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MALADIES DU SANG, OU NOSOHÉMIES

transformèrent gradiicllemeiit sans passionner personne. En perdant leur abso- I lutisme, chacun était libre de venir y puiser selon ses inspirations éclectiques, ! et la plupart des médecins lireiit alors, comme il convient, une part convenable ' aux altérations des humeurs et des solides dans la production des maladies. Une réaction plus grande devait se produire. Scandalisés des ridicules prétentions de I l'humorisnie, Cullen, Jean Brown, inspiré des idées et des doctrines de ïhé- I raison, Pinel, repoussèrent complètement cette doctrine, et l'anatomie pathologique moderne, poussée sur ces entrefaites à un très-grand degré de perfection, acheva de faire croire que toutes nos maladies étaient primitivement le résultat d'une altération des solides.

C'est à ce point, qu'au commencement du xix° siècle, les fièvres éruptives, telles que la variole, la rougeole, la scarlatine, étaient considérées comme des i maladies de la peau (Rayer); que la syphilis n'était qu'une inflammation; que I les dartres étaient une illusion de l'esprit, et qu'il n'y avait ni diathèses ni virus.

Des élèves même, fascinés par l'éloquence de leurs maîtres, s'inoculèrent la I vérole pour démontrer la non-existence du virus syphilitique, et quelques-uns J payèrent de la vie cette folle imprudence. Alors toutes les maladies avaient pour siège le solide, et, docile à la voix de Broussais, chacun les attribuait à l'irrita- 1 lion déterminant une inflammation aiguë ou chronique. Le rôle du sang et des I humeurs était complètement effacé de la médecine, et il fallut que des analyses chimiques du sang par Denis, Lecanu, Prévost et Dumas, Amiral et Gavarret, Becquerel et Rodier, vinssent étabhr, avec une évidence jusqu'alors inconnue, j qu'il y avait dans l'aliération de ce liquide et de ses dérivés des éléments patho- ^ géniques de la plus haute importance.

C'est à l'étude physique et chimique des éléments du sang que la médecine est redevable de son retour aux idées humorales sans lesquelles il n'y a pas de science complète. Ces recherches laissent encore beaucoup à désirer, elles ' auraient besoin d'être poursuivies avec patience, dans toutes les maladies de l'homme et des animaux; mais, telles que je vais les indiquer, elles représentent >f UQ immense progrès sur les connaissances antérieures.

Comme la mer donne et reprend à ses rivages, le sang ramène quelque chose de toutes les parties du corps auxquelles il cède quelques-uns de ses éléments. Véritable sève animale répandue dans tout le corps par d'innombrables canaux, c'est n u le chair coulante », aux dépens de laquelle s'efl^ectue la nutrition de • nos tissus. Tout en part et tout y revient. C'est un échange continuel etuni- ' versel. Nous ignorons la véritable nature du sang, car ce liquide change aux différentes heures du jour, avant et après le repas; il n'est pas le même dans les artères que dans les veines, dans les glandes en action que dans les glandes au repos, et, d'après le vaisseau d'où on le tire, il olfre une composition difi férente. Si la chimie nous donne quelques notions sur les proportions relax

tives des él6mems qui le composent, elle ne nous apprend rien sur les modifications bien plus importantes qu'ils subissent dans les dialhèses et dans la constitution primitive des êtres (1).

Le sang est un liquide rouge, visqueux, alcalin, d'une odeur fade, d'une saveur salée, douce, d'une densité qui varie de 1040 à 1060, et composé de U5 éléments, dont les principaux sont l'eau, la fibrine, l'albumine, les globules, les sels et des gaz. Sur 1000 parties, on y trouve :

Andral et Gavarref. Becquerel et Rodier.

Eau 790 779

Globules 127 141

Fibrine 3 2,2

Albumine 68 69,4

Sels 12 8,4

Sa composition varie, et la proportion de ses éléments diffère dans les artères.

Là il contient plus d'oxygène, moins d'acide carbonique, moins d'eau, pins de fibrine et moins de globules. Dans les veines du bras, il est plein de caséum, de graisse et de sucre après le repas. On y itrouve du glucose dans la veine porte, à sa sortie du foie. Il est rouge dans les veines des glandes en exercice; enfin, dans les capillaires, il renferme peu ou point de globules.

Sa température est de + 36° centigrades, et sa quantité de 20 livres environ, ou à peu près le huitième du poids du corps. Sorti des veines, il se coagule, forme un caillot qui se resserre pendant trois jours et nage dans le sérum. Il renferme des globules rouges, des globules blancs ou leucocytes, et des globulins.

Les globules rouges sont circulaires, aplatis, déprimés au centre, de 0'"'",006 à 0'"'",007 de diamètre, pâles, quoique colorés, impressibles et contractiles. L'eau salée et sucrée les conserve ; ils se contractenjt sous l'influence de l'acide nitrique et se dissolvent dans l'ammoniaque ou l'acide acétique. Quand ils se dessèchent, ils se crispent, prennent l'aspect d'une roue d'engrenage et l'eau les réarrondit.

(1) Le sang n'est aux yeux d'un médecin qu'une masse de chair fondue ou coulante, une sorte de gelée, un amas de suc nourricier .'emblable, à bien des égards, à la partie d'un œuf "u'on appelle le blanc, mais qui, au lieu d'être contenue, ainsi que cette portion de l'œuf, dans des cellules qui se communiquent les unes aux autres, l'est dans des vaisseaux et leurs dernières ramilications et dans le tissu spongieux des parties. Celte chair coulante s'étend de ces ramifications jusqu'aux gros couloirs, où elle forme un lorrcnl auquel toutes les portions de chair vivante et mobile se concentrent et viennent aboutir ; d'où enfin elles repartent pour aller retrouver le tissu des parties solides, se recollera elles et à leurs interstices, refaire un môme corps avec elles. (Bordeu, OEuvres, t. II, p. 930.)

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