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DOULEUR

La douleur est une sensation pénible éprouvée par les êtres vivants. C'est un (rouble de la sensibilité consciente du système nerveux. 11 y a des douleurs physi(iues et des. douleurs morales, provoquées les

unes

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par la réaction dii corps vivant contre l'action des agents extérieure, et les autre par le jeu des passions. Les premières seules sont du domaine de la médecine, , et, seules, elles méritent de fixer noire attention.

La douleur suppose nécessairement la perception, c'est-à-dire une opération psychologique dans laquelle le système nerveux joue un rôle particulier ; et, en effet, ce sont les nerfs qui servent d'intermédiaires entre les impressions subies par les organes et les centres de la sensibilité. 11 y a cependant des impressions dont l'âme n'a pas la conscience et que ressentent les tissus^ puisque, sous leur influence, une désorganisation plus ou moins complète peut se produire. C'est ce que j'appelle des impressions morbi figues. A cet égard, il faut distinguer la sensation de l'impression, qui a lieu sans conscience, par suite d'une propriété particulière aux tissus vivants.

Ceux qui définissent la douleur une modification de la sensibilité des tissus ont donc tort, car une impression sans conscience, suivie d'une réaction organique locale, est une modification de la sensibilité des tissus qui ne produit point de douleur. Beaucoup de tissus sont impressionnables, je voudrais pouvoir dire impressibles, et ne sont pas sensibles. Au contraire, chez quelques individus, la sensibilité et la douleur se confondent et ne sont qu'une seule et même r|

chose. I

La perception d'où résulte la douleur est plus ou moins vive selon les individus, et selon la nature de l'organe affecté. Elle se traduit par des sensations plus ou moins aiguës, et variées dans leur caractère d'après un certain nombre de circonstance qu'il est souvent impossible de préciser.

Tous les tissus et tous les organes peuvent être le siège de la douleur, les or- ■ ganes des sens plus particulièrement que les autres en raison de leur sensibilité I spéciale. Ainsi les yeux, la peau, donnent lieu à des sensations douloureuses s particulières différentes de celles qui ont les autres tissus pour siège. Le lissn " des cordons nerveux est le plus douloureux de tous, et ce sont les parties le? plus riches en nerfs qui sont aussi les plus douloureuses. Toutefois certain^ tissus, tels que les ligaments, les tendons et les os, habituellement insensibb dans l'état normal, deviennent, comme l'a démontré Bichat, très-doulnmriix lorsqu'ils sont malades, et on ne peut les loucher, même faiblement, l...... occasionner la plus vive douleur.

On ne peut juger de la douleur dans les maladies par la sensibilité normale des tissus. En effet, sous l'influence de l'état morbide, il se développe une sensibilité spéciale très-vive dans les organes habituellement insensibles et dans lc> tissus doués de sensibilité ; certains agents naturels, tels que l'air, la lumière, le vent, provoquent quelquefois des crises douloureuses extrêmement vives. Pour chaque organe doué d'une sensibilité spéciale, il y a un agent dont I influence est particulièrement pénible, la lumière dans l'ophihalmie, le fioul sm la peau atteinte de rhumatisme, etc.

Les causes générales de la douleur sont humorales, organiques ou morales. Les douleurs provocpiées par l'action de la vie aux prises avec les dllTérento^ passions ne peuvent être rapportées à aucune altération matérielle du sang

TROUBLES DE LA SENSIRIHTÉ. — DOULtÙH.

des organes ou des nerfs qui s'y trouvent. Ce sont des modifications essentielles de la sensibilité, dont la cause reste entièrement inconnue, et il y a des personnes qui, au moment d'une grande émotion de terreur, de colère ou de saisissement, éprouvent des douleurs vagues générales ou des élancements circonscrits à une partie du corps, des frissons désagiéabies, sans aucun trouble appréciable de la santé. Le spasme des impressions morales, la chair de poule avec ou sans hyperesthésie cutanée, la syncope et la mort subite, la migraine et certaines douleurs hypochondriaques ou hystériques sont de ce nombre.

Aux causes humorales de la douleur se rapportent celles qui dépendent de la diminution des globules rouges du sang dans l'anémie et dans la chlorose, de Fhydroémie et des intoxications, par la strychnine, par les virus, par les miasmes ou les effluves, etc. On sait, en effet, que les modifications de composition du sang, dont le contact avec le cerveau est nécessaire à la production de léf force nerveuse, ont une grande imfluence sur la production du nervosisme, des illusions sensoriales douloureuses, de l'hyperesthésie des organes des sens, des névralgies et des douleurs sympathiques en rapport avec les maladies viscérales.

Les causes organiques de la douleur sont les maladies des organes où elle réside, telles que les contusions, les plaies, les inflammations, les tumeurs, les obstructions des conduits excréteurs, les corps étrangers des tissus, les compressions, les tiraillements, etc., les affections locales des nerfs, les maladies du cerveau et delà moelle.

Partout, dans ces différents ordres de causes, la perception douloureuse n'est telle que par l'action régulière de l'action encéphalique, et il faut, pour qu'elle s'accomplisse, que le cerveau conserve l'iniégrité de son organisation et de son action. Ce sont les nerfs qui sont les agents de la transmission, et là où ils ont été détruits la douleur cesse.

Les formes de la douleur sont très-variées, et, sans prétendre les éuumérer d'une manière complète, j'indiquerai la douleur tensive, gravative, pulsalive, lancinante, térébrante, contusive, brillante, acre, cuisante, prurigineuse, comme étant celles dont le nom indique le plus clairement le caractère intrinsèque. On les a aussi classées d'après leur siège, en les dénommant par les mots de céphalalgie, d'odontalgie, d'otalgie, de cardialgie, de gastralgie, dCentéralgie, de dermalgie, à'hépatalgie, etc. ; mais celte classification, utile en quelques circonstances, est fort incomplète et ne peut être généralisée, le véritable siège de la douleur étant souvent inconnu.

La douleur est continue, passagère, intermittente ou périodique. Dans ce dernier cas, elle indique toujours une fièvre larvée et disparaît sous l'innuencc (les préparations de quinquina. Elle peut être diicrne ou nocturne. Dans cè dernier cas, elle est souvent en rapport avec la syphilis. Locale ou généralisée^ clic ''st tantôt superficielle et tantôt profonde^ quelquefois circonscrite au trajet des 'lerfs ou à l'émergence de leurs rameaux cutanés; elle est ailleurs étendue \\ "ne grande surface de tissu ou à la totalité d'un organe. Elle varie dans sa forme et dans son intensité avec le tempérament des malades, avec l'habitude,

SÉMÉIOLOGlli.

avec leurs passions et avec la disposilioii du inoineul. Ainsi (juelques porsoinies, douées d'une exquise sensibililé naturelle, soulîrent plus (jue d'autres ])iacées ■ dans les mêmes circonstances; le fanatisme et l'exaltation diminuent l'aplilude à i ressentir la douleur, et il en est de môme de l'influence exercée par certaines mala- • dies, telles que l'aliénation mentale, l'hypochondrie, l'hystérie, pai- quelques em- • poisonnements par l'éther, le chloroforme, l'oxyde de carbone, l'amylène, etc.

Il y a des douleurs sympathiquns qui se montrent quelquefois assez loin de • Forgane matériellement affecté. Ainsi la douleur du genou annonce souvent une ' maladie de l'articulation coxo-fémorale, la douleur de la mamelle annonce le début delaphthisie tuberculeuse, le prurit de la verge est un signe de calcul urinaire, la migraine annonce souvent des maladies de l'estomac ou du gros i intestin, la gastralgie et les vomissements subits indiquent la colique néphrétique, les névralgies de la tête sont souvent en rapport avec la carie des dents, etc.

Elle n'est pas la même dans tous les organes, et ce sont les tissus normalement peu sensibles qui, dans l'état morbide, offrent quelquefois les douleurs les plus vives. Les séreuses, les ligaments, les os malades, sont le siège de douleurs insupportables, tandis que les membranes muqueuses^ altérées, ou la sul)stancemême du cerveau, provoquent à peine une exagération de la sensibilité particulière à ces organes.

La douleur ne peut suffire à elle seule pour caractériser une maladie. 11 faut en même temps tenir compte des autres phénomènes observés chez les malades, et en particulier de son siège organique, de sa marche, de l'état fébrile, ou des autres phénomènes concomitants. Malgré ces auxiUaires, dans beaucoup de cas, l'étude la mieux faite de la douleur ne conduit pas toujours à un diagnostic précis. Ainsi la douleur des névralgies est apyrétique et s'observe sur le trajet des nerfs ou seulement au point d'émergence des filets cutanés. - La douleur des os est difficile à distinguer de celle du périoste ; mais, si elle a une origine syphilitique, on la distingue à son intermittence et à sa périodicité nocturnes. - Les douleurs de la phlébite et de l'inflammation des lymphatiques sont accomna-nées de fièvre et suivent le trajet de ces vaisseaux dans toute leur étendue.

Celles de l'utérus s'étendent aux lombes, «ur le rectum, dans les aines et a la face antérieure des cuisses. - Les douleurs du rein sont ordinairenient sivbites très-aiguës et accompagnées de vomissements bilieux et de tiraillement.

ans l'aine ou dans le scrotum; - celles delà vessie portent sur le penne , 'I ndent à l'urèthre et au gland. - Les douleurs du foioJ. m. lleuie sourdes, peuvent être très-vives, et alors de l'hypochondre, on elles on IcU elles s'étendent souvent à l'épaule droite. - Dans le poumon et dans les douleurs se montrent dans le côté malade sous la forme de poui d côté ' . vcc ou sans lièvre, selon le degré de la maladie, et quelcpiefois a 1 é l d dolur vague, entre les deux épaules, dans la tubercnlisatio.i puluionan. et comme on le voit par ces exemples, la douleur est un ,>l.enomcne q . ;;;Zpnr.ance absolue, et il niut recourir aux signes qui raccompagnent pour en comiaîlre l'origine et la signilication.

U douleur est plus ou moins aiguë et se manifeste quehp.efo.s sous foime

TUOUBLliS DE LA SENSIBILITÉ. — DOULEUR. 990

subaiguë ou à peine appréciable. Elle s'épuise quelquefois par son excès ou du moins les malades la ressentent très-faiblement, car on a vu jadis des malheureux accusés soumis à la torture s'endormir au milieu de leur supplice, et on voit encore souvent des femmes s'endormir et peu soulTrir dans les parturitions prolongées.

Elle cesse, soit par la guérison de la maladie qui l'a fait naître ou par épuisement de la sensibilité nerveuse. Dans quelques cas, elle peut par elle-même amener la mort, soit très-lentement, soit assez rapidement en quelques heures ou en quelques jours.

On sait qu'au moyen âge les frères Moraves, secte d'anabaptistes qui avaient horreur de l'effusion du sang, avaient imaginé de faire périr les condamnés au dernier supplice par le chatouillement des pieds. Une fois le spasme commencé la respiration s'embarrassait et il survenait une asphyxie promptement mortelle (1).

. Observ. I. — J'ai vu une jeune femme atteinte de métrite aiguë, à la suite de débauche, et qui souffrait de douleurs semblables à celles de raccouchement, et tellement vives qu'elle criait nuit et jour. Rien ne put la calmer. Elle était dans un état de spasme perpétuel, le visage congestionné, le cou tendu par l'effort de ses cris. Après deux jours de souffrances inouïes, par ses cris aigus incessants et l'effort qui les accompagne, elle se fit des ruptures capillaires générales donnant lieu à de nombreuses péléchies de purpura, et elle succomba sans que l'autopsie faite avec le plus grand soin sous mes yeux, permette de découvrir aucune lésion appréciable. Elle était morte de douleur.

J'ai vu un autre fait analogue à l'hôpital Sainte-Eugénie :

ObserV. II. — Mort par douleur dans une opération chirurgicale. — Un enfant de dix ans, affecté de fongus vasculaire de l'os maxillaire supérieur gauche, opéré sans éprouver de perte de sang considérable. L'ablation de l'os, pratiquée sans le secours du chloroforme, le 2 mars 4 860, par le chirurgien de l'hôpital Sainte- Eugénie, fut très-bien faite. Elle fut très-douloureuse, dura au moins une demie heure, et au moment où elle se terminait, l'enfant pâlit et perdit connaisssance ; sa respiration s'embarrassa, et au bout d'une demi-heure il succomba à l'épuisement de la douleur.

La douleur prolongée a quelquefois une influence très-marquée sur le moral de quelques personnes. Elle exalte l'imagination des uns, mais, plus ordinairement, elle l'abaisse^ fausse le jugement et aigrit le caractère. Il n'y a que de véritables philosophes qui puissent prendre à cœur de l'endurer et dire comme Possidonius, atteint de goutte, en causant avec Pompée : c 0 douleur lu n'es pas un mal! o

(1) Saintc-Foix, Essais historiques, t. V, p. 54.

B. — PATHOL. GÉN.

SÉMÈIOLOGIE.

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