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CHAPITRE XII DE l'emploi de la loupe et du microscope

La loupe est une lentille de verre convexe d'un très-court foyer, et elle est destinée à faire voir distinctement des objets peu distincts à l'œil nu. Son usage est extrêmement simple et des plus répandus : elle grossit assez pour déceler la présence del'acarus dans la gale, de la tête du taenia, pour faire découvrir les érosions très-superficielles à la cornée, et pour déterminer la nature et l'espèce de certaines maladies de la peau.

Le microscope est un instrument d'optique dont l'inlcrvcniion en histoire naturelle est fort ancienne, mais dont l'usage en médecine date à peine de quelques années. On s'en est peu servi depuis les travaux de Spallanzani, de Halier,

Diî l'emploi de la loupe et du microscope. yiM

de Leeuwenhoek, de Kaltenbrunner, de Ch. Robin (1), etc. ; mais aujourd'hui qu'on a pu obtenir des grossissements qui varient de cent cinquante h trois cents et six cents diamètres, les recherches faites au moyen de cet instrument sont usuelles, car elles ont une extrême importance.

On divise les microscopes en simples ou loupes, qui ne renversent pas l'image des objets, et en composés ou microscopes proprement dits, qui renversent l'image. Les uns et les autres peuvent être disposés mécaniquement, soit pour l'ohservalion d'un objet préparé d'avance sur lequel il est impossible d'opérer autrement que par les réactifs chimiques, soit par la dissection. D'après cela, on a dans chaque espèce deux variétés : microscope ou loupe à dissection, et microscope ou loupe à observation. On peut aussi disposer les premiers de manière à permettre de suivre les

réactions dos agents chimiques : ce sont les microscopes chimiques. — Le «lîcroscope à observation est composé essentiellement de deux parties : la pa?-tîe opliqite et la partie mécanique. La première est fondamentale, invariable dans sa construction au point de vue théorique; c'est principalement de sa perfection que résulln la bonté du microscope. La partie mécanique, quoique secondaire, pouvant varier à l'infini, doit pourtant remplir un certain nombre de conditions de solidité et de

. (1) Ch. Ro^n, Du microscope et des injections. Paris, 18/19.

(*) I, vis (le rappel; V, plutine tournante; I), ilinpliragmc.

SÉMÉIOLOGIE.

précision qui facilitent beaucoup l'observation. Elle se compose du pied (fig. 2U), en forme cle tambour, à base formée d'un disque de plomb, et contenant un iniroir mobile. La face supérieure du tambour est horizontale; elle porte le nom de platine; elle est percée d'un trou qui laisse passer la lumière réfléchie par le miroir et frappant sur le porle-objet qu'on pose sur la platine. Au pied est annexée une colonne verticale pourvue d'une vis micromélrique destinée à élever et à abaisser la branche horizontale de la colonne qui porte le corps, afin de rapprocher ou d'éloigner celui-ci de l'objet. Le corps du microscope est un tube de enivre noirci en dedans qui porte en has Vobjeclif, et à l'autre extrémité Voculaire. 11 glisse a frottement dans un anneau de la branche horizontale de la colonne. La

partie optique du microscope (fig. 216) se compose de deux appareils distincts : 1 ° Vobjectif (ce), qui est tourné du côlé de l'objet ; eli° Voculaire, contre lequel est appliqué l'oeil de l'observateur. Vobjectif est composé d'une seule lentille pour les faibles grossissements, et de deux ou trois placées à peu près au foyer l'une de l'autre pour les grossissements supérieurs. On l'appelle alors quelquefois indifféremment jeu de lentilles ou objectif. Chaque lentille de l'objectif est achromatique, et, pour cela, formée de deux verres différents collés ensemble à l'aide de térébenthine sèche. L'un est pianoconcave et de flint-glass, l'autre biconvexe et de crown-glass, à moitié enfoncé dans la concavité de l'autre. Il en résulte une lentille piano-convexe dont la face plane doit être tournée vers l'objet.

Chacune d'elles est portée par une monture séparée, qui, dans les objectifs composés, se visse avec celle des autres. L'oculaire est toujours composé de deux lentilles simples piano-convexes, à convexité tournée vers l'objectif et plus ou moins écartées l'une de l'autre. La lentille inférieure, la plus éloignée de l'œil, re^oil le nom de verre de champ (lig. 21 6, c, cl 217, F, C). La Jentille supérieure, la plus rapprochée de l'ceil, reçoit le nom de verre oculaire ou supérieur, ou encore de verre de l'œil (L L), ou de loupe de l oculaire Chacune d'elles a une monture séparée, formée d'un anneau de laiton noirci. Un diaphragme (fig. 21 6, d, i, et fig. 21 7, D D) arrête les rayons les plus divergents, et restreint ainsi le champ du microscope à la portion de lumière qm rst dépourvue d'aberration de sphéricité. L'objectif est vissé sur une pièce conique (fig. 214), appelée le cône, fixée elle-même à l'extrémité inférieure d'un tube cylindrique de laiton, qui porte le nom de corps du microscope. L'objectif se dévisse facilement du cône avec les doigts, afin do pouvoir être remplace a volonlAJ par un autre. L'oculaire est formé d'un tube cylindrique de laiton qui entre cxao-

Fir,, 210. — ^Iiirc-lio tliîs l'ayons iluns l'objcclif.

fig

ODjet assez peiii pour oire examine eiam, piacu au-ucoouu., ■ \ ,

lumière réfléchie par les nuages, ayant ou non traversé un diaphragme (U^,

est

DE l'emploi de la LOUPE ET DU MICROSCOPE.

dirigée sur lui de bas en haut à l'aide d'un miroir concave (m) ou d'un prisme (a); ce faisceau de lumière traverse l'objet (après avoir ou non traversé un éclairage composé de plusieurs lentilles. Si l'objet (/ /) était au foyer môme, les rayons, après avoir traversé l'objectif (ce), sortiraient parallèlement, ou ils divergeraient, s'il était entre l'objectif et le foyer, et l'image serait indéfinie. Il est par conséquent placé un peu au delà du loyer. Alors les rayons lumineux qui le traversent, quand il est vu par réflexion, sont rendus convergents par les lentilles de l'objectif (a?), s'entrecroisent presque immédiatement an-dessus de lui, de manière que ceux de • droite passent à gauche, et réciproquement de {l l en l I). En recevant sur un verre dépoli le faisceau lumineux au-dessus du croisement des rayon?, on aurait une image renversée (i ?) de l'objet (/ /), et d'autant plus grandie qu'on la recevrait plus loin au-dessus de l'objectif. Mais, comme cette image serait très-vague et irisée sur les bords, parce que l'entrecroisement de tous les rayons ne se fait pas précisément au même point, un premier diaphragme (dd) est placé au niveau de la jonction du corps et du cône du microscope, et arrête les rayons les plus divergents. Le verre de champ (fig. 217, F, C) de l'oculaire a pour but de recueillir les rayons divergents les plus centraux (E, N) que laisse passer ce diaphragme (fig. 21 6,dd). 11 les rapproche et les fait entrecroiser plus tôt: ce qui rend le grossissement deux ou trois fois moins considérable (c'est-à-dire fig. 217, R' R' <RR); mais, par le rapprochement des faisceaux et par !a concentration de la lumière qui en résulte, l'image devient bien plus nette. Les rayons E', qui vont frapper le verre de champ en Ce, s'y décomposent; car ce verre n'est pas achromatique: les rayons rouges se dirigent en dehors , en o E et Ca, les violets plus en dedans en c e, et ce'. Or, si les rayons n'étaient pas ainsi séparés en différentes couleurs à leur arrivée au verre de l'œil (LL), celui-ci n'étant pas achromatique non plus, ils !=echromaliseraient et sortiraient en direction non parallèle, de manière à aller

rendre sur la rétine des images colorées. Mais la séparation même elfectuée par le verre de champ fait que les rayons ponctués violets (C,e et c, e') tombent plus près du centre du verre oculaire (L) que les ronges (c, E et c, a). Or, comme le pouvoir réfringent de cette lentille, à cause de sa courbe, est plus petit vers le centre qu'au bord, et que les rayons violets sont justement les plus réfrnngibles, l'en résulte que l'action du verre de l'œil (L) compense exactement la dispersion produiio par le verre de champ, et que les rayons E et e, a et e' sortent sensi- ■ 'lemeni parallèles. Ils peuvent conséquemment rencontrer tout l'axe optique (a, o) xes-pres l'un de l'autre, et ils agissent sur la rétine comme un soul point lumi- ' eux. Ce qui se passe ici pour un seul faisceau et pour les couleurs extrêmes ^ uge et violet se passe aussi de la môme manière pour les faisceaux et les cours mtermediaires. L'image se peint renversée dans l'œil (comparez fig. 216 H et 1 I ) lelio qu'on peut la recevoir au-dessus de l'objectif. Tous les mou-

FiG. 217. — Mai'cLe des rayons.

906 SÉMÉIOLOGIE.

vements qu'on veut faire exécuter dans une direction donnée à l'image vue dans le microscope ne sont par conséquent obtenus que par un mouvement en sens inverse de l'objet lui-même, ce qui offre du reste peu d'innonvénienls, car on en prend vite l'iiabilude. Un objet ainsi examiné n'est aperçu que parce que la lumière qui passe autour de lui, n'étant arrêtée par rien, vient impressionner vivement la rétine, qui, de lui, ne reçoit que son omlDre, ou mieux les rayons moins nombreux qu'il a laissés passer. Si le corps est opaque, on ne distingue que les bords, et sa masse se peint en noir. S'il est transparent, on voit dans son intérieur toutes les parties qui ont une densité et un pouvoir réfringent autres que ceux de la masse. — C'est à l'aide du microscope qu'on peut mesurer la forme et la structure des éléments analomiques, et, à cet égard, son usage est absolument indispensable dans l'étude de l'anatomie et de la médecine (1).

L'anatomie normale doit au microscope la connaissance exacte de la structure des tissus et des différents organes. Les éléments anatomiques du cerveau et des ganglions nerveux; ceux des glandes hépatiques, rénales, mammaires, etc.; ceux des muscles, des cartilages et des os ; certains éléments du sang, du lait, du sperme, etc. , ont pu être appréciés d'une manière si complète, que ce sont des découvertes aujourd'hui vulgaires, et qui ne doivent être ignorées de personne.

De pareils résultats ont fait espérer qu'on rencontrerait aussi dans les productions morbides des éléments particuliers dont la connaissance pourrait être, eu anatomie pathologique, ce que l'étude des éléments anatomiques normaux avait été pour l'anatomie normale. En Allemagne et en France, un grand nombre de médecins, parmi lesquels nous citerons Donné (2), Vogel (3), KoUiker, Lebert (U), Ch. Robin (5), Virchow (6), Morel etVillemin (7), etc., se sont livrés avec ardeur à ce genre de recherches, et il en est résulté une science nouvelle, l'anatomie pathologique, et dont les résultats ne sont pas encore généralement acceptés des médecins.

En effet, tandis qu'en anatomie normale, la micrologie fait connaître des éléments anatomiques permanents, caractéristiques, toujours les mêmes, en anatomie pathologique les éléments constitutifs des productions morbides n'ont rien d'aussi constant ni d'aussi caractéristique. Ils sont transitoires, changent de forme selon leur âge, et on les retrouve dans des productions morbides les plus opposées. Ces éléments ne caractériseraient positivement aucune maladie, si l'on ne pouvait en même temps consulter d'autres phénomènes physiques ou dynamiques absolument nécessaires pour établir un diagnostic vrai, .\insi les globules de pus ressemblent, à s'y méprendre, aux globules blancs du sang. Les éléments du tubercule peuvent être confondus avec la matière blanche des

(1) Dictionnaire de médecine, par Robin et Liltré, 12" édition, p. 942.

(2) Donné, Cours de microscopie. Paris, mù. — Allas du cours de microscope. Paris, 1846.

(3) Vogel, Traité d' anatomie pathologique. Paris, 1847.

(4) Lebert, Traité d'anatomie pathologique. Paris, 1855-61.

(5) Ch. Robin, Programme du Cours d'histologie. Paris, 1867.

(6) Virchow, Pathologie cellulaire, 3° édition. Paris, 1868.

(7) Morel et Villcmin, Traité élémentaire d'histologie humaine. Paris, 1864.

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plaques intestinales de la fièvre typhoïde. La cellule cancéreuse est identique avec les cellules épitliéliales de certains organes, particulièrement des calices du rein et de la vessie. Lexancroïde cutané, maladie mortelle, est formé d'épithélium, élément anatomique qu'on retrouve dans le cor aux pieds, etc.

Au point de vue micrologique, l'étude des éléments constitutifs des différentes productions morbides n'a donc pas toute l'importance diagnostique que l'on s'est cru en droit de lui accorder. Intéressante comme toute étude nouvelle des objets de la nature, elle pourra peut-être fournir ultérieurement des résultats plus nets et moins sujets à contestation ; mais aujourd'hui elle ne peut encore servir de base solide à une reconstitution de la médecine, comme le prétendent quelques micrologues. Malgré ces embarras de la science qui marche, ceux qui l'étudient ne doivent pas se borner à voir faire les maîtres, ils se doivent à eux-mêmes de prendre parti pour ou contre les idées nouvelles ; mais pour cela il faut se mettre à l'œuvre en jugeant les choses par elles-mêmes. 11 s'agit ici de l'importance des applications du microscope à la médecine, c'est par la pratique de cet instrument qu'il faut le juger. Tout clinicien doit faire son apprentissage sur ce point, afin d'apporter le poids de son autorité personnelle dans la discussion ouverte entre les médecins. Vhistologie, fondement nécessaire de l'anatomie normale et base indispensable de toute bonne anatomie pathologique,- malgré les incertitudes qui environnent encore l'étude des éléments empruntés aux différentes lésions organiques.

Au reste, la question débattue entre la micrologie et les médecins est double : il s'agit à la fois de l'importance des résultats fournis par le microscope et de l'importance de l'anatomie pathologique en général, comme base de la médecine. Pour ceux qui croient, avec Velpeau, qu'on ne part pas de l'anatomie pathologique, mais qu'on y arrive, la micrologie et l'anatomie pathologique sont jugées et placées au milieu des différents moyens d'analyse dont dispose la clinique. Ceux, au contraire, qui, avec les organiciens, matérialisent toutes les maladies sans exception, par une localisation réelle ou hypothétique, ceux-là n'ont aucune raison de repousser la micrologie qui leur vient en aide, et l'anatomie pathologique est le point de départ de leur nosographie. Il ne nous est pas possible d'aborder ici cette question de doctrine à propos de l'usage d'un instrument de physique ; elle a été longuement débattue dans la première partie de ce livre consacré à la pathologie générale (voyez p. ;")90) ; mais, si je la signale encore, c'est pour montrer toute importance qu'il faut accorder aux recherches microscopiques, et pour prévenir du danger qu'il y aurait à se laisser guider exclusivement par elles.

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