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MALADIES DU SANG, OU NOSOHÉMIES

Les globules blancs ou leucocytes, beaucoup plus gros et moins nombreux, sont aux globules rouges comme 1 est à 100 ou 200. Leur diamètre varie de 0""",015 à 0'"'",020 de diamètre. Ils sont spliériques, granuleux, frangés, remplis de trois ou quatre granulations intérieures, impressibles, contractiles et doués de mouvemenls d'expansion fort curieux. Conservés sur le verre

FiG. 30.— Globules sanguins Fig. 31. — Globules à noyau d'un fœtus Immain Fig. 32. — Globules d'un homme adulte (*J. Agé de six semaines (**). blancs (***).

du microscope, ils poussent des prolongements comme les cornes d'un limaçon, et ils les rentrent au bout de quelques heures. L'eau ne les altère pas, et ils se contractent sous l'influence de l'acide acétique, qui fait paraître les noyaux.

Les globulins sont peu nombreux, arrondis et varient de O^^.OOS à 0'"'",005 pour le diamètre.

Certaines conditions modifient la composition générale du sang. II y a plus d'eau et moins de globules rouges chez la femme que chez l'homme, de même chez les enfants et chez les vieillards.

L'alimentation animale y détermine plus de globules et moins d'eau, et l'alimentation végétale moins de globules et plus d'eau. Enfin, la grossesse y introduit des changements de la plus haute importance. On y trouve moins de fibrine et moins de globules du premier au sixième mois, et du sixième mois à l'accouchement plus de fibrine avec un léger abaissement de. globules.

Le sang est un organe vivant qui participe de la vie de tous les autres organes let qui reçoit l'influence des impressions morbifiques comme tous les tissus. Il peut être malade, et la composition peut varier dans les maladies. Altéré dans i sa masse, qui est augmentée ou modifiée par des substances nouvelles, telles que

(*) n, globule rouge ordinaire, ayant la forme d'un disque; fc, globule blanc; c, globules ronges v\is de J^iite, appuyés sur leurs bords ; li, globules ronges ayant la l'orme d'une pile d'écus ; e, globules rouges anguleux ; l'examen leur a fait perdre une partie de leur contenu et a prodiiit leur forme ratatinée ; f, globules rouges ratatinés, !i bords mamelonnés; leur face présente un soulèvement semblable à un noyau; g, ratatinement plus eiimplet ; II, dernier degré de ratatinement, eorpuscnles niélaDii|iu>9. — Grossissement : 280 diam.

(**) eellides liomoiçènes, de grandeur variable, avec un noyau simple et proportionnellement volumineux ; les unes sont légèrement granulées, le pins grand nombre présente nu aspect iinmogène ; dans un point, on remarque un glolmle blanc ; h, cellides à noyiiux très-petits et très-nets ; leur conteiui est ronge ; c, l'action •le acide acétii|ue a rendu les noyaux anguleux ratatinés ; plusieurs sont troubles ; ilans un point, on voit un corpuscule granulé. — Grossissement : 280 diamètres.

(***) A, sans noyaux visibles; H, avec noyaux ; C, i l'état de contraction.

602 PATHOLOGIE GÉNÉRA.LK.

la bile, le pus. les leucocytes, les entozoaires, les bactéries, le caséum, le glu--, cose, etc., ou dans ses éléments, dont la quantité et les qualités peuvent êtreii changées, il devient la source de désordres fonctionnels considérables. Ces alté- ".j rations sont primitives ou secondaires. Ainsi la pléthore, l'hydréinie, la pyobémie, la cholémie, le scorbut, l'hémophilie, les diathèses, sont souvent det maladies primitives du sang; l'anémie, l'hypoglobulie, l'augmentation de lai fibrine, etc. , sont des nosohémies secondaires.

Il importe donc d'étudier : 1" les maladies du sang que caractérise l'altération de quantité et de qualité des éléments du sang, tels que l'eau, la fibrine, les i globules, l'albumine, le fer, les sels, etc.; 2" les maladies du sang que produisent des principes surajoutés, tels que le glucose, l'urée, l'acide lactique, les gaz, la graisse, la bile, les entozoaires, les bactéries, la matière cancéreuse, le ?, pus, etc. ; 3° les maladies du sang que révèlent seulement des manifestations > morbides semblables ou différentes, mais de même nature dans tous les tissus, , ce qui caractérise les diathèses.

Le sang peut être altéré dans sa masse, qui est augmentée ou diminuée d'une ; façon assez considérable pour donner lieu à un certain nombre de désordres i fonctionnels. Ce qui constitue l'hypertrophie dans un solide augmenté de vo- • lume forme ici la pléthore ou polyémie, c'est-à-dire la réplélion troj) grande ^ du système sanguin. Trop ou trop peu de sang sont des choses également nuisibles. En effet, il y a un autre état morbide, qui est le contraire de la pléihorej dans lequel la masse du sang est diminuée, c'est l'anémie. Ces deux altérations du sang n'existent pas seules, et ces modifications de quantité coïncident toujours, la première avec l'augmentation proportionnelle des globules rouges, et l'autre avec l'augmentation de l'eau, la diminution de l'albumine, des globules et des sels. J'en reparlerai plus loin.

On a nié cette augmentation et cette diminution de la masse du sang chez les individus atteints de pléthore ou d'anémie, par ce motif qu'elles étaient impossibles à démontrer par l'analyse. La raison n'est pas suffisante, et ce que l'expérience n'a pu établir, l'observation des malades le prouve avec évidence. En effet, la fermeté des chairs, la dilatation des veines superficielles, la coloration des capillaires, la rougeur des muqueuses, les congestions cérébrales et piilinonaires, les hémorrhagies nasales ou bronchiques au moindre effort, etc. , prouvent qu'une grande réplélion du système sanguin caractérise la pléthore vraie. Il en est de même dans la fausse pléthore, dite pléthore séreuse, où, sauf la coloration rouge des capillaires cutanés, existent les mêmes phénomènes de polyémie donnant lieu h des troubles fonctionnels semblables.

D'une autre part, il est impossible de contester que dans certains cas d'anémie il n'y ait diminution de la masse du sang. Qu'on en recherche la cause, et la démonstration sera complète. Au temps dcBroussais, dont la thérapeutique anliphlogistiquc a fait tant de mal, lorsque les saignées, les sangsues et la diete étaient employées contre des gastralgies (pi 'on croyait être des gastrites, on a

MALADIES DU SANG, OU NOSOHÉMIES. 603 Il VU des femmes réduites à une maigreur excessive, pilles, irritables, ne pouvant iplus supporter la lumière, accablées de névralgies ou de viscéralgies, et qui guérissaient sous l'innucnce d'une nourriture abondante et d'un régime réparateur capable de refaire du sang.

Une femme en couche, un blessé, qui viennent de perdre beaucoup de sang, n'ont plus de pouls, ne peuvent se remuer sans tomber en syncope, et ils se raniment par la transfusion. Des sujets affaiblis par la misère ou par la famine, que l'alimentation insuffisante rend malades, sont pâles, maigres avec des veines superficielles rélrécies, remplies de sérum à peine coloré en rouge, guérissent par une bonne nourriture. Dans tous ces cas, et j'en pourrais citer bien d'autres, une même cause, la diminution de la masse du sang, doit être invoquée si l'on veut se rendre un compte exact de la production des accidents morbides.

( Les éléments du sang peuvent être altérés dans leur qualité et dans leur ' quantité. Il en est un surtout qui offre cette double modification d'une manière très-évidente. C'est la fibrine. Cet élément, qui est en dissolution dans le sang , dans la proportion de 2 à 3 parties sur 1000, représente véritablement de la ■ chair coulante, car elle se coagule dès qu'elle est sortie des vaisseaux qui la renferment. C'est la partie plastique aux dépens de laquelle se forment nos tissus, et qui donne au sang ses propriétés coagulables. La fatigue excessive, la course, la mauvaise alimentation, etc., peuvent en altérer les qualités, lui enlever sa plasticité, et] même anéantir complètement ses propriétés coagulables. Forcez I un cerf à la course jusqu'à ce qu'il tombe haletant ou épuisé, et son sang restera ' fluide, nul caillot ne se formera dans son intérieur, il aura perdu toute plasticité. Il en est de même de certains cas de scorbut. Polli, Ilérard, ont cité des cas où, chez des scorbutiques, le sang d'une saignée est resté complètement ûuide, sans que le battage ait pu isoler le moindre lambeau de fibrine coagulée, il est ' probable que, dans ces cas, cet élément dénaturé avait changé de forme sans cesser d'être, et qu'il n'était que ramolli. Ailleurs, on constate seulement le ramollissement de la fibrine, c'est-à-dire la flaccidité des caillots, la mollesse des filaments fibrineux que l'opéralion du battage retire du sang des veines. » Ainsi en est-il du scorbut, du purpura, des typhus, de la fièvre typhoïde et des maladies pestilentielles, putrides ou hémorrhagiques. C'est la loi de toutes les alTections typhoïdes, et de la classe d'hèmorrhagies dites passives. Toutes ont pour lésion le ramollissement plus ou moins prononcé de la fibrine, et c'est à ce caractère qu'on reconnaît les nosohémies putrides et scorbutiques. La maladie du sang est primitive dans le scorbut, dans le purpura, dans l'hémorraphilie, chez un animal fourbu par la course ou surmené, dans le typhus et dans la fièvre typhoïde adynamique, dans les fièvres éruplives graves, dans la fièvre puerpérale, etc. Elle est secondaire dans le purpura consécutif aux maladies ' chroniques de l'enfance, dans la résorption purulente des plaies, des larges » brûlures, de la diphthérite infectante, etc. Mais, quelle que soit sou origine, ses

caractères, ses symptômes et ses terminaisons sont à peu de chose près constam ment les mêmes.

Si la fibrine est quelquefois moins coagulable, elle peut l'être davantage, et!< dans les cachexies des maladies chroniques, celle du sang veineux l'est au con-itraire davantage, et il en résulte ces thromboses veineuses qui constituent lalf phlegmatia alba dolens (1), et qui donnent quelquefois naissance à des embo-n lies (2).

En même temps que la fibrine s'altère dans ses qualités, elle subit d'impor-^ tantes modifications de quantité. Elle s'accroît ou diminue selon les maladies, i C'est ce qu'ont fait connaître MM. Andral et Gavarret (3), Becquerel et Ro-dier(ii). Ainsi elle est constamment augmentée dans les phlegmasies, pourvut qu'elles aient une grande intensité et une certaine durée. C'est là un faiti général indépendant de l'âge, du sexe, de la force et de la faiblesse des individus; on le retrouve partout, même chez les animaux. C'est la caractéristique de^ l'état inflammatoire. De 3 millièmes elle s'élève à 4, 5 et jusqu'à 10 miUièmes. u

Pneumonie 7 à 8 et 9 millièmes et demi.

Entérite aiguë fébrile 6 à 7 millièmes.

Pleurésie, dysenterie 5à6 —

Cystite, vaginite 4à7 —

Stomatite mercurielle 4à5età6 —

Il en est ainsi dans toutes les inflammations de quelque durée, ayant une i certaine violence. Seulement, la lésion du sang n'est pas antérieure à l'état i phlegmasique ; elle lui est consécutive, augmente avec lui et disparaît avant sa i résolution. C'est, dit-on, la conséquence de la conversion de l'albumine, qui diminue au même moment, mais il n'y a rien de bien établi à cet égard. Il est i vrai de dire que l'albumine et la fibrine sont des composés presque semblables s sous des formes difl"érentes, mais la conversion de l'une dans l'autre n'est jusqu'ici qu'une pure hypothèse.

L'augmentation de la fibrine existe également dans un état physiologique qui, par ce caractère, se rapproche un peu de l'état inflammatoire. Il s'agit de la gestation. Du premier au sixième mois la fibrine conserve ses proportions normales, et il se peut qu'elle s'abaisse à 1 millième et 8 dixièmes; mais du sixième au neuvième mois elle atteint les chiffres de k millièmes ou de U millièmes 8 dixièmes, ce qui explique l'état couenneux du sang et la résistance au froid chez les femmes enceintes.

La quantité de fibrine diminue un peu dans quelques fièvres éruptives, daii^

(1) E. Bouchut, De la coagulation du sang veineux dans les maladies chroniques et de la phlegmaiia alba dolens (Gazede médicale, et 1845).

(2) Voyez Embolies.

(3) Andral et Gavarret, Recherches sur les modifications de proportion de quelques principes du sang dans les maladies. Paris, 1842.

(4) Becquerel et Rodier, Recherches sur la composition du sang dansl'élal de santé et de maladie . Varis, 1844.

MALADIES DU SAJNG, OU NOSOHÉMIES. 605

la fièvre typhoïde, etc. , mais le fait n'a rien de constant, et dans beaucoup de cas sa proportion reste normale. Cet élément n'offre d'autre altération qu'une diminution de consistance pouvant aller jusqu'à l'incoagulabilité, et c'est à celte circonslance qu'il faut attribuer les hémorrhagies observées dans les fièvres.

Ou trouve encore la diminution de la fibrine dans le scorbut; c'est là la règle, et les cas excepiiounels où, dans cette maladie, on a trouvé un excès de fibrine dans le sang, s'expliquent par la coïncidence chez les malades d'une phlegmasie locale de quelque intensité.

L'albumine du sang peut être augmentée dans ses proportions, diminuée ou modifiée dans sa nature. Il n'y a pas de maladie où son augmentation soit chose constante, mais, en revanche, sa diminution est, ainsi que l'a démontré Becquerel, la cause d'une classe entière d'hydropisies dites cachectiques. Cette diminution est primitive ou secondaire. Elle est primitive, lorsqu'elle résulte de la privation des aliments ou de leur mauvaise élaboration; elle est secondaire si elle est causée par de grandes hémorrhagies, par la néphrite albumineuse, par l'intoxication paludéenne, par la cachexie cancéreuse et par toutes les maladies chroniques. Dans tous ces cas, l'albumine descend à 66, à 6^i, 60 et même 50 millièmes, ce qui est très-variable selon les individus ; mais au-dessous de 60 millièmes la production de l'œdème est inévitable.

Chez ces malades, il y a toujours de la pâleur, qu'explique la diminution des globules rouges, qui a lieu au même moment; de la faiblesse, de l'essoufflement, de» palpitations au moindre exercice, de la dyspepsie, des douleurs névralgiques, de l'insomnie, de la tristesse et de l'hypochondrie; enfin, de l'œdème ou de l'anasarque et des suffusions séreuses, viscérales, si la perte de l'albumine du sang est très-considérable. C'est à cette nosohémie que les malades affectés de maladies chroniques sont redevables d'une foule d'accidents secondaires, quelquefois plus pénibles à endurer que la maladie principale.

La diminution de l'albumine du sang est la principale modificaWon de l'anémie et de l'hydroémie, avec l'abaissement du chiffre des globules rouges. Que l'anémie soit primitive ou secondaire, le fait est le même, sauf quelques variations insignifiantes dans les chiffres, et toujours avec cette nosohémie portée à un certain degré, il y a tendance à la production des hydropisies.

11 n'en est pas de même dans la chlorose, maladie si voisine en apparence de l'anémie, par la décoloration des tissus et par quelques-uns de ses symptômes. Là il n'y a jamais diminution de l'albumine; la maladie du sang consiste surtout dans un abaissement considérable de la proportion des globules rouges, et il n'y a jamais production de suffusions séreuses comme dans l'anémie.

VU

Les f/lohules du sang peuvent être altérés dans les maladies, soit dans leuf quantité, qui est accrue ou diminuée, soit dans leur nature. A l'inverse de la

fibrine et de ralbumiiie, qui sont des principes immédiats simples, et consé-t cjuemment moins susceptible d'adultération, les globules rouges sont composés!^ de plusieurs parties, une enveloppe, un liquide intérieur, une matière colorante* associée au fer, un noyau, qui toutes peuvent être altérées. Ainsi, sans cesscrT d'otre, le globule rouge peut être moins coloré, moins chargé de fer que dans* l'état habituel, et en même temps que le chiffi e total des globules du sang est 4 diminué, il peut y avoir une diminution de la matière colorante de chaque glo-. bule en particulier.

La proportion normale des globules du sang est, comme on le sait, de< 127 millièmes pour MM. Andral et Gavarret, ou de Ul millièmes d'après s A. Becquerel. Elle est un peu plus forte de un à (juarante ans que de cet âge< à la mort; dans la période de la vie menstruelle chez la femme qu'après l'âge i critique, et chez les sujets qui ont une nourriture fortement animalisée ou chezi les carnivores que chez les individus qui font un grand usage des végétaux.

Elle est également plus considérable que de coutume dans la pléthore, état intermédiaire entre la santé et la maladie, heureuse disposition dans laquelle le moral, ouvert à toutes les inspirations généreuses, s'allie à une excellente disposition physique des organes. Mais, poussée à un haut degré, la pléthore devient 1 une maladie où la réplétion du système vasculaire joue un rôle de compression • intérieure des organes qui ne laisse pas que d'en gêner les fonctions. Ilenr résulte des étourdissements, des vertiges, des congestions, des hémorrhagies et » notamment des épistaxis. Alors le chiflVe des globules rouges est augmenté; : il s'élève à 150 et 160 millièmes, ce qui détermine la coloration rosée de tousî les tissus, surtout de la peau, mais ce n'est pas là le caractère essentiel délai maladie. La pléthore est, comme je l'ai dit précédemment, plutôt la consé- > quence d'une augmentation de toute la masse du sang, produisant la turges- cence et la réplétion des tissus, que de l'accroissement du chilfre des globules ? rouges. En effet, il peut y avoir pléthore, sans hyperglobulie, par suite de l'aug- mentation de l'eau. C'est ce qu'on observe dans la pléthore séreuse, ou fausse t pléthore. A part cette restriction nécessaire, je conviendrai que dans la véritable t pléthore il y a toujours un accroissement notable des globules rouges uni à « une augmentation de la masse totale du sang.

La diminution des globules rouges, tant qu'elle n'est pas trop considérable, est, comme leur augmentation, parfaitement compatible avec la santé; mais si la réduction est trop forte, si elle arrive au-dessous du chiffre de 100 millièmes, c'est l'état morbide qui commence. Cet abaissement du chiffre des globule^ rouges, qu'on peut spécifier du mot d'hypoglobulie, s'observe dans la chloros. et dans l'anémie. C'est une nosohémie primitive, lorsqu'elle se développe chez les sujets d'un tempérament très-lymphatique ou irès-nerveux, à la suite de la > diète absolue, de l'alimentation exclusivement végétale, ou d'une alimentation insuffisante, enfin dans la chlorose, où la diminution est toute spontanée. La 1*^^ autres éléments du sang conservant leurs proportions normales, différence fon^ damentale avec l'anémie, le chiffre des globules, d'après M. Andral, tombe 80, 70, 60, 40, 38 et même 28 millièmes.

MAXADIES DU SANG, OU NOSOHÉMIES. 607

L'Iiypoglobiilio est consécutive, au contraire, dans le cours de toutes les maladies chroniques, en m«nie 'temps que la diminution de l'albumine, dans la , sypliilis constitutionnelle grave, dans la cachexie saturnine, paludéenne, après de fréquentes hémorrhagies ; et alors la proportion des globules, notablement ■ réduite, est représentée par les chiffres de 90, 60 et 30 millièmes, avec possibilité de rencontrer tous les chiffres intermédiaires.

Quand l'hypoglobulie existe seule, il y a chlorose; associée à la diminution de l'albumine, des sels et de l'eau, c'est l'anémie; enfui, quand on la rencontre ï avec l'augmentation de sérum, on dit qu'il y a hyclroémie, fausse pléthore ou S pléthore séreuse, caractérisée par des symptômes qui se rapprochent assez de ceux de la vraie pléthore globulaire, pour qu'un médecin peu expérimenté fasse souvent la confusion de ces deux états morbides. La diminution des globules rouges et l'augmentation du sérum existent géné- ! ralement dans un état qui n'a rien de maladif, au début de la grossesse, du deuxième au sixième mois, et leur proportion est alors représentée par les chiffres de 110, 100 et même 90 millièmes, ce qui est rare. Il en résulte des troubles fonctionnels particuliers de pléthore séreuse ou fausse pléthore, tels I que vertiges, étourdissements, tintements d'oreille, obnubilations, etc., que I l'on a combattus par les saignées répétées, ce qui est une faute. Dans ces cas, une saignée peut être utile pour remédiera la pléthore séreuse en désemplissant le système sanguin, mais il faut tâcher de n'y pas revenir, et de neutraliser les < accidents au moyen des préparations ferrugineuses.. Cette nosohémie de la t grossesse n'est pas de la chlorose ni de l'anémie, c'est de la fausse pléthore, et, en raison de la réplétion des vaisseaux associée à Fhyperglobulie, elle réclame l'emploi de la médication complexe que je viens d'indiquer.

I Les globules blancs du sang, peu nombreux à l'état normal, dans la proportion de 1 deux-centième environ, relativement aux globules rouges, sont des corpuscules vivants, doués de sensibiUté inconsciente et de mouvement propre. Ils se contractent, et, comme l'a fait connaître M. Davaine, quand on les ob- > serve plusieurs heures, entre deux lames de verre, sous le microscope, ils ' poussent des prolongements autour de leur circonférence, qu'ils rentrent ensuite dans leur intérieur, comme un limaçon qui montre et cache ses cornes. Tout à • fait incolores, plus gros que les globules rouges, d'un diamètre de 0'"'",015 à ' 0""",20, granuleux à leur surface, frangés sur les bords, leur proportion nor- ' maie ne peut augmenter d'une façon très-considérable sans donner lieu à un état morbide voisin de l'anémie, que Rennelt et que Wirchow ont fait connaître sous le nom de leucocijthénàe ou de leucémie. Dans ce cas, la proportion des globules blancs relativement aux globules rouges a été signalée comme étant de 1 sur 60, sur 50 et môme sur 15 au Heu de 1 sur 200 qu'elle aurait dû être. J C est à tort qu'on a considéré la leucocythémie comme une maladie primitive, comme une entité morbide ; elle est, au contraire, toujours consécutive à

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un état morbide anlérieur. Comme je l'ai démontré (1), il y a une leucocythé- j mie locale qui résulte d'une plilcgmasie locale ; une leucocythémie généralel aiguë qui accompagne la fièvre puerpérale, la diphthérile et les maladies infec- lieuses ; enfin une leucocythémie chronique causée par les hypertrophies de la i raie, du foie et des ganglions lymphatiques. Dans ce dernier cas, c'est une i cachexie caractérisée par la pâleur terreuse ou cuivrée de la peau, par unei grande faiblesse, par des palpitations, des sulTusions séreuses, des bruiis de i souffle vasculaires, et enfin par une adynamie dont la mort est le terme.

La matière colorante du sang, ou hématosine, et le fer qui s'y trouve toujours, augmentent ou diminuent de quantité avec les globules rouges, dont ils suivent la progression ascendante ou décroissante. Ces deux éléments s'accroissent dans la pléthore globulaire, et on les trouve diminués dans l'hypoglobulie de la chlorose, de l'anémie et de tous les états cachectiques dans lesquels le sang a perdu ses globules. Dans ces cas, le fer, dont la quantité normale est de 550 millionièmes, tombe à Uki, à 366 et à 319. C'est sur ce fait que repose l'usage rationnel des préparations ferrugineuses dans la chlorose.

Il y a, dans le sang, plusieurs matières grasses qui peuvent s'accroitre ou i diminuer par le fait des maladies, mais la science ne renferme rien de bien précis i sur ce point. Ces matières grasses sont : la séroline, la cholestérine, un savon de soude, d'acide margarique, d'acide oléique, et enfin une matière grasse phosphorée. L'une d'elles, seulement, a été l'objet de quelques recherches qui méritent d'être mentionnées. 11 s'agit de la cholestérine, qui, évaluée au chiffre de 1 dix-millième dans l'état normal, augmente considérablement de quantité dans les phlegmasies aiguës et dans l'ictère. Dans ces cas, elle peut atteindre le chiffre de 175 millionièmes.

Parmi les matériaux inorganiques du sang, il y a des sels dont l'accroissement ou la diminution jouent un certain rôle dans l'étal morbide. Ils sont augmentés dans la pléthore vraie, et très-notablement diminués, au contraire, dans la pléthore séreuse et dans les cas où l'albumine du sang se trouve au-dessus du chiffre normal. Il en résulte une moindre densité du sérum, et forcement la production d'redème, d'anasarque et des suffusions séreuses. Ainsi s'explique la formation des hydropisies cachecliques.

Le sang renferme aussi des sels alcalins, auxquels on a voulu faire jouer un rôle considérable en pathologie, sans que l'expérience et l'observation aient justifié ces conceptions théoriques. C'est à leur présence qu'on attribue la disso-

(1) Douchul, Traité des maladies des enfants, 5«édU. Paris, 18G7, p. 1016.

MALADIES DU SANG, OU NOSOIIÉMIES. (iOU

lulion des éléments du sang et surtout de la fibrine, d'une façon compatible avec l'exercice de la santé. Dans un verre, leur excès liquéfie complètement la fibrine et lui enlève ses propriétés coagulables ; on a pensé qu'il en était de même chez les malades, et c'est à un excès de soude qu'on a cru devoir attribuer l'état particulier du sang, des fièvres et du scorbut. Malheureusement, dans ces cas, l'excès de soude libre dans le sang est encore à démontrer.

Le sang peut encore être malade par l'addition de substances qu'il ne renferme pas à l'état normal, telles que le pus, les entozoaires, la hile, la matière cmicéreuse, des bactéries, des fragments solides fibrineux ou cellulaires formant àes embolies, etc. , ou d'éléments qui ne s'y trouvent qu'en petite proportion ou d'une façon transitoire dans l'état habituel, comme la graisse, le sucre de glycose, les gaz, les acides lactique et urique, Vurée, etc. Il en résulte des nosohémies^plus ou moins graves qui constituent primitivement, ou d'une façon secondaire, des affections plus ou moins dangereuses.

La présence du pus dans le sang, niée par quelques médecins, surtout en Allemagne, est cependant incontestable et se révèle par des symptômes de la dernière évidence. — Ce liquide se mêle au sang, soit par ses globules et parleurs noyaux, ou seulement par ses éléments solubles liquides, tels que le sérum, et il donne lieu à une affection excessivement grave désignée sous les noms de pyohémie ou de pyémie. Cette affection est primitive, aîV/wè, dans les opérations chirurgicales, dans l'accouchement, dans la diphthérite, dans certains cas de fièvre typhoïde, de brûlure et de gangrène cutanée, etc., et on la connaît sous les noms de résorption ou d'infection purulente. Ailleurs on l'observe à l'état chronique, comme affection secondaire dans les plaies qui suppurent depuis longtemps, dans les larges brûlures, dans les abcès par congestion, dans les grands abcès du bassin, dans la phthisie pulmonaire avec cavernes tuberculeuses, etc. Une fièvre hectique dite de suppuration caractérise cette pyohéraie chronique.

Des fragments de fibrine détachés d'un caillot veineux, d'une végétation des parois du cœur ou de ses valvules; des plaques^ athéromateuses des artères; de petits caillots formés dans les capillaires; des fragments de cellules de pus ou de cancer, etc., peuvent se trouver dans le sang et produire, soit des embolies avec accidents variables selon l'organe affecté, soit des infarctus viscéraux, soit des phlegmasies et des abcès miliaires dans les organes internes, ce que l'on appelle des noyaux ou abcès métastatiques. — Virchow attribue tous ces abcès à des embolies capillaires et nie la possibilité d'une résorption purulente, mais c'est encore là une hypothèse, car si l'explication est valable dans quelques cas, il en est d'autres dans lesquels on ne pourrait en démontrer l'exactitude et dans lesquels aussi il est impossible de nier la résorption purulente, non de leucocytes entiers, mais de fragments cellulaires de pus qui, par leur migration, reproduisent du pus, ce qui est la même chose.

On trouve quelquefois, dans le sang, des entozoaires du genre Filaire, et ils

— PATHOL. GÉB. • 3g

(310 PATHOLOGIK GÉNÉUAF,):.

oui Clé (léti ils par (iuel(|iicH observaleurs, nolaniineiu par M. Cliaussai (i). .

La bile cl siirloiit sa malière coloraiile peuvent passer dans le sang en telle • qna'ntilé que la peau devient jaune, vcrdiilre ou noir olive très-foncé, que les . urines, les sueurs, sont teinles en jaune, de façon à lâcher le linge, ei, enfin, , que tous les tissus, tontes les humeurs, sont plus ou moins colorés. Celle ma- ■ ladic du sang constilne V ictère ou la cholémie. Elle est primitive lorsqu'elle • succède à une émotion vive qui la produit inslanlanément; lorsqu'elle apparaît ; d'emblée dans la fièvre jaune et dans l'ictère grave essentiel. lîlle est consécu- ■ tive au contraire, quand elle résulte d'une phlegmasie, d'un cancer ou . d'une tumeur hydalique du foie, quand elle est la consé(iuence d'une inflamma- • tion du duodénum, d'un obstacle quelconque apporté au cours de la bile.

La matière cancéreuse, ou plutôt le suc cancéreux, peut pénétrer dans le \ sang chez des personnes qui ont un cancer ulcéré, et c'est ainsi que s'expUque ' la diathèse cancéreuse manifeste par la production de cancers multiples dans . les "an^lions lymphatiques, dans les poumons et dans la plupart des tissus. J'ai i vu plusieurs fois, sur des cadavres de cancéreux, lous les lymphatiques superliciels du poumon injectés de malière cancéreuse, et, sur d'autres sujets, la matière cancéreuse se trouvait dans les veines voisines d'un cancer lorsque la i maladie avait ulcéré leurs parois.

Le sang qui ne renferme qu'une petite proportion de matières grasses daus l'état ordinaire, en a quelquefois une quantité énorme, au point d'être laiteux, blanchâtre comme du chyle. Cela arrive plusieurs fois par jour dans le travail de la dioestion, mais il n'y a point là d'état morbide. Il renferme quelquefois aussi des granules pignienlaires dans les anciennes fièvres intermittentes ce qni i

constitue la mélanémie.

Le sucre ou ghjcosc, qui n'existe normalement dans le sang de 1 homme que d'une façon temporaire, pendant la digestion, versé par le foie dans la veine norte dans la veine cave et dans les poumons où il se détruit par l'hématose, neut s'y trouver d'uiu'. façon permanente en quanlilé plus ou moins considérable Il en résulte un étal morbide grave connu sous le nom glycohémte, donnant lieu à l'émission d'urines sucrées, caractérisant le diabète ou glycor • surie Sans discuter ici la nature de cette affection, je puis dire qu'elle est;)n- • mi7ù'e et spontanée chez beaucoup de malades, tandis que chez, d autres elle est seconfZaiVe et résulte, soit d'une maladie de la moelle allongée, so.l d une affection pulmonaire capable de gêner beaucoup l'hématose.

les //«s qui sont en dissolution dans le sang peuvent s'y produire en plu> grande quanlilé, et s'y trouver à l'état libre par un mécanis.ne que la saena n'a pas encore pu approfondir. Ailleurs ces gaz viennent du dehors pn m plaie des veines du cou ou par une rupture des cellules du poumon coininu . quant avec les vaisseaux pulmonaires. U en résulte une pnemnatose vascnlai^ spontanée semblable à celles dont Olliv ier d'Angers, Piedagnel et Ourand- ardo ont rapporté des exemples, ou bien des pneumatoscs cardiaques traumatiques .j

(i) Chaussai, luèsc inaugurale. Paris, 18/i9.

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