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III. — Émanations putrides

Les miasmes formés par les gaz des émanations putrides, tout à fait différents des miasmes vivants, qui sont des produits morbides spécifiques, sont dus à la décomposition des matières animales, et ils modifient profondément la décomposition de l'atmosphère.

Le corps des animaux morts, les fragments de leur dépouille, les matières animales, quelle qu'en soit la nature, abandonnés sur le sol ou dans la terre, se putréfient et se décomposent par le retour de leurs éléments au réservoir commun. Sous l'influence de l'oxygène de l'air et de la réaction des éléments de la matière animale, des gaz se développent, l'ammoniaque libre ou combinée avec l'acide carbonique et sulfhydrique, l'oxyde de carbone, l'hydrogène carboné, se mêlent à l'air avec des émanations infectes dont la nature intime ne saurait être déterminée. Il en résulte une atmosphère artificielle dont l'impression sur l'organisme est souvent dangereuse, et se traduit par les maladies les plus graves.

Influence des émanations putrides. — Les impressions putrides ont un effè difierent de celui des impressions miasmatiques vivantes. Elles ont la spécifici de moins, et ne produisent qu'un elîet spécial putride. Tout le monde soumis leur influence ne les subit pas nécessairement. Elles ont pour réaction morbide

DES CAUSES DIÎ MALADIE. — IMPRESSIONS VlllULENTES. ihl

l'entérite simple, la colite ou dysenterie, la fièvre typhoïde, et quelquefois la mort immédiate.

Observ. I. — En 4 773, au moment d'une inhumation dans l'église de Saint- Saturnin, le cercueil s'ouvrit en même temps que celui d'un homme enterré onze mois auparavant, et une odeur infecte répandue dans l'atmosphère chassa tous les assistants de l'église. De cent vingt enfants qu'on préparait en ce moment pour la première communion, cent quatorze tombèrent dangereusement malades, ainsi que le curé, les vicaires, les fossoyeurs, et plus de soixante-dix autres personnes, dont dix-huit succombèrent ; dans ce nombre on compte les deux ecclésiastiques, qui périrent les premiers.

Il est difficile de rencontrer un plus triste et plus mémorable exemple de l'influence des émanations putrides. C'est un véritable empoisonnement par les matières septiques, devenues volatiles par le travail de la décomposition.

Les impressions putrides produites par l'inoculation ne sont pas suivies des mêmes effets ; la réaction est d'abord locale, il en résulte des plaies de mauvaise nature qui se cicatrisent lentement, et c'est après coup que surviennent les désordres généraux dans l'économie. Si les blessures sont suivies d'absorption, elles se compliquent d'angioleucite, de phlébite, d'abcès dans le tissu cellulaire ou dans les ganglions voisins, de septicémie, de résorption purulente, et dans ce cas la mort en est la conséquence.

Que d'hommes, parmi nos confrères et les élèves, ont déjà été les victimes de ces émanations putrides absorbées par les voies respiratoires, ou inoculées par les blessures faites dans des travaux anatomiques, et qu'il est douloureux de penser que d'autres encore pourront trouver dans cet apprentissage de la science une fin si triste et si malheureuse !

§ — Impressions viriilcnfcs.

Les impressions virulentes occupent le premier rang parmi les causes détei'^ mmantes spéciales des maladies. Elles produisent les affections dites virulentes en raison de la propriété qu'elles ont de former un poison morbide appelé viru<=' qui est leur caractère essentiel. Autantde virus, autant d'impressions virulentes' et autant d impressions virulentes, autant de maladids spécifiques particulières' n ayant rien de commun les unes avec les autres que la virulence et un certain mode de développement. Voici d'abord ce qu'il faut entendre par virus Le mnt mrus . été employé dans les acceptions les plus différentes aux diverses ép qu de 1 humanité; c'est un mot latin qui vient de vires (forces) ; il a été par Virgile comme synonyme de ve7îin : ; ' ete employé

Ille riialum virus nerpenlibus addidlt atris (1).

D'après Servius, le savant commentateur de Virgile, il signifie une odeur (1) Virgile, Géorgiques,

l/l2 PATHOLOGIE GÉNÉnALE.

forte ou une puissance quelconque capable d'altérer une couleur, une saveur, ou cnCm de produire une altération notable, comme le ferait un venin. Pour lui, il y a des bons et des mauvais virus. Le niêirie fait se retrouve aussi dans la langue grecque, car le mot tpâppaxov signifie bon et mauvais poison, c'est-àdire poison et remùde. « Venit autem a grœco, nam et illi yàpfiaxov médium habent, id est, et bonum malum (1), »

Columelle l'emploie pour désigner une odeur et une vapeur nuisibles : v Nec paludem vicinam esse oportet œdificiis, quia caloribus noxium vmus éructât ('i). » Ovide l'applique aux émanations qui se dégagent des pestiférés ou aux émanations qui produisentlapestc: pci^i/'^rMm virus. Pline désigne sous ce nom et les venins, de morsu venenato, et les écoulements des parties génitales, virus, humor qui ex genitalibus fluit.

Pour les médecins, le mot virus a été longtemps synonyme de poison ; ils l'appliquaient, dit Rocheux, à tout délétère, quelle que fût sa nature ; ce n'est que lentement qu'ils sont arrivés à s'en faire une idée plus exacte et plus conforme aux principes de l'observation.

D'après MM. Béhier et Hardy (3), un virus est un élément morbide, inconnu dans sa nature, mais pouvant se transmettre par l'inoculation d'un liquide qui est fourni par l'économie infectée, et qui paraît en quelque sorte le produit d'une élaboration morbide particulière. Cette définition est une des plus complètes qui aieut été données. Elle indique bien la nature morbide du liquide, ce qui est nécessaire ; elle fait connaître son origine dans une économie infectée, ses résultats, qui dépendent d'un travail pathologique spécial, et enfin sa qualité essentielle de virus, la reproduction par inoculation.

Cette définition permet de limiter facilement le nombre des vrais virus, et de rejeter sans contestation tous les liquides autrefois regardés comme virulents, et qui ne présentent pas les conditions que je viens d'indiquer. Il me suffira, je pense, de mentionner les virus dartreux, trichomatique, psorique, scrofuleux, rachitique, arthritique, rhumatismal, cancéreux, scorbutique, créations d'une époque dont il ne nous reste plus grand'chose aujourd'hui. Ces prétendus virus ne sont que des agents morbides développés dans un ou plusieurs points de l'économie, et capables de l'infecter s'ils sont résorbés, mais non susceptibles de se communiquer à distance ou d'être inoculés. Il n'est pas d'observation qui démontre la communication du cancer à distance, et celles de Zacutus Lusitanus [k), de Tulpius (5), de Harris (6), de Lassus (7), ne sont pas de nature à dissiper les doutes que l'on peut concevoir à cet égard. Tout le monde connaît les expériences de Dupuytren sur l'inoculation du pus

(1) Servius, Commentarii in Bucolica, Georgica, etc.^ Virgilii. Veneties, 1471.

(2) Columelle, Dere rustica, liv. I, cap. v.*

(3) Béhier et Hardy, Pathologie inlcrne, t. I. {Il) Zacutus Lusitanus, Praxeos medicœ adviir., lib. I, obs. 124.

(5) Tulpius, Observationes medicœ. Amsterdam, 1652, liv. IV,chap. vni.

(6) llarris, Dissert, med.-chir., p. 168.

(7) Lassus, Pathologie chirurgicale. Paris, 1809, t. I, p. 438.

cancéreux et sur les résultats de la digestion de chairs cancéreuses par des chiens. On sait qu'il en résulta des troubles semblables à ceux qu'aurait occasionnés ^'inoculation ou la digestion do matières septiques, mais qu'il n'y eut point production de cancer (1).

Rochoux (2) a cru pouvoir réduire et limiter le nombre des virus à dix, qui sont: 1» le virus rabique; 2° syphilitique; 3° le virus vaccin ; h" variolique; 5" psorique; 6° morveux; 7° le virus de la pustule maligne; 8° de la pourrilure d'hôpital; 9° de la rougeole; 10° de la scarlatine; mais toute numération à cet égard est un peu hasardée. La médecine expérimentale, qui seule pourrait servir de base à ce jugement, ne i-enferme pas encore assez de faits relatifs à la question pour qu'on puisse la décider d'une manière définitive. Les virus sont plus nombreux qu'on ne le croit génc^-alement, et l'avenir nous fera peut-être malheureusement encore découvrir de nouvelles maladies virulentes. Il y aura, je n'en puis douter, des additions et des retranchements à faire à la liste donnée par Rochoux; dès à présent, ou pourrait supprimer le virus psorique ou virus de la gale, maladie contagieuse développée par le transport d'épizoaires d'un individu sur un autre, et l'on pourrait au contraire y ajouter, si l'expérieiice ultérieure confirme ce triste pressentiment, de nouvelles affections originaires des animaux, soit le virus du sang de rate, soit le virus tuberculeux qui se transmet, d'après Villemin, par iaoculation directe ou par l'absorption pulmo-

naire

Dans l'état actuel de la science, il est presque impossible de limiter le nombre des virus. On arriverait sans doute à énumérer ceux dont l'inoculation est in contestable, mais il en est un grand nombre d'auti-es dont l'existence est dou teuse, du moins pour le présent, et qu'il ne faut admettre qu'avec réserve puis que les résultats de l'inoculation sont à leur égard incertains et contestés' ^ Les virus, c'est-à-dire les agents délétères inconnus dans leur nature' qu'on désigne sous ce nom, peuvent se développer spontanément dans l'organisme • tels sont le principe contagieux de la variole chez l'homme; le principe conta^ gieux de la rage dans les animaux, où, au contraire, ils ne se-manifestent qu'après une infeciion locale suivie de l'infection générale des individus. Ils nren nent leur origine dans un organe spécial chargé d'une sécrétion physiolo' iouè qui s'altère : c'est le fait de la rage; ou bien ils sont fournis par la p u Te muqueuses ou les tissus que ravage la maladie spécifique. Ils sont ordilie ment combines aux solides ou aux liquides animaux; on les trouve met I pus, comme dans la variole, la syphilis, la morve, la clavelée etc <T l des boutons de vaccine; à la salive, comme da s la ^^C^ T"'''' Viborg), dans les affections charbonneuses, dans la rougeole Cs f. m"' (Waller de Prague), dans la rage, ce qui est douteux, efc et fin . "ï"'''' liquides desséchés et réunis en forme de croûtes. ' '

(1) Viel-Hautmesnil, Considérations générales médico-chirura .un.

Pans, 1807, p. 23. ^ntrurg. sw le cancer, thèse.

(2) Rochoux, Dict. deméd., en 21 vol 1" Wîf - •

' ^1 vol., 1 eclit., article lésions ouganiques.

Toutefois il ne faut passe méprendre : les croûtes et les liquides qui renferment les poisons morbides ne sont pas ces poisons eux-mêmes ; car ces substances ne diffèrent pas, autant que nous en puissions juger, des mêmes produits privés de qualités virulonles.

Non-seulement les virus existent incorporés à des solides et à des liquides, mais ils se mélangent aux différentes vapeurs qui proviennent de la volatilisation des liquides, et aux gaz qui s'échappent du corps de manière à former des miasmes virulents.

Les matières qui renferment les virus sont donc de plusieurs espèces : solides, liquides et gazeuses; c'est ce qu'on exprime d'une autre manière, en disant qu'il y a des virus fixes et des virus volatils. Le virus variolique chez l'homme et le virus claveleux chez le mouton peuvent se recueillir, concentrés ou renfermés, dans la croûte d'une pustule, dans le pus sécrété par cette pustule, comme ils peuvent se répandre dans l'atmosphère, et, avec elle, propager la maladie qui leur a donné naissance. Les uns sont toujours fixes : tels les virus de la rage, du cow-pox, de la vaccine, de la syphilis ; les autres sont à la fois fixes et volatils, exemple le virus variolique.

Les uns sont, dit-on, odorants, et les autres inodores: ainsi le virus de la variole a, dit-on, une odeur sui generis; celui de la scarlatine, une odeur de vieux hareng (Heim) ; celui de la rougeole, une odeur douceâtre, puis aigrelette, analogue à celle qui s'échappe des plumes récemment arrachées d'une oie; le virus rabique est inodore, de même que celui de la pustule maligne, etc.

Leurs propriétés chimiques sont nulles, ou du moins ce sont celles du véhicule où ils se trouvent. Peu importent la réaction acide ou alcaline des liquides virulents, la nature des gaz qui s'en échappent, et que ce soit du gaz hydrogène sulfuré, de l'oxyde d'azote, etc., cela n'a point d'importance. Il nous est également difficile d'accepter l'opinion de M. Dubois (d'Amiens), qui paraît croire à l'influence des sels ammoniacaux que renferme le vaccin sur les quahtés spécifiques de ce liquide. Les cristaux de chlorhydrate d'ammoniaque qui s'y trouvent n'ont pas plus d'importance, je crois, que les animalcules trouvés par d'autres pathologistes dans les liquides virulents. Vidit illa in morbillis, Langius;m peste, Kircherus; in syphilitide, Hauptmanus; m petechiis Zinglerus; in varions, Lusitanus et Porcellus; vermiculos in serpiginibus aliis morbis cuta-

neis hic etiam vidit (1).

Les travaux modernes n'ont pas été beaucoup plus fructueux. Uu instant on avait cru qu'il existait des infusoires d'une nature particulière dans le pus de la blennorrhagie syphilitique, chez la femme, mais ils ont été trouvés dans d'autres circonstances.

Cependant il ne serait pas juste de dire que l'emploi du microscope est mutile dans l'étude des virus, ce serait même une grande erreur ; car si, avec le secours de cet instrument, on ne peut reconnaître un virus, on peut du moins éviter les méprises. Sans son usage, la nature parasitaire de la gale et du

(1) Linné, Amœnil. acad., l. V, Exanlhemala viva, et t. Vll, Mundus iniivhibilU.

favus, jadis considérée comme virulente, serait encore entièrement ignorée.

Les virus viennent du dehors ou se développent spontanément dans l'organisme. Ces derniers sont de beaucoup les moins nombreux, et les phénomènes morbides qu'ils font naître sont aussi moins complexes; alors on ne rencontre jamais les accidents locaux, primitifs en quelque sorte, qui se rencontrent dans des circonstances opposées. Bien que ce fait soit contestable et qu'on puisse, avec quelque apparence de raison, refuser d'admettre l'apparition spontanée d'une maladie virulente, il faut cependant s'incliner devant les résultais de l'observation. A ce propos, je rapporterai le fait bien curieux d'une femme autrefois vaccinée, et qui, sans être malade de la variole, sans avoir communiqué avec des personnes atteintes de cette maladie, a cependant mis au monde un enfant atteint de variole.

Observation. — Une femme a été grosse deux fois : la première grossesse s'est terminée au troisième mois, et la seconde au sixième. Une troisième grossesse s'est déclarée en octobre dernier ; elle est venue à terme. L'accouchement vient de se faire à la fin de juin. La femme paraissait d'une santé parfaite; elle a mis au monde un enfant couvert de pustules varioliques confluentes : les pieds, les mains, les jambes, les cuisses, tout était envahi. La mère a été vaccinée • elle a passé tout le temps de sa troisième grossesse sur une chaise longue; elle n'a pas eu de communication avec le dehors. La variole n'a pas paru dans le voisinage, cependant la variole de l'enfant était parfaitement caractérisée. Elle était 'au onzième ou douzième jour de l'irruption. Comment concilier ce fait avec les idées de la contagion (1)?

Les impressions virulentes ne sont généralement pas suivies d'elTels immédiats, et leur réaction se fait plus ou moins longtemps attendre. Entre le moment de l'impression faite par le virus variolique, morveux, claveleux, etc. , insérés par un atome imperceptible sous l'épiderme, et le jour où une maladie spécifique les reproduit largement et, dans des quantités hors de toute proportion, il^ s'écoule un temps plus ou moins long, variable, suivant la nature des virus'. C'est là, comme on l'a dit par métaphore, une sorte germination, et il faut considérer cette reproduction comme le caractère principal des virus.

Ils pénètrent dans l'organisme par les diverses voies de l'absorption, tantôt par les solutions de continuité du tégument externe, tantôt par suite du simple contact sur les muqueuses, tantôt enlin à distance, et par un procédé que nous ne pouvons analyser. Il en est, comme je l'ai déjà dit, qui ne peuvent s'introduire chez 1 homme que d'une manière, et à ce sujet j'ai cité la rage, qui succède toujours à l'inoculation, n'ignorant pas d'ailleurs le fait de Palmerius nui vit un homme enragé transmettre la maladie h ses enfants rien que poui- es avoir embrasses (Enaux et Chaussier). Le plus grand nombre se lepr duit Z toutes les manières : par inoculation artificielle ou naturelle, par contact d eci des^ muqueuses (syphilis), ou enfin par infection à distaiie (v:;;:,:/r

(1) Deneux, Gazetlo médicale, 1832, séances de l'Académie do médecine

M. — PATHOL. GÉN.

L'impression viriilcnlc se fait au moyen de l'absorplioii par les lymphatiques et les radicules veineuses, surtout dans les cas de solution de continuité; et, quand on pense à la rapidité avec laquelle certaines substances pénètrent dans le sang, on doit être surpris de voir tant de persoimes s'exposer journellement à la contagion sans ôtre aussitôt atteintes par l'action spéciale des virus. On se demande comment la période d'incubation de certaines maladies peut se prolonger si longtemps, et, sans que l'on puisse s'en rendre compte, il faut dire avec Sestier : « Entre le virus variolique et la variole, il y a l'intermédiaire de l'économie vivante. »

La réaction qui suit l'impression virulente est plus ou moins rapide, selon les virus : il en est qui modifient assez promptement l'organisme, et témoignent de leur présence au bout d'un temps déterminé, trois à quatre jours pour le vaccin (Guersant); une ou deux septaines pour la variole; d'un à six jours pour la pustule maligne, etc. ; d'autres, au contraire, séjournent quelquefois bien longtemps dans l'économie avant de révéler leur existence. Ainsi la période d'incubation du virus de la rage a été estimée de trois semaines à un an par Ménière (1). Tous les médecins sont à peu près d'accord à ce sujet On croit que le virus séjourne dans la partie inoculée, où il peut y être détruit par la cautérisation. Le fait est avéré, du moins pour ce qui concerne la syphilis (2 ).

Les effets des virus varient suivant une foule de circonstances qu'il est utile de connaître, et qui sont relatives, les unes au poison morbide lui-même, les autres à l'individu soumis à l'infection. Ainsi, d'après M. le professeur Piorry, bien que les virus, en se reproduisant un grand nombre de fois, restent à peu près les mêmes, il y a une sorte d'affaiblissement et d'amoindrissement dans l'énergie des accidents produits par la cause virulente. C'est, ajoute cet auteur, ce qu'on croit avoir observé pom- la syphilis et pour la vaccine. Je dirai, de plus, c'est ce que l'on constate chaque jour dans la pathologie comparée lors de l'inoculation du claveau pratiquée sur les moutons pour les préserver de la clavelée. C'est enfin ce qui a été démontré par Breschet, lorsqu'il a vu le virus rabique du chien, inoculé à des moutons, occasionner la rage chez ces animaux, et perdre ensuite sa puissance vers la quinzième ou vingtième généradon, au point de ne plus déterminer d'accidents. Toutefois l'affaiblissement des virus par suite de générations successives ne doit pas être accepté d'une manière absolue, car il est fort possible que chez les animaux, comme chez l'homme, on puisse voir des affections virulentes bénignes donner naissance aux affections virulentes les pins graves.

Les virus sont d'autant plus actifs qu'ils sont recueillis à une époque plus voisine de l'invasion de la maladie, fait constaté par Hunter et par tous les syphiliographes. M. Ricord (3) même affirme d'une façon positive que le pus d'un chancre en voie de réparation cesse d'être contagieux.

(1) Menière, Archives générales de médecine, t. XVIII.

(2) Seslier, Propositions do médecine et d'anatomie pathologique, thèse. Pans, 12 avril 1832.

(3) Hunier, Traité de la maladie vénérienne, notes de M. Uicord, 3« édit.Paris, ISoa-

DES CAUSES DE MALADIE. ~ IMPRESSIONS VIRULENTES. lZi7

Pour quelques médecins, l'activité du virus est eu rapport avec la quanlitc de matière virulente absorbée (1). Cela n'est pas absolument exact, mais c'est vrai dans quelques circonstances : ainsi veut-on modifier une variole qui commence, ce n'est pas par une seule inoculation de cow-pox qu'on y pourra réussir, quelle que soit la quantité de virus laissée dans la plaie ; c'iest par un grand nombre de piqûres, et avec un peu de virus déposé dans chacune, s'il peut être absorbe. La multiplicité des piqiîres favorise évidemment l'absorption. On sait d'ailleurs que sur ce fait roule l'argumentation de ceux qui combattent l'inoculation de la syphilis. Ils affirment qu'en inoculant le pus d'un chancre primitif à un homme déjà infecté, il en résulte quelquefois des accidents qui n'auraient pas eu lieu sans cette circonstance. C'est une question que je ne me permets pas de résoudre.

Il y a des virus d'une grande fixité qui gardent longtemps leurs propriétés virulentes. Les uns se conservent imprégnés sur des corps denses et solides, les métaux et le verre, et d'autres dans des étoffes et des linges. J'ai lu quelque part qu'un enfant ayant mis dans sa bouche un couteau taché depuis longtemps par le sang d'un animal enragé, s'était ainsi communiqué la rage. Le virus variolique est un de ceux qui s'altèrent le moins facilement, la mort des sujets ne lui fait rien perdre de son activité. Ozanam (2) et M. Guérard (3) rapportent des faits qui tendent à prouver que la dépouille d'individus morts de variole depuis vingt ou trente ans est encore susceptible de propager la maladie. Le virusvaccin, au contraire, meurt avec les individus {k).

La neutralisation de certains virus les uns par les autres est un fait assez rare et fort curieux. Ainsi on a rapporté plusieurs exemples de variole modifiée par la vaccine, ou de vaccine modifiée par la variole. Il est évident pour moi, comm,e pour ceux qui ont vu les faits de ce genre, que ces deux maladies ont une in^ fluence abortive marquée l'une sur l'autre, et que les deux éruptions sont trèssensiblement modifiées. Il en est peut-être aussi de môme pour la rougeole et la variole; mais ici le problème n'est pas entièrement résolu, et nous trouvons quelques dissidences entre des auteurs d'une imposante autorité. Ainsi Hunter, Hosti, Bergius, Cruikshank et Hildenbrandt ne croient pas que ces maladies éruptives puissent se développer ensemble, et ils affirment que l'éruption variolique succède toujours à l'éruption morbilleuse. Rayer (5), au contraire, a publié des faits qui prouvent que les choses -ne se passent pas toujours d'une manière aussi constante, et que, quelquefois au moins, la variole se développe sur une , éruption morbilleuse encore assez vive. Après tout, ce n'est pas de cela qu'il s'agit en ce moment : nous voulons savoir si, dans les cas où plusieurs fièvres éruptives apparaissent simultanément, ou se succèdent chez un même individu,

(1) Eichhorn, Gas. méd., 1833.

(2) Ozanam, Histoire des maladies épidémiques. Lyon, 4835^

(3) Guérard, Des inhumations et des exhumations. Paris, 1838.

(4) Guersant et Blache, Dict. de médecine. Paris, 1840, t. XXXy p. 393. art Vaccl'.

(5) Rayer, rraîic des maladies (/ctojjeaw. Paris, 1835. ' " '

il y a une iniluence aborlive d'une de ces maladies sur l'autre. C'est ce qui paraît probable, et ce que M. YiUemin a essayé de démontrer dans le travail qu'il a public à ce sujet, et où se trouvent un grand nombre d'observations concluantes.

Quelques personnes prétendent que deux virus ne peuvent pas exister au même moment sur le même individu. C'est une erreur, témoin le fait delà vaccine et de la variole ; mais il y a d'autres faits de ce genre. Ainsi on cite le cas des deux virus rabique et syphilitique existant chez le même individu, témoin ce carabinier atteint de chancre h la verge et qui, s'étant fait lécher par un chien malade, tomba malade et mourut ; ou bien ces cas assez nombreux de syphilis communiqués par du vaccin emprunté îi des enfants atteints de syphilis constitutionnelle. Je sais que dans ce dernier cas on a dit que la transmission de la syphilis avait lieu par le sang qui se mêle au virus- vaccin et non par le vaccm lui-même, mais cela est loin d'être démontré.

Quant à l'annihilation des virus par le venin delà vipère, parle suc gastrique (Renault), par le chlorure de soude (Valli, Hildenbrandt), ce sont des faits qui rentrent dans le domaine de la thérapeutique, et j'en parlerai plus loin.

Nous ne connaissons que d'une manière bien imparfaite l'influence des prédispositions individuelles sur l'absorption des virus, et, jusqu'à ce que la science soit plus avancée à cet égard, il sera difficile d'expUquer la cause de l'immunite dont jouissent certains individus qui s'exposent et se sont exposés sans mconvénient à l'absorption des différentes matières virulentes. Il est cependant certain que certaines personnes résistent plus que d'autres à l'absorption des virus, et qu'il en est un certain nombre chez lesquelles cette absorption, convenablement préparée ne se fait pas. La moitié des individus mordus par un chien enrage n'a jamais la rage ; le vaccin ne peut s'inoculer chez ceriains individus, et avant la vaccine tout le monde n'avait pas la variole, bien que chacun fut expose à la contagion de ce virus. Le docteur Fumée cite même le fait d'une femme atteinte de variole au septième mois de la grossesse, et qui, un mois plus tard, mit au monde deux jumeaux dont l'un était couvert de nombreuses pustules varioUques, tandis que l'autre avait été trouvé tout naturellement préserve de la maladie par le fait même de son idiosyncrasic.

Les enfants sont plus exposés que les adultes et les vieillards a 1 impressio des virus morbiUeux et variolique. Les hommes faibles, épuisés par les excès, par les privations de la faim, par des évacuations considérables, par l oi)pression morale de la tristesse ou de la frayeur, sont, dit-on, plus exposés que d autres a subir l'influence des matières virulentes; on en voit un exemple dans la rage. Disons d'une manière générale qu'il y a à cet égard des idiosyncrasies naiureUes et primitives semblables à celles qu'on détermine artificiellement par l inoculation dans certains virus. On sait, en effet, que plusieurs d'entre eux ne peuvent pénétrer qu'une seule fois dans l'organisme, et le protègent à l avenir contre une infection de même nature.

IMPRESSIONS vrnur.ENTES.

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