MALADIES ORGANIQUES. — HYPERTROPHIE
de la médecine n'a pas lieu à propos. C'est le cas des adénomes ou tumeurs adénoïdes observées dans quelques glandes, des adénites chroniques au cou, derrière les bronches, dans le mésentère, observées dans la scrofule et dans cette maladie qu'on appelle Vadénie.
Les organes creux qui s'hypertrophient ne se dilatent pas toujours en proportion de l'épaisseur de leurs parois. Tantôt leur paroi s'épaissit aux dépens de la cavité qui se rétrécit ; et tantôt, au contraire, celle-ci augmente en même temps que les parois augmentent d'étendue sans perdre de leur épaisseur. C'est ce qu'on observe dans les hypertrophies concentriques et excentriques du cœur, dans les hypertrophies des follicules sébacés qui forment des loupes, dans les hydi-opisies constituées par des kystes du cou ou des ovaires, etc. On sait quel volume peuvent atteindre les hydropisies enkystées de l'ovaire; et il n'est pas rare de voir à leur surface la trompe ou les ligaments larges hypertrophiés avoir de 20 à IxO centimètres de longueur.
L'hypertrophie se reconnaît à l'augmentation de poids et de volume des organes, qui, d'ailleurs, conservent leur structure normale.
L'hypertrophie peut être aisément confondue avec la congestion chronique, c'est-à-dire avec l'augmentation de volume des organes produite par l'afflux du sang dans leur intérieur. C'est une erreur qui est surtout facile à commettre lorsqu'il s'agit des glandes, et principalement des amygdales, de la thyroïde du foie, des reins, etc. Ainsi, dans un cas de maladie du cœur avec cyanose, augmentation considérable du volume du foie et des reins^ accompagnée d'albuminurie, j'ai vu la saignée faire rapidement disparaître la congestion de la peau, puis l'albuminurie, et remettre en place le foie, qui débordait les côtes de k centimètres. Les amygdales enflammées se gonflent aisément sans hypertrophie réelle. Dans l'hypérémie comme dans l'hypertrophie, il y a augmen- I tation de volume et de poids; mais, tandis que la première est due à l'infdtration des tissus par des molécules liquides, l'autre résulte de l'addition de nouvelles molécules solides, éléments constitutifs normaux de la partie où s'accroît le mouvement de nutrition moléculaire. i Lorsque l'hypertrophie est peu considérable, elle est difficile à reconnaître ; mais, en prenant soin de comparer le volume de l'organe réputé malade au volume, au poids et aux dimensions de l'organe sain, il y a tout lieu de penser ; qu'on évitera l'erreur.
I Dans les organes hypertrophiés, tout s'hypertrophie, même les vaisseaux.
' Cela est très-marqué dans les glandes, dont la vascularité est plus considérable et où l'on trouve une dilatation marquée des vaisseaux avec épaississement de leurs parois. J'en ai vu un exemple sur une jeune fille, dont les amygdales hypertrophiées donnèrent lieu, après l'ablation, h une hémorrhagic artérielle considérable, qu'on eut beaucoup de peine à arrêter. Sur le fragment de glande enlevé, l'artériole béante aurait reçu l'extrémité d'une plume de corbeau.
Rien n'est aussi variable que les accidents produits par l'hypertrophie ; cela se comprend. Cette nosorganie, occupant des tissus différents et des organes
' parenchymateux ou glandulaires charges de fonctions spéciales, détermine des
troubles en rapport avec la nature de l'obstacle qu'elle apporte aux fondions. ] est impossible d'indiquer ces troubles d'une manière générale, car ils ne présentent rien que de très -particulier; et c'est à la pathologie spéciale qu'il appar tient de les faire connaître.
Il est plus aisé de prévenir le développement des hypertrophies que de le arrêter, une fois que le mouvement de nutrition moléculaire des tissus ou do: organes dépasse les limites ordinaires. Comme d'une manière générale l'hypérémie précède souvent l'hypertrophie, l'appauvrissement et la soustraciioi du sang par une alimentation peu réparatrice, et par les déplétions sanguines sont d'utiles moyens à employer contre cette espèce d'hypertrophie. Certaine hypertrophies glandulaires et musculaires cèdent à ce traitement. Il en esi d'autres, celle du tissu adipeux par exemplej qui ne s'arrêtent que par um nouiTiture spéciale tonique, la viande crue et l'alcool, sans féculents, avec exercice forcé donnant lieu à de fortes sudations. g
Quelques hypertrophies locales ne peuvent être modifiées que par des sub-ll stances dont l'action spécifique arrête l'impulsion donnée à la force de nutrition»^ moléculaire. Les exostoses et certaines indurations viscérales guérissent rapidement par le mercure ou l'iodure de potassium. L'iode flétrit et diminue l volume des glandes mammaires et du corps thyroïde dans le goitre. Certaines hypertrophies de la rate guérissent par le sulfate de quinine, etc.
Le repos de certains organes hypertrophiés, en suspendant leur fonction, arrête en totalité ou en partie l'accroissement du mouvement nutritif moléculaire. TJn muscle en repos pâlit et perd de son volume par la diminution de se> fibres constituantes. Le cœur, atteint d'hypertrophie active sans obstacle aux orifices, se trouve bien lorsqu'on en règle les mouvements par un exercice modéré, en évitant l'accélération des battements que donnent la marche, la; course, les émotions vives, les excitants alcooliques, etc.
Enfin, dans les cas où les moyens dynamiques restent sans effet, l'intervention de la main peut être utile si les organes ou les tissus hypertrophiés se trouvent à l'extérieur du corps, ou placés de façon à être saisis. Une longue compression peut être employée avec avantage dans l'hypertrophie partielle de la peau, dans ? l'hypertrophie de la glande manuïiaire, dans les nœvus érectiles, etc.
On va même souvent jusqu'à recourir à l'usage de l'instrument tranchani dans l'hypertrophie des parotides, des amygdales, des glandes manunaires, du col de l'utérus, etc.
ARTICLE II DE L'AïROPHIK.
L'atrophie (de à, privatif; Tpotpvi, nourriture) est un affaiblissement de la force r ([ui préside l\ la nutrition moléculaire des tissus et des organes. — C'e^l l'état inverse de l'hypertrophie. Il y a deux degrés dans l'atrophie. Le premier, carac- térisc par la diminution du nombre des éléments constitutifs d'un tissu ou d'un
organe, forme Vhypotrophie; et l'autre, atrophie proprement dite, est formé par la disparition de ces éléments, l'organe se trouvant réduit à une sorte de (rame vasculaire, ccllulcuse ou cellulo-graisseusq, avec ou sans corpuscules amylacés.
L'atrophie est tantôt générale comme dans la consomption, étendue à tous les tissus ou à tous les organes indistinctement, et tantôt elle est locale et limitée à une partie du corps. — L'affaiblissement des forces nutritives eu est la cause, soit par la fièvre continue hectique, soit par un affaibhssement local de cause inconnue ou qu'on doit rapporter à une lésion nerveuse.
L'atrophie est quelquefois la conséquence de l'allaiblisseraent des forces pro- .morphiques qui veillent au raaintieu de la forme humaine et qui font disparaître en leur temps certains organes transitoires de l'organisation. C'est une sorte ^'atrophie physiologique. Ainsi la vésicule ombilicale, la membrane pupillaire du fœtus, s'atrophient et disparaissent dans le cours de la vie utérine ; le thymus, les capsules surrénales, s'elîacent peu à peu après la naissance; l'artère et la veine ombilicale, le canal artériel, diminuent sensiblement, etc. Plus tard, d'autres organes s'atrophient par les progrès de l'âge. — Les glandes lymphajques, si développées chez les enfants, sont à peine visibles chez le vieillard, et il eu est souvent de même de l'utérus, de l'ovaire et des testicules; dans la vieillesse, les poumons se raréfient, leur tissu devient plus spongieux, et les vésicules plus larges communiquent par la destruction de leurs cloisons, d'où l'emphysème. — Le cerveau subit la même loi, et, une fois son développement atteint dans l'âge adulte, il s'atropliie de manière à laisser entre le crâne et lui un vide que remplit une petite quantité de sérosité ordinaire.
Hormis ces cas, l'atrophie est une nosorganie dont les causes variables peuvent être appréciées comme il suit :
1 ° La diminution du sang dans une partie ou dans un organe entraîne après elle raffaiblissement du mouvement nutritif moléculaire et l'atrophie. Sur un homme auquel j'ai fait la ligature de l'artère humérale, l'avant-bras et la main perdirent, nou-seulement leur force et leur volume, mais encore l'usage de leurs mouvements. Ce sont- là des faits assez communs après la ligature des grandes artères. L'atrophie des tissus chez les vieillards, et principalement la diminution de volume de leur cerveau, est en grande partie sous l'influence des concrétions icartilagiueuses et osseuses qui rétrécissent le cahbre des plus petites artères. Enfin, toutes les fois qu'on trouve un organe atrophié, il y a simultanément dans l'artère ou les artères nourricières principales une atrophie correspondante.
2° Le repos prolongé des organes est souvent une cause d'atrophie. Ainsi les membres maintenus immobiles pour une ankylose perdent leur volume; les yeux longtemps soustraits à l'influence de la lumière, leur excitant naturel, deviennent irritables, s'amoindrissent et s'atrophient quelquefois d'une manière complète. J'en ai vu un exemple sur des poissons et des écrcvisses venus d Amérique et présentés à la Société de biologie par M. Ch. Robin (1). Pris
(!■) Robin, Comptes rendus et Mémoires de la Société de biologie
te.
dans l'eau de lacs souterrains, au fond de grottes immenses, d'une étendue di plusieurs lieues, dans lesquelles règne une obscurité entière, leurs yeux avaient disparu et étaient remplacés par un tubercule solide, blanchâtre, opaque.
3° La compression des organes, qui repousse le sang de leur intérieur, diminue leur volume et favorise leur atrophie ; exemple : la compression des glandes mammaires; la compression du membre inférieur par des jarretières; celle d'un membre par un appareil de fracture trop serré ou trop longtemps maintenu en place, ce qu'on voit souvent chez des femmes et dans l'enfance ; l;i compression méthodique du pied chez les jeunes Chinois pour donner à ceii
FiG. 46. — Cellules du foie dans l'fttropliie clu-oiiique ; ces cellules mesuveut de 1/250 à 1 /130 Je ligne. (Freridis.)