CHAPITRE III
ANALGÉSIE.
On désigne sous le nom d'analgésie l'insensibilité des tissus pour la douleur, la propriété du toucher pouvant leur être conservée, comme on le voit i dans l'ivresse, dans l'engourdissement par le chloroforme, dans la congélation i commençante, etc. Au contraire, la perte de la sensibilité tactile, ou anesthésie, n'existe jamais sans qu'il y ait en même temps analgésie.
On peut constater cette analgésie en piquant la peau, en la pinçant, ou en la cautérisant. Il en est de même pour les muqueuses.
L'analgésie, étudiée pour la première fois par Gendrin et par Beau, est partielle ou générale, souvent limitée à un point très-circonscrit de la peau, ou à une petite partie du corps, comme le doigt.
Elle débute ordinairement par les membres, et surtout par les avant-bras. D'après Beau, elle est habituellement plus prononcée à leur partie postérieure qu'à leur partie antérieure. On la rencontre en avaut de la poitrine, à l'épigastre ; mais presque toujours alors elle existe simultanément aux avant-bras. Quand elle existe sur les muqueuses, elle occupe presque toujours eu même temps une étendue plus ou moins grande de la peau. Parmi les muqueuses, celles qui sont le plus souvent affectées sont la conjonctive, la membrane de Schneider, la muqueuse de la langue, de la vulve, du vagin. Dans ces parties, l'insensibilité à la douleur est, ou très-étendue ou fort circonscrite ; elle peut être ou complète ou fort légèrement marquée.
L'analgésie peut dépendre d'une maladie du cerveau, de la moelle ou des nerfs, et alors elle est symptomatique ; mais ordinairement elle ne se rattache à aucune altération matérielle appréciable, et on peut la considérer comme idiopathique ou essentielle. On l'observe dans certaines convalescences de maladies aiguës, dans la plupart des névroses et dans certains cas d'altération du sang par des poisons ou des substances dites anesthésiques.
L'analgésie permanente, fort rare dans l'intervalle de Vépilepsie, est au contraire très-commune pendant les attaques convulsives. Elle est même si complète en ce moment, que des sujets peuvent se faire des brûlures ou des blessures terribles sans les sentir. J'ai vu, à l'hôpital des Enfants, un malheureux qui y était amené pour une brûlure de toute la tête, occasionnée par une cluitc, la tête en avant, dans un chaudron plein d'eau bouillante. Il survécut à celte affreuse blessure et entra depuis dans la section des épilepiiqucs, à Bicètrc.
Dans V hystérie, l'analgésie est fort conunune, tandis que l'ancsihésie véri* table est très-rare. Elle existe en dehors du moment des convulsions ; elle n'en dépend pas. L'analgésie est très-variée chez les hystériques. Chez cellos-ci, les conjonctives sont insensibles à la douleur, chez cellcs-Ih, on peut tiiiilcr les fosses nasales, le conduit auditif externe, sans provoquer la moindre douleur; on peut enfoncer le doigt profondément dans la bouche, jusque sur la Iwsc de