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CAUSES DÉTERMINANTES SPÉCIALES OU SPÉCIFIQUES

Les causes déterminantes spéciales et spécifiques sont celles dont l'impression morbifique est presque toujours suivie du développement de maladies déterminées de même nature, avec leurs symptômes à peu près semblables. Tous les coups, toutes les contusions, les écorchures et les blessures par instrui ments piquants, tranchants et contondants, sont autant de causes déterminantes ' spéciales d'ecchymose, d'abcès, d'adénite ou de blessures d'une nature et d'une forme absolument déterminées, en rapport avec la nature de la cause spéciale morbifique. La compression des jambes est une cause déterminante spéciale de varices.

Un effet spécial résulte de l'absorption des gaz non respirables et des vapeurs toxiques éthérées; — de l'usage de certains aliments; — de l'action des caustiques; — delà présence des épizoaires, des entozoaires, des épiphytes et des enlophytes; — de l'action des différents venins et poisons; — de l'impression des miasmes et des virus, etc.

Parmi ces causes, il en est un certain nombre dont la nature et le mode d'action méritent d'être étudiés avec soin. Ce sont les impressions morales, miasmatiques, eflluviques, virulentes et névrosiques.

§ i''^. — luilirc.ssions morale»!.

« Mens agitai molom. »

Les impressions morales sont à la fois des comscs déterminantes morbi figues spéciales et des causes prédisposantes générales de maladie. Leur nature et l'idiosyncrasic des individus déterminent la variété de leurs effets, car tantôt leur action est immédiatement suivie de la réaction morbide, et tantôt, au cou-

traire, cette réaction est éloignée, variable et incertaine. D'autre part, cette réaction, en rapport avec la même impression morale, n'a rien de constant, puisqu'on voit se produire sous l'inllucMice d'impressions du même genre, ici d( s accidents morbides du système nerveux, tels que des névroses, et ailleurs des accidents de nature dilîérente dans le système circulatoire, la fièvre par exemple.

Sous ïe rapport de leur nature, les impressions morales peuvent être divisées en deux classes, qui correspondent assez bien à une double action, diiïérente et opposée sur l'organisme. Ce sont les impressions morales agréables ou cxpansives, excitatrices, et les impressions morales tristes ou dépressives, qui représentent bien l'effet des passions dépressives et expansives dont elles sont la conséquence ordinaire. Celles-ci sont, beaucoup plus souvent que les autres, le point de départ des maladies, mais les unes et les autres produisent des accidenls primilifs et des accidents secondaires. Ils ont pour cause la perturbation ner- ' veuse et pour siège tous les appareils organiques indistinctement, mais plus particulièrement le cerveau, le cœur, les poumons, les viscères de la digestion et les différents organes sécréteurs. Partout on ne saurait comprendre qu'il en son autrement la modification nerveuse est primitive; mais instantanément, dans un espace de temps inappréciable, ou plus tardivement, arrivent les modifications organiques qui en sont la conséquence. De l'impression résulte donc, par une sorte de transformation spéciale, une maladie immédiate ou secondaire; cest une impression morale produisant une impression organique ultérieurement transformée en maladie.

Dans certains cas, il n'y a point de temps intermédiaire entre la cause et l effet, et le résultat suit de si près l'influence de l'impression morale, qu il n y a pas de doute sur l'origine des accidents morbides. Le système nerveux réagit d après l impression qu'il a reçue, et l'on voit son ébranlement, localisé dans un des organes dont il coordonne les fonctions, se traduire ici, sur le cœur par une syncope ailleurs par une paralysie générale ou des secousses convulsives. Per des su u oides par la suspension du flux salivaire, etc. Ces faits sont acceptes de tout Inke II n'en est pas tout à fait de même de ceux dans lesquels 'impression morale, longtemps prolongée, modifie lentement les fonctions et fait éclater, Ts un appareil quelconque, une lésion organique plus ou moins sra^ . comme aie le rapi^rt de causalité est difficile à saisir, que l'observation gros- Sr ne le montre pas d'une manière évidente, que des causes occasionnelle rrcurrentr uvent également être invoquées dans la production cU, mal, et q"^^^ l la raison pour suivre les traces de ^"^n-sion mor-

Wique, quelques médecins nient ces faits et les relèguent dans la catég d Mt imaginaires dont il ne faut pas s'occuper. C'est une grande erreu qu lnl;,orte de détruire et qui a tous les jours les plus fâcheuses conséquences en

Lefimpressions morales subiteset violentes exercent mie influence immédiaie pe^tirtrice très-maniuèe sur les fonctions nerveuses, dont eUes "Uerrom en îo le n ton modifient 1' On succombe réellement de frayeur ou d

r suspension absolue de l'action nerveuse, et cela est souvent arme à

des sujets très-robustes^ sans que la nécropsie ait permis de constater la présence d'aucune lésion organique.

Observ. ].—Mort par la peur.— En 1865, au village d'Asnières, près de Saint- Jean-d'Aïigély, un boucher saignait un cochon. Auprès du boucher était sa petite fllleâgéede°quatre ans. Les autres enfants, voyant la piteuse mine que faisait la petite fille, lui dirent, pour l'effrayer davantage, qu'on allait la saigner à son tour. Aussilôt la malheureuse enfant court à toutes jambes vers une maison dont la porte était ouverte, se précipite sur une jeune fille assise, et cache sa figure dans son tablier ; on voulut lui relever la tête pour la rassurer, mais elle était morte (1).

C'est de joie que durent succomber Diagoras et Soplioclc : le premier eu apprenant que ses trois fds avaient été vainqueurs aux jeux Olympiques, et l'autre en y recevant la couronne, à laquelle sou âge avancé ne devait plus lui laisser l'espérance de prétendre. — Il en fut de même de cette jeune fille pauvre dont parle Boerhaave, et qui, appelée aux Indes par un frère qui s'y était enrichi, mourut de joie en voyant les superbes effets qui lui étaient destinés; de l'héritière de Leibuitz, qui mourut en ouvrant un vieux coffre qui se trouva plein d'argent ; et enfin de Léon X, lorsqu'on lui annonça les désastres éprouvés par les Français.

Tissot (2) est rempli de faits curieux relatifs à l'influence des impressions morales ayant produit différentes névroses, et principalement l'hystérie, la catalepsie, l'éclarnpsie, l'épilepsie et l'hydrophobie.

Il rapporte l'histoire de deux jeunes filles qui, par la même cause, étant trèsprès d'une personne qui fut tuée, l'une ayant été légèrement blessée à la tête, tombèrent dans un véritable état d'imbécillité. Une autre jeune fille âgée de neuf ans, effrayée par le violent orage et l'affreuse grêle du 28 juin 1752, tomba dans une agitation étonnante et perdit la parole, qu'elle ne recouvra qu'au bout de quelques heures et même imparfaitement, puisqu'elle bégaya pendant plusieuis jours. — Stahl a vu une fille qui, menacée de mort par des soldats, perdit tout son sang par tous les pores de son corps et fut promptement morte (3). — ïissot rapporte aussi qu'une femme effrayée par le danger qu'elle avait couru en se mettant à cheval sur un balcon très-élevé, eut le lendemain une crainte générale; tout lui faisait peur, elle n'osait pas rester seule; au bout de quelques jours elle eut de violentes convulsions dans les muscles du cou, qui ne tardèrent pas h gagner tout le corps; elles revenaient fréquemment, commençaient quelquefois par le pouce, d'autres fois par le pied et duraient plusieurs heures. —Il a vu une femme effrayée le second jour d'une couche par la cloche du feu, et qui était restée sujette à des spasmes si violents de l'avant-bras, qu'elle jetait des cris douloureux toutes les fois qu'elle en éprouvait des accès accompagnés d'une angoisse inexprimable, et les accès duraient quelquefois vingt-quatre heures.

Tissot dit avoir observé une paysanne robuste (jui, descendue par une corde dans

(1) L'abbé Moigno, les Mondes, t. I, p. 141.

(2) Tissot, Maladies des nerfs, t. III.

(3) Stahl, De palhemat., § 26.

une caverne assez profonde pour y chercher un anhnal égaré, en ressortit folle et n'a jamais été guérie. - On a vu à l'hôpital de Montpellier un jeune homuic qui, ayant été attaqué sur un grand chemin par des voleurs, devint tout de suite maniaque (1); et Gorris arrêté par une troupe d'hommes armés, dans le temps des troubles de la Ligue, tomba dans une imbécillité dont il ne sortit jamais.

Les habitants des Cévcnnes, terrifiés par la révocation de l'édit de Nantes, violemment arrachés de lem's demeures, de leurs familles, étaient pris de convulsions qui, se montrant sur toute la population, constituèrent une véritable épidémie En 1793, pendant l'horrible domination de Carrier à Nantes, et sous l'inlluence de la terreur rouge, la plupart des femmes enceintes enfermées dans les prisons avortaient (2).

Les auteurs sont remplis de faits de ce genre, et, quand même on en voudiait récuser un certain nombre, il en restera toujours assez pour entramer la conviction - La frayeur rend épileptitpe : J. Frank, Esquirol, Georget, Bouchetet Cazauvieilh Beau, etc., ont apporté des faits à l'appui de cette assertion, établie sur une statistique récente du dernier de ces médecins, dans laquelle on voit 1 mipression de la peur constatée 191 fois sur 381 cas d'épilepsie.

Il Impression morale déterminant Vépilepsie — La femme d'un M!.!n fi'Fvreu^ MB., enceinte de sept mois, vit tOQiber devant elle un homme T , ni at aaue'd éi ie, et elle eut une si grande frayeur, quelle accoucha Sque eC avant tlnfe d'U enfant bien conformé, mais qui offrit peu après la quelque lei F d'éoilepsie très- fréquentes et incurables.

""Lfpére et îa mère n'éS point épileptiques et n'avaient point de parents atteints de celle maladie.

m Frayeur suivie de mort. - Une jeune femme, Pr.scilla May, Ubseuv. 111. y travailler chez une couturière, demeu-

ranl a Londres, près ae nyue ... , ^^^^^ pour i^j faire peur, sortit

sa maîtresse, une servante, q"'^^^!'^' J^T/g^^ii^^ et fit à la jeune fille une telle

brusquement d une .f ^f/j/^^f/^t^^^^^^^ qui montait derrière elle,

frayeur, sa Zrt arrivée il y a quelques jours. La

et n'a pas retrouvé la ra.son jusq^^^^^^^^ J^^^^ . ,^

toi la )) . t

n ' IV fraveur s»» * >»oi l. — Une aclrice, récemment remariée, Obse" IV. - J-^V^r^s j j j„ de Norlh-Vallham

repréEenla, Cahs a ™ „„„'i^,e de mort que son rôle l'obliseail a

foSeZ" dlTo t1oX:™^™rL°d-u„ tremblement ...volontaire et tomba éva-

"t: zts^-s. troovant sC::^

;?;ïï-i.rt" „r r ;lc4:u' «Sf^. a-r nomm. Norri. mort 1, v a dou.e ans, et enterré clans '^f^it la .êle decelui-ci quelle avait

S s: r:û?°èsPdé rmllheureuse r.m.,.e une impression

(1) Ohs. àeméd. des hôpitaux militaires, t. I, P- ^5-

(2) Crétincau-Joly. Vendée mililaire, l. II, p. 5^.

DES CAUSES DE MALADIi:. — IMPlîESSlONS MORALES. 113

si profonde et si terrible, qu'elle perdit de nouveau connaissance. Malgré tous les soins qu'on lui prodigua, on no parvint point à la tirer de sa léthargie, et elle expira peu de temps après.

Une hydrophobie mortelle est souvent la suite d'une unpression morale ou de l'impression de frayeur causée par la morsure d'un chien en bonne santé. On a cité partout le fait d'un homme mordu par un chien qu'il ne savait pas être enragé, et qui, sans préoccupation de cet accident, partit pour l'Amérique, où il resta vingt ans. A son retour, il apprit que le chien qui l'avait mordu était devenu enragé. Frappé de cette idée que le virus n'avait pas perdu son action, il tomba malade, et mourut bientôt avec tous les symptômes de la rage. A moins d'admettre que, dans ce cas, la maladie a eu une incubation de vingt années, ce qui est impossible, il faut croire qu'elle a été le résultat d'une simple perturbation nerveuse, ce qui n'est pas moins extraordinaire. On rapporte également le fait curieux d'un domestique anglais qui, pour avoir lu dans un journal le récit d'une mort horrible causée par la morsure d'un chien enragé, se trouva immédiatement atteint lui-même d'hydrophobie et ne fut sauvé que par les soins les plus attentifs (1).

Certaines paralysies des membres, la suspension des mouvements de la langue se montrent subitement sous l'influence de la peur, qui anéantit toute action nerveuse. Chacun sait que la terreur paralyse, que les membres refusent le service à qui veut fuir, et que les cris d'alarme sont en quelque sorte impossibles. Cette paralysie est momentanée ou durable.

Robert Boyle rapporte qu'une femme s'étant assise avec son enfant près d'un canal, l'enfant tomba dans l'eau pendant que sa mère était occupée : celle-ci, levant les yeux, voit son fds qui se noie, et sur-le-champ est attaquée d'une paralysie d'un bras qu'elle garda toute sa vie.

^ Les paralysies du sentiment, l'analgésie en particulier, sont le résultat de l'exaltation des idées, du fanatisme religieux ou politique et de fortes préoccupations de l'esprit. On sait qu'Archiraède reçut le coup mortel sans se plaindre, préoccupé qu'il était par la solutioud'un important problème de mathématiques.'

Au reste, si les paralysies peuvent être la conséquence d'impressions morales subites et violentes, la cause qui les engendre leur sert quelquefois de remède (O)

On en peut voir la preuve dans les faits suivants, et surtout dans le premier, qui s'est passé sous mes yeux et dans lequel j'ai joué le principal rôle — C est un miracle comme il s'en fait bien souvent dans tous les pèlerinages nrofanes ou sacrés qui attirent les malades.

i.r,9"?"J.* ^' ~ ^" '>^"'«c«e sans le savoir. — J'ai vu en iRiO 1« q • < pMile fille de on7.e ans, nommée Louise Praquin, qu'une frayeur exœ Z V^.T ^ par une lenlaLve de ,i„l, a,aic rendue n.uetlo olplralytiqueïes qua^rribre":

(1) Feuchtersleben, Hygiène de l'dme, 2» édition, Paris, 1860.

(2) Boerhaave, Prœlecl. Acad., p. 567.

B. — l'ATUOL. GÉN.

Celte enfant venait de la province. Pendant deux «^o''^'^^^^^.^'^.^;,';?;!' Z.TZZ par les médecins de la localité et des environs pour guérir cette mala i.e mais tout était resté infruclueux. Désespéré, le père voulut amener son enfan a Faris Celle-ci, qui n'entendait parler de la grande ville de

Dieu, que dans les termes les plus pompeux 7«»d"S plus saisi ant pour^^^^^^^^^^^^ raison de son âge, qui grandit tout, arriva pleine de ^. 'Jf/.^^SL c^^^^^^^ sa guérison. Le soir, je la vis muette et paralytique, et 1 î>yf"\^""''f '7. '^''T^ ncSle je ne lui fit aucun traitement; elle était encore telle le 'end;- m •« à la visite de M . Uostan . Dans la journée, elle commença a Paj «r^^e ou d a près elle commençait à remuer les jambes, et, au troisième jour, elle marchait dans les s les c^r^plélement guérie. Sa foi l'avait sauvée. Une impression morale vi e de nalur; dSente, lui avait, à quelques mois de distance, enlevé et rendu 1 usage des membres et de la langue.

La simple curiosité de voir ua spectacle attrayant a quelquefois produit ce nue des médicameuls n'avaient pu opérer, car d'après Audry (i), on v.t a Paris, eu 1682 au grand étonnement de tout l'irôpital, six malades qui depuis plusieurs mois étaient sans mouvement, se lever et marcher, pour voir l ambassa-

^'un "jeurîiomme muet depuis quatre ans recouvra la parole en se fâchant contre une vieille femme qui l'avait déjà maltraité très-souvent (2).

Pechlin parle d'un homme attaqué de paralysie du stemo-mastoidien avec déclinaison vicieuse de la tête chez lequel ce muscle recouvrait assez de force pou " tenir la tête droite pendant quelque temps quand il était amme par la

muet de naissance, voyant un ennemi prêt à japper son nère aurait trouvé la parole pour s'écrier : Soldat, épargne Cresus ! I '"rces histoires je veux en aoindre une autre non moins cm-ieuse cas H quelle un simple effort d'imagination, l'espérance de guérir, a fait le miiacle de la disparition subite d'une paralysie. ^

A , VT Ouand on eut découvert les propriétés de l'oxyde nitreux, le Observ. y,ï-.-^''f"'^ ,,,u„t„„ce lui offrait un spéciQque certain contre la

docteur Beddoes ^^^^ l^^^^^,,^ , ,entL 2 expé, ience sur u paralysie. DavY. l^oienage , . . médecins. Le patient ne futpomï

devait le guérir n'était autre que le ^'^«'■"^.".f i^^^'^^^f^ " ^^ridge Au lieu du

mieux. . Davy adressa un regard ^^^f San quinze ^

spécifique, on se contenta du 1^:^^""°"^^^ //f, ^^^^^^^ de ce pauvre homme,

fît placé, avec toute fa cure fut complète.

dont les membres se délièrent, dont sanie renaqi , ^j ^n

ei auquel on ne fit subir aucun autre traitj ni Si Davy n eût p

certain mystère son expérience, s il avait négligé la parue uia 1

(1) Andry, Orthopédie. Paris, 17/11, t. I, P- 98.

(2) Acta Hafniensia. Copenhague, vol. I, obs. 71.

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