e sont pas moins grandes.
Les inflammations rhumatismales produisent de la rougeur, de la douleur, du gonflement, de la chaleur, mais sécrètent rarement du pus et produisent beaucoup de fibrine dans le sang. Elles sont mobiles et disparaissent avec une grande rapidité.
Les inflammations puerpérales n'engendrent que très-peu de fibrine dans le sang, mais elles sécrètent en quelques heures, dans les tissus qui en sont le siège, un pus de mauvaise nature, qui passe dans le sang et empoisonne ordinairement les malades. C'est ce qu'on voit dans la fièvre puerpérale.
Les inflammations scrofuleuses produisent peu de chaleur, et arrivent lentement à suppuration ; mais, en revanche, la suppuration ne tarit pas, et les ulcérations qui lui donnent passage durent indéfiniment. La chronicité est leur caractère habituel.
Les inflammations syphilitiques ont une rougeur différente de l'hypéréuiie habituelle; elles suppurent vite et longtemps, par suite d'ulcérations destructives difficiles à guérir, et elles produisent aisément l'induration.
Les inflammations diphtliéritiques occupent de préférence les muqueuses, et quelquefois la peau dégarnie de son épiderme. C'est à elles que se rapporte celte production de fausses membranes fibrineuses dont la présence dans le larynx constitue le croup. Elles ne produisent que rarement l'ulcération et la gangrène, et on ne les observe jamais à l'état chronique.
Les inflammations catarrhules n'affectent que les membranes muqueuses et les tissus subjacents; elles n'y produisent qu'une exsudation séro-fibrineuse peu coagulable, suivie d'une sécrétion muqueuse, purulente ou séreuse plus ou moins abondante. Épidémiques, quelquefois contagieuses, ce sont des maladies souvent meurtrières, dont la gravité relative résulte un peu de l'organe affecté. La muqueuse de l'œil, celle du larynx, des grosses et des petites bronches, de l'intestin, etc., sont le siège très-fréquent d'inflammations catarrhales.
Les inflammations charbonneuses ont un caractère tout particulier très-grave, c'est celui d'arriver, en quelques heures, à une gangrène considérable, susceptible de détruire une grande étendue de parties molles. On peut le voir chez les individus atteints de charbon et de pustule maligne occasionnés par le contact avec des animaux atteints de maladies charbonneuses;
On en pourrait dire autant de toutes les inflammations spécifiques : celles qui accompagnent la variole, la scarlatine, la rougeole, la morve, le farcin, etc., ont toutes leurs caractères particuliers, plus ou moins distincts, dans leur forme anatomique, dans la rapidité de leur marche, dans leur durée, dans la nature des produits sécrétés, dans la terminaison des caractères généraux et locaux de l'inflammation. C'est lif une loi qu'on peut vérifier par l'étude des faits de détail.
DE l'inflammation.
et que dénioiUreut les exemples précédemment cités, sans qu'il soit nécessaire d'eu augmenter le nombre.
L'inflammation n'est pas toujours d'un diagnostic facile. Très-appréciable quand elle existe à l'extérieur du corps, ses caractères sont infiniment plus obscurs lorsqu'elle se développe aji milieu d'organes profonds. Ce n'est point avec un seul d'entre eux que l'inflammation peut se reconnaître, mais bien avec leur ensemble. Ainsi la chaleur, la rougeur, peuvent manquer; il en est de même de la douleur qui accompagne également les névroses ; la fièvre n'existe pas toujours, l'exsudation fibrineuse locale est tiouvent peu appréciable; la suppuration n'a pas toujours lieu, et l'augmentation de la fibrine du sang, variable, n'existe point dans les phlegmasies légères, de courte durée, ni dans les phlegmasies chroniques. On ne saurait mettre trop de soin à leur recherche, si l'on veut donner au diagnostic toute la précision désirable.
Différentes circonstances secondaires, telles que la connaissance des causes irritantes et traumaliques, les troubles généraux fébriles, la débilité qui s'observe concurremment avec le développement d'états morbides graves, peuvent mettre le médecin sur la voie et l'aider dans ses recherches. Malgré cela, dans un certain nombre de cas, tout diagnostic est impossible, et la nécropsie ne fournit même aucune lumière. On sait, en effet, que la plupart des signes locaux de l'inflammation disparaissent sur le cadavre. Il ne faut regarder, comme atteints de phlogose, que les tissus où la rougeur persiste après le lavage, et lorsqu'il s'y trouve une certaine quantité d'exsudation plastique et purulente.
L'inflammation est un acte organique que la nature et l'art emploient souvent pour amener la guérison de maladies antérieures plus ou moins graves. Elle constitue parfois une véritable action providentielle, qui dirige l'élimination des corps étrangers et des produits morbides intérieurs, tels que les abcès, les échinocoques, les tubercules, etc.; elle sert encore à la cicatrisation immédiate ou consécutive des plaies, et elle est souvent très-utile. C'est au médecin de la provoquer lorsqu'elle est nécessaire pour un résultat avantageux au malade, et de la diriger ou de la combattre s'il en est besoin.
Chez quelques malades, la faiblesse de la constitution ou la nature du mal donne à l'inflammation un caractère de chronicité qui entrave la guérison II devient nécessaire de raviver l'inflammation ancienne, et de substituer, si l'on peut ainsi dire, une maladie à une autre. On ranime ainsi la réaction à demi etemte, et l'ancien état inflammatoire se trouve dans de meilleures conditions pour guenr. Une plaie qui ne marche pas à la guérison, cautérisée par le m a^e cl argent, se cicatrise plus vite. On cautérise par le crayon de nitrate
le mu " T' "^j^^^^ '«l»ide irritant,
luntuic diode ou vin chaud, dans la tunique vaginale remphe de sérosilé par
Vhydrocèle, pour faire recoller les parois ; — on injecte de la teinture d'iode dans les abcès froids, dans les kystes à échinocoques, dans les pleurésies chroniques dans le môme but. Cette médication substitutive a pour effet de changer la , nature de l'état inllaunualoire, de substituer à la forme chronique un état aigu accompagné d'exsudation séro-fibrineuse de bonne nature, susceptible d'amener rapidement la cicatrisation des plaies ou des adhérences entre les parois de foyers qu'on désespérait de voir se rapprocher.
Malheureusement l'inflammation n'est pas toujours un acte salutaire, et, lorsqu'elle naît sous l'influence de causes intérieures peu connues, ou lorsqu'elle se développe avec une trop grande intensité, elle produit des désordres locaux et généraux fort graves, qui peuvent être suivis de désorganisation et de mort. Sa gravité dépend à la fois de son degré, de son étendue, de la nature des causeset de l'importance des organes frappés. Les phlegmasies suppurées et les phlegmasies chroniques sont infiniment plus sérieuses que les autres. Il en est de même de celles qui sont très-étendues et qui occupent des organes très-importants, comme le cerveau, le foie ou les poumons; de celles qui reconnaissent pour cause un agent spécifique ou épidémique, etc., circonstances que fait connaître l'étude de la pathologie spéciale.
L'inflammation naturelle et spontanée, s'efi-orçant de guérir un mal profond par l'élimination d'un corps étranger susceptible d'exciter les tissus, ou par l'ouverture spontanée des abcès; l'inflammation provoquée par le médecin pour faire disparaître certains états morbides antérieurs, comme l'hydrocèlè l'ophthalmie; l'inflammation provoquée comme moyen révulsif ou dérivatif, etc., doit être surveillée et dirigée avec soin, si l'on veut en obtenir de bons résultats. C'est vraiment alors que le chirurgien mérite de s appeler ministre de la nature. Dans un cas, il applique un collyre irritant sur une cornée malade, pour provoquer une phiegmasie de bonne nature, destinée à remplacer celle qui existe, et dont le résultat sera la per^ de 1 œ.l ; al^ leurs il produit, par des injections irritantes, l'inflammaiion de I arachnoïde, de la plèvre, de la tunique vaginale, des parois d'un abcès froid, pour guérir
I hvdiocéph le, la pleurésie chronique, l'hydrocèle, etc; chez d'autres malades, il tra^he le tissus pour en extraire des produits morbides, sachant bien
II fso ntervention, la phiegmasie va s'emparer de la plaie pour en réunir Ts b ds par une cicatrice résistante; plus loin, il brûle la peau par u moxa s ufève l'épiderme par la vésication, produit des flux gastriques et Sua x al moy^^ afin de révulser ou de d^'i- - P ^ ^ masie portée sur une partie plus importante. L'art f j;^-j;;^'^J^'^^ Z mations dér^vatives. révulsives, traumatigues, f fj^' j!,.;' parties les plus importantes de la thérapeutique, et d .^-'^ ' ^^^^^^^^^^^^^^^^^^
s'en servir sans jamais dépasser le but, et pour arriver, dans le plus gra nombre des cas, à la guérison des malades.
DE l'inflammation. 5/|3
En dehors do l'inflammation, considérée comme acte thérapeutique, il y a l'état morbide inllanimatoire, qni, selon son étendue et d'après son siège dans tel ou tel organe, amène des troubles généraux graves, et des troubles fonctionnels variables, auxquels il est nécessaire de remédier pour empêcher de graves désorganisations et même la mort.
Les moyens de combattre l'inllammalion sont très -nombreux. Quelques-uns sont généralement connus sous le nom iV antiphlogistigiies, mais il y en a beaucoup d'autres qui produisent les mômes effets, sans être compris sous cette dénomination. Les uns et les autres s'emploient avec les moyens hygiéniques, spécifiques, etc.
La diète absolue, végétale ou lactée ; les boissons émollientes, gommeuses, acidulés, féculentes; un air pur; le repos physique et moral; les applications froides extérieures, dans les phlegmasies superficielles et traumatiques ; les applications émollientes et mucilagineuses ; les bains tièdes, sont lès premiers moyens il mettre en usage. Viennent ensuite les émissions sanguines générales ou locales, proportionnées, dans leur fréquence et dans leur quantité, à l'ilge et à la constitution des sujets, à l'état du pouls et à l'intensité de la phlegmasie ; mais ce serait une erreur de croire que toute phlegmasie réclame l'usage des soustractions de sang. Cette doctrine a fait le plus grand mal, car, voulant juger la nature des maladies par la nature du traitement employé, on a conclu à tort de la guérison des phlegmasies sans émissions sanguines à la non-existence de l'état phlegmasique. Sans doute les inflammations viscérales guérissent par la diète et les soustractions de sang, mais on les guérit également bien par des toniques stimulants, par des purgatifs, par des vomitifs, par des substances dites altérantes, contre-stimulantes ou spécifiques vit par les applications révulsives. — A cet égard, il n'y a pas de traitement spécial et unique de l'inflammation, et il doit varier non-seulement d'après la nature des causes et l'état des forces, mais d'après l'étendue et le siège du mal. Ainsi, chez les sujets forts et vigoureux, les antiphlogisti<^ues et la diète sont très- utiles ; mais chez les sujets faibles ou lymphatiques, un peu de nourriture, les préparations de quinquina, l'eau vineuse ou alcoolisée sont infiniment plus utiles que la saignée.
Avec la diète, les appUcations émollientes, les émissions sanguines locales ou générales, il faut recourir à l'application des grandes ventouses de Junod, et des différents moyens destinés à opérer, soit la dérivation ou la révulsion, soit la i dissolution de la fibrine, soit enfin une action spécifique sur les phlegmasies.
Le bicarbonate de soude, le nitrate et le chlorate de potasse, l'hydrochlorate d'ammoniaque, et tous les sels alcaUns, le calomélas et les préparations mercurielles, ont été conseillés comme antiplastiques et dissolvant la fibrine.
Ailleurs, on a mis en usage les diurétiques, les purgatifs, les diaphorétiqucs et les vésicants, à cause de leur action dérivative et révulsive, les contro-stimulants. On administre enfin les spécifiques, tels que l'opium, la digitale, l'aconit, la vératrine, l'antimoine, le sulfate de quinine, etc., dont l'action variable est diiïérente pour chaque phlegmasie, et qui agissent, l'un contre les maladies du cœur, l'autre contre les phlegmasies purulentes infectieuses, le rhumatisme, la
5ù/j PATHOLOGIE GÉNÉRALE. 1
(incuinonie, etc. Ce sont des remèdes d'un maniement difficile, et dont l'emploi i exige une très-grande expérience.
En général, si l'intlammalion peut être combattue par des moyens semblables, ^ presque toujours les mêmes; ses variétés, la nature des tissus qu'elle a pour* siège, et ses complications, obligent quelquefois à recourir k des moyens dilî§- . rents. Le traitement antiphlogistique par les émissions sanguines ne convient que dans les phlegmasies aiguës, et nullement dans les plilegmasies chroniques» ou dans les intlammatioiis latentes. Encore utile dans les phlegmasies séro-fiùri- neuses des parenchymes, et des membranes séreuses, muqueuses, etc., il réussit moins dans les phlegmasies dites catarrhaies et dans les n)aladies chroniques de la peau. Il en est de même dans les phlegmasies qui accompagnent les fièvres, et particulièrement dans celles qui se développent avec la lièvre pernicieuse, dans les phlegmasies compliquées Ci asthénie ou de diathèse goutteuse, syphilitique, scrofuleuse, etc. ; c'est alors que les remèdes stimulants ou spécifiques doivent être mis en usage, et ils triomphent plus rapidement d'un<; inflammation que toutes les émissions sanguines auxquelles on pourrait recourir.