ANESTHÉSIE
L'anesthésie, de à privatif, otta0»jatç, sensibilité, est le nom donné à la diininûtionet à l'abolition du sentiment dans les tissus du corps humain. C'est la paralysie du sentiment.
L'anesthésie s'observe surtout dans la peau et dans les muqueuses qui avoisinentles orifices naturels. D'après Gendrin et Beau, qui les premiers ont bien établi cette distinction, il y en a deux espèces : l'insensibilité au tact, ou anesthésie, et l'insensibihté à la douleur ou analgésie. La première empêche de percevoir les impressions dçs corps extérieurs, telles que la résistance, la forme, le mouvement des corps, leur lempéralure, etc. ; la seconde suspend les impressions douloureuses produites par certains agents, ainsi la piqûre, la torsion, la brûlure, le déchirement, etc. On brûle la peau d'un malade, il sent qu'on le touche, mais il ne sent pas qu'on le brûle. Ces deux sortes de paralysies du sentiment sont assez distinctes, et se rencontrent isolément chez quelques malades. Le nom à'unesthésie s'applique surtout à la paralysie du sentiment, à la perte de la sensibilité au tact et à la douleui-. Elle est inOniment plus rare que Vanalyésie ou l'insensibilité à la douleur. Elle est quelquefois complète : un homme, aiïecté d'une lésion du rameau mentonnier de la cinquième paire, avait perdu si complètement la sensibilité de la lèvre inférieure, qu'il croyait toujours que le verre qu'il portait à sa bouche était ébréché dans le point où il touchait la lèvre. Cette paralysie complète de la sensibihté n'est pas très-commune. Ordinairement la sensibilité est seulement amoindrie, elle est obtuse. Les malades se rendent parfaitement compte de cet état. Le sol paraît se mouvoir ou s'enfoncer sous leurs pieds, les objets sont mal saisis par les mains, et leur forme ne peut plus être distinguée par le toucher.
D'après M. Beau, l'anesthésie est partielle ou générale, elle est fixe ou mobile, et se montre alternativement en divers points du corps. Elle est lente, -raduelle ou subite. Quant à son siège, il est très-variable, car elle occupe les dilférentes parties de la peau et des muqueuses, les organes des sens, etc. L'anesthésie est idiopathique ou si/mptomatique, alors elle est toujou.^ on rapport avec des maladies de la peau, du sang, de l'encéphale, de la moelle et
des cordons nerveux.
Quand elle est symptomalique, on l'observe très-souvent.
1" Dans Véléphu7itiasis des Grecs, ou lèpre tuberculeuse. Dès la formaiiou des taches fauves, au début de la maladie, on trouve de l'insens.bd.té à la ba^ de ces taches ; cette insensibilité s étend un peu en rayonnant en quelque sorte autour de la tache éléphanlia^que, et se relie ainsi à d'autres pomls dcyà ni^^nsibles; de là une partie de la peau aneslhésiée dans une plus ou mou,s grande étetiduc. Le u.ème phénomène s'observe au niveau des tubercules, sur les mu
TROUBLES DE LA SENSIBILITÉ. — ANESTHÉSIE. 995
qneuses, les yeux, les lèvres, l'intérieur de la bouche. Cette anesthésie dans l'éléplianiiasis des Grecs est un signe diagnostique très-utile.
2° A la suite d'un assez grand nombre d'alîections de la peau, on observe de l'insensibilité qui dure plus ou moins longtemps ; et elle est parfois accompagnée de douleurs très-vives et profondes ; c'est ce qu'on voit dans le zona, dans le lichen, dans \e pemphigus, dans Vérysipèle, etc.
3" Dans les maladies de la moelle avec paraplégie, et dans les paralysies du Baouvemenl, dues à la commotion et à la contusion des nerfs dans les lésions qu'entraînent les métrites et les névralgies, soit sur le trajet des troncs nerveux, soit dans une plus grande étendue.
4» Dans Vhémon^hagie cérébrale ; mais, chez ces malades, il y a engourdissement de la sensibiUté plutôt que véritable anesthésie. - 5" Dans le ramollissement cérébral. Ici la diminution de sensibilité tactile ept très-réelle ; ordinairement plus marquée sur les membres, elle est presque téajours égale des deux côtés du corps. Elle s'accompagne de douleurs dans rfpaisseur des muscles au seulement de froid sur la peau, d'engourdissements, de fourmillements, etc.
C'est un excellent symptôme du ramollissement cérébral, car il se manifeste longtemps avant la paralysie, et, quand celle-ci arrive, l'insensibilité augmente ayec elle.
6» Dans les épanchements céi^ébraux et dans toutes les maladies qui se terminent par une compression du cerveau. Chez ces malades, il y a diminution , graduelle de la sensibilité tactile, puis absence complète de cette sensibilité.
7° Dans les empoisonnements les plus variés, soit l'asphyxie par formation ou absorption d'acide carbonique dans le sang, l'asphyxie par des gaz toxiques, soit après la respiration de vapeurs d'éther, de chloroforme, d'amylène et de tous les anesthésiques. On l'observe aussi dans Vintoxication saturnine, dans Vulcoolisme chronique, dans V empoisonnement par l'arsenic, alors il y a des points d'anesthésie à la peau, de l'amaurose, ou une paralysie de la sensibilité spéciale des organes génitaux. Après la guérison, les sujets offrent souvent des pai-alysies variées du sentiment et du mouvement, paralysies qui sont très-difficiles à guérir.
Avant la séparation des deux variétés de sensibilité de la peau, on attribuait à l'anesthésie une foule de phénomènes qui dépendent de l'analgésie. Ainsi, eu particulier, dans les maladies du cerveau, on croyait certainement l'anesthésie extrêmement conimune; elle y est au contraire relativement assez rare. Elle est infiniment plus fréquente, au contraire, dans des affections qui sont tout à fait étrangères aux centres nerveux.
L'anesthésie idiopathique est infiniment plus rare que l'analgésie, on la rencontre assez souvent dans la convalescence des maladies aiguës quelle que soit leur nature; elle s'observe surtout dans le nervosisme cln-onique, chez les hystériques, dans l'épilepsie et dans l'hypochondrie. Elle se réunit souvent avec 1 analgésie, c'est-à-dire à l'insensibilité à la douleur, qui est au contraire très^ conmiune dans les névroses.