MALADIES ORGANIQUES. — NÉOPLASIES DENTAIRES
susceptible de varier suivant la proportion relative des divers éléments, l'âge des sujets, et diverses autres circonstances cliniques que le praticien seul est à même d'apprécier.
Les tumeurs à myéloplaxes n'ont presque aucune tendancç à rester stationnaires, et encore moins à rétrograder, soit spontanément, soit sous l'influence d'un agent thérapeutique quelconque.
L'extirpation pure et simple, suivant M. E. Nélaton, ne mérite presque aucune confiance. Qu'elle consiste, en effet, dit-il, dans la simple excision de la tumeur, ou bien dans le morcellement, l'arrachement, l'extraction avec le doigt, après incision ou abrasion préalable de sa paroi osseuse, elle n'arrive presque jamais (si ce n'est peut-être dans la variété enkystée énucléable) à faire disparaître complètement ce qui est altéré ; elle ne constitue donc le plus souvent, et tant qu'il reste la moindre parcelle de tissu encore adhérente à la substance de l'os, qu'une opération palliative et illusoire, bientôt suivie de répullulation.
L'application du fer rouge est également impuissante, dans la plupart des cas, pour achever la destruction du mal.
La rugiiiation, le grugement avec la gouge, et surtout les caustiques chimiques, particulièrement le chlorure de zinc (pâte de Canquoin), satisfont beaucoup mieux à cette indication.
C'est donc par l'extirpation combinée avec la rugination, ou plutôt encore avec la cautérisation potentielle, que l'on peut et que l'on doit espérer un véritable succès, du moins pour ce qui concerne les tumeurs sous-périostiques.
Quant aux tumeurs interosseuses, le moyen le plus sûr pour les mettre définitivement à l'abri des chances de reproduction (surtout lorsqu'elles sont infiltrées ou irrégulièrement enkystées dans le tissu osseux) consiste dans la résection de l'os ou l'amputation du membre.
Cependant, ajoute M. E. Nélaton, il est quelquefois permis en pareil cas, ou même formellement indiqué, surtout au maxillaire inférieur, de chercher à iménager la continuité de l'os dans une certaine portion de son épaisseur, quel- '•que minime qu'elle soit, et de recourir dans ce but, comme pour les tumeurs péri-osseuses, à l'extraction aussi complète que possible du tissu charnu, immédiatement suivie de la rugination des parois osseuses, du grugement avec la gouge, et d'une cautérisation potentielle énergique et très-pénétrante.
§ 14. — De la production du <is.sh dentaire, ou odontoines.
Il se produit quelquefois sur les os maxillaires des tumeurs que l'on pourrait prendre pour des épulies ou pour des pûriostites, et qui ne sont qu'une multiphcation des éléments du tissu dentaire : ce sont les odonlomes. — Cette maladie du tissu dentaire a été découverte par Am. Forget, en 1859, et analysée ensuite par Ch. Robin. Depuis lors M. Broca a repris la question, en a fait objet d'un intéressant mémoire à l'Académie des sciences, dont voici le l't'sumé :
« Les odontomes sont la conséquence d'une hypertrophie générale ou partielle des organes générateurs du tissu dentaire. Il y a des odontomes qui restent toujours à l'état de tumeurs plus ou moins molles, tandis que d'autres se dentifienl en totalité ou en partie, en constituant des masses dentaires irrégulières, informes, dont le volume est quelquefois considérable. L'évolution des odontomes dentifiables présente toujours trois périodes : 1° une période de formation et de croissance, pendant laquelle ce sont des tumeurs molles, vascnlairos dans toute leur étendue et tendant à s'accroître ; 2° une période de dentification, où leur croissance est sinon arrêtée, du moins notablement ralentie, et où les tissus dentaires définitifs viennent former, au sein de la masse morl)ide ou ti sa surface, une substance éburnée qui se développe aux dépens de leur première trame; 3° enfin, une période d'état, où la denlification est achevée, et où la tumeur devient entièrement stationnaire dans sa structure comme dans son volume.
» En passant de la première à la troisième période, les odontomes dentifiables subissent une transformation complète, qui ne laisse persister aucun de leurs caractères primitifs. Il n'est donc pas étonnant que les observateurs aient méconnu l'évolution de ces tumeurs, et qu'ils aient attribué à une diiïôrence do nature les difiérences de structure qui existent entre les odontomes non dentifîés et les odontomes deiitifiés.
» Le résultat le plus général des recherches de l'auteur peut se résumer dans la proposition suivante : Toute tumeur formée d'un seul ou de plusieurs tissus dentaires est due à la dentification d'une tumeur molle de même forme et de même volume, qui ne renfermait dans l'origine que des tissus odontogéniques hypertrophiés; cette tumeur hypertrophique a joué, par rapport à la tumeur dentifiée, le rôle que joue le bulbe dentaire normal par rapport à la dent normale.
» L'évolution normale des follicules dentaires se divise eu quatre périodes : 1° h période embi-yoplastique ; 2° h période odontoplastique ; 3° [a périod' coronaire ; U° la période radicidaire.
» 1° Pendant la période embryoplastique, les organes générateurs de la dent, savoir : l'organe de l'ivoire et l'organe de l'émail, auxquels s'ajoute, chez les herbivores, l'organe du cément, ne ])i)ssèdent encore que la structure commune des tissus embryoplastiques. Les odontomes nés pendant cette période, qui précède l'apparition des éléments odontogéniques proprement dits, n oiii aucune tendance à la dentification. M. Broca les désigne sous le nom d'odontomes embryoplastiques. Ils peuvent rester indéfiniment à l'état fibro-plasliqnc ou passer à l'état fibreux. Ils ont été décrits par Dupuytren sous le nom de carp^ [ibro-celluleux enkystés des mâchoires.
« 2" La période odontoplastique commence au moment où se développi^. entre l'organe de l'émail et celui de l'ivoire, la couciic odonioplasiiquc constituée par les deux rangées de cellules de l'émail et de l'ivoire, que sépare la membrane amorphe dite préforviativc ; o\U'. finit an nionient où débute, dans cette couche, la formation de l'ivoire. Les odontomes ([ui se forment pendant
' MALADIES ORGANIQUES. — INÉOPr.ASlES DENTAIRES. 697
cette seconde période méritent le nom à'odontomes odontoplastiques, parce que la couche odoiitogéiiique dont ils sont revêtus, conservant en général sa propriété de denlificnlion, tend presque toujours à les faire dentificr lorsque leur croissance est terminée. Cette denlificalionj toutefois, peut faire défaut lorsque la tumeur hypertropliique exerce sur la couche odontogénique une pression assez forte pour en déterminer l'atrophie. Dans ce dernier cas, l'odontome, privé des élén)ents spéciaux de la dentification proprement dite, reste à l'état de tumeur molle, mais il peut encore devenir le siège d'un dépôt, quelquefois U'ès-considérab!e, de f/rains dentirMires. Les deux variétés d'odontomes odonloplasliques non dentiliés, avec ou sans grains denlinaircs, ont été décrites en 1860 par W. Robin. Les odonlomes odontoplastiques peuvent se dentifier en une seule masse ou en plusieurs mossi s distinctes.
« 3" Les odontomes coronaires, lesquels correspondent à la troisième période, sont toujours plus ou moins dcntifiés. parce qu'ils débutent à un moment où la (Icntificalion est déjà commencée. La partie de la couronne qui était formée ne subit aucune altération, et se retrouve, parfaitement reconnaissable, en un point de la sitrface de la tumeur. Celle-ci est constituée par l'hypertrophie de la pulpe, et ne renferme, après la dentification, que de l'ivoire et de l'émail. Chez les herbivores, hi tumeur peut dépendre de l'hypertrophie de l'organe du cément, et se transformer ensuite en une masse de cément. Les odonlomes coronaires peuvent donc (comme les odontomes odontoplasliques) se diviser en deux groupessecondaires, savoir : les odontomes, coronaires cémentaires, qui ne s'observent que chez les herbivores, et les odontomes coronaires pidpaires ou dentinaires, les seuls qui puissent se former chez l'homme.
» Les odontomes coronaires dentinaires peuvent se présenter sous deux formes : la forme dilTuse et la forme circonscrite. Ceux qui sont diffus résultent de l'hypertrophie de toute la pulpe. Ils consistent en une tumeur relativement assez volumineuse^ que surmonte la portion de couronne déjà formée avant leur apparition. Occupant toute la pulpe jusqu'à sa base, ils opposent un obstacle presque absolu à l'achèvement de la couronne^ et par consé<|uent à la formation des racines. Ce caractère, du reste, leur est commun avec tous les odontomes dont nous avons déjà parlé.
» Il n'en est pas de même des odontomes coronaires circonscrits. Ils résultent d'une hypertroph c très-limilée, qui donne lieu seulement- à une petite végétation latérale. Le développement de la couronne, perturbé au niveau de œtie végétation, continue partout ailleurs. La couronne s'étend peu à peu jus- M^ià la base de la pulpe; après quoi, la racine se forme d'une manière à peu près normale, et l'évolution de la dent s'achève régulièrement, à cela près que l'existence d'une petite tumeur latérale, surmontant l'un des côtés de la couronne, peut rendre l'éruption un peu plus laborieuse. Ces tumeurs, décrites sous le nom de tumeurs verruqueuses des dents par des auteurs qui n'eu soupœnnaient pas la nature, diffèrent des autres odontomes par leur forme aussi l'ien que par leur marche; mais ces caractères distiuctifs ne sont qu'accessoires, 'Is dépendent du siège et non de la nature du travail pathologique.
» '1° A la qualriùiiK! ot dcniiore période, oa période radiculairc, pondant ' laquelle se développent les racines des dents, correspond le groupe des odontomes radiculaires. C'est dans cette période, et dans celle période seulenieni, que le cément naît sur les dents humaines; les odonlomes radiculaires sont donc les seuls qui, chez l'homme, puissent, après la dentilication, renfermer du cémeuL En revanche, ils ne peuvent plus renfermer d'émail, l'orguiie de l'émail ne dépassant pas le niveau de la couronne.
» Les follicules dentaires surnuméraires du chevalet de quelques ruminants sont plus exposés que les follicules normaux au développement des odonlomes [odontomes liétérotopiques).
» M. Broca désigne enfm sous le nom H'odoiitomes composés, des tumeurs qui, parla complexité de leur structure, par la diversité des lésions qu'elles produisent à la fois sur plusieurs follicules adjacents, échappent à toute délinition, et dont la détermination du reste est encore obscure (1). »
§ 45. — Do la production du pigment et des tumeurs nicianif|HC»«,
ou méianose.
On sait que dans l'état normal certains tissus, tels que la peau, le poumon des vieillards, quelques points de l'encéphale, la surface interne de la choroïde, etc. , sont remplis d'une matière colorante noire, formée de granulations noirâtres libres, pigment, ou enfermées dans' des cellules dites pigmentaires (fig. 101). L'augmentation anomale de cette matière ou sa production accidentelle dans les tissus qui en sont privés est une nosorganie fréquente, qui produit les changements de coloration des organes et des tissus. C'est un état particulier qui a reçu le nom de mélanose.
Quelques circonstances particulières, telles que les dépôts de carbone dans le poumon chez les mineurs employés à la houille, la teinte brune ardoisée de l'intestin des anciennes phlegmasies produite par le sulfure de fer, la coloration noire de quelques tissus par le sulfure de plomb dans quelques cas, la couleur noire de l'estomac par la matière colorante du sang après une hématémèse, peuvent en imposer et faire croire h une mélanose qui n'existe pas. Il n'y a qu'un moyen d'éviter cette erreur, c'est d'examiner les tissus colorés au moyen du microscope. Des granulations et des cellules pigmcntaires spéciales caractérisent la mélanose vraie des tissus colorés en noir par la fausse mélanose.
Quoique bien connue d'après son aspect extérieur, par les travaux de Laennec (2), de Bayle (3), de Dupuytren (Ix), de Breschet (5), de M. Andral (6), de M. Cruveilhier, etc. , et par les nombreux travaux des vétérinaires, la slruc-
(1) Broca, Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 1867.
(2) Laennec, Traité d'auscultation, t. I, p. 288.
(3) Hayle, Journal de médecine de Corvisarl, t. IX, p. 360. (Il) Dupuytren, ihid., p. /;/i6.
(5) Tircschcl, Journal do physiologie, par Magendic. Paris, 1821, l. I, p. 355.
(6) Andral, Anatomio pathologique, t. I, p. ààG.
MALADIES ORGANIQUES. — NÉOPLASIES MÉLANIQUES. 699
tnre do la inélanose n'a été bien appréciée que depuis les applications du microscope h l'anatoniie pathologique, par Vogel, Lebert, Virchow (1), Ch. Robin (2), etc. C'est un tissu nouveau semblable à tous les tissus morbides, par la vie qu'il emprunte à l'organisme où il se développe, par les phénomènes de son développement, par son évolution, et par l'action infectante qu'il exerce sur les humeurs, en donnant quelquefois lieu aune diathése redoutable toujours mortelle.
D'après les histologistes, la mélanose s'observe en quantité exagérée dans les tissus physiologiques ou dans les néoplasies, telles que les tubercules, le cancer, les tumeurs fibro-plastiques, etc. ; et le pigment déposé se rencontre tantôt à l'état de granules libres dans les tissus ou renfermés dans des cellules pigmentaires, tantôt sous forme de petits cristaux noirs ou rougeâtres, On l'observe aussi dans le sang de certains individus ayant eu longtemps la fièvre intermittente (fig. 99), et cela constitue la mélanémie.
M. Forster et quelques anatomistes pensent que la mélanose est très-probablement due à une transformation de la matière colorante du sang. Cela est vrai dans quelques cas : pour ® ^ ^ les taches brunes de l'ovaire dans les vésicules de ^ ^^^^^ ^ Graaf, pour les taches de rouille sur le cerveau après iiP les épanchements sanguins, pour la teinte noire des pa- P|| || rois d'une hémorrhagie enkystée, etc. , ainsi que l'a vé- '| ^ rifié M. Lebert ; mais il en est d'autres où ce fait est
imnnssihip h établir ^ Mélanémie, sang; pro-
Quoi qu'il en soit de cette origine de la mélanose, ce tissu est particulièrement caractérisé par une matière organique renfermant des granulations de cellules pigmentaires et des cristaux d'hématine. 1° Les granulations moléculaires sont brunes ou noires, d'inégal volume, de l//i OO''à 1/500" de millimètre, de forme anguleuse irrégulière, libres et entassées ou renfermées dans des cellules de nature très-différente. 2° Les cellules pigmentaires ne sont pas des néoplasmes parlicuhers; toutes les cellules épithéliales, fibro-plastiques, cancéreuses, etc. , peuvent renfermer des pigments que l'on rapporte à la transformation de la matière colorante du sang infiltré dans ces cellules (fig. 100), Elles renferment peu ou beaucoup de granules, et avec le temps, quand elles sont bien remplies, elles se déforment, s'atrophient et forment des amas ronds de 1/50'" de millimètre, où la cellule est difficile à reconnaître. Pour quelques auteurs, c'est une membrane cellulaire nouvelle qui enveloppe des amas de globules sanguins ou des granules de pigment, et se garnit plus tard d'un noyau. 3° Il y a enfin, en outre, uu certain nombre de cristaux rhomboïdes, rouges ou noirs, formés d'hématine.
(1) Virchow, la Pathologie cellulaire, 3" édition. Paris, 18G8.
(2) Ch. Robin in Liltré et Uobin, Dictionnairo de médecine, 12" édition. Paris, 1865.
(*) Irlnbiilos Wniins de divcrsiis formes, remrilis ilc !rrniinlulions imiivHpos, i<ii rinvliii unsruli'uses de iiioin,.nl — r,rr,ss,ss,.,n..nt:300 dinMi.'!trps. (Virclh.w.) i I .-^ , i . 1 i.^mi ni .
700 PATHOrOCIE Of'.NÉRALE
L'analyse chimique y d/iitioiUre de la fibrine, de l'albumine, des matières grasses el une grande quanlilé de carbone évaluée à 80 ou 90 pour 1 00.
Une fois ce pigment produit, il
s'arrange de différentes manières dans les tissus, el se présente, d'après M. Andi'al , sous trois formes différentes : à l'étal (V infiltration dans les solides, ou masse, sous forme d fi tumeurs, on renfermé dans un ki/ste.
Quelques auteurs, et parmi cii\ Lebert, admettent une mélanose liquide, primitivement déposée sous celte forme, ou consécutive au ramollissement d'une tumeur mélanique.
La mélanoie infiltrée, réunie en masse ou enkystée, se piésenici^l en quantité variable, depuis la granulation la plus mince jusqu'à « l'état de tumeur irès-considérablc.
Rarement isolée, on la trouve éparse dans un grand nombie de tissus. Quand elle existe sousfornio de tumeurs, ca sont des masses noires, rondes ou ovoïdes, inégales, bosselées, quelquefois atlacliécs par un pédicule à la surface des organes. Le tissu, d'abord dur et rcsisiant, se ramollit par suite d'un travail intime qui le dé.sagrége, absolument connue cela se passe dans la matière tuberculeuse, et il en résulte une bouillie noirâtre autour de laquelle, dans les tissus, commcncii un travail d'éliminaiion.
La mélanose se développe dans tous les tissus et. dans tous les organes. A l'état d'infiltration, elle existe dans les poumons, dans les membranes muqueuses, dans le tissu de la peau, dans le tissu cellulaire et dans les os (fig.lOl). . -
Réunie en tumeur, on l'a rencontrée dans l'œil, h la joue, dans la paroiiili (fig. 102), dans l'intestin, dans le péritoine, dans le tissu cellulaire des membres.
(*) il, Kniniihiliiins pi-niiMiliiiics fl liliivs; )i, gmmliitinns jik-monUii-os dos poIIuIps (loin <"'""'"','''' Miil|.i!;lii ; m.iinms ilo pis;iniMil dans les cullnlosi; h, pAMfé |ii,^-iiiciilaii-os pol.v.'(lrinm-s .h- In «-"'J" ij, l'clliili-s |ii,L'iiii'iiti\ii'L'.s ii-rr'iriilifTi')! ; ji, nclliili's i.igmt-'tiUin's nvw ili>s a-nnili's criniilf iliin? Wnr l'pni?''' •
Fit;. 100. — MaliiTi' iiigmentuiri; on iiiijini>nl (*).
MALADIES OllGANIQULS. — NÉ0PLA.S1ES MÉLA.N1QUL'S. 701
dans le cerveau, dans le foie, dans la raie, dans les poumons, dans la mamelle et jusque dans les parois du cœur.
il eu est de la mélanose comme du cancer, de l'épithélioma , de l'cnchon- (Iromc et du tubercule. Les cellules mélaniqucs et le liquide exprimé d'une tumeur mélanique fraîche, c'est-h-dire vivante, injectés dans le tissu cellulaire d'un chien, s'y çp-effent et s'y multiplient de manière à former une tumeur mélanique. Des éléments de cette tumeur, absorbés par les lymphatiques, viennent se greffer dans les ganglions correspondants, d'autres vont jusqu'au pou imou ou dans les ganglions bronchiques, et ainsi s'opère la dissémination ou la
Fin. loi. — Molnnémic des os. Coupe d'une exti'éuiité supérieure du l'omur (*J.
Fjr,. 102. — Élémenls d'une tumeur nu'l.'iuolii|ue de lu parotide, e.Nlirpée piu> Te.\tor en 18S1 i**').
^niéralisation du mal. Quelques expériences de M. Goujon (1 ) mettent ce fait hors (le doute ; niaisjl faut de la mélanose fraîche, car les éléments mélaniques d'un cadavre étant en voie de décomposition ne peuvent plus se greffer. L'expérience réussit également avec la mélanose pathologi(|ue d'une tumeur mélanique et la
0) Goujon, Comptes rendus et Mémoires de la Soc. de biologie, séance du 15 juin 1867 li^Gazetledes hôpitaux, 18G7, p. 337. '
(*) A, A, A, inéliiiionu's logés dans le tissu spongieu.v:, la dia[iliyse et la lanu' iliapliysaire du féuuir (Aascr, Tmlli d'unntomic chintniii-alc. l'aris, 1860).
I ) .1, rellnles [\\nvK présentant lu ilivision des nuelé.iles et du noyau; /(, réseau des euroii»,.,,!...: ,1. -ucunjon.td uvee division des uoyau.x. - Grossissement ; '300 diumèU'es. (Virelmw.) '■"M'"^ades de
mélanose d'une choroïde saine el fraîche. Sur six tentatives de ce genre, il \ en a quatre qui ont donné le résultat que je viens d'indiquer.
Sur une chienne sacrifiée quinze jours après l'injection de mélanose à la partie interne de la cuisse, voici ce que l'on a trouvé :
« Sur le lieu même où a été prali(iu6e l'injection il s'est développé une tuineui noire, aplatie, dont l'étendue est égale à une pièce de 5 francs d'argent; elle est peu saillante sous la peau ; la maiière noire qui la constitue a euvah. la peau, le tissu cellulaire, et a pénétré les aponévroses et les espaces internnisculàires dans- une assez grande étendue. Les ganglions lymphatique.' voisins sont très-volumineux et de coloration noire irès-foncéo. En disséquai)' avec soin, on peut suivre les vaisseaux lymphatiques de la tumeur aux ganglionde l'aine,' et l'on rencontre sur le trajet de ces vaisseaux de petits renllemenu analogues à des ganglions, et cela dans les points où l'on n'en trouve pas ordinairement; ces petits renflements sont également noirs. Les ganglions lymphatiques des régions éloignées sont également tous volumineux, et leur forme esi ou arrondie ou allongée; leur volume est variable, de la grosseur d'un pois: une noisette, et tous présentent la coloration noire à des degrés divers. Un seul, à la région cervicale, était resté complètement indemne, c'est-à-dire qu'il avaii conservé sa coloration normale. Deux autres, à la région axillaire du côté droii. n'étaient noirs que sur la moitié de leur étendue.
„ Les -anglions bronchiques sont volumineux et forment une couronne complète autour de h trachée; ils sont tous envahis par la matière noire, et celU coloration paraît bien déterminée par la même cause que pour ceux des autre, régions • car les poumons ne contiennent pas de charbon, qu'il est fréquent rencontrer chez l'homme et les vieux animaux, et qui pénètre, en même temp. que les poumons, les ganglions bronchiques.
» Une deuxième chienne est sacrifiée le vendredi 12 juillet, quaranle-cm jours après l'injection qui avait été faite dans la cavité abdomina e a 1 aid. d'un trocart d'un petit volume. La santé de l'animal ne parait pas altérée, lU conservé son appétit et sa gaieté pendant le temps que dura l'expénence
En incisant la paroi abdominale dans le voisinage du heu ou a ttc fa l'injection, on trouve une grande quantité de matière noire qui fornie u couche d'un demi-centimètre, et qui va en s'amincissant à mesure quelU gagne en étendue ; et cette étendue est de 8 à i 0 centimètres
Cette matière noire s'est surtout développée à la surface des aponev.oses o dans les gaines qu'elles forment aux muscles abdominaux On n en troine^ ^ au milieu des muscles. L'orifice qu'a fait la canule en P--'>-- .f est resté ouvert à l'intérieur, et l'on trouve dans ce point un P^^'t -n «^^ qui pénètre dans le ventre par cette ouverture; une t^^s-gr "de J a^^ ^ matL noire se trouve emprisonnée dans le mésentère, ^ f ^ , cornes de l'utérus se sont développées à 3 centimètres ""^/^J petites tumeurs noires qui distendent cette cavité. f^^J^"^^,. Uent ont une légère coloration noire; un seul a la région ^ov^^' Z et volumineux, le plus grand nombre ont conservé leur coloration noiuia
MAIADIES ORGANIQUES. — NÉOPLASIES MÉLANIQUES. 703
ceux (les bronches sont noirs, mais les poumons paraissent contenir des granulations de charbon.
>) Chez ces deux animaux, la quantité de matière noire observée à l'autopsie était au moins dix fois supérieure à celle qui avait été introduite; il est donc hors de doute que cette dernière a été le point de départ d'un développement nouveau de produits mélaniques. Dans les ganglions lymphatiques et les différentes régions où s'observaient la coloration noire, les granulations pigmentaires étaient en grande partie contenues dans des cellules épithéliales, il s'en trouvait également beaucoup de libres ; les cellules épithéliales qui les contenaient ne ! .ippelaient pas, par leur dimension et leur forme, celles qui se trouvaient dans le produit injecté, excepté pourtant chez le premier chien, daiis les ganglions voishis du lieu où avait été faite l'injection, où l'on trouvait encore les grandes cellules déformées et pleines de pigment, et qui n'étaient certainement autres (jue celles qui se trouvaient en suspension dans le liquide injecté. Ces granuhv tions pigmentaires observées ainsi accidentellement dans ces différentes régions ont les mêmes caractères que celles qui se trouvent normalement sur la choroïde et la peau des nègres.
1) Expériences faites avec le pigment de la choroïde. — Ces expériences ont été faites avec le pigment provenant des yeux très-frais de lapin ou de bœuf, où, comme on le sait, ou peut en extraire une assez grande quantité ?n raclant la choroïde avec un scalpel. J'ai injecté ce pigment ainsi recueilli et idditionué d'une petite quantité d'eau, d'abord dans une veine de la patte d'un jeune chien, qui fut tué trois semaines après, et voici en quelques mots ce que ion autopsie présente.
» Les poumons ont à l'extérieur l'aspect normal; mais si l'on déchire leur ISSU, on observe de petites masses noires qui sont contenues dans les vaisseaux, -•t cela surtout dans les points où ils se bifurquent: elles se composent de grandes luantités de granulations pigmentaires retenues dans les tissus lamineux provenant très-probablement de quelques débris de la choroïde qui étaient venus aire de véritables embolies dans les vaisseaux d'un petit calibre. Les ganglions bronchiques sont très-volumineux et complètement noirs, imprégnés qu'ils sont 'fir les granulations pigmentaires qui ont traversé et qu'ils ont ainsi arrêtées. I est à remarquer que les poumons de cet animal, qui du reste était très-jeune, ic contenaient de la matière noire absolument que dans les vaisseaux, et qu'ils l'avaient nullement l'aspect de ceux des personnes qui ont été exposées aux 'oussières de charbon; il semble donc hors de ^loute que le pigment accumulé unsi dans les ganglions provenait de l'injection. La quantité de pigment qui se rouvait épars chez cet animal était de beaucoup plus considérable que celle [" on lui avait injectée.
«Je sacrifie en même temps que le chien ci-dessus un lapin auquel j'avais l'iecté sous la peau du dos le pigment contenu dans un œil de bœuf, le même
que sur le chien. Je trouve alors une grande quantité de pigment s'étenant sous forme de fausse membrane dont on peut enlever les lambeaux avec e pince a dissection; l'injection avait été faîte au niveau du sacrum et cette
fausse membrane noire s'étendait depuis ce point jusqu'au niveau du cou. On ne trouve pas de pigment ailleurs. Il y a certainement eu pour cet animal production sur place de ces granulations pigmentaires.
» L'injection faite en même temps à une grenouille a donné le même résultai, le pigment s'est étalé sous la peau, et les veines en\ironnanles étaient pleines de granulations noires ; chez cet animal, quelques ganglions étaient bien noirsl| ' et v'olumineux; mais on sait qu'il est fréquent de trouver le pigment noir en très-grande quantité sur les différents organes des batraciens.
«Sur plusieurs animaux, qui vivent, et auxquels il a été injecté du pigment, l'un d'eux entre autres porte à la partie interne de la cuisse une petite tumeur noire qui n'est apparente que depuis quelques jûurs, bien que l'injection lui ait été faite depuis plus d'un mois.
» J'ai injecté à plusieurs autres animaux ce même produit pigmentaire, il ne m'a pas toujours été donné de croire qu'il y ait eu développement du produit injecté. Mais ce qu'il est néanmoins très-curieux de constater, c'est que le pigment injecté ainsi sous la peau ou dans le péritoine ne se résorbe pas corame||o on le voit pour les autres produits organiques que l'on place dans les mêmes^i ' conditions; on en retrouve toujours au moins une quantité égale à celle qu'on a introduite, et cela fort longtemps après cette introduction, et il conserve les
mêmes caractères. »
Comme toutes les néoplasies morbides, la mélanose tend à se développer partout et à se généraliser; chez quelques individus, elle occupe un grand nombre d'organes à la fois, primitivement ou par suite d'infection consécutive a 1 eî^iir-. g, nation d'une tumeur superOcielle. Il y a une diathese mélamque comme il y a une diathèse tuberculeuse, cancéreuse, épithéliale, fd)ro-plastique, etc. C est la le danger des opérations faites sur des personnes atteintes de mélanose. Aprc^ l'amputation d'une tumeur mélanique isolée, on en voit plus tard apparaiiic une multitude d'autres situées à l'intérieur ou dans les viscères, et les malade succombent dans un état de cachexie prononcée produit par la d.athese mela-
Tantôt la mélanose existe seule, sans mélange avec d'autres néoplasies mor-i bides, constituant ainsi toute la maladie, et tantôt elle se combme et se ( eveloppe concurremment avec le tubercule, le cancer, l'épithélioma, le tissu .b. • plastique, etc. Rien n'est commun comme la mélanose unie au cancer (1), et 1 a donné à cet assemblage le nom de cancer mélanique.
La mélanose est une maladie de l'adulte et du vie.llard. On a expi qué forn.ation dans l'âge avancé par la métastase de la matière P^S^^^nla , qu cessant de colorer les cheveux en noir, se f.xerait, soit dans les poumo , so^^ ailleurs; mais c'est là une hypothèse peut-être plus ingénieuse 'I"*^ ^ effet, de ce que la mélanose, si commune chez le cheval, ou 1 on masses énormes de douze à quinze livres, ne se montre que '^«/"^ blancs ou gris, et semble résulter d'une métastase pigmentan-e, il ne
(1) Voyez Cancer.
MALADIES ORGANIQUES. — fclRlilIOINOSE. 705
pas rigoureusement qu'il doive en èlrc ainsi chez le vieillard blanchi par l'âge, , caria rétention de la petite quantité de pigment renfermée dans les cheveux est bien faible relativement à celle qui continue à se déposer à toute la surface delà peau. Quoi qu'il eu soit, c'est une vue de l'esprit qu'il est bon de ne pas oublier.
La mélanose est surtout une maladie de la race chevaline, où elle est héréditaire. On n'a fait aucune observation de ce genre chez l'homme. Elle résulte évidemment d'une dialhè^e que caractérise la dissémination de son produit d^ins un certain nombre d'organes et de tissus.
La mélanose cutanée ou sous-cutauéc est assez facile à reconnaître à la coloration brune ou noirâtre des téguments. A l'intérieur, sa présence ne peut être reconnue que sur le cadavre. Les symptômes qu'elle produit sont d'abord ceux d'une tumeur dont le volume et le poids gênent plus ou moins les fonctions des organes voisins. Ce n'est que plus tard, à une époque avancée de son développement, que, donnant heu, par son ulcération, à une suppuration abondante ou à une infection générale de l'économie, elle n'nlraîne l'amaigrissement, la fièvre hectique et une cachexie mortelle. Tant qu'elle reste locale et limitée à l'extérieur, elle ne produit pas d'accidents et paraît compatible avec le libre exercice de toutes les fonctions.
On n'a aucun moyen spécial dynamique à opposer au développement de la mélanose. Beaucoup d'expériences ont été faites sur le cheval, mais aucune n'a réussi. Si le mal est extérieur, isolé, il n'y a que l'extirpation qui puisse guérir les malades, encore doit-on craindre la récidive sur place et l'infection générale de l'organisme par des produits mélaniques de nouvelle formation.
§ *<*■ — De la kii's'SiOHOiNC.
A côté de la production accidentelle de pigment normal, il faut placer la 'génération morbide d'une autre matière colorante signalée par quelques auteurs.
Lobstein a découvert chez des fœlus de (rois à cinq mois une matière colorante ^aune d'or, colorant la plupart des tissus intérieurs, sans aHectcr la peau m le tissu cellulaire, et disposée sous forme de plaques plus ou moins larges. Andral (1) et Dubreuil (2) ont signalé celte coloration singulière, que l'examen microscopique fait rapporter à la présence de granulations pigmcniaires colorées en jaune au lieu d'être colorées en noir.
M. Lcbert a également signalé la présence d'un pigmciit olivaire dans de pc- 'ts kystes situés à l'orifice de la vulve; mais ce sont là des résultats qui ont nesolu d être éclairés par de nouveaux faits et des rechcrch s nouvelles.
(t) Andral, Cours de 2)allwlngio interne. Paris, \8à8. (2) Dubreuil, Ëplicm. de Monlpcllirr, l. II, p. 397.