X . — Algue des fièvres intermittentes, ou Alga gemiasma
J'ai déjà fait (2) l'analyse des recherches de M. Gigot-Suard sur la nature (les émanations palustres. J'ai même fait graver la forme des corpuscules végé-
(1) E. Bouchât, Traité des maladies de l'enfance, article Rougeole, Paris, 1867, et Gazette hebdomadaire, 1852.
(2) Voyez Miasmes et Effluves (p. 128).
■'5 racines; 3, 3, 3, d'antres fdaments tortiu-nx on artionlés présentent une certaine analogie avec certaines lilanljes grasses (cactus) ; 4, cylindres remplis de noyaux et Je vésicules ; 5, d'autres liloinenls tuberculeux •imilu's libres; 6,7. 8, 9, vésicules plus mi moins remplies de corpuscules brillants. iComiitrs renihia cl Snr/,i((: ,/,. /,,-,,/„,,,v,^ 1867, lome lTl,pl. IV.)
taux flottants au-dessus des marais et dont l'absorption produit la fièvre, mais y a peut-être quelque chose de plus à connaître.
Dans la théorie de M. Gigot et de la plupart des médecins, la fièvre intermittente serait le résultat d'un empoisonnement par des matières mortes ; dans celle que je vais exposer maintenant, elle serait, au contraire, la conséquence de l'absorption de germes végétaux qui se développeraient dans l'organisme par une fermentation spéciale. Ce serait une maladie parasitaire.
Le même M. Salisbury qui croit avoir découvert la mucédinée de la rougeole eut l'auteur de cette doctrine appuyée sur un grand nombre de faits et d'expériences.
Sur les malades atteints de fièvre intermittente, ce médecin commença par examiner au microscope l'expectoration des sujets qui, habitant les lieux bas où cette fièvre prend naissance, étaient exposés, le soir, la nuit et le malin, au froid et aux émanations miasmatiques. La sécrétion salivaire, l'expectoration muqueuse rejetées dans la matinée, étant soumises à l'examen, on y trouva une grande variété de cellules zoosporides, de corpuscules animaux, de diatomes, de desmidies, de cellules et de filaments algoïdes, de spores fongoïdes. Dans cette diversité de produits organisés, un seul corps se montrait d'une manière constante et en grande abondance : c'étaient de petites cellules oblongues séparées ou réunies, formées par un uucléus très-disiinci entouré d'une membrane lisse avec un intervalle transparent, et comme vide entre celle-ci et le nucléus. Leur aspect particulier démontra d'abord au docteur Salisbury qu'il ne s'agissait pas là de cellules fongoïdes, mais de cellules du type algoïde, 'ressemblant tout à fait à celles du genre Palmella. Ces recherches furent étendues à un très-grand nombre de personnes occupant différenles localités. Et jamais on ne les trouva chez les individus qui résidaient au-dcssi;. de la limite des fièvres; tandis qu'au-dessus de cette ligne on retrouvait encore, dans une certaine étendue, les diatomes, les desmidies, les spores fongoïdes et les corpuscules animaux, particulièrement dans le voisinage des cours d'eau ou des eaux stagnantes, mais situées sur les hauteurs.
Après avoir ainsi constaté que ces petites cellules étaient les seules productions que l'on pût rattacher constamment aux terres à malaria, alors qu'elle. manquaient absolument au-dessus, le docteur Salisbury s'occupa de recherche! s'il était possible de déterminer leur origine et leurs caractères. Dans ce but, i commença par suspendre des plaques de verre de vingt-deux pouces sur seize, à un pied au-dessus des eaux stagnantes ou des terrains humides. Ces plaqui ^ furent posées horizontalement sur quatre piquets. On les mettait ainsi en expérience à la tombée de la nuit, pour les Ôter le matin avant le lever du soleil. La surface inférieure se montra invariablement couverte de gouttelettes d eau et cette vapeur condensée fut soumise à un examen microscopique rigoureux. On y rencontra beaucoup des cellules qui avaient été reconnues dans l'expec loralion, mais pas une seule des cellules oblongues que l'on y voyait con-» ■ slammcnt. Celles-ci existaient, au contraire, en très-grande quanlilé sur la facw supérieure de la plaque. Celte même expérience fut répétée plusieurs nuii^ d'assez grandes dislances, et toujours avec le môme résultat.
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En traversant les marécages et les terres noyées, au sud-est de la ville de Laacastre, dans l'Ohio, pour y suspendre ses plaques, le docteur Salisbury eut jccasion de passer sur un terrain tourbeux [peaty] et marécageux, desséché, aiais dont la surface avait été défoncée par le passage des bestiaux. Il éprouva, ;n traversant cotte localité, une sensation de sécheresse fébrile qui se produisait constamment dans la gorge et dans le larynx, s'étendant souvent jusqu'à la nuqueuse pulmonaire. A son retour, l'expectoration était remplie de ces petites :ellules oblongucs décrites plus haut. Cette particularité attira l'attention du locteur Salisbury, et sur les parties récemment remuées du sol, il découvrit les incrustations blanchâtres, d'apparence saline. Il suspendit là ses plaques le verre, et le lendemain matin il reconnut, à sa grande satisfaction, que la îurface inférieure était couverte des petites cellules qu'il poursuivait. Ayant olacé des fragments de ces incrustations sous le microscope, il reconnut imméliatement qu'elles étaient formées par une agrégation des cellules si unifornémeut rencontrées dans l'expectoration de ceux qui avaient été exposés aux tmanations paludéennes; il reconnut en outre que ces cellules étaient de la lature des algues et provenaient de plantes du type Palmella, déjà soupçonné intérieurement.
Pour déterminer à quelle hauteur les corpuscules trouvés à la surface des )laques peuvent s'élever, on se servit pour le jour et la nuit d'un appareil com- )osé d'un verre écran, posé de champ, et au devant duquel était placé uii arge entonnoir, la partie évasée regardant en dehors, et le tube dirigé du côté le la plaque à un demi-pouce de celle-ci. Le tout fut adapté à un pivot, et lisposé de telle sorte que la force du courant d'air maintînt la grande ouverture le l'entonnoir du côté du vent. La surface de l'écran fut couverte d'une solution le chlorure de calcium; alors l'appareil fut hissé à la hauteur voulue et laissé Il situation pendant une heure. L'air pénétrant par l'évasemeut de l'entonnoir ombait sur la couche de chlorure, et y déposait les particules qu'il tenait en uspension. Ces expériences conduisirent aux résultats suivants :
1° Les spores cryptogamiques et les autres corpuscules sont surtout élevés u-dessus de la surface du sol pendant la nuit ; ils sont tenus en suspension laiis les vapeurs froides qui s'élèvent après le coucher du soleil et retombent ur terre bientôt après le lever de cet astre.
2° Dans la latitude de l'Ohio, ces corps s'élèvent rarement au-dessus de rente-cinq à soixante pieds au-dessus des terrains les plus bas; dans les portions lord et centrales de l'État, ils montent à trente-cinq ou quarante pieds, et dans ; sud de quarante à cinquante pieds.
3° A Nashville, à Memphis, ils peuvent atteindre de soixante à cent pieds nuessus du .sol.
k" Au-dessus du point le plus élevé des exhalations fraîches de la nuit, ces oi'puscules ne se montrent pas, et les lièvres d'accès ne s'y étendent jamais.
5° Pendant le jour, l'air des localités miasmatiques est presque exempt des pores àe Palmella, et par conséquent de la cause qui produit les fièvres intermittentes.
Pendant ses recherches, M. Sahsbury, soumis à l'inspiration des pariiculcf' exhalées par les plantes fébrigènes, éprouvait au bout de quelques minutes une sensation particulière et très-pénible de sécheresse, avec constriclion dans la bouche, la gorge et le larynx, sensation qui devenait brûlante et ne tardait pas \ s'étendre à la muqueuse bronchique. Il éprouvait un besoin continu de déglutition et d'expectoration sans pouvoir y satisfaire. Chaque fois qu'il voulait faire V mouvement d'avaler, les parois opposées de l'arrière-gorge semblaient se coilei entre elles; les sécrétions normales semblaient entièrement taries. Ces symptômes persistaient pendant deux heures environ après qu'il avait quitté 1. marécage. Cette matière miasmatique semble être un poison pour les muqueuse avec lesquelles elle est en contact, et, dit M. Salisbury, on dirait qu'il se pai^v là un effort de la part des muqueuses contaminées pour clore leurs absorbani et leurs glandes sécrétoires, jusqu'à ce que le poison eût été chassé par le mouvements de déglutition, de sputation et d'expectoration qu il provoque Ces symptômes furent également ressentis par le docteur Effinger, Boerstle c par quelques autres personnes qui l'accompagnèrent dans ses excursion^-
De tous ces faits, de la présence constante de petites cellules de Palmella dan l'expectoration des fébricitants, et de l'abondance de la source qui les fourn. ur les sols marécageux, pendant la période de dessèchement, M Sahsbury s regarda comme fondé à établir là un rapport de cause à effet, et a penser qu , avait enfin trouvé la véritable cause des fièvres intermittentes. Aussi donna-taux énanations corpusculaires de Palmella le nom de gemasma (miasme er resti^) Autant que j'ai pu examiner, dit M. Salisbury, autant que mes obse, vat ns on pu s'étendre, je n'ai jamais rencontré un cas de fièvre ,n .^ a s que j'aL trouvé dans le voisinage la plante incriminée ; et recipro quemen t, e n'ai jamais rencontré celle-ci dans une localité habitée sa., obserr, en même temps, des fièvres intermittentes ou rémittentes, en rappo. avec l'extension et l'abondance de cette plante.
Aussitôt que les premières chaleurs sèches du printemps et de lété f évapore eaux de surface, et que le sol des terrains huniides et maréca e trouve posé à l'air, il s'y montre une poussière blanche, v.rte pin t blanc verdâtre, ou brique pilée. Elle est surtout en couche épais e ur
et exposés nouvellement à l'air. L'apparence varie notablei^ uTvl l'ancienneté, la rapidité du dessèchement et la ^^^^^^^^ oppement n'est pas limité aux marais, aux tourbières, aux terres submoj^ S il se voit encore dans le lit desséché des torrents des fosses, d s an^ :::s:r les sols calcaires etles plaines sablonneuse.^^^^^^^^^^^ Formées rapidement, ces végétations se désagrègent de mtme e écrpper leurs spores qui s'élèvent avec les exhalations humides de J 1 es Snent en suspension, et montent à différentes ^^^^^l^. lités, comme nous l'avons vu plus haut. La surface «"P/^^^^.^^^ ^^^f ..^rqu. suit un plan horizontal et s'éloigne du lieu d'origine /'^^^^^^^^ , par les vents. Les cellules et les spores de jfjf ^^^^^^ >,peurs» mais ne peuvent se répandre au-dessus d elles. On les trouve
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plus aboudaiites vers les couches supérieures qu'inférieurcmeiit. Ce fait peut ■servir à expliquer une singularité maintes fois signalée, savoir, qu'à une certaine distance au-dessus des terres basses à malaria, sur les flancs des collines, les maladies miasmatiques sont souvent plus graves que dans les bas-fonds euxmêmes. La zone occupée par ces exhalaisons présente une température et des conditions hygromélriques qui lui sont propres et différentes de celles que présente la couche d'atmosphère immédiatement superposée, et qui est plus chaude et plus sèche.
Présence dans V urine des fébricitants de la plante qui produit la maladie. — L'urine de plusieurs centaines de malades affectés de fièvre intermittente ou rémittente a été soumise à l'inspection microscopique la plus minutieuse. Cette urine, dans quelques cas, avait été rendue avant que le traitement fût commencé ; dans d'autres, depuis que le traitement était entamé, sans que les accès fussent déjà coupés ; dans d'autres, enfin, les accès étaient temporairement coupés par la quinine, tandis que le poison fébrigène existait encore dans l'économie. L'urine avait été rendue, soit dans le stade de frisson, soit dans celui de chaleur, soit pendant la sueur, entre les paroxysmes, ou lorsqu'ils avaient cessé depuis quelques jours. Le résultat de ces recherches fut des plus intéressants. On reconnut que les plantes fébrigènes, les mêmes qui se développent sur les terres à malaria, existent constamment dans l'organisme des fébricitants, que l'appareil urinaire constitue une voie très-importante d'élimination pour ces végétaux, et que cet appareil avec celui de la perspiration sont les émonctoires par lesquels la nature s'efforce de chasser le principe morbide. N'y a-t-il pas là,^pour les médecins, une indication toute tracée d'agir dans le même sens, et d'aider à l'expulsion des cryptogames fébrigènes par les diurétiques, les expectorants, les 5'jdorifiques? En même temps on relèvera et l'on soutiendra l'organisme par le quinquina, le plus puissant des toniques, mais qui, lui-même, ne peut détruire le poison, bien qu'il puisse en empêcher le développement ultérieur, de même qu'il s'oppose à la multiplication des plantes de levain en fermentation.
Ces mêmes recherches ont encore démontré que, dans les fièvres intermittentes, les cellules torulacées qui se trouvent dans l'urine y indiquent la présence d'une matière glycogénique. La cholestérine se montre également dans les excrétions des malades. Ces deux produits, la matière glycogénique et la cholestérine, se rencontrent normalement dans le foie et dans la rate. Suivant le docteur Salisbury, la rate est le grand fabricateur de la cholestérine, et en même temps il forme un peu de matière glycogénique, comme le démontre l'existence de cellules torulacées dans la rate extraite du corps et soumise à un ferment; tandis que le rein ne forme ni ne rejette jamais de ces produits. Or, dajis les fièvres d'accès, la fonction de produire de la matière glycogénique et 'le la cholestérine est en partie exercée par le rein, ce qui décèle, en quelque sorte, un changement de fonction et le trouble apporté dans ces appareils par
action du poison cryptogamique.
On trouve presque toujours aussi dans l'urine les spores d'une espèce de longusdu genre Sphœrotheca, et que l'on voit habituellement développées sur
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les grandes espèces de Pahnella, appartenant au genre Protubovxns ; on les voi aussi sur les pommes, les poires, les coings, dont elles causent l'altération. I est peu probable que ces corpuscules puissent produire quelques désordres daii l'écononne, puisqu'on les rencontre souvent dans l'urine des personnes saines Les plantes fébrigènes se montrent dans les urines sous forme de flocon cotonneux, si petits, qu'ils sont à peine appréciables à l'œil nu, et en trop peti nombre pour troubler la transparence du liquide. Leur abondance varie beau coup suivant les diiïércnts cas. Ils sont toujours en plus grande quantité quant la maladie est grave cl dure depuis quelque temps; ils sont de couleur claire transparents, et semblent se développer dans la vessie, les bassinets du rein t les uretères, et souvent en nombre très-considérable. Dans quelques cas d' fièvre de date ancienne, des plantes à ferment, des espèces de Pénicillium d' Aspergillus, oatèté souvent observées, et en abondance ; des mycéliums se son souvent aussi formés à la surface de l'urine, peu de temps après qu'elle aval été rendue, produisant des fdaments et des fructifications en grande quantité On trouve ces plantes abondamment développées dans l'urine de beaucoup d' malades, pendant le mois de septembre. Dans plusieurs cas de ce genre, l'auieu a vu la fièvre intermittente se transformer, après plusieurs semaines, en fièvn conlinue de fornie typhoïde. Dans tous les cas de ce genre la maladie s'était dé veloppée sous l'influence d'une exposition journalière et continue à l'action di la cause excitante.
Plantes dans l'urine de fébricitants présentant des sijmptômes particuliers •— L'urine, dans tous les cas de fièvre intermittente, contenait des spores d' Pénicillium, indiquant la présence de matière glycogénique en voie de ferraen lation. Ces cellules étaient plus abondantes dans les cas anciens ou rebelles qm dans les cas légers ou récents.
Chez plusieurs sujets tourmentés par les formes les plus graves et les plu opiniâtres de la maladie, avec tendance à l'état typhoïde, l'urine contenait d nombreux filaments fongoïdes de mycélium, de Pénicillium, H'Aspergillus, à> Sphœrotheca; dans ces cas, l'urine passe rapidement à la fermentation acétique avant même d'avoir été expulsée, et précédant le développement des filament, cryptogamiques. Cette fermentation marche avec tant de rapidité, que peu d'heures après l'émission de l'urine, la fermentation putride commence, etquf . de petits flocons cotonneux, des paquets filamenteux, se montrent à la surface . et engendrent bientôt des spores. Ces plantes appartiennent aux genres Pénicillium, AspergiUus et Sphœrotheca, Du reste, l'auteur ne croit pas ce; cryptogames nuisibles par eux-mêmes, mais ils dénotent la présence de matière , glycogénique et une disposition anormale à la fermentation. Ils sont très-vrai-> semblablemeflt l'efl'et et non la cause d'un état pathologique préexistant.
Expériences relatives à la production du la fièvre intermittente. — NoUi' abordons ici un point très-important, et qui nous semble constituer, pou'' les idées de M. Salisbury, la preuve expérimentale qu'on était en droit d'exigei de lui.
Dans le but, dit-il, d'obtenir une certitude plus évidente relativement au