IMPRESSIONS MORALES
s'il avait dit au patient : Voici ua thermomètre qui doit mo servir à le! usage, le malade serait resté paralytique, et le traitement par l'oxyde nitreux aurait peutêtre entraîné la mort.
On cite des faits de paralytiques abandonnés chez eux au moment d'un incendie, et qui, dans leur terreur, ont trouvé tout à coup assez de force pour se lever el courir, dans le but d'échapper au danger qui les menaçait.
Dans le tremblement de terre de Lyon, en 1855, au momeut de la secousse, une femme paralysée de la langue eut si peur, qu'elle appela son mari pour le faire venir à son secours.
Observ. VII. — Paralysie guérie par la peur. — La femme d'un kalife, atteinte d'hémiplégie dont elle ne pouvait guérir, consulta un médecin qui lui promit de lui rendre le mouvement à condition que son mari le laisserait faire et ne se fâcherait pas du moyen à employer. Le kalife promit tout ce qu'on lui demanda, et le médecin se mil aussitôt en devoir de toucher les pieds de sa malade, ce qui est un signe d'impudeur en Asie : la malade faisant alors tous ses efforts pour éloigner les mains du médecin, fut immédiatement guérie.
OBSERv.VIII.-Para/j/sîe guérie par la peur.— La femme d'un magistrat paraplégique depuis quinze ans et n'ayant pas marché pendant tout ce laps de temps fut un jour tellement effrayée par l'explosion de la poudrière do la ville, arrivée dans la rll" n T'^ f"''''^^ f " "^' bêlement, pour s'enfuir à une lieue de
Rameni; IVluX""" .'^ '"'^'^PP^^ ^^"'^'"^'^^ '^'""^ couverture.
Kamenee chez el e, les accidents paralytiques revinrent au bout de quinze iours
e ne cessèrent plus Personne n'osa mettre le feu à la poudrière pour tenter de a . guérir de nouveau. (N. Guillot.)
Observ IX. - Paralysie guérie par la peur. — Une fille de vingt à vinet-cinn i ans, paralytique depuis quelques mois, vint à l'hôpital Necker Pens nt nu fl avai^
et a essajer les effets de la frayeur en annonçant à celte malade au'il allait nm,r ^ devani"!', "\ T"^'"'-'' ^«"g' fë"- L appa el fut placé
Pareil effet des influences morales -i été cnn^f,i& d- i .n.ner„„le de .aladi. cU,.„„i<,„es ;i ll^Z^Z^;!^ Z lZ'^ de, évé„e„,e„., |„liUq„es de la p, emij,. rivol.,ti„„ fr S E r*XTr' gens oceupfa à ,e soigner ponr te affee.ion,, cluoniques qu'u7 ,c!ln , v dangereuses, mcnrables pem-éue, n'ont eu qne la peine d'oubler Z [ en songcam ii sauver leur leic °'
«rot:,:*l!S^^^^ les violent, chagrins,
IWganeene.,,,ali,,uedei:M,:;~^^^
immedialemeiit les congcslions céréirile, le. 1, ° f '" '<='• '1" «'"«""ment manie aiguë, la ,„„u„,nanie e. a l^n "ce ls!,l T '» •Wris par une leuro la ,„„„ de so Cl mba d' b , T
son uis, tomba d abord dans une dMaillance qui,
PATHOLOCIE GÉNÉUALi:. ^||
mmmm
Inrhnt lesquels elle fut coniuiuellcment lourmenlee de cet c idcc.
'■it—r r.=« -
colèi-c comme dans uu accès cie uevit, i Une ™de frayeur,
et ardcnls, ;'"\^^^'^J^ f„ ^. i „„3„oc dn la nostalgie et du cha- ,™„,„e P»™ - ^ « V™*,:^' .,pMa,, et souvc», . Pans même, c, a CcaXn L ™'ts ?ait <le ce ge,„e!'c'es. avec renco.b.emeat, „,>e des causes les plus I,ïes de cette .rialadie.
Lestap.=3sions mot-ales ,i.es, quelle que '"^.^^^ ^ diatcment sur le cœur et sur les vaisseau.. P»';^ ^ „al-
,eu.. eu produisant la colorafou '7?,^ ^ ::5:;3^ec™ larup-
nitaiious douloureuses, la syncope, ui loi iiuuiu.. . „ .
Elles occa-
ture du cœur ou de l'aorte et 1, mort ; ma,s « » "f™^^^^^^^^ du ,„umou, de ,„„„e„t aussi la ™PJ-;, J-^^ J^^^ U^s ^irha^ics' c..bra,o.
;:îr lit': :ri:;;;ti:r :'.«s.atiques. Qua„t au. errets « »
(1) Stahl, De 'passionibus animi, thèse n" 23.
(2) Galien. De sanitale luenda, cap. vi. 1844, p. 582.
(3) Cabanis, Rappor<. d«P'.l/«.Q«e c( dimoral de l homme, 8 odU.
DES CAUSLS DE MAr.ADin. >— IMPRESSIONS MORALlî?. 1^7
leur innuence sur l'hypertrophie et sur les lésions valvulaires du cœur, j'en parlerai plus loiu à propos des accidents secondaires des impressions morales. Ici, qu'il me suffise de rapporter le fait suivant (1) :
Observ, X, — Un homme souffrait beaucoup du caractère tyrannique et acariâtre de sa femme, et, quand il était en sa présence, il éprouvait une dyspnée semiasphyxique ; le pouls était petit, les battements du cœur faibles, incomplets; cet organe, ii demi paralysé, ne pouvait lutter contre la résistance de la colonne sant^uine qui presse contre les valvules. L'arrivée d'un tiers dans ce tête-à-téle, en distrayaniraltenlion du mari, le soulageait, et peu à peu l'énergie du cœur reprenait le dessus. Au bout de quinze jours de cet état nerveux, qui apportait un si grand trouble à la circulation, cet homme mourut d'apoplexie pulmonaire.
Les effets immédiats des impressions morales vives sur l'appareil digestif sont très-nombreux. La digestion s'interrompt quelquefois, et cela est en rapport avec la sécheresse de la muqueuse stomacale et la cessation de la sécrétion du suc gastrique, comme on peut s'en assurer dans les cas de fistule stomacale sur l'homme et sur le chien, lorsqu'on les fait souffrir d'une manière quelconque. L'estomac se contracte et il rejette les matières qu'il renferme dans son intérieur. Il y a indigestion. J'ai connu un monsieur très-lancé dans les affaires qui, au moment de la crise financière de 1857, apprit au sortir de son dîner qu'un de ses banquiers de Londres venait de suspendre ses payements, et aussitôt il éprouve une sensation épigaslrique douloureuse, bientôt suivie de vomissements et d'une diarrhée abondante, guérie au bout de quatre heures. — L'intestin se contracte également et les follicules y jettent des mucosités en telle abondance, qu'il en résulte de la diarrhée. A cet égard, l'influence de la peur est une chose proverbiale et vraie. C'est à ce point que, dans les dernières épidémies cholériques, quantité de personnes ont été sérieusement malades de la peur que leur donnaient quelques-uns des premiers symptômes du choléra; ce que l'on pour- I rait appeler cholérophobie. Il suffit, dans ces cas, de soutenir le moral des mai lades pour amener leur guérison, et l'on raconte à ce sujet qu'en 1859, un médecin militaire de l'armée d'Orient, voyant arriver à l'ambulance des cholériques qu'il ne croyait pas très-malades, se mit h les accabler d'injures, en les traitant de lâches fuyant le danger, et il les renvoya au corps d'où ils venaient, complètement guéris, ajoute-t-on, par cette violente impression morale.
Dans les glandes, les impressions morales vives produisent des effets immédiats non moins évidents et non moins constants. Les urines se sécrètent en très-grande quantité, et sollicitent par d'impérieux I besoins la nécessité de fréquentes évacuations.
La bile, devenue tout à coup plus abondante, ne peut couler assez vile dans l'intestin par un conduit toujours excessivement étroit, et refoulée ou maintenue dans le foie, elle passe dans le sang, et forme ces jaunisses ou ces ictères dont le développement rapide étonne toujours le médecin le plus expérimenté. « Nous avons connu, dit Renauldin (2), un homme d'un caractère violent' qui, se
(4) Larivière, thèse, 1855.
(2) Rwaiildin, Dictionnaire des sciences méd. Paris, 181Û, t.X, p. 178, article DoutEUR.
/j^ *g PATHOLOGIE GÉNÉRALE.
livrant un jour à l'explosion d'un mouvement décolère, fut atteint sur-le-champ, et en yiotre présence, d'un ictère universel. » . , , .
Chez un homme saisi de terreur, les glandes de la sueur .nondent la peau d'un liquide froid et visqueux.
Les Aandes salivaires cessent quelquefois leur action au moment de la frayeui , | et il en résulte une grande sécheresse de la bouche et un embarras prononce de la parole; au contraire elles sécrètent une abondante quantité de sahve dans la colère • on dit écumer de rage, et ce dicton est h demi confirme par l expérience, qui semble accorder à la salive d'un homme irrité des propriétés vn-uîen te anatogaes à celles de la bave des animaux enragés. Le Cat dit avon- vu des acc le. "d'empoisonnement, suivis de mort, se développer chez un md.v.du a r rde la mlsure d'un homme en fureur. On sait que la mère de M. Ip.g. devint hydrophobe pour avoir été mordue par sa fille. Pouteau a rapporte une observation semblable -, mais tous ces faits demandent confirmation.
Les 1^^^^^^ spermatiques sécrètent en abondance chez ceux qu'entrante vmlemment l'amour ou qui se livrent à la licence et h la débauche.
lT glandes mammaires sécrètent activement chez les femmes qu msp.re l'amour d enfants, et la sécrétion se tarit ou s'altère au point d'acquénr des quai eCusib e à l'enfant chez les femmes en proie à une agitation morale v.oletite. r ci l eu.' (1) l'observation d'une femme qui vit mourir son enfant, .en portat^^^^^^^^
aer de son mari qu'un soldat avait menacé de son sabre •
'"l sécrétion du pus et du mucus, leur bonne composition se mod.fi a p^o
fnnrlpment Souvent on a vérifié cette assertion de Bramb.lla (2), que les cnio
du sang '^-^^'^^^^^2 ^^ consoMalion des os. Les plaies don. on ccatnsation des pa, 1 es " „.,. dernière intention pâlissent, Icnrs bords
vivaient de la chasse des ^^^^^^"^'^^^^^^^ du précipice, réso-
de San Jovianni et de Domus Novas. un ^^f ^ "'J ^ ' | chercher. Le danger n'était lurent de s'en emparer et tirèrent au sort a qui irait le cliercner.
.) Bouchut, H,,..e ae la première errance 5e édition. Paris, 1866, p. 221.- Ann. delà liuéralure médicale britannique, mi^, tome i. (2) BrambiUa, OEuvres, Ulcères, t. II, cliap. ni. (8) Descuret, Médecine des passions, 1 vol. m-8.
pas seulement dans la possibilité d'une cbule de plus de cent pieds, mais encore dans l'ao-ression des" oiseaux de proie que pouvait renfermer cet abîme.
Celui des trois frères que le sort avait désigné pour une si périlleuse entreprise était un beau jeune homme d'environ vingt-deux ans, d'une force athlétique, et ne reculant jamais devant les difficultés. Ayant donc hardiment mesuré des yeux la profondeur qu'il doit parcourir, il se ceint d'une corde à gros nœuds, que ses frères se chargent d'abaisser ou de hisser à volonté : puis, muni d'un sabre bien affilé, il descend dans le précipice, et arrive heureusement jusqu'à l'interstice qui recèle le nid, objet de tant de vœux. Ce nid contient quatre aiglons à plumage Isabelle clair : c'est un trésor pour le jeune montagnard, et son cœur palpite de joie à la vue d'un si riche butin. Mais le plus difficile n'est pas accompli : il faut remonter avec celte proie, et c'est là surtout que se trouve le péril. Déjà la voix du chasseur a retenti joyeusement dans les cavités sonores du précipice, déjà la corde se meut dans un mouvement ascensionnel, lorsque tout à coup il se voit assailli par deux aigles énormes qu'il reconnaît, à leur fureur, à leurs cris, pour le père et la mère des petits dont il s'est emparé. Alors s'engage une lutte épouvantable : le sabre dont il se sert avec une grande dextérité suffit à peine pour le garantir de leurs coups ; pour comble de maux, la corde qui le soutient au-dessus des profondeurs de l'abîme est soudain ébranlée par un choc violent : le malheureux lève les yeux et s'aperçoit que, dans ses évolutions multipliées, le tranchant de son sabre a coupé une partie de cette corde ; comprenant alors l'immensité de son danger, il demeure un instant immobile de frayeur, un frisson glacial parcourt tout son corps, et l'on conçoit à peine comment, en proie à une telle émotion, il eut la force de continuer à se défendre. Cependant la corde moiite toujours, et des voix amies l'encouragent; mais il est hors d'état de leur répondre, et, quand il atteint le bord du précipice avec le nid d'aigle qu'il n'a pas abandonné, ses cheveux, auparavant d'un beau noir, sont devenus si blancs, qu'il en est méconnaissable.
Il y a des faits encore plus extraordinaires.
Observ. XII. — J'ai vu à la Société de biologie, en 1854,1a photographie d'un nègre presque subitement blanchi par la peur (1). Cet homme, âgé de seize ans, fut si effrayé par un chien qui sauta sur lui par derrière pour le mordre, que ses cheveux blanchirent en quelques jours, puis successivement la peau du corps, de manière à ne laisser que de petites taches noires sur le visage au bout de deux ans.
Un épisode de la guerre des Indes, où les Anglais ont si cruellement traité les cipayes, en fournit un autre exemple rapporté par un témoin oculaire, M. Barry, de AlderschoU, médecin, qui a fait la campagne d'Oude.
Observ. XIII.— Le 1 9 février 1 858, dans un combat entre les colonnes du général Tremksel les rebelles, plusieurs de ces derniers furent faits prisonniers. Un d'eux cipaye de l'armée du Bengale, fut amené devant l'autorité, afin d'y rendre compte de sa conduite. M. Barry, qui était présent, raconte que cet homme, se voyant prive de son uniforme et environné de soldats, comprit clairement tout ce que sa position avait de grave. Il tremblait comme la feuille, des transes mortelles se peignaient sur son visage, et, tout en répondant à l'interrogatoire qu'on lui faisait subir, Il paraissait fort atterré. Ce fut à ce moment qu'on observa que tout à coup
(1) A. llammer, Medico-chirurgicalJournal, Saint-Louis, 1853, n" 1 : Changement de couleur chez un nègre [Compte, rendus dos séances de la Société de biologie, 2« série, tome I, année 1854, Paris, 1855, p. làS).
\<10 PATITOI.OlilF. r.ÉNÉRALE.
sa clievelure, de noir foncé quelle était (il n'avait que vi.igl-quatre ans) peu d'instants auparavant, commença à prendre une teinte grise qui, en une ûemiheure, gagna tous les cheveux (I). »
Dans le cours des maladies, les impressions morales, dépressives ou excitatrices, sont souvent fâcheuses. Elles ont pour résultat immédiat des phénomènes convulsifs ou des indigestions, le redoublement de la fièvre et l'apparilion des phénomènes aiaxiques, qui entraînent la mort, ou, si le malade est en convalescence, des rechutes qui prolongent et aggravent singulièrement son mal.
Dans l'état puerpéral, à l'époque de la menstruation, an moment du travail de la puberté chez les jeunes filles, à l'âge de la ménopause, les impressions morales ont une plus grande influence qu'aux autres époques de la vie des femmes car elles troublent souvent le travail régulier de la nature, suppriment ouauomententles sécrétions, altèrent les humeurs, frappent d'atonie les tissus, les or-anes et favorisent la production d'un très-grand nombre de maladies. Elles sont souvent la cause des hémorrhagies utérines, de l'invasion des fièvres puerpérales, de la phlébite, de la manie puerpérale, de la chlorose et des accidents qui en résultent, etc.
L'influence éloignée des impressions morales sur l'organisme est plus diHiciie n déterminer, car d'autres causes viennent souvent compliquer ce problème éiiologique et l'on ne peut toujours discerner ce qui est la conséquence du trouble moral de ce qui résulte des influences physiques. Néanmoins, sans procéder légèrement, sans faire d'hypothèses, en se laissant guider par les fans autant que par la raison, on arrive à des conclusions nettes et incontestables en faveur de l'influence morbifique éloignée des impressions morales.
Ici ce sont les impressions morales dépressives qui sont surtout en cause, et le chagrin, la tristesse, la crainte, quelle qu'en soit l'origine, les impressions qui résultent de la jalousie, de la haine, de l'envie, de l'ambition déçue, etc. modifient trop profondément, aux yeux des plus ignorants, le caractère, les habitudes, les tempéraments, les fonctions, pour n'avoir pas d'action sur le développement des maladies Par l'intermédiaire du système nerveux central ou du système nei-veux des organes, elles modifient la digestion, la nutrition, et secondairement les fonctions du cerveau, des poumons, du cœur et de tous les principaux or-^anes, comme je vais essayer de l'établir à l'aide de quelques exemples.
Que d'individus, livrés à la débauche, redoutant les suites de leurs excès, ot qui se gravent dans l'esprit l'image des maux dont ils se croient menaces, a ce point que leurs craintes finissent par les rendre malades ! Leur nombre es considérable, et chaque jour, parmi ces hommes usés avant l'âge, on en vo.i (Mii viennent fatiguer le médecin de leurs doléances sur une consomption dorsale, sur des palpitations ou sur d'autres maux imaginaires. C'est chez eux qu ou observe l'état caractérisé par Wcickard par le nom de phthisie rmagmatrc, triste mélange de terreurs morales et de maux physiques nés de ces terreurs mêmes (2j.
(1) Barry, la Clinique européenne.
(2) Feuclilerslebeii, Hygiène de l'Ame, 2" cdilion. Paris, 1860.
Chacun sait aussi que des étudiants en médecine, au début de ieai- carrière, en proie à la crainte des maladies du cœur, se sont donné des palpitations trèsviolentes, avec dilatation des ventricules, et ont offert à Corvisart quelques-uns de ces exemples d'anévrysmes actifs engendrés par des impressions morales.' Produits de l'imagination égarée par la lecture des traités de médecine et parles leçons de la clinique, ces anévrysmes disparaissent par le repos moral, les toniques et une connaissance plus grande des éléments de la science.
Les impressions morales dépressives longtemps prolongées exercent leur action sur tous les appareils organiques, et portent le trouble dans toutes leurs fonctions. La i-espiration est moins complète, l'hématose moins active et modifiée dans sa nature. D'après Proust, l'exhalation carbonique parles voies respiratoires augrecnte sous l'influence des impressions joyeuses, et diminue par la tristesse, l'inquiétude et toutes les impressions des passions dépressives. C'est ainsi que le chagrin, l'envie, l'ambition déçue, etc., produisent la pâleur, l'amaigrissement, l'anémie, et tout ce qui résulte de l'altération du sang et des humeurs émanées du sang.
La transpiration cutanée augmente chez les individus longtemps soumis aux impressions expansives; elle diminue chez tous ceux que dominent les impressions dépressives. — Les hypochoudriaques et beaucoup d'aliénés ont la peau sèche et transpirent difficilement.
Dans ces cas, les fonctions de l'estomac se dérangent, les fluides sécrétés par les follicules et par le foie perdent leurs qualités, n'aident plus à la digestion comme il convient de le faire, et au bout de quelques jours la nutrition s'altère, le mouvement de récorporation est moins rapide, le sang s'appauvrit, et il en résulte un état de faiblesse et de langueur très-marqué, au milieu d'accidents nerveux les plus bizarres. La dyspepsie est le premier phénomène qui paraisse, puis viennent la cacochymie et l'élat chloro-anémique, les troubles de la circulation, les névralgies, les névroses, l'hypochondrie, la mononianie du suicide et la démence.
La sécrétion du foie s'altère dans sa composition, et la bile, augmentée ou retenue dans ses réservoirs, modifie la nutrition de cet organe, favorise les obstructions des canaux biliaires, la formation des calculs, la colique hépatique, l'hypertrophie, l'iuduralion et la dégénérescence des granulations hépatiques.
A des degrés divers et sous des formes variables, les impressions tristes ou dépressives longtemps continuées produisent ces mêmes résultats. Leur empreinte reste sur le visage, principalement chez l'homme, et on la reconnaît à une certaine coloration jaunâtre de la face, à l'expression des yeux, au sillon qui les entoure, aux plis nasal et lubial qui allongent les traits et pince les commissures des lèvres. Que d'individus, d'artistes, de confrères môme, n'ai-je pas vus dépérir et dessécher d'envie, de jalousie, de haine, devant les succès et la vogue du talent d'autrui ! Chez tous ces individus, la faiblesse musculaire devient extrême, l'hématose est modifiée, la nutriiion est imparfaite, la constipation permanente, la fièvre quotidienne, et conslannnent placés sur les limites de la santé, ils souffrent sans pouvoir localiser leur mal. Ils sontsousl'im-
niincnce d'affections générales graves de l'encéphale, des poumons, de l'estomac ou des dill'érents viscères, que la moindre cause occasionnelle peut facilement faire éclater.
En effet, lorsque des passions dépressives ont, avec le temps, déterminé l'atonie des organes, avec ou sans faiblesse de la nutrition et altération du sang, le système nerveux profondément troublé engendre des névropaihies, des vertiges ou la folie, et les tissus sont merveilleusement disposés au développement des productions tuberculeuses ou cancéreuses : c'est ainsi qu'il faut expliquer l'apparition de la phthisie pulmonaire ou du cancer de l'estomac, du foie, de l'utérus et des autres organes, chez les personnes qui se sont trouvées dans ces circonstances. Ce n'est pas le chagrin, comme le disent les esprits à courte portée, qui a développé le cancer, mais il a produit une atonie organique telle, que la dyspepsie et l'hydrémie venant à se produire, elles engendrent la disposition générale au cancérisme, au scrofulisrae, nécessaire au développement des productions morbides correspondantes à ces diaihèses.
Les troubles du système nerveux réagissent sur l'appareil circulaton-e et digestif, dérangent la nutrition, l'hématose, la calorification et l'ensemble des fonctions vitales. C'est une porte ouverte à tous les maux, et avec cette prédisposition générale, la moindre cause occasionnelle, les iciiosyncrasies acquises ou héréditaires, certaines prédominances organiques, viennent les fixer dans un organe ou dans un tissu déterminé de préférence à un autre.
En résumé, les impressions morales jouent un grand rôle dans la production immédiate ou éloignée des maladies : mens agitai, molem. Leur inQuence sur l'innervation, la circulation, l'hématose, les différentes sécrétions dans letat normal, montre jusqu'où peut s'étendre leur puissance morbifique.
Les impressions morales ont une double influence sur l'économie, selon qu'elles sont di/pressives ou expansives.
Toutes agissent par l'inlermédiaire du système nerveux et par action rellexe
sur la composition du sang, des humeurs, des tissus et des différents appareils
dont les fonctions sont plus ou moins profondément troublées.
Aux impressions morales dépressives correspondent l'indigestion, la dyspepsie,
la chloro-anémie, l'hypochondrie, la démence, les maladies du loie, le typhus, le scrofulisme, le cancérisme, les maladies du cœur, etc.
.Aux impressions morales expansives, la gaieté, la pléthore et la saule. Temo n le fait suivant attribué à Bouvait. Ce médecin, appelé à soigner un négocia affecté d'une maladie grave depuis la suspension de ses payemonls, arracha son client à une mort certaine en lui laissant, dit-on, cette ordonnance : « Uon pow trente mille francs à prendre chez mon notaire. » . , ,
Aux impressions morales vives et perturbatrices, quelle que soil leur nature, les paralysies, les convulsions, l'épilepsie, l'hydrophobie, la cl.olerophobie, ks altérations du sang, l'hydrémie, la cholémie, l'aglobuiie, les apoplexies, la syn-
"^^'L":Sed::;:;;renne donc toute l'influence des impressions morales sur la production des maladies ou sur leur guérison, et il verra l immense
parti qu'il pourra tirer de cette étude dans le cours de sa pratique. Médecin du corps et de l'âme, dit Virey, si vous voulez faire des miracles, dominez l'imagination.
§ 9. — Iniiircssions vénéneuses.
Les impressions vénéneuses sont causées par les poisons, et elles produisent des réactions variées, selon la nature et la quantité de la substance toxique.
Elles ont lieu par l'intermédiaire de la peau dénudée de son épiderme, par l'intermédiaire des muqueuses dans les organes digestifs ou dans les voies aériennes, dai)s le tissu cellulaire, partout enfin où le poison absorbé peut se mettre en contact avec le sang et le système nerveux. — Elles sont d'autant plus violentes, d'autant plus terribles dans leurs conséquences, que la quantité de poison absorbé est plus grande, et que sa nature est plus meurtrière. — Produites par des poisons h l'état solide, liquide ou gazeux, elles semblent quelquefois bornées à l'etodroit touché par la substance toxique ; mais en même temps elles se généralisent toujours et réagissent sur des points très-éloignés, par l'intermédiaire de l'absorption. Leur nature est différente selon l'espèce de poison absorbé et selon qu'il appartient à l'une ou à l'autre des classes suivantes :
1° Poisons boitants et corrosifs, dans lesquels on trouve les acides et les alcalis concentrés, le phosphore, le chlore, le brome, l'iode, etc. , le beurre d'antimoine, le nitrate d'argent, l'alun, le sulfure de potassium,, etc. , les végétaux drastiques, tels que l'aloès, l'huile de croton, etc.
2» Poisons hyposthénisants, l'arsenic, le calomel, le deutoclilorure hydrargyrique, tous les sels de mercure, d'étain, de cuivre, etc.
3° Poisons narcotiques, tels que les préparations de plomb, de gaz acide carbonique, l'oxyde de carbone, l'hydrogène carboné et sulfuré, le chloroforme, l'éther, l'opium et ses composés, le tabac, la belladone, le datura, la jusquiame, la ciguë, la digitale, les champignons vénéneux, etc.
- h° Poisons névrosthéniqnes, tels que la noix vomique, la strychnine, la brucine, l'acide prussique, le sulfate de quinine, les cantharides, le camphre, l'alcool, etc.
Les impressions vénéneuses irritantes, narcotiques, hyposthénisantes et névrosthéniques, ne se ressemblent pas, et nulle généralité ne leur est applicable, à moins de faire l'histoire de l'empoisonnement par chacune de ces caléo-ories de substances toxiques. *
Les impressions vénéneuses causées par les poisons irritants sont immédiates tandis que celles des poisons narcotiques, hyposihéuisants et névrosthéniques sont un peu plus tardives; elles ont lieu dans un espace de temps qui varie de SIX secondes à plusieurs heures et h plusieurs mois. Gela dépend un peu de la solubilité du poison, de sa forme solide, liquide ou gazeuse, du tissu avec lequel Il se trouve en contact, et des conditions accessoires propres à la personne soumise à l'inllucnce toxique.
Ainsi les impressions vénéneuses sont favorisées par les émissions sanguines.
12/i PATHOLOGIE CxÊNÉRALE.
pai- la vacuité de l'estomac et par l'état de maladie antérieure, par l'état solide, liquide ou gazeux de la substance : de l'extrait d'opium, dissous et mis dans le tissu cellulaire de la cuisse, agit plus vite qu'une même dose à l'état solide ; le chloroforme respiré est plus actif que le chloroforme ingéré, etc. , etc. L'impression est d'autant plus rapide que le tissu où se trouve le poison est plus riche en vaisseaux, et le tissu cellulaire, de préférence à tout autre, est, sous ce rapport, le premier dont il faut tenir compte.
Un fait curieux dans l'histoire des impressions vénéneuses, c'est la spécialité de la réaction morbide consécutive. On voit, en effet, chaque impression réagir sur un tissu ou sur un organe en particulier, de manière à démontrer l'existence d'un mode tout spécial de sensibilité, absolument indépendant des propriétés ordinaires du tissu. C'est une véritable action élective spécifique dont la puissance de la vie seule peut rendre compte. — L'iode atrophie les glandes, — le mercure active la sécrétion des glandes salivaireset donne une espèce de chorée, — le plomb tarit les sécrétions et paralyse les muscles extenseurs des doigts, — l'éther produit l'anesthésie, — la belladone dilate les pupilles, la fève de calabar les resserre, — la digitale arrête le cœur, — l'aloès congestionne le rectum, — la noix vomique tétanise les muscles, — les cantharides enflamment les reins et la vessie, — l'opium paralyse le cerveau et resserre la pupille, — le curare abolit la contractilité musculaire, etc. Ces exemples, qu'on pourrait multiplier, suffisent pour établir qu'il y a dans cette catégorie de causes une spécificité d'action que nous retrouvons presque partout, bien que nous en ignorions la nature. L'observation seule en démontre l'existence et permet d'en former autant de causes expérimentales impossibles à contester.
§ s. — Impressions venimeascs.
Les impressions venimeuses sont celles qui résultent de l'action des venim sur le corps. Elles produisent des réactions différentes suivant la nature du venin, mais elles sont toujours les mêmes h la suite de l'impression du même venin'. Leur influence est spéciale, à en jùger par l'eflet qu'elles détermineni. Avant de les étudier je vais dire ce que c'est qu'un venin.
Les venins sont des produits de sécrétion physiologique propres à quelques espèces animales, et susceptibles de déterminer, par absorption, des accidents morbides plus ou moins graves. Ils sont élaborés par un appareil spécial, dont l'action est continuelle, comme celle de toutes les autres sécrétions. Ils sont composés d'eau, de matières animales et d'un principe actif, isolé dans le venui de la vipère sous le mmà'éckidnine. Leur activité variable est en rapport avec la nature de l'animal. En général, plus la quantité inoculée est considérable et plus la réaction est grave. Leur absorption est très-rapide et se fait quelquefois eii moinsd'une minute ; elle exige la présence d'une blessure des tissus, car elle n a jamais lieu sur les parties recouvertes d'épithélium ou d'épiderme. Les vennis épuisent leur action sur la personne exposée à leur contact, et ne se reproduisent pas dans les produits purulents de l'inflammation venimeuse, comme on le voit dans les cas d'impression virulenle. On s'habitue aux venins comme aux virus.
DES CAUSliS DE MALADIE. — IMPRESSIONS VENIMEUSES. 125
etquantilés de personnes déjîi inoculées restent insensibles aux piqûres d'abeilles, de cousins, de vipères et de serpents.
Les venins ne se ressemblent pas, si ce n'est ceux qui sont produits par des animaux de même espèce, appartenant aux mêmes familles zoologiques. Ils sont d'autant plus actifs que le pays d'où ils sortent est plus chaud, et que la saison où ils ont été recueillis est elle-même plus chaude. Chose remarquable ! ils sont tous produits par les animaux à sang froid, ophidiens ou batraciens, par des arachnides, des myriapodes ou des insectes.
Le venin des ophidiens venimeux est élaboré par un appareil sécréteur et excréteur en tout semblable à celui de la vipère. Chez les spist/wgbjpkes, les protliéocjlyphes, les solénoglij plies, dernière classe comprenant les vipères, les crotales et les trigonocéphales, l'appareil est le même.
Dans les vipères, le venin est neutre, sans saveur ni propriétés irritantes pour la langue. Il est jaunâtre, sans odeur, tombe au fond de l'eau, et finit par s'y dissoudre. Il bout par la chaleur, se carbonise et s'enflamme. Liquide, il se dissout dans les acides; desséché, il ne s'y dissout plus et se convertit en pâte liquide jaunâtre. Il est formé d'eau, de matière colorante jaune soluble dans l'alcool, de l'albumine ou du mucus, d'une matière grasse, de sels, et enfin d'un principe venimeux particulier désigné par le prince Louis Bonaparte (1) sous le nom d'écàidnine (de £;^^i^va, vipère) ou de vipérine. Ce principe seul jouit de propriétés venimeuses. Il se présente sous forme d'un vernis gommeux, incolore, transparent, neutre, sans saveur ni odeur ; soluble dans l'eau, même à froid; distinct de la gomme en ce que, par le refroidissement, après avoir été traité à chaud par l'acide azotique, il ne fournit pas d'acide mucique. L'échidnine ressemble, à ce qu'il paraît, beaucoup à la ptyaline, principe de la salive des mammifères, mais s'en distingue par quelques réactions chimiques.
Le venin de la vipère et l'échidnine, placés dans un vase avec du sang d'animal à sang chaud, pigeons, poules, cabiais, le noircissent et le rendent incoagulable. Il en est de même avec du sang de vipère et de grenouille, naturellement peu plastique. Avec le sang des cabiais, on ne voit pas surnager de sérum ; il en surnage, au contraire, beaucoup avec du sang de grenouille et de vipère
Les crotales ou serpents à sonnettes et les trigonocéphales donnent un venin vert des plus actifs, et qui, mélangé à un extrait aqueux de liane appartenant aux strychnées, constitue, dit-on, h cumre, poison, violent, dont l'analyse a été faite par MM. Pelouze et Cl. Bernard (2), et dont l'action sur l'irritabilité nerveuse est la même que celle des venins.
Le venin des crapauds, sécrété par les glandes cutanées du dos est lactés cent épais, nauséeux, amer, acide, non irritant pour la bouche, et conserve desséche, toutes ses propriétés toxiques. Il est d'autant plus actif que le clinm ou on le recueille est plus chaud. ^
Le venin des salamandres, sécrété par les tubercules verruqueiix du flanc, est
(1) ^o\ih\ionapaHe,Gas3eUaloscanadellosOiense, m3 p 1G9.
(2) Cl. Bernard, Leçons sur les mbslances toxiques. Paris,' 1857, p. 249.
blauc, laiteux, d'une odeur vireuse, spontanément coagulablc au contact de l'air, et cause sur la langue une sensation de brûlure très-marquée.
Le venin des tarentules, des scorpions, des scolopendres du Sénégal, des abeilles, des guêpes, des bourdons, des moustiques, maringouins et cousins, n'a pas été analysé. 11 n'est connu que par ses ellets, que je dois indiquer un peu plus loin.
L'impression des venins ne peut avoir lieu que par suite de leur absorption, et la réaction morbide qu'ils déterminent est locale ou tjénérale, d'après la quantité et l'activité du venin mis en contact aveç les tissus. Un venin peu actif, comme celui d'un moustique ou d'un cousin, reste quelques instants dans la peau, et comme il n'est ni abondant ni actif, l'absorption n'est pas suivie d'accidents graves, la réaction locale a le temps de se faire, car le venin agit principalement comme irritant local. S'il y a des accidents généraux, ce n'est qu'un peu plus tard et ce sont alors des accidents sympathiques. \u contraire, du venin de crapaud de vipère, de crotale, du cwrare, inoculés, déterminent instantanément les accidents les plus graves, quelquefois la mort, et les accidents locaux n'ont pas le temps de se produire. En moins de quelques minutes la vie est aneantie- mais si les accidents se prolongent, des phénomènes locaux, dus a l'irritation des tissus, se manifestent, et l'on voit, comme après la piqûre de la vipère, le gonllement et la rougeur du membre prendre des proportions inquiétantes.
L'impression des venins est, comme le dit Haller, transmise aux centres nerveux comme celle de tous les poisons, par l'inauence délétère du sang modifie dans sa nature, Aeyeimvenimeux et mortel, selonl'origine et la qualité du venin. Si l'empoisonnement du siuig n'est pas considérable, il n'y a pas de phénomènes nerveux graves, et la réaction est limitée au tissu inoculé et quelquefois aux parties voisines. Quand j'inocule de la morphine à un malade et que je le stupéfie en quarante secondes, je ne vois les traces de ma pustule d'inoculation que vingt-quatre ou quarante-huit heures après. Si on l'eût tué, aurait-on vu la reaction locale ? Assurément non. 11 en est de même des impressions venimeuses.
Les impressions venimeuses sont ' aussi rapides que l'absorption elle-même. Trente secondes, une ou deux minutes, suBiseni pour frapper la vie d'un gros mammifère avec du venin de crotale ou avec le curare. Elles sont d autant plus graves que la quantité de venin est plus considérable et que la surface d absorption est plus grande. Elles varient suivant l'espèce des animaux mordus, le mode d'inoculation et les conditions dans lesquelles se trouve l'animal venimeux.
Tous les animaux ne sont pas également impressionnés par les v-enms. Les tortues, les sangsues, l'escargot, les serp^^nls venimeux, etc., sont refractaires a leur action. Les animaux à sang chaud, et principalement les oiseaux et 1 homme, sont très-rapidement frappés. On dit cependant que l'homme mordu par une ipère, et qui a échappé aux accidents de sa blessure, peut se laire mordre impunément. C'est ce qui serait à démontrer. J'ai vu ^i Foniamebleau des chas- !em-s de vipères qui exercent celte industrie pour vivre, et qui se font piquer h h main, disent-ils, pour mieux s'en emparer. . , ,
Si quelque chose doit étonner dans cette histoire médicale des venins, ccst
l'absorption par inoculation indispensable à leur aciion, tandis que l'absorption naturelle sur la peau ou les muqueuses garnies do leur épiderme est chose impossible. Sans doute le fait a de quoi surprendre, njais l'expérience a prononcé. J'ai vu M. Claude Bernard donner une soupe assaisonnée de curare à uu chien ayant une fistule stomacale, et l'animal digérer sans éprouver aucun mal. Il ne faut pas croire que ce soit le suc gastrique ou les réactions de l'estomac qui aient neutralisé le venin, car si au bout d'une heure on retire par la fistule de l'estomac ce qui reste de soupe dans le viscère, et qu'après avoir mouillé une lancette, on veuille s'en servir pour inoculer une grenouille ou un oiseau, ces animaux meurent empoisonnés en deux minutes. Donc les venins ne s'absorbent pas par les voies naturelles de l'absorption, et les impressions venimeuses réclament, pour condition de leur développement, l'absorption par des membranes privées d'épiderme ou l'inoculation dans la profondeur des tissus.
Dans quelques cas les impressions venimeuses se manifestent au dehors par la syncope et la mort immédiate au milieu de convulsions en quelques minutes. Cela dépend du venin. Le curare produit cet effet sur les petits mammifères. Avec des venins moins violents, ou bien l'animal s'affaisse, paraît fatigué, cherche à dormir, puis il se débat et succombe en quelques heures ; ou bien, comme on le voit dans l'impression venimeuse de la vipère, les parties gonflent et rougissent, des phlyctènes se montrent, la peau empâtée devient froide, livide, et se couvre de taches gangréneuses ; puis viennent les angoisses, la dyspnée, les sueurs froides, la petitesse du pouls, les vomissements, l'ictère, les défaillances, la syncope et la mort au bout d'un temps indéterminé.
Les impressions venimeuses du crapaud, des arachnides, des scolopendres, des insectes, sont un peu différentes, parce qu'elles sont moins graves, surtout dans nos climats. Elles sont, comme je l'ai dit, locales, et ne déterminent qu'une réaction circonscrite aux parties blessées et envenimées. Les accidents généraux qui surviennent alors sont moins des phénomènes d'empoisonnement que des phénomènes sympathiques. Le venin de ces animaux n'est mortel que dans les climats chauds, et alors les accidents qu'ils produisent ressemblent à peu près entièrement à ceux que j'ai précédemment fait connaître.
Les impressions venimeuses qui résultent de l'absorption des venins actifs ont donc, d'après ce qui précède, une action soudaine sur les centres nerveux dont elles paralysent l'action, et c'est ainsi qu'elles produisent une mort presque immédiate. Les nécropsies ne font découvrir aucune altération de la substance nerveuse; le sang est seul modifié dans son aspect : noir, Iluide, incoagulable • d après Fontana. Cl. Bernard, Brainard, il paraît que les globules rouges se déforment augmentent de volume et prennent l'aspect franiboisé des globules blancs
Un phénomène qu'on observe alors et qui est très-curieux, c'est l'influencé des venins sur 1 irritabilité musculaire et sur les mouvements réflexes. Ces propnétes du système nerveux sont absolument détruites. En elle;, aussitôt après la mort d un animal empoisonné par le curare ou le venin de crapaud les muscles, mis a nu et n-rités. ne se contractent pas, et les nerfs galvanisés t détermment plus do mouvements musculaires. Or. on sait que. dans 1' a t or^
P,V'IHOr,0(TlE GÉNÉIULL.
nairc, après la mort, nerfs et muscles conservent longtemps la propriété de se contracter et de transmettre l'irritation qu'on leur communique. Cest la la seule altération qu'on rencontre chez ceux qui succombent rapidement .a action d'un venin, et, comme on le voit, c'est une altération dynamique plutôt qu'une altération matérielle.
§ J. — iiniH-cssion» miaMinaticiiie».
Les impressions miasmatiques résultent de l'action des miasmes et des efiluvcs sur l'organisation. Ce sont des impressions inconscientes, dont le danger est en rapport avec leur action mystérieuse et insensible. On se sent frappe quand le mal est fait, mais il est trop tard pour l'éviter. Ces impressions, dont on a quelquefois nié l'existence, parce qu'elles n'éveillent aucune sensation n. sont ap^ nréciables que par leurs transformations en actes morbides. Je les diviserai en Inpressions effluvigues et en impressions .niasmatiques. Les premières so en-iendrées par les effluves et les matières végétales décomposées; les auti es sont produites par les émanations de l'organisme vivant ou ^es maU^^^^^^^ maies en putréfaction. A la différence de nature correspond une différence d ac "a très-marquée : aux unes appartiennent les maladies mterm« a hydrémie ou leucocythémie ; aux autres les fièvres, les typhus, les pestes et la
putridité du sang ou septicémie. t..„c 1p« rarartères
Avant de parler des effets de l'effluve et àn miasme, disons les caiactu es
de l'un et de l'autre.