‹ Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologieChapitre 157 sur 439 · MALADIES DU SANG, OU NOSOIIÉMIKS · texte numérisé non relu

MALADIES DU SANG, OU NOSOIIÉMIKS

I connues de tous les chirurgiens. Les unes et les autres sont rapidement mortelles , et c'est là une des plus incontestables formes de la mort subite.

Il est rare que des acides libres existent dans le sang. On l'a dit sans l'avoir ^ démontré, et ce sont les acides lactique et urique qu'on a supposés pouvoir accidentellement se séparer de leurs bases ordinaires. Il y a môme toute une théorie de la goutte qui repose sur le fait hypothétique d'une quantité anormale t d'acide urique libre circulant avec le sang, d'où le dépôt des urates de soude et ' de chaux dans les articulations et dans le tissu fibro-cartilagineux. Rien de tout 1 cela n'est encore suffisamment établi pour être accepté.

Vurée existe normalement dans le sang en proportion infinitésimale, mais il y a des cas où il s'en trouve des quantités considérables, ce qui entraîne des accidents excessivement graves de convulsions ou de dyspnée grave à moins j qu'on n'ait été trompé par quelc{ue fâcheuse coïncidence. On sait que dans l'état normal l'homme rejette de 35 à 38 grammes d'urée par jour par la sécrétion urinaire. S'il ne les rejette pas, ce qui arrive dans les maladies des reins et •• surtout dans la néphrite albumineuse, ils restent dans l'économie et dans le ) sang d'où, selon Wilson, Wachler et Frerichs, des accidents nerveux éclamp- I tiques graves désignés sous le nom d'icrémie et par d'aulres à'uririémie. On ^ s'est fondé sur ce fait que l'injection d'urée dans le sang des animaux les faisait rapidement périr de convulsions. L'expérience n'est pas probante et voici mes raisons :

1" Les résultats ne sont pas constants; j 2° La ligature des veines rénales ou l'extirpation des reins qui retiennent l'urée dans le sang ne produisent jamais rien de semblable;

3° L'injection de toute autre substance dans le sang produit des accidents ' convulsifs mortels;

h" Et puis comment soutenir que dans la néphrite albumineuse, la rétention de l'urée dans le sang est la cause de l'éclampsie albuminurique, quand on voit celte maladie si commune entraîner ordinairement la mort sans occasionner cette complication.

I Rien n'est fréquent comme la néphrite albumineuse et, par conséquent, fTurémie; combien est rare cependant l'éclampsie albuminurique! Dans ma pensée, les accidents nerveux qu'on attribue à l'urémie sont plutôt le résultat de riiydropisie cellulaire qui, gagnant les centres nerveux, produit, soit un œdème cérébral, soit la sulTusion séreuse des ventricules du cerveau.

xin

Parmi les principes étrangers au sang dont la présence au milieu de ce !■ liquide joue un rôle considérable dans la gravité des maladies, il faut citer les

fjucteries, infusoires parasites qui semblent être la cause d'un état général grave * indépendant de la maladie au milieu de laquelle ils se produisent. J Ces bactéries sont de petits bâtonnets cylindriques droits, minces, longs de

<J a 12 millièmes de millimètre, sans aucun mouvement spontané, Irès-çonvei-l

PATlIOLOClli «ÉNÈUAl,

mêlés à des vibriojjs propreiueiil dits très-agiles. 11 y cii a plusieurs variétés: les bactéries en bâtonnets, les bactéries ponctuées ou hacterium puncturn de', Dujardin, et le Bactorium catemUa qui est articulé.

Pour les bien voir il faut les rechercher avec un grossissement de 950 diamètres et avec un fort éclairage.

De plus, comme l'eau distillée et les plaques de verre employées sous le microscope conticimcnt des germes d'infusoires, il faut, si l'on veut éviter Ter- reur, avoir de l'eau distillée surchauffée, c'est-à-dire ayant passé dans un tube

FiG. 'iô.

Fii;. 34.

Les ligures 33 et 34 rein-ésentent le sang du cuiur d'un mouton mort d'une maladie cliai'bouneuse {sang de rate) ; le sang a (Hé extrait et examiné' aussitôt après la mort de l'animal, le 4 janYier 1866, la température atmosphérique étant voisine de 0°. Lés globules sanguins, devenus agglutinatU's, sont réunis par anms on îlots très-irréguliers. Les bactéridies qui occupent les intervalles sont droites ou coudées; les plus «^'"""i?* sont à peine visibles ; les plus longues ne dépassent pas deux centièmes de millimétrés. — Grossissement, 350. (Davaine.) — La fig-uro 33 représente «ne goutte de sérum ; la figure 34, une parcelle de caillot.

de porcelaine chauffé au rouge et gardée dans des flacons h l'émeri lavés à la potasse et à l'acide sulfurique. On lavera également de la même façon les plaques destinées aux recherches.

Ces bactéries ont été signalées en 18^8 par Fuchs dans le" sang des maladies septiques des animaux; puis par Brauel; par Pollender ; par Delafond, dans le sang charbonneux; par Davaine, dans le sang de rate; par Signol, sur les chevaux atteints de typhus; par Mayerhoifer (de Berlin), dans les lochies de la fièvre puerpérale; par Pouchet (de Rouen), dans le muco-pus des miiquemi^ enflammées; par Tigri (de Sienne), dans le sang d'un homme mort de fin-r typhoïde, par V. Poulet dans l'expectoration de la coqueluche, par d'autrc> dans l'expecloration de la rougeole, enfin par M. Coze et V. Feltz, dans le sang de diverses maladies septiques (1).

(1) Coze cl Feltz, Recherches sur la présence des infusoires du sang dans les diesi tnfetlieuses. Strasbourg, ISeci.

MAT-ADIKS DU SANG, OU NOSOllfîMlCS, 613

De toutes ces recherches, il résulte :

r Que sur le cadavre des animaux morts de typhus, de sang de rate ou de maladies infectieuses, et que sur les cadavres de l'homme mort de variole, de fièvre typhoïde, ou d'infection putride, le sang renferme un grand nombre

de bactéries ; .

2° Que ces bactéries inoculées à des lapins, par injections dans les veines, par injection sous-cutanée ou en lavement, donnent à ces animaux une maladie infectieuse putride grave, ordinairement mortelle, quand la dose injectée est

considérable. , Mais, dans ces recherches, où, sans le dire, on a l'air de croire que les bactéries sont la cause du typhus, de la variole, du sang de rate et des maladies infecaeuses, rien ne démontre qu'il en soit ainsi, «et, si telle a été la pensée des auteurs que je viens de citer, on peut hardiment soutenir qu'ils n'ont pas fourni la preuve de cette manière de voir. On peut leur objecter :

1° Que le sang n'est rempli de bactéries qu'après la mort, et qu'il est trèsrare de les observer pendant la vie ; 2° Que l'on s'est presque toujours servi de sang baclérique pris sur lés

cadavres ;

3° Que lorsqu'on a pris le sang bactérique sur l'animal vivant, les lapins auxquels il a été injecté n'ont pas été très-malades et ont pu guérir, de sorte qu'on pourrait croire que les bactéries sont un produit de fermentation putride, quelquefois possible pendant la vie, mais constante après la mort des animaux;

Enfin, que si les bactéries trouvées après la mort dans le sang des sujets morts de maladie infectieuse grave sont l'eflct plutôt que la cause de ces maladies, car elles n'ont aucune spécificité d'action, et loin de ressembler k une graine qui produit toujours le végétal d'où elle sort, elles donnent toujours naissance à la même maladie. Quelle que soit leur origine, bactéries de lyi)hus, bactéries de variole, bactéries de sang de rate, bactéries de maladies putrides, elles ne reproduisent pas, chez le lapin dans lequel on les injecte, de variole, de typhus ou de sang de rate; elles déterminent une fièvre continue grave, d'apparence typhoïde souvent mortelle.

Toutefois, il ne faut rien préjuger, la science ne doit pas se faire d'illusions et accepter sans discussion des faits de cette nature ; mais elle ne doit pas les dédaigner ni les combattre trop sévèrement. Mes objections me paraissent motivées par ce fait sans réplique que les bactéries ne reproduisent pas toujours la maladie d'où ils proviennent. Or, c'est ce qui devrait avoir lieu si elles étaient la cause de ces maladies. Dans celte situation, il faut attendre que de nouvelles recherches aient jeté la lumière sur ce point d'étiologie.

Pour le moment, je ne puis qu'applaudir et encourager ces efforts qu'il serait très-heureux de voir couronner par le succès, et je vais publier ici un résumé des recherches de Coze et V. Fellz (de Strasbourg).

Ces recherches se rapportent à trois infections distinctes : V infection putride, ' Vinfection typhoïde et Vinfection variolîque. Mais avânt, citons d'abord le passage suivant, qui est nécessaire pour comprendre ce que les expérimenta-

HU PATHOr.OGlK CÉNÉHALK.

teiirs do Sirasbonrg eiilciulciit par l'expression zone immobile, jusqu'alors i inconnue dans la science. '

« Dans cet examen microscopique (du sang), disent-ils, une circonstance '. nous a frappés, et nous n'avons trouvé le fait consigné imlle part. En tournant I la vis du microscope pour mettre l'instrument au point, on aperçoit comme un i semis de corpuscules tout h fait immobiles et assez rapprochés les uns des autres. Ce semis paraît tantôt, et le i)Ius souvent, fixé à la partie interne de la plaque recouvraute, tantôt, plus rarement, à la plaque inférieure.

» Nous avons donné à ce semis le nom de zone immo/jilc; elle est composée de bâtonnets et de points parfaitement situés sur un même plan, et apparaissant d'un coup à l'œil de l'observateur. Une forte proportion d'eau les détache et les fait marcher avec le liquide.

a Nous avons été longtemps à nous rendre compte de la nature de celte zone. Nous sommes à peu près convaincus aujourd'hui que nous avons affaire à des vibrioniens devenus inactifs; ces inliniment petits, ayant perdu leur activité propre, se fixeraient par agglutination, et en raison de leur nature sarcodique, à la surface du verre.

» Nous avons reproduit cette zone à l'aide d'infusoires actifs abandonnés sous une plaque pendant vingt-quatre ou trente-six heures. »

Voici maintenant d'après Coze et Feltz le Résumé général des faits relatifs à l'infection par matières putrides. — Chez les lapins, l'injection des liquides putréûés détermine la mort dans un temps plus ou moins rapproché ; rapidement, c'est-à-dire en trente ou quarante heures, si l'affection a été reproduite sur plusieurs animaux successivement.

« Contre toute prévision, la voie pulmonaire se montre plus réfractaire à l'absorption.

>) Ce sont les éléments moléculaires des liquides putrides et non le liquide qui sont septiques.

» Le symptôme le plus saillant est une élévation de température.

* On rencontre dans le sang des bactéries; le sang est profondément altéré, surtout dans les globules.

» L'analyse chimique indique une diminution dans l'oxydation des éléments piotéiniques et une légère diminution dans les combustions intra-organiques. Le sang renferme moins d'oxygène et plus d'acide carbonique.

» Les bactéries que l'on rencontre ont un aspect et une grandeur déterminés. Klles paraissent se détruire dans le sang assez facilement. Le foyer de celte destruction pourrait être surtout l'appareil pulmonaire.

« Nous sommes tentés d'admettre de par tous ces faits, disent les auteurs, qu'il y a un rapport direct entre les accidenis de l'infection et les petits organismes étrangers qui vicm-ient jouer dans le sang le rôle de ferments et se reproduire. Le sang d'ailleurs est un milieu parfaitement préparé pour un acte fermentalif : réaction alcaline, température, matières fermenlescibles.

» La fermentation U)uiefois ne nous paraît pas complète; l'absence d'odeur putride très-prononcée, la nature des fermenls, bactéries, qui ont pour mission

> MALADIES DU SANG, -ou NOSOllÈMiliS.

, . r ,„;,„P 1-. raoidilé de la mort et la facilité avec laquelle le sang

!'' r „ n .>°e qu'il l>'™l"i' ''""^ ' "■■S»'-->^'™ "

:rr,:He,.,e,,t ^ dé»o,,„es av„u <Va,.ri,c,. h la (e„.c„rat,o„

l '"fiire''l'o;ga,,i.„c esl ,ob„s.c. que le développement <lc. accidenté es. I „,„L °ouL„, l'animal pent rfeisler et échapper pai f.itement à nue >ntox,ca.,..n

; '" ^'*;»J As faits relalip à finfcction lypUide. - . Le sang linmain lyj phoîde non pnuél.é, pris snr le vivant, déternmie sur l'organtsim du lap.n des I effets très-appréciables.

Le saii" du lapin infecté de cette manière peut infecter à son tour le sans , d'animaux de même espèce; on reproduit ainsi des générations successives do . bactéries, et plus ces générations sont répétées, plus ces bactéries sont actives .

I ('t les accidents rapides.

., La zone immobile observée permet de diagnostiquer un sang malade. L'espèce de br.ctérie spéciale au sang typhoïde rappelle le Baclerium catcmla ; ses dimensions en largeur et en longueur sont très-petites. „ Le sang subit des altérations semblables à celles du sang putride. De l eau I distillée, mise en contact avec le sang typhoïde desséché et conservé, révivifie i les bactéries et reproduit Tinfection.

» La fièvre est indépendante de la localisation pathologique (pla(iues de Peycr), puisqu'elle peut exister sans cette altération intestinale; la fièvre se traduit par nne augmenlalion de température, dont la moyenne pour le sang typhoïde est de /i2 degrés un quart centigrades. Cette température est due probablement au i développement des bactéries par fermentation initiale, et peut-être aussi à la combustion rapide de ces petits éléments. „ La localisaiion pathologique (plaques de Peyer) se fait sur le lapin conune

chez l'homme.

( L'analyse chimique nous montre une diminution dans les phénomènes d'oxydation et de combustion.

» L'étude des gaz du sang indique une diminution générale d'oxygène dans le - sang et une augmentation d'acide carbonique. La combustion, qui ne s'est pas \ exercée sur les matériaux de l'organisme, s'est portée probablement sur les bac-

\ léries elles-mêmes. «

Résumé général des faits relatifs à l'infection par le sang varioleiix. — « Le sang humain varioleux est infectant pour les lapins.

Les infections successives amplifient la puissance des éléments infectieux. La mort survient en dix heures au minimum, et avec des doses d'inocula- ( lion très-petites.

>• Les voies d'absorption se rangent dans l'ordre indiqué pour les autres ini feclions.

-> L'élévation de température est très-forte (/i/i degrés centigrades en moyenne) .

«Les bactéries (lu sang varioloux correspondent aux. Baclerium termo deMullei et Baclerium bacillus de Pasteur. La proportion de ces bactéries est énorme dans le sang.

» L'analyse chimique signale une augmentation d'urée dépassant la normale p de 0,05, c'est-à-dire près du double, et une diminution de la glycose du saiigi de trois quarts.

.) La recherche du gaz du sang donne une diminution d'oxygène qui est en rapport inverse avec l'analyse chimique, de telle sorte que, pour expliquer n l'augmentation des phénomènes d'oxydation et la haute température, on estii obligé d'invoquer une autre cause que celle de l'oxygène du sang. |

» Voici maintenant en quels termes MM. Coze elFeltz résument les caractères m communs de ces divers modes d'infection. » i

Caractères communs à V infection en général. — « Lorsqu'un organisme se t trouve en contact avec des matières septiques, il peut absorber ces matières, que • •l'épithélium de protection des muqueuses soit ou non détruit.

» L'épithélium pulmonaire se montre plus réfractaire que d'autres; celui du rectum moins que celui de l'estomac.

» Ce sont les matériaux solides des liquides septiques et non les liquides qui développent les accidents (expérience de l'épithélium pulmonaire qui laisse passer les'liquides et résiste aux éléments solides [bactérites]).

» Le symptôme le plus tranché de la maladie infectieuse est l'augmentation de température.

» L'infection peut être suraiguë ou lente. Les localisations pathologiques sont en rapport avec cette dernière forme. » La mort survient brusquement.

» Au point de vue pathogénique, on peut dire que l'infection est une maladie du sang ; que les altérations de ce Hquide sont nombreuses.

') Le microscope nous montre dans toute infection :

» 1° Une altération dans la forme et la consistance des globules rouges (déchiquetures et diffluence) ;.

» 2" Une augmentation du cliifl're des globules blancs en rapport avec la prolongation de l'infection (leucocytose) ;

» 3" La présence dans le sang d'un nombre plus ou moins considérable d'in* fusoires (bactéries) ;

» Une zone immobile qui sert à diagnostiquer l'infection.

» L'analyse chimique nous indique une diminution dans le chiiïre des globules et les éléments albumineux, une augmentation dans la proportion de l'eau et de la fibrine, une diminution ou une augmentation des oxydations intraorganiques.

» L'analyse des gaz du sang permet de constater une diminution d'oxygène dans les sangs artériel et veineux, et une augmentation d'acide carbonique ; elle constate aussi qu'à la mort il y a dans le sang autant d'oxygène que d'acide carbonique; que la maladie tend à rapprocher les chill'res de ces deux gaz, ce qui. à l'étal normal, est loin d'exister.

Page 1