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HALLUCINATIONS

Les hallucinations (de hallucinare, se tromper) sont des sensations fausses ou imaginaires qui font croire à la présence de personnes ou d'objets qui n'existent pas. A ce phénomène se rattache ce qu'on appelle l'illusion sensoriale, autre sensation imaginaire qui conduit une personne à se tromper en donnant une signification fausse à une perception réelle.

Un homme croit entendre qu'on l'appelle alors qu'on n'a rien dit, ou il croit voir un démon qui le menace : il est le jouet d'une hallucination.

Un autre imagine qu'il voit dans un objet placé sur un meuble une figure grimaçante : celui-ci se trompe sur une perception réelle, il n'a qu'une illusion sensoriale; il en est de même de l'insensé qui, avec un mouchoir sur la tête et m bâton dans la main se croit armé du sceptre et de la couronne des rois; ainsi de la pauvre femme privée de raison qui, secouant un paquet de chiffons sur ses bras, croit bercer l'enfant qu'elle a perdu.

Hallucinations et illusions sensoriales existent souvent ensemble et affectent plusieurs sens à la fois. La privation d'un sens n'est pas un obstacle à leur manifestation, car on sait que, dans ce cas, les aveugles voient, les sourds entendent et les amputés souffrent d'un membre qu'ils n'ont plus.

Ces anomalies de la sensation méritent d'être étudiées avec grand soin, car elles ont été l'objet d'interprétations erronées de la part de quelques aliénisles (pi considèrent comme des fous tous ceux qui ont ou qui ont eu des liallucinaiions. Moreau même, dans l'ouvrage ou il dit : gw le gvnie n'est quhine novvKe, a publié dans ce but (1) une liste do tous les liallucinés célèbres connus

(1) Mnreaii (dn Tours), Psychologie morbide, Paris, 1859.

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depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, qui ne se compose que des poètes, des • savants, des lettrés, des politiques et des militaires dont le nom est lu gloire de l'humanité. Lélut a conclu de môme pour Socrate l'halluciné (1). En présence • de pareilles interprétations d'un phénomène psychologique et morbide, il importe de rechercher s'il n'y a pas eu là une erreur et si, cette erreur existant, il ne serait pas possible de la démontrer assez clairement pour en arrêter la propagation.

Je ne crois pas, pour mon compte, que l'hallucination soit un symptôme de la folie, mais je comprends très-bien que les aliénisies qui ne voient que des fous et qui n'observent que dans leurs asiles spéciaux, aient pu arriver à cette conclusion. Dans le champ de leur observation, ils n'ont jamais vu d'hallucinations que chez des aliénés et la conclusion se tire d'elle-même. Les médecins, au contraire, qui, par leur situation, sont appelés à voir toutes les maladies les pins différentes pourront, comme moi, voir et suivre pendant longtemps dans la ville et à l'hôpital, des personnes ayant eu à l'occasion d'une grande douleur morale, ou de l'invasion d'une maladie aiguë, ou de toute autre cause, des hallucinations passagères n'ayant jamais altéré la raison, et elles pourront aËQi-mer que l'hallucination n'est pas un symptôme de la folie.

J'ai vu bien des fois des femmes nerveuses avoir, à la suite d'un simple accès de fièvre éphémère, des hallucinations et des illusions sensoriales ; j'ai vu de jeunes enfants émotionnés par de slupides récits ou par le tableau de spectacles amusants trop au-dessus de leur âge; j'ai vu enfin des maladies aiguës iuilammatoires ou des fièvres éruplives commencer par des hallucinations qui n'annonçaient pas un dérangement permanent de la raison.

Non, Pascal voyant un précipice à ses côtés, dont il se garantissait avec un écran, alors que, la plume dans la main, il écrivait ses Pensées, n'était pas un fou (2).

Je n'insisterai pas davantage sur ce fait qui prouve que si les spécialités sont utiles, elles ont aussi leurs inconvénients, et qu'un médecin ne mérite de crédit que si, par d'opiniâtres recherches, il élève son esprit à un niveau qui lui permette d'embrasser l'ensemble de la science. Revenons aux hallucinations. Elles se produisent la nuit et le jour, pendant le sommeil comme pendant l'éui de veille. Elles s'observent chez des aliénés dans la monomanie et dans la paralysie générale, chez les extatiques, chez les somnambules, et, comme je viens de le déclarer, chez des sujets adultes ou enfants parfaitement raisonnables à l'occasion de contrariétés légères, de douleurs morales ou de maladies aiguës commençantes.

Elles sont donc quelquefois idiopatliiques et plus souvent stjmptomaltques. On les observe à l'état d'épidémie, surtout quand elles se présenieni sous forme d'illusions sensoriales à part certains cas individuels. Leur forme rciiré-

(1) L61ul, Du Démon do Sacrale, nouvelle édition. Paris, 185C.

(2) Voyez Lélut, l'Amulelte de Pascal, poUr servir à VHisloire des haUucinations. Paris, 184G.

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