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CHAPITRE y

DES HÉMORRHAGIES.

On donne le nom ù'hémorrhagîe à la sortie du sang hors des vaisseaux qui le renferment.

C'est un mot qui vient de aT,ua, sang; çj-riyjxjixt, je romps, je brise ; ou pê'w, je coule, et le phénomène qu'il représente a de tout temps été observé et signalé par les médecins.

Il est souvent question des hémorrhagies dans les livres d'Hippocrate (1), mais nulle part le mécanisme ou la théorie de leur production n'est indiquée.

Un peu plus tard, Thémison, Arélée, Erasistratc et Caelius Aurelianus, moins réseiTés dans leur langage, commencent à dogmatiser sur ce point, et l'on voit dans le dernier de ces auteurs une division des hémorrhagies par blessure, par rupture et par ulcération, qui est très-satisfaisante.

Cette classification n'eut pas l'assentiment de Galien. Il admettait, dans les hémorrhagies,' la triple division suivante : hémorrhagies par anastomose, par diapédèse et par diabrose, selon que le flux sanguin avait lieu par ouverture de l'extrémité des vaisseaux, par transsudation ou par ulcération.

Celte division, jadis en vogue, aujourd'hui fort oubliée, régna très-longtemps dans la science.

Van Helmonl et Paracelse furent les premiers à la contredire; mais leur tentative n'eut qu'un succès de courte durée. Leur théorie de l'hémorrhagie, due à l'altération des vaisseaux par le sang chargé de sels corrosifs, fausse à son origine, l'est encore aujourd'hui et elle n'a plus qu'un intérêt historique.

Frédéric Hoffmann, dans le premier grand travail qui ait été fait sur les hémorrhagies en général et sur les hémorrhagies en particulier, les a rattachées à un obstacle formé dans les capillaires, et accompagné d'un spasme assez fort pour en amener la rupture.

Cette idée du spasme, précurseur des hémorrhagies, jetée dans la science par Hofl^mann, a été recueillie par Stahl^ et transformée d'après ses principes en théorie nouvelle, où l'activité plus ou moins grande du principe de la vie est considérée, dans ses rapports avec les C7nses, comme cause de la plupart des

pousse le sang vers l'orifice des vaisseaux, et les autres, au contraire, sont dues

(1) Hippocrate, Œuvres complètes, [rsni. LiUrû. Paris, 18;î9-61.

5bU PATHOLOGIE GÉNÉRALE.

à des causes externes, attaquant les vaisseaux et rendant leurs parois impropres?, à retenir le sang. Cette théorie, qui est venue jusqu'à nous, a eu un succès > mérité. Sauf quelques modifications, elle a été adoptée par Juncker, Bordeu, , CuUen, Pinel, Bicliat, et par un grand nombre de médecins modernes.

Dans une théorie différente, qui contraste avec cette théorie dynamique, ont laisse de côté l'activité de la cause, pour ne s'occuper que de l'altération matérielle qui produit l'écoulement du sang. C'est, en effet, à une lésion constante* des solides que Morgagni, Marandel, Broussais et son école, ont attribué lai production des hémorrhagies.

Sans avoir étudié les hémorrhagies d'une manière toute particulière, il estui cependant un médecin, Huxham (1), dont les travaux sur la dissolution du( sang ont éclairé le mode de production de certaines hémorrhagies. Le fait a été^ confirmé par les découvertes plus précises de M. Andral (2), Becquerel et} Rodier, et l'on sait aujourd'hui, à n'en plus douter, que certaines nosohémies,4 principalement la diminution et le ramoUissement de la fibrine, observées dansi le scorbut, le purpura, la fièvre typhoïde et les typhus, favorisent beaucoupi la sortie du sang hors des vaisseaux qui le renferment.

Aucune de ces théories exclusives n'est exacte, mais chacune d'elles reii-4 ferme une part de vérité qui restera dans la science, et il a suffi d'en opérer la fusion pour donner à la doctrine des hémorrhagies une face toute nouveUe. Lordat (3), Latour {h), Andral, Bouillaud (5), Grisolle, Monneret, etc., ont savamment établi la part de chacune des causes accidentelles de l'hémorrhagie, et, si leur manière de voir n'est pas identique, du moins la division nosograplîique des hémorrhagies qu'ils ont proposée s'appuie-t-elle sur la considération, i exacte de tous les éléments étiologiques connus.

Toutes les hémorrhagies résultent de l'action de causes extérieures ou intérieures h l'individu. Les premières comprennent les hémorrhagies traïamtiques, et les autres les hémorrhagies spontanées, produite. : 1° par le spasme, du cœur et des vaisseaux; 2° par l'abondance ou l'excès de richesse du sang,; par son mélange avec des matières alcalines ou septiques, tels que miasmes,virus, effluves, vapeurs toxiques, etc.; 3° par des changements survenus dans,la texture des parois vasculaires, tels que la dégénérescence granulo-graisseuse et: lesanévrysmes des capillaires. De là plusieurs classes d'hémorrhagies : les /i«norrhagies essentielles pléthoriques, constituant ce qu'on appelle quelquefois des hémorrhagies actives; les hémorrhagies septiques et organiques, ^^\emm

(1) Huxham, Recherches sur la dissolution et la putridité du sang.

(2) Andral, Essai d'hématologie pathologique. Paris, i8/i3.

(3) Lordat, Traité des hémorrhagies en général, 1808. [U) Latour, Traité des hémorrhagiss, 1818.

(5) Bouillaud, Traité de nosographie médicale. Paris, 1846.

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désignées sous le nom hèmorrhagies passives ; et enfin les hémorrhagies trau-

matiques. Ainsi :

1» Hémorrhagies essentielles, 2» Hémorrhagies pléthoriques, 3» Hémorrhagies septiques, à" Hémorrhagies organiques, 5" Hémorrhagies traumatiques,

teUe est la division à introduire dans l'étude des hémorrhagies.

k II y a des hémorrhagies essentielles, dont la cause et la nature ne peuvent encore être appréciées dans l'état actuel de la science; et, bien qu'il répugne à une bonne philosophie scientifique d'admettre des phénomènes essentiels produits par le spasme, ou des modifications dynamiques difficiles h démontrer, û est encore plus fâcheux de placer, par hypothèse, ces faits au milieu de ceux dont la cause est matériellement appréciable.

Les hémorrhagies essentielles, produites eu dehors de toute blessure, de toute altération appréciable du sang ou des solides, sont très-rares; et cependant que sont celles qui sont occasionnées par l'insolation, par un froid très-rigoureux, par les crises survenues dans les maladies, par suite d'une suppression de flux, menstruel ou hémorrhoïdaire, etc., sinon des écoulements sanguins résultant d'un acte dynamique préalable?

Les hémorrhagies pléthoriques sont celles qui résultent d'une surabondance de la masse du sang, et d'un excès de proportion dans les globules rouges.

Les hémorrhagies septiques ou constitutionnelles, s'observent dans les fièvres, dans les maladies pestilentielles, dans le scorbut et le purpura, dans certains < empoisonnements, et dans toutes les diathèses aiguës ou chroniques où il y a diminution ou ramollissement de la fibrine du sang, alcalinité trop grande du sérum et intoxication de ce fluide par des miasmes pestilentiels ou ferments bactériques, par des effluves marécageux, par des virus et par des vapeurs toxiques.

Les hémorrhagies organiques résultent de l'altération granulo-graisseuse des parois vasculaires et de la transformation des organes en tissus doués de peu de résistance, et amenant par leur ulcération l'ouverture des parois vasculaires. Exemples : le cancer, les anévrysmes des gros vaisseaux et les anévrysmes des capillaires, le tubercule, etc.

Quant aux hémorrhagies traumatiques, leur désignation indique leur origine, et elles sont le résultat de blessures ou de violences extérieures ou d'obstacles à la circulation des veines, lorsqu'un caillot se développe dans leur intérieur ou lorsqu'une embolie, venue de loin, vient suspendre la circulation veineuse et produire la rupture des vaisseaux veineux périphériques. Exemples : l'apoplexie pulmonaire par thrombose de la veine pulmonaire, et l'hémorrhagie intestinale par thrombose de la veine porte.

Quelques divisions secondaires, utiles à conserver, par les idées ou par les faits qu'elles représentent, expriment le siège et la nature des hémorrhagies. Elles sont commodes pour le langage, et s'appliquent à des faits tout parliculiers. Il y a les hémorrhagies artérielles et les hémorrhagies veineuses, les hémorrhagies extérieures et les hémorrhagies internes, celles des gros vaisseaux et celles des vaisseaux capillaires, les hémorrhagies supplémentaires, critiques, constitutionnelles, etc. Tous ces mots indiquent, sans explication, des faits importants sur lesquels j'aurai à m'expliquer plus loin, lorsque j'aurai terminé ce qui est relatif aux hémorrhagies en général.

Il se rattache, au mécanisme de la production des hémorrhagies, une question importante qui a fort passionné les médecins, parce qu'elle soulève une question de doctrine. Longtemps on a cru, d'après Galien, que • le sang des hémorrhagies s'échappait des vaisseaux, ici par exhalation, là, au contraire, par rupture. Ce fut encore de nos jours l'opinion motivée de Bichat. C'est là une erreur, car les vaisseaux capillaires, fermés de toute part, et n'offrant que des porosités imperceptibles, suffisantes à l'exosmose, ne peuvent laisser sortir de leur intérieur tous les éléments du sang à la fois. Les globules rouges ne trouvent pas, dans les parois vasculaires, d'ouverture pour leur passage, et, à moins de rupture, ils ne peuvent s'échapper. Par cela même qu'une hémorrhagie est formée de tous les éléments du sang sortis de leur réservoir vasculaire, il faut donc que sur un point il y ait eu grande ou petite rupture. On ne peut toujours la découvrir, mais on ne saurait conclure de l'insuccès des recherches à la non-existence du fait que je viens d'indiquer. Il suffit d'une rupture de 7 à 8 millièmes de millimètre pour facihter l'écoulement du sang : comment espérer, après coup découvrir une pareille altération ? Outre que la cicatrisation a eu le temps de se faire, ce qui rend toute recherche inutile, elle devient illusoire par le fait même du peu d'étendue delà déchirure.

Qu'importe, après tout, que le sang ne puisse sortir des vaisseaux que par rupture des capillaires, au lieu d'en sortir à la fois par rupture et par exha ation? En quoi ce mécanisme peut-il nuire, comme on l'a dit, a la liste des hémorrhagies? Je ne le vois guère. De ce qu'il n'y a pas d exhalation du sang à travers les parois des capillaires, l'activité humaine est-elle de ri Ue. Non, assurément. Les conditions mécaniques exigées aujourd hui pour la pro duction de certaines hémorrhagies n'empêchent pas qu'il faille >cconn itr • comme cause première de l'écoulement du sang, l'impulsion plus grandt cœur, la tonicité plus forte des vaisseaux, la vigueur de la constitution e i. richesse du sang, conditions des hémorrhagies pléthoriques ou actives, u < soulevé là, mal à propos, une question de doctrine, et ici, comme ailleuis,

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lois de la physique s'associent aux lois de la vie, et elles leur obéissent dans les limilcs de leur action naturelle. L'activité organique, générale ou locale, tend à produire une hémorrhagie, voilà le fait vital; maintenant, que l'écoulement du sang se fasse par exhalation, ou plus mécaniquement par rupture, il n'y a pas là motif à infirmer le principe auquel l'hémorrhagie est attribuée.

Lqs hémorrhagies essentielles et pléthoriques sont celles que Stahl a désignées sous le nom iV/iémorrhagies actives. Elles se montrent, dans l'enfance, sous forme d'épistaxis; à l'âge adulte, comme hématémèse ou hémoptysies, ce qui Icstrare, et, plus tard, sous forme d'hémorrhoïdes.

Plus fréquentes chez la femme que chez l'homme, chez les individus doués d'un tempérament sanguin, d'une constitution forte, elles résultent aussi d'un excès de la masse du sang, de la surabondance de ses globules, estimés à cent quarante ou cent soixante millièmes, et de la suppression de l'évacuation sanïgnine mensuelle des femmes, pendant la jeunesse ou à la ménopause. Ces derinières ont reçu le nom à' hémorrho.gies supplémentaires. , L'hérédité a une grande influence sur la production des hémorrbagies, et, de iinêrae que l'épistaxis, les hémoptysies pléthoriques, les hémorrhoïdes, elles ■^se transmettent très- ordinairement des parents à leurs enfants. Il en est de imème de la diathèse hémorrhagique, plus connue sous le nom iVhémorrha- - philie, et dont les exemples, déjà très-nombreux, ne souffrent pas discussion. La chaleur, en activant le cours du sang, et par l'excitalion qu'elle communique à certains organes, favorise la production des hémorrbagies. Exemples : l'apoplexie cérébrale des moissonneurs ; le coup de sang qui frappe les soldats cliargés de leurs armes et bagages, au milieu de longues étapes faites en plein ^oleil; certaines hémorrbagies des pays chauds, telles que la menstruation abondante, l'hématurie de l'île de France, etc. Chose curieuse, le froid détermine m eQets analogues, mais sans doute par un mécanisme différent : ainsi tout le ' inonde sait que, dans la désastreuse retraite de Russie en 1812, les soldais, par 'impression très-prolongée du froid, tombaient sur les routes avec des hémorrnagies par le nez, les yeux, la bouche, etc.

Il y a des hémorrbagies que détermine la diminution de pression atmosphé- ■que : c'est ce qu'on observe chez des personnes de la plaine s'élevant sur de •autes montagnes ou en ballon. On a vu des animaux même, attachés à la naeile des aérostats,- rendre le sang par la bouche et parles narines. L usage de vêlements trop étroits, le sommeil prolongé, de fortes émotions • orales amenant la mort subite, l'acte vénérien, produisent également des hémornagies.

I^a cause prédisposante la plus active est, sans contredit, l'usage d'une nour- ^ i-e iiop copieuse, composée d'aliments excitants, de spiritueux à haute dose ' e quelques médicaments, en particulier du fer, qui amènent par degrés -"■aiioD du sang caraclérislique de la pléthore.

fjgg PATHOLOGIE GÉNÉRALE.

Dans les hémorrhagies essentielles et plétiioriques, il y a souvent des prodromes caractérisés par la turgescence sanguine générale ou locale, avec pesaneur prurit et chaleur dans plusieurs points de l'organisme. Le pouls est or 'plein et les veines dilatées; puis, au moment de la rupture vascula.re et de l'écoulement du sang, il y a des horripilations, de la chair de poule, dps malaises de l'anxiété, avec concentration du pouls : c est ce qu on appelle tZlimen \œmorrhagicurn, ou effort hémorrhapque Ces phénomènes vénérer degrés ou subitement, et, dans quelques c.rconstances Us peuvent Tpoh't se produire. L'hémorrhagie s'annonce alors par une douleur et une

''iTfoTsthém^^^^^^^^^^ produite, les phénomènes varient suivant la quantité de!ang P rdue, le siège extérieur ou intérieur de l'écoulement, la nature e les tctli^ràe l'oVgane affecté, circons communes aux autres classes d hémnrrha^ie et sur lesquelles je reviendrai plus lom.

EnXV^^ sang qui s'échappe des vaisseaux est rouge écarlate p ast.que. f mLITco gulable. Ce n'est que plus tard, si l'hémorrhag.e s'est frequemtt e^^^^^^^^^ le sang pâlit, devient aqueux et d'une coagula.on .0,. .T?omm;îa indiqué%I. Andral, la quantité de fibrine ne change i)as, SgSs roV^s Linuent, et l'eau augmente dans une proporUoa

''"^'^'h^morrhnsies ont lieu parles fosses nasales, par la muqueuse pulmonair:%a:r— P^'-^^"^'

sont trés-courtes et smv.s - j^^^^^^ périssent bien pa,

diques, quotidiennes, ^^^^ J^^^l^^, est suivie de la guérison dc-

le sulfate de ^I^^^'^^^ " ^-^couler ; mais, s'il en reste à l'inténe.n accidents, quand tout «ang a pu particulier de résorpuo.

aes viscères ou des ^^^^l^Zcn^ pas, il en résulte

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nution de fibrine est seulement relative, c'esl-h-dire lorsqu'elle resle ^ l'état normal, le nombre des globules étant fort augtnenté, les hémorrhagies ne sont pas très-fréquentes. Au contraire, si la diminution de fibrine est absolue et s'il y en a moins d'un millième dans le sang, des hémorrhagies ont lieu de toutes parts^ dans tous les tissus, et se reproduisent très-fréquemment. C'est ce qu'on observe dans le scorbut, dans le purpura, dans les typhus et dans les fièvres de mauvais caractère, dans quelques fièvres éruptives, etc.

A côté de cette altération de quantité de la fibrine, qui n'est pas la plus importante, puisqu'elle n'existe pas d'une façon constante, il faut placer celle qui porte sur les qualités de cet élément du sang, le ramollissement de la fibrine, déjà signalé par Huxham, Bouillaud, Piorry, etc., et enfin le mélange du sang avec les miasmes, effluves, virus et autres poisons raorbifiques. A ce titre, les hémorrhagies septiques sont toujours secondaires. On les observe dans la fièvre typhoïde, le typhus, la fièvre jaune, la peste, le scorbut, quelques varioles, quelques rougeoles, dans le purpura des maladies chroniques, dans la diathèse hémorrhagique ou hémorrhaphihe, etc. Et elles se produisent naturellement sous l'influence de causes occasionnelles très-légères, telles que la chaleur les bains chauds, la moindre contusion ou blessure, les variations de pression atmosphérique, etc. Leurs causes premières sont celles des maladies dans le cours desquelles elles se montrent; c'est-à-dire qu'on les observe à l'état sporadique, épidémique et endémique.

Les hémorrhagies septiques sont plus rarement accompagnées de prodromes que les hémorrhagies pléthoriques ; leur apparition est presque toujours subite, et, s'il y a des phénomènes précurseurs, ce ne sont pas ceux du molimem hœmorrhagicum, mais au contraire ceux d'une légère tension avec chaleur locale.

L'hémorrhagie est, dans la grande majorité des cas, le premier phénomène apparent. Les symptômes diffèrent, selon que l'hémorrhagie est extérieure ou iatérieurc, parenchymateuse ou extra-viscérale, forte ou faible. Si l'écoulement "^ sang est peu considérable, il n'y a pas d'autre phénomène morbide; mais, f est très- abondant, des frissons, le froid, la pfdeur, la petitesse du pouls, les défaillances et la syncope, annoncent une situation des plus graves, qui peut se ^miner par la mort.

jLes hémorrhagies ont ordinairement heu par les narines, parla muqueuse puitaire, par la muqueuse de la bouche, des bronches, de l'estomac, de l'intéstm, de la vessie et des bassinets du rein ; par les conjonctives ; par l'utérus ; dans le tissu des poumons, sous forme d'apoplexie pulmonaire ; dans le tissu cellulaire sous-muqueux, sous-cutané et intermusculairc, à l'cfat de pétéchies, de taches ccchymotiques et de foyers sanguins; à la surface de la peau, dit-on,' par les conduits sudorifères; enfin, par tous les points du corps, à l'occasion 'l'une écorchure, d'une saignée, de l'avulsion d'une dent, etc. Le sang coule "i-dinaireraent en nappe d'une manière continue ; il est noir, lentement coagulable et peu rétraclile; son aspect et sa couleur lui donnent tout à fait l'apna- ' cncc de sang veineux. '

D'abord peu abondantes et de siège unique, les hémorrhagies sepliques s'arrêtent assez facilement lorsque l'altération du sang n'est pas très-intense, mais elles se multiplient et deviennent souvent incoercibles lorsque la constitution est profondément altérée et qu'elles dépendent d'une dialhèse bien établie. On arrête assez vite les hémorrhagies de la lièvre typhoïde, et elles sont rarement mortelles; mais celles delà lièvre jaune, de la variole, du scorbut, etc., sont quelquefois si abondantes et si multipliées, elles s'opèrent par tant de surfaces à la fois, qu'elles aiïaiblissent rapidement les malades et qu'elles peuvent les faire périr.

l^Q^ hémorrhagies organiques dépendent d'une lésion de structure des vaisseaux produite par une altération organique, inflammatoire, gangréneuse, cancéreuse, anévrysmale, granulo-graisseuse, scrofuleuse, etc. Le sang qu'elles fournissent n'a pas de caractères particuliers, et sa composition dépend de la constitution des sujets chez lesquels se produit l'écoulement sangum. Ronge, coagulable et de bonne quahté dans le cas de rupture d'un anévrysme et d'inflammation d'un tissu, il est souvent noir, peu coagulable, dans le cas d ulcération cancéreuse, scorbutique, etc.

Les causes de cette hémorrhagie sont la rupture des gros et des petits vaisseaux parl'érosion et l'ulcération de leurs tuniques, occasionnée par la maladie principale. Les mouvements exagérés, les eflorts du malade, les variations barométriques, la trop grande chaleur, les vives émotions morales, les excitants locaux et généraux, favorisent singulièrement la production et le retour de ces

hémorrhagies, . . ,

Les hémorrhagies organiques ont lieu dans la plupart des tissus et au sem de tous les organes. Les dégénérescences fibrineuses et graisseuses des artenoles et des vaisseaux capillaires du cerveau font obstacle au cours du sang, et 1 impulsion du cœur produit une rupture qui amène l'apoplexie cérébra e^ poches anévrvsmales s'ulcèrent, et laissent passer le sang qu elles renfeiment . une varice, une tumeur érectile, se rompent, et voilà une hémorrhagie presque incoercible. Il en est de même des hémorrhagies intestinales, que produit l'oblitéra.ion de la veine porte, et dont j'ai rapporté un be exemple (1).

Il va des hémorrhagies organiques qui succèdent h l érosion des vaisseaux capilfaires granuleux produi.e par l'évolution des tubercules et a ni '^^^^^^^^^ exemple l'hémoptysie, lorsque la matière tuberculeuse existe dans les poumons. arTef;rogrèsd!i Lnier; e\la gastron4..gie, l'hémauirie, l'hém^^^^^^^^^^^ linale, la métrorrhagie, n'ont souvent pas d'autre ongnie qu cett pioduct.on anomale née dans l'estomac, les reins ou la vessie, l ■"^«^^'"'.^ "^j^^

Partout où se trouve un produit morbide végétant et en voie d ^^^^^ irritant les tissus ou amenant leur ulcération, le résultat est f^^^ se produire des hémorrhagies. C'est ce qu'on observe a la su.te des kystes

(1) E. Bouchut, Mémoire sur la fièvre puerpérale {Gazelle médicale, ISM}.

DES ilÉMORniIAGItS. 5Q|

foie ouverts dans les poumons, des entozoaires de l'intestin, des calculs du rein et de la vessie, îles polypes de la muqueuse nasale et de l'uiérus, des cancers superficiels ou profonds, etc. Tantôt alors l'hémorrliagic vient des vaisseaux de l'organe aiïeclé, parle fait de l'ulcération établie sur les limites de l'altération au voisinage des parties saines, et tantôt elle a lieu à la surface du produit morbide, à travers un polype vasculaire de l'utérus, à la surface d'une tumeur érectile, d'un cancer encé|)haloïde ulcéré, etc. J'ai vu de ces hémorriiagies, sur un champignon cancéreux du sein, donner lieu à des jets artériels projetés à 50 centimètres de la malade, ce qui est très-rare; car l'écoulement sanguin est ordinairement formé de sang veineux, noirâtre, bavant sur la tumeur.

A côté de ces hémorrhagics prennent tout naturellement place celles que produit l'inflammation, lorsqu'elle amène l'ulcération des capillaires d'une pariie ou des artères du voisinage; la gangrène, qui détruit les tissus et forme une eschare dont la chute peut occasionner l'ouverture des vaisseaux périphériques, etc.

11 y a d'autres hémorrhagics liées à des altérations organiques, et dont le mécanisme est tout à fait différent des précédentes. Ici, l'altération organique est encore le point de départ de l'écoulement sanguin, mais elle n'en est plus le siège. Ainsi les maladies du cœur, hypertrophie simple et obstacle aux orifices, par rétrécissement des valvules, les embolies de la veine pulmonaire et delà veine porte, sont le point de départ d'un grand nombre d'hémorrhagies. Cela est bien connu, et les travaux de Corvisart, de Bouillaud (1), de Virchow, l'ont surabondamment démontré. Mais, dans ces cas, où a lieu l'hémorrhagie? dans le cœur? Non, ou du moins cela est très-rare. Elle se produit dans le cerveau, dans les poumons principalement, à la surface de la muqueuse pituitaire, dans l'estomac, dans la peau, etc., sous l'influence de la gêne au cours du sang et de la distension des capillaires parce liquide. La rupture vasculaire se fait, comme on voit, loin du siège du mal ; et sans être entièrement l'effet mécanique de l'altéi'alion du cœur, puisque sa détermination est produite par le spasme, elle est en grande partie sous cette influence.

Les hémorriiagies fraumatiques, produites parles coups, les chutes, les contusions, les violences et les blessures de toute espèce, sont extérieures ou intérieures, fortes ou faibles, suivant l'étendue de la blessure et le volume du vaisseau divisé. Superficielles, et n'intéressant pas de gros vaisseaux, elles s'arl'ètent aisément; profondes, au contraire, elles sont plus graves, surtout si elles intéressent une artère volumineuse. Alors elles peuvent être rapidement mortelles. Il arrive quelquefois qu'elles sont favorisées dans leur apparition par la présence d'une diathèse; c'est un des cas les plus graves qu'on puisse imaginer. Une saignée, chez un scorbutique, peut donner lieu à un écoulement sanguin

(1) Bouillaud, Traite des maladies du caur. Paris, 18/11.

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