‹ Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologieChapitre 161 sur 439 · MALADIES ORGANIQUES. — COUP O'ŒIL SUR LES NOSORGANIES · texte numérisé non relu

MALADIES ORGANIQUES. — COUP O'ŒIL SUR LES NOSORGANIES

par Lebert (1), Charles Robin (2), etc. Décomposant les tissus d'après les éléments qui s'y trouvent et qui ont une part dans la jjroduction des maladies, M. Andral indique d'abord les altérations de quantité, de qualité et de situation des principes médiats, tels que l'azote, le carbone, le fer, le soufre, les sels, etc. , que l'on trouve dans les tissus; puis les altérations de quantité, de qualité et de situation des principes immédiats composant les liquides ou les solides, tels que l'albumine, la fdjrine, la caséine, l'urée, la gélatine, la ptyaline, le sucre de lait, Tacide lactique, la cholestérine, etc. ; et il s'occupe ensuite des altérations du sang et des liquides émanés du sang ; des altérations des solides par la formation d'éléments nouveaux analogues ou sans analogues à ceux de l'économie. Dans ce cadre où rien ne manque, Andral a placé tous les faits récemment connus dans la science, en faisant avec prudence la part des incertitudes qui régnent sur une foule de points à peine ébauchés. Malheureusement, pour remplir un pareil cadre, il faudrait que la science fût complète, et ce moment n'est pas encore arrivé.

Tout en profitant de ce travail, je n'en suivrai pas les divisions. Il y a dans les nosorganies des phénomènes généraux qui peuvent servir de base h l'étude de tous les faits de détail, en les éclairant d'un jour particulier, et je range à leur suite toutes les altérations de structure révélées par l'anatomie, en tenant compte des découvertes de la micrologie moderne. Ainsi, les nosorganies sont toutes des altérations de nutrition caractérisées :

i° Par l'aberration, Vexcès ou la diminution de la nutrition ou puissance trophique des éléments de nos tissus et de nos organes ; exemple : les hypertrophies, les atrophies, le ramollissement, l'ulcération et la gangrène.

2° Par l'hétérotopie trophique, c'est-à-dire par le déplacement de l'acte nutritif qui forme accidentellement une masse de tissu morbide dans un endroit où ce tissu n'existe qu'en petite quantité ; exemple : la production d'éléments de tissu connectif, glandulaire, fibreux, épithélial, vasculaire, cartilagineux, fibro-plastique, osseux, comprenant les méduUocèles et les odontomes, la production de tissu pigmentai re ou mélanique, la formation de caillots vasculaires et des fausses membranes, la kirrhonose, etc.

3° Par Y hétéromorphie trophique, c'est-à-dire par la perversion de l'acte nutritif, qui engendre des tissus ou produits composés d'élém.ents de forme nouvelle, n'étant que la transformation ou la dérivation des éléments anatomiques normaux delà région; exemple : le tubercule, le cancer, les productions amylacées, etc.

h" Enfin, par le parasitisme animal ou végétal, qui désorganise les tissus et dont le rôle pathogénique est immense.

Ainsi : 1° aberration trophique; 2° hétérotopie trophique; 3° hét&^omorphie trophique, et k" parasitisme végétal ou animal : tels sont les faits généraux que l'on trouve dans les nosorganies pour en classer les formes d'après la structure qu'elles offrent à l'observation clinique et microscopique.

(1) Lebert, Traité d'analomio pathologique. Paris, 1855-61.

(2) Robin, Programme du cours d'histologie. Paris, 1864.

SECTION II

DES NOSORGANIES CARACTÉRISÉES PAR UN EXCÈS OU PAR UNE DIMINUTION DE NUTRITION DES TISSUS ET DES ORGANES.

Ces nosorganies sont : l'hypertrophie, Vatrophie, le ramollissement, Vulcération et les gangrènes.

ARTICLE PREMIER

DE l'hypertrophie.

L'hypertrophie (de ÔTCEp, au-dessus; rpot^vî, nourriture), ou cxagératiou du mouvement nutritif normal, est une disposition des tissus et des organes dans • laquelle il y a une prolifération ou augmentation réelle de leur matière organique . sans altération de la forme des éléments cellulaires.

Elle dépend de l'activité plus grande du mouvement de nutrition moléculaire. Un plus grand nombre de molécules organiques et d'éléments cellulaires se déposent dans les tissus, ce qui produit une notable augmentation de leur volume et de leur force.

Tous les tissus et tous les organes, indistinctement, peuvent offrir, d'une manière générale ou partielle, cette modification du mouvement nutritif qui engendre l'hypertrophie, et ce n'est pas là le point le moins curieux de cette nosorganie. En effet, on comprend qu'un homme fort et robuste, de consUtutioa vigoureuse, présente, avec un gros squelette, des muscles et des organes volumineux et résistants; l'Hercule est un type de la plus forte nature humaine; mais, ce qu'il est moins facile de comprendre, c'est la propriété isolée d'un tissa on d'un organe de vivre autrement que les autres, en assimilant des matériaux que les autres n'assimilent pas. Pourquoi la langue, le biceps, le jumeau, le cœur, sont-ils isolément affectés d'hypertrophie? Personne ne saurait le dire, car ce n'est pas répondre que de rapporter l'hypertrophie à l'exercice ou à l'hypérémie, conditions aussi favorables à la production de ce phémonènc que du phénomène opposé, qui est l'atrophie. Jamais on ne dira que chez les athlètes la force musculaire est le résultat de l'hypérémie générale des muscles, évidemment hypertrophiés, chez le plus grand nombre. Chacun l'attribue à cette force première, qui fait les forts et les faibles, véritable force promorphiquc qui modèle nos organes sur le même type, en faisant autant de variétés que d'individus. Il en est absolument de même pour les hypertrophies parlielles. La même force qui modèle les tissus et les organes dans leur ensemble se dislribiic dans chacun d'eux et préside à leur nutrition, ou à leur réparation lorsqu ils sont malades. C'est elle qui, troublée dans sa marche, réagit contre ce qui gcnc son exercice naturel, et riiypcrirophie qui en résulte se trouve ainsi localisée

I MALADIES ORGANIQUES. — HyPEUTROPIIIE. 629 , un OU plusieurs tissus voisins, à un système organique tout entier, selon l'étendue du trouble primitif.

Il est bien dilïicile, comme on le voit, de pénétrer l'obscurité qui couvre la i| cause première de l'hypertrophie. Mais à la suite des influences dynamiques { dont je viens de parler, il en est d'autres de même nature, ou à peu près, dont la réalité prouve en faveur des précédentes. Parmi elleSj on peut citer l'innuence héréditaire, l'influence de l'âge, celle des climats et des localités, les influences morales, l'influence de l'alimentation, etc.

Il y a, dans certaines familles, une disposition très-marquée à l'hypertrophie des muscles, à l'hypertrophie du cœur, à l'obésité, à l'hypertrophie des amygdales, des glandes mammaires, etc.

Tant que les organes s'accroissent, leur mouvement nutritif est régulier, sauf le cas de maladie, et l'on ne voit généralement pas apparaître d'hypertrophie dans le jeune âge : c'est une maladie des adultes et des vieillards.

Dans les pays chauds s'observe l'hypertrophie du foie; dans les pays du Nord, celle du tissu adipeux et des amygdales; dans certaines montagnes, celle de la i glande thyroïde, etc.

Une alimentation substantielle, abondante, l'usage du vin, amènent ordinairement l'hypertrophie générale des muscles et du tissu adipeux. i| Les influences morales produisent souvent des palpitations persistantes qui T amènent l'hypertrophie du cœur, etc.

Certaines diathèses engendrent l'hypertrophie des os : la syphilis et la scrofule sont de ce nombre ; mais, taudis que l'une accroît la substance compacte, I l'autre agit sur la substance spongieuse des extrémités des os longs. J A ces causes générales, on peut joindre celles qui résultent d'influences lo- I cales susceptibles de produire tout d'abord Vhypéi^émie générale oii, partielle. ! Ainsi, la stimulation répétée d'un solide est fréquemment la cause de son hyper- I trophie ; car ce qui produit un excès d'action amène l'afflux du sang et l'exagération de la nutrition moléculaire.

Les muscles qui sont plus exercés que d'autres se développent au delà de leur volume normal ; exemple : les muscles du mollet chez les danseurs ; le cœur afl"ecté de palpitations nerveuses; le cœur luttant contre le défaut d'élasticité des artères ou contre un obstacle à l'un de ses orifices; l'estomac dans le rétrécissement du pylore ; la vessie lorsqu'il y a tumeur de la prostate, etc. Il en est ainsi de tous les organes creux qui sont obligés de lutter constamment pour expulser les matières qu'ils renferment h travers un obstacle situé à leur orifice.

\ Les frictions, le massage, qui produisent l'hypérémie, peuvent aussi déterminer l'hypertrophie de quelques organes.

La suppression des règles, chez les femmes, est assez souvent l'occasion d'une notable hypertrophie du tissu cellulaire et adipeux. C'est, en effet, à l'âge critique que les femmes prennent le plus d'embonpoint; et, dans la vie menstruelle, on a vu l'aménorrhée coïncider avec une polysarcie considérable.

|. ii-mm. Gaultier de Claubry a rapporté l'observation d'une jeune fille dans cet

état qui eut un développement excessif et hideux de la peau du visage, d'une partie du système musculaire et de tout le tissu adipeux. Un cas semblable,

suivi de mort, a été observé à l'Hôtel-Dieu, dans le service de Rostan (1).

Il est une dernière cause locale d'hypertrophie dontl'influence a été mise en lumière par M. Bouillaud (2). Il s'agit de l'inflammation. En effet, les phlegmasies des différents tissus et des organes produisent dans leur trame un afflux sanguin qui persiste en partie après la guérison de l'inflammation primitive, et qui peut modifier en plus ou en moins l'action du mouvement nutritif. La péricardite et l'endocardite produisent très-souvent l'hypertrophie du cœur; les fréquents érysipèles de la tête ou des jambes déterminent l'hypertrophie de la peau,

et, à la suite des phlegmasies chroniques de la muqueuse digestive, on voit apparaître l'hypertrophie des autres tuniques intestinales.

L'hypertrophie peut se produire dans tous les tissus et dans tous les organes, soit d'une manière locale, soit d'une manière générale.

Le tissu adipeux, que les anatomistes refusent de considérer comme un tissu, est un de ceux qui sont le plus exposés à se développer outre mesure à toute la surface du corps, ou seulement autour de quelques organes. L'obésité est une infirmité très-commune. Il se forme souvent des dépôts de graisse autour du cœur, dans le mésentère, autour des reins, etc., et la polysarcie, exagération de l'obésité, peut être portée au point de déterminer la mort.

Certaines portions du tissu cellulaire (fig. 35 et 36) peuvent acquérir un développement considérable par la prolifération de ses éléments, c'est ainsi que le tissu sous-inuqueux s'épaissit, et que des fibres nouvelles (fig. 37) s \ développent dans les phlegmasies de l'intestin, de l'estomac, du côlon et de la

(1) Gazelle des hôpitaux, iSbO.

(2) Bouillaud, Trailâ clinique des maladies du cœur. Paris, 1841.

Fig. 35. — Tissu oellulaiie (*).

(*) „, élément ni.rcux blnuo; f, noyau .lo cellule; 6, Mémenl f.breux S'''''}''''^?^'''''^^^^^ Jcsfe, mai» «7»' ou anastom.>ti,,uc do ses librili;» c, Ubrill..s de r.Uément jauuc, ^^«^^'l'"^,'^ ^ f,^^ ^ .pi^^raÎJsenl l.b^>. ,„, cn.«ct.u-o seuiblablomeul boucl6 ; <Z, uoyaux de celliiles avec ' Todd et Dowman.)

Pris du tissu eellulairo sous lo muscle i.ectoral. - Grossissement : 320 diomi-tres. iioaa

MALADIES ORGANIQUES. —HYPEUTROPHIE. 631

vessie (fig. 38). H en est de même du tissu sous-séreux de la plèvre, du tissu sous-cutaué dans les vieux ulcères des jambes, etc.

FiG. 36. — Hypertrophie des fibrOTOellulea organiques isolées (*).

La peau et les muqueuses offrent différents degrés d'hypertrophie limitée à l'un ou à l'autre de leurs éléments anatoraiques. Quand elle occupe les mu-

F'o. 37. — Ilypertropliie du tiss\i musculaire de rustomac, avec des libres de tissus Élastiques. (Lebert, pl. K, tig- *•)

Fig. 38. — Dypertropbie de la tunique muaciilairo de la vessie (**).

queuses, elle siège, soit dans les villosités (fig. 39), ce qui simule quelquefois le cancer, soit dans les follicules, ce qu'on observe communément dans la diarrhée chronique. Dans la peau, l'hypertrophie occupe toute son épaisseur et les différentes couches qui la composent, ou une d'entre elles. On a pu constater, ici, l'hypertrophie limitée au derme ; là, l'hypertrophie de l'épiderme dans l'ichihyosc; et, ailleurs, l'hypertrophie des couches situées entre le derme et l'épi-

I i^^'v provient d'une l'einme d'euvirnn cinquante ans, qui, depuis plusieurs nunf'ps, avait ru une

malndifi destnmao siuuilant les symplùnies d\i euiicer : vduiissouii'nts opuiiAlres, tumi'ur sous l'Iiypneliondre uroit ; tlepénssement. fendant les deux derniers mois ee])endnnl, les vninissemenls avaient eessé. Nous avons AnàTpalh "^^'périsliquu d'hypertrophie eoncenlrique du toutes les luniques du pylore. (Lebert,

aSt^ut' ""T,'''"'' "^"n ; », ensend.lo des mêmes rdiro-nellules, rendues transparentes par l'acide

ui^^^Lobt■rt. j''"^ i S ^ <•» e, libres élns-

PATHOLOGIE GÉNÉUALE.

derme. C'est ce que M. Andral a vu sur une femme plilliisiqiie, morte avecui» éléphanliasis de la jambe et un ulcère cicatrisé. A la surface du derme épaissi, ' les papilles hypertrophiées dans le papiUome se présentent sous forme de filaments nombreux semblables à ceux de la langue de quelques oiseaux (Og. 39 et ^lO) ; au-dessus se trouvait une couche blanclie d'apparence fibreuse réticulée formée par rhypcrtroi)hie de la couche épidermique des papilles ; puis venait la couche de matière colorante, et au-dessus un tissu blanc dense résistant formé par l'hypertrophie de la couche cornée.

L'hypertrophie générale du tissu fibreux n'existe pas; mais, localement, ce tissu peut s'hypertrophier dans des proportions considérables. Ainsi les éléments fibreux qu'on rencontre dans les tumeurs anciennes et les tumeurs entièrement formées de tissu fibreux sont dus à l'exagération du mouvement nutritif de ce tissu dans les organes où l'on observe ces productions morbides. En s'hypertrophiant, il peut rester h l'état de tissu fibreux on se transformer eu tissu musculaire, si la vascularité du tissu est très-grande.

FiG. 39. — nyiicrtropliie d'une villositù intosli- "ale dcvcuue Hbro-sraiiiilcuse. (Lebert, pl. X, fig. 9.)

FiG. 40. — IlypertropliiG clos papilles do la peau (*).

Fig. 41 . — Papille liypcrlropliii-c grossie 300 fois (**).

Il y a dans toutes les tumeurs fibreuses quelques fibres musculeuses appréciables au microscope, et, dans l'utérus en gestation, tout le tissu fibreux de l'organe est métamorphosé en tissu musculaire. ^ Dans le tissu cartilagineux, l'hypertrophie est ordinairement locale et s od-

l*) A, con,lylon,o pnpillni™ .lu ,lnn,l sro..i trois foi», vu .Ma loupe ; « papille gi-ossie einquante fois; a. cellules ùpi.l.Ti..i<|Ucs ; h, b, vnissen.ix snui,-uius. (Lcl.ei-t, pl. US. l"-;

(**) A, papille «.«, eolh.los .•.pi,l..,..ui,p.os a,-,-o...lios ; /,,/. cellules ^^I'!<'™'n";' "j:"'^,,''^^^^^^^ reuco luâi}o.n.e; c, c,'uova..x; /], .rllulcs >.pi.U..-.ui.,ues .solùes; «, paro. .le la cellul. , n..>a.. (

pl. X, lis. 1.)

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