I. — Effluves
us effluves sont, comme l'a dit Lancisi, la vapeur et 1 ensemble des pamcules qui Smauent des lieux couverts d'eaux stagnantes. Autant de nwa.s t d "rres argileuses mouillées, autant de sources d'elllnves et de ' "
eùcore en France, malgré les immenses travaux d'assaunssement e de d ^ cHement qui ont été faits, WO 000 hectares de mara,s qm empoisonnent de leurs effluves les populations environnantes. -„„,„vth.™rM Bur-
Lcs effluves, dont l'existence a été niée et comparée a m. m)the pai M. Bur del auquel ou doit la connaissance de la glycosurie dans l'accès de fièvre tnterui te ttlont une chose bien réelle. Uecneillis dans les « sonnn^ a
l'anaivsc optique et chimique, ils ont paru être composes de déu tus vc^ atdontrabsorptiouest peut-être la cause de -'-/'«^ ,1 ,1 cifioue Ils ont été considérés, du temps de Varron, de Columcuc, V ve, l Kircher, de Laucisi, connue des v,,pcu„ ^.-^«an » , pe ,i„„ des animalcules imperceplibics, entraînées par la .esp, «0. d «s
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DES CAHSES DE MALADIE. — IMPRESSIONS MIASMATIQUES. 129
sont le résultat de la décomposition des matières végétales tombées dans les eaux. Le principe actif de l'ellluve doit être recherché ailleurs. C'est, dit-on, une matière organique spéciale, que Moscati, Brocchi, Rigaud de l'Isle et Vanquelin ont isolée sous la forme d'une matière floconneuse albuminoïde surnageant les vapeurs condensées recueillies dans les lieux insalubres, au-dessus des marais. Dans cette matière végétale éminemment putrescible, on a vu la cause des accidents fâcheux produits par les
effluves. Cela n'est pas rigoureux ; î 2 f.
car en admettant que les expériences de M. de Gasparin, à l'aide de la vapeur condensée des effluves en frictions et en boissons sur des moutons, aient été suivies d'hy- ^ drohémie, cela ne prouve qu'une chose, l'absorption de cette matière par la peau et par l'intestin; mais' cela ne démontre pas que l'agent toxique soit la matière végétale floconneuse albuminoïde des effluves plutôt que tout autre principe de cette vapeur marécageuse.
Quoi qu'il en soit, de nouvelles recherches ont été faites, et, par leurs résultats, elles confirment les assertions de Laucisi sur la présence d'une innombrable quantité de débris invisibles de végétaux et d'animaux ou d'infusoires. On les doit à M. le doct. Gigot-Suard(l).
Ce médecin a fait passer les effluves des eaux stagnantes dans un tube rempli d'acide sulfurique pur, afin de retenir les matières or- ■*.•„— végétaux (feuilles, fibres, ceiiuies) le-
ganiques qu'elles renfermaient, et si^rd'o ""^ ^"'"^^^ ^"'"^^-^^ («'sot-
il est arrivé dans une foule d'expériences très-variées à des résultats toujours les mêmes. L'acide retenait des corpuscules irréguliers, très-dissemblables et très nombreux. C'étaient des fragments de végétaux (feuilles, fibres, cellules) (fig. l, Il ^ 1,2, 3, h, 5, 6, 7, 8), des grains de pollen (fig. 2, n"^ \ 2 3 M* -l. s débris d'insectes inconnus (fig. 3, n- 1, 2, on de tardigracies (fig. k, " 1, 2, 3, k), des mfuson-es entiers (fig. 5, n-^ 1, 2, 3), des cuglènes et une
( 1 ) C.>t.Suard, liecMos c^péimnlaies su,- la nature dosémanations marécageuses.
B. — PATIIOL. CÉN,
PATHOLOGIE GÉNÉRALU;.
inlinilc de débris d'inscclcs ou d'animalcules plus ou moins allér6s (f.g. 6.
Ves'e ffluves's!; développent sur les marais, dans tous les endroits où l^au e^t stagnante dans les rizières, dans les cours d'eau où s'opère le rou.s âge du Er;t dans les terres mouillées sur un fond d'argile. Ils se d^e^^^^^^^^^ et s'élèvent à de grandes hauteurs sous l'inQuence des rayons solanes, mais ils
FiG 2 - Grains Je pollen tfonv.-.s ikns les "^'eHhxves marécageux au 7''.- . ^^'d débris végétaux et animaux. (Gigot-Suaid.)
p,g 3 Débris d'insectes inconnus placés an milieu d'autres débris dans les efUuves marécageux. (Gigot-Suard.)
r^densoal le soir et retombent la nuit sur la terre, d'où ils sont emportes r les vem" C'est alors que l'homme soumis à leur impress,o„ en éprouve es ^LtùZ atteintes. James Johnson rapporte qu'au Bengale, desmanns étant
.molovés à cooner le bois, dans le jour, à l'ardeur du soleil, et avec une grande *nê 3' poi». malades, tandis que sur d'autres occupés à pu.ser de
F,G.5. - Inrtisoires dos eftluvcs. (Gigot-Suartl.)
,,-,r fi — Débris d insecles suspendus avec d "w-» ^resdébrir.^gèUux, dans les effluves des mar«s. (Gigot-Suard.)
,eau pendant la nuit, quatre eurent des f.èvres intermittentes très-graves, suimittentes.
Lescflluvcs d'eau douce sont moins dangereux que les effluves des marais mixtes, où l'eau douce se mélange à l'eau salée, sur les bords de la incr, par exemple. MM. Fodéré et Mèlier (1) ont établi ce fait d'une manière très-précise. Tout le monde connaît l'histoire de la ville Via Reggio, racontée par Gaetano Georgini.
Au sud des Apennins Liguriens existe la bourgade de Via Reggio, où il y a un siècle et demi environ, l'eau douce d'un lac coulait à la mer pendant que celle-ci était basse, tandis qu'au moment du flux la mer, en s'élevant au niveau du lac, lui donnait ses eaux salées. De ce mélange alternatif résultait une fermentation maremmatique telle, que les habitants de ces contrées furent plusieurs fois décimés par des épidémies de fièvres périodiques, connues dans le langage italien sous le nom de malaria. Ceux qui survivaient s'en allaient pâles et chélifs comme des cadavres ambulants, dans un état de faiblesse qui, les rendant impropres à tout travail sérieux, les plongeait dans une affreuse misère.
En 17iO, une écluse fut placée entre le lac et la mer, et empêcha ce funeste mélange. Dès lors la malaria disparut; l'intoxication paludéenne n'exerçant plus son action continue sur ce qui restait d'habitants, ceux-ci reprirent leurs forces, et le travail, secondant la générosité naturelle du sol, en fit bientôt une contrée aussi saine que charmante, au point que les seigneurs de Lucques la choisirent pour y établir ces délicieuses villas où ils aimaient tant à venir goûter le calme de la campagne.
En 1 769, endomraagement de l'écluse, nouvelle malaria ; réparation de l'écluse, disparition de l'épidémie. '
En 178'i et 1785, nouvelle endoramagement suivi des mêmes accidentsnouvelle réparation suivie de l'état sanitaire le plus florissant.
C'est là un fait qui établit sans conteste l'influence pernicieuse du raélano-c des eaux de la mer et des eaux d'un marais du littoral. "
Les eflluves, très-facilement emportés par les vents, portent quelquefois leur action a des distances fort éloignées du lieu de leur naissance. On a vu dans les régions équatoriales, des marins éloignés de plus de 3000 mètres de rivages marécageux qui ont été atteints de fièvre intermittente, et Lancisi raconte nue sur trente personnes qui se promenaient à l'embouchure du Tibre, au mo.nent dun coup de vent venu dans la direction de marais infects, dont 1 Z les eflluves, vingt-neuf eurent la fièvre intermittente. Eu temps calme es effluves s'étendent à 100 et 200 mètres dans la direction' hor z '
t a 300 mètres de hauteur environ. Ils s'accumulent dans les lieux 1^ !
■s plaines et dans les vallées, et il suffit d'une forêt, d'un bo nuet N I d'une .uraille. pour les arrêter dans leur marche. Les efllut:^^^^^^^^^^
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^gc) PATHOLOGIE GÊNÉRALK.
quefois sur les haulcurs, mais c'est qu'il y a dans le voisinage des marais qui favorisent leur développement.
tZZ des ef/lules. - Les impressions effluviques arrivent aux centres ner eux l'imem^diaire de l'absorption, sur la peau, dans le poumon, dont a X muqueuse est continuellement mise en contact avec une nouvelle quant d-r Tdans l'intestin par l'intermédiaire d'aliments sohdes et l.qu.des .mô de la matière toxique. Ceux qui en font usage ont toujours la rate
pregnes ûe i ^iitHippocrale(l) en parlant de l'action des eaux stagnantes
'TZZ 'Tè^^^^^^^ de il. de Gasparin sur les moutons devenus Tvdr LZL^^^^^^ 1^ -Sélale floconneuse recuedUe da.s
,Is "ZrLn^ le fait de l'absorption par la muqueuse d,gestrve, étabU d'aill^,^ par d'autres faits et par l'observation même de l'homme.
Au mois de imllet 1 834, le navire sarde VArgo, parti de Bone Observation " f ^^^^^^^^^ arrive m lazaret de Marseille : treize hommes avec cent ^-g^ ^^^^^^^^^^ ,ée et ont été jetés à la mer ; quatre-vmgt-d.x-
sont morts dans celte courie rav ^^.^^ équivoques de
huit sont déposés a hôpital e u Lazar t, ocrant le g ^^^^
l'intoxication P^^^^J^Xu deg de^^^^^^^^ q«e ces militaires se montrent
quelques-uns au plus ^^^^^^^^^^ épileptique, comateuse, tétanique et autres atteints de fièvre P«™^^ ^"^^^^^te J^^^ de quinine à haute dose, l'équipage
qui cèdent comme par ««^^^"^^'"^ une santé intacte. Or quelle pou- L navire contraste d'une ^^^f/ff.J^PP^^'^Ve' des individus qui avaient, en appavait être la là une'question sur laquelle
rence au moins, subi des '«tiuenceb H renseignements une enquête ff^^'l',;'^^^^^^ hommes de l'équipage avaient
les plus complets L f «î"^^^". î,^'^°"'''^,^^é de l'eau qui constituait leurs provisions conservélasanté, ilsle de a ent^a^^^^^^^^^^ été^conlraints de boire une eau
particulières, tandis que les «^^^^^^^^^^^^^ embarquée avec précipitation au
puisée près de Bone d«°^ ^^^J ^^^^^^^^ échappé à Jet empoisonnement étaient
le plus saturés d'eau stagnante (2).
• io= pffluves est quelquefois suivie d'une réaction immédiate, dans L'impression des effl^e^ st q^J^ q ^^^^^^ ^^^^^
les pays chauds, par exem^ j ""^l'ZZn^.e plus tardivement dans nos climats, versant les marais du SCnC^ai. ^.^^^ constant,
elle réasit ' l Imposition du sa„g, produit le gonnemeul
lions du systinnc , ' de pliénomcnes morbides dont Ten-
de la rate et <1«»"»'''7 ' ^f;^*»^. H ^eP»'= ordinaire,ne,t pln-
t,-. Utt.. P.is, .s...
'• rr.m ... A».r.. •
Les impressions effluviques produisent les fièvres intermittentes simples et pernicieuses, les fièvres rémiitentes, certaines fièvres continues, quelques pestes, l'hydrémie et la cachexie, qui en sont la conséquence, ce que les Bressans appellent traîne et les nègres le mal d'estomac, etc., etc. Leur action est endémiqtie et bornée au lieu de naissance des effluves, c'est-h-dire autour des marais ou des terres remplies d'eaux stagnantes. Elle se traduit par des fièvres intermittentes qui viennent par bouffées à la fin des grandes chaleurs, et par la teinte jaunâtre cachectique des populations du pays, sur lesquelles frappe une mortaUté considérable. Quand il y a fièvre intermittente, dit Burdel, l'accès est toujours accompagné d'une glycosurie dont la quantité est en rapport avec l'intensité de l'accès fébrile. Tantôt la fièvre, premier phénomène morbide, est le point de départ des autres accidents; tantôt, au contraire, l'altération du sang, la cachexie paludéenne est primitive, et c'est à elle qu'il faut rapporter les hydropisies, les hémorrhagies et les maladies paludéennes si graves qu'on observe dans les contrées marécageuses.
Ailleurs l'action des effluves engendre des épidémies. Après s'être développés dans un lieu, les effluves, emportés par les vents, viennent infecter l'air d'un pays éloigné, et produire sur des populations entières des ravages considérables. C'est ainsi que l'on a vu des fièvres intermittentes régner épidémiquement dans une locaUlé saine placée sous le vent d'une contrée palustre, et il a suffi de planter un bois ou de combler une vallée sur le passage du vent, pour arrêter ces effluves et faire cesser l'épidémie. C'est ainsi que la peste, la fièvre jaune, le choléra, nés sur les bords du Nil, dans les marécages d'Amérique ou sur les rives du Gange, et que l'on considère comme des affections palustres, courent à de grandes distances former ces foyers d'infection où tant d'individus trouvent la mort. En outre, comme ces maladies engendrent des miasmes qui, à leur tour, se répandent dans l'air, il en résulte une nouvelle cause d'infection qui, jointe à la première, favorise le développement et la propagatibn de l'épidémie dans les pays les plus éloignés, aux distances les plus considérables.
Les impressions effluviques sont d'autant plus facilement suivies d'effet que les individus sont plus jeunes et plus faibles. Les enfants et les femmes y résistent moins que les hommes, et surtoiu que les vieillards. Aussi, dans les contrées marécageuses, la mortalité est-elle extrêmement considérable : la vie moyenne est réduite à dix-neuf, vingt et vingt-six ans ; le nombre des décès l'emporte sur celui des naissances, et la dépopulation s'accomplirait au bout d'un certain temps, si l'émigration n'amenait de nouveaux habitants dans ces malheureux pays.
Les animaux eux-mêmes subissent l'influence de l'impression des effluves, et ils offrent des phénomènes morbides inlermittenls, de l'hydrémie, des cachexies et les épizootics palustres. Je rappelle ici les expériences précédemment citées de M. Gasparin sur les moulons, et j'ajouterai qiicLancisi rapporte qu'en l?!') pendant la durée d'une épidémie de fièvres iiUermiltenles, luio épizoolie enleva trente uiille bœufs. En 1826, après le débordement de la rivière de la Meuse "ne épizootie, caractérisée par des phénomènes inier.nitlenis, vint se déclarer
13Zi PATHOLOGIE GÉNÉRALE.
chez les chevaux, qui moururent en grand nombre. Dupuy, professeur à l'école d'Alfort, a vu périr, avec des accidents tout à fait analogues aux phénomènes delà fièvre intermittente, un troupeau de bœufs qui avaient pâturé dans un marais. On voit en outre l'hydrohémiese développer chez les moutons en parcage dans les endroits marécageux (1).