CÉPHALALGIE
La céphalalgie ou douleur de tête, également connue sous les noms de céphalée, de pesanteur de tête, de migimne, à.' hémicrânie, etc., décrite dans tous les ouvrages de pathologie el de séméiologie. C'est un phénomène extrêmement commun ; seul, il n'a pas grande importance, mais sa réunion avec d'autres symptômes devient un élément de diagnostic très-utile. On ne connaît guère la cause de la céphalalgie, et l'on n'a aucune donnée exacte sur son siège anatomique ni sur sa nature véritable. Le devoir du clinicien est de l'envisager comme symptôme et d'examiner sa valeur diasgnostique.
La céphalalgie est générale ou circonscrite. Sous cette dernière forme, elle peut siéger dans une moitié latérale delà lête, c'est ï'hémicrânie; elle peut occuper le front (céphalalgie frontale ou sus-orbitaire);V occiput (céphalalgie occipitale); elle peut occuper le sommet ou un point très-Umilé du crâne, c'est le clou.
La douleur de tête est tantôt très-intense, tantôt assez légère ; elle est aiguë, sourde, éphémère ou permanente. Ses formes sont très-variées : ici, c'est un resserrement, une constriction, il semble que les tempes soient rapprochées l'une de l'autre; là, ce sont des douleurs très-aiguës, en manière d'élancements. Tantôt c'est un poids, et il semble que la tête doive s'incliner en avant; tantôt c'est un ballottement intérieur, et les malades croient avoir de l'eau dans la tête. Une autre fois, la tête donne la sensation du vide. C'est sous ces formes diverses que les malades expriment leur souffrance.
On appelle plus généralement céphalalgie la douleur aiguë et passagère, céphalée la douleur sourde et permanente. La céphalalgie est rarement isolée; différents troubles des organes des sens, surtout de la vue, de l'ouïe et du toucher, l'accompagnent ordinairement. La vue peut être obscurcie, la pupille dilatée ou contractée; il peut y avoir diplopic, pliolophobie, etc. L'ouïe peut être dure, et il peut exister des bourdonnements d'oreilles. Quant au toucher, on y observe quelquefois de l'hypcrcsthésic ou de l'analgésie.
La céphalalgie s'accompagne souvent de troubles notables du côté des voies digestivcs, quckpiefois de nausées ou de vomissements, et il y a toujours chez les malades un malaise général très-prononcé.
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La douleur de tête se rencontre dans un très-grand nombre d'affections. Aussi, au lit du malade, faut-ii bien analyser ce symptôme : il faut voir s'il prend sa source à la tête même intérieurement ou extérieurement, ou s'il ne dépend pas de quelque altération du sang ou d'une maladie dont le siège anatomique est plus ou moins éloigné du cerveau . A cet égard, il y a une céphalalgie symptomatique et une céphalalgie essentielle ou sympathique. La céphalalgie symptomatique s'observe dans l'érysipèle du cuir chevelu, dans la congestion cérébrale, dans la méningite, dans l'encéphalite, dans l'hémorrhagie cérébrale, l'apoplexie séreuse, l'hydrocéphalie, l'hypertrophie du cerveau, les productions accidentelles de cet organe ; la névralgie sympathique s'observe : dans les névralgies de la tête, la migraine, l'épilepsie, l'hystérie, la chlorose, les fièvres, etc.
1" Dans Vérysipèle du cuir chevelu : la douleur de tête, qui augmente par le contact du doigt, est un fort bon signe diagnostique, car elle révèle une maladie cachée dans les cheveux que l'oeil peut difficilement apercevoir. Elle n'a pas la même importance lorsque de la face la maladie s'étend à la peau du crâne, mais sa présence indique l'extension de la phlegmasie.
2° Dmsh congestion céréhmle, la céphalalgie est un symptôme très-commun, elle a les caractères suivants : elle est sourde, gravative, souvent très-forte, ordinairement générale, et elle existe des deux côtés de la tête. Elle est profonde, les malades en qnt parfaitement la sensation ; il leur semble que la tête soit serrée, comprimée, ou remplie et près d'éclater. Cette douleur s'accompagne de vertiges, d'un engourdissement des facultés intellectuelles. La circulation dans les gros troncs vasculaires est très-activée ; au contraire, le retour du sang dans la veine cave supérieure paraît difficile : les veines du cou, de la face et du front sont très-gonflées, turgescentes, et l'ophthalmoscope permet de voir une congestion rétinienne très-prononcée. En un mot, la céphalalgie s'accompagne de tous les symptômes dont l'ensemble caractérise la congestion cérébrale.
3° Dans la méningite, la douleur de tête a les caractères de celle qu'on observe dans le cas précédent, quand la congestion cérébrale paraît être le premier degré de la méningite, mais ce n'est certainement pas le cas le plus commun.
A cette céphalalgie se joignent les symptômes ordinaires et habituels de la méningite : rougeur très-modérée de la face, chaleur très-vive de la tête, le reste du corps étant à une température fort peu au-dessus de la température normale, vomissements, constipation, fièvre peu intense, hypérémie papillaire constatée à l'ophthalmoscope, en attendant les phénomènes de la seconde période, qui sont ceux de la compression du cerveau.
Dans la méningite tuberculeuse, si comnmne dans l'enfance, du moins comparativement à la méningite simple, les accidents ont une marche beaucoup plus lente. La céphalalgie précède quelquefois de beaucoup l'explosion de phénomènes plus caractéristiques. Elle s'accompagne fréquemment de cris, de somnolence, etc. Elle coïncide également avec une névro-rélinile que l'oplnhalmoscope permet d'apprécier aisément.
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Li" Dans la méningite cérébro-spinale épidémifjue, quand la luaixhe de la i maladie n'est pas trop rapide, (luand la mort ne vi(.'nt pas trop brus(|uenient t ^ * et qu'on peut analyser les symptômes, on observe comme phénomène prodromique une céphalalgie plus ou moins forte, et, une fois la maladie confirmée, , À une rachialgie souvent sourde, mais le plus ordinairement très-vive, très-vio- - 1 lente, surtout h la région du cou. Il existe en même temps de la roideur dans • 'r les muscles de la nuque et de l'hyperosihésie. L'hypérémie et l'œdème de la papille annoncent qu'elle a pour point de départ une lésion organique. ||(
5° Dans V encéphalite, la céphalalgie ne se fait sentir que dans le cas où la > 1 couche la plus superficielle du cerveau est alîeclée, et dans lequel il y a lou- 1 jours une méningite partielle ; il en est de même dans la plupart des cas de ramollissement cérébral. La douleur est alors permanente, limitée au point malade ; c'est aussi ce qu'on observe dans l'encéphalite chronique des aliénés, cas dans lesquels il y a toujours des traces de méningite accompagnée de névro- -Iî rétinite plus ou moins accusée.
6" Vhémorr/iagie du cerveau ne détermine pas de céphalalgie par ellemême. Quand il y a douleur de tête, c'est dans les cas seulement où l'hémor--^. rhagie cérébrale est précédée, accompagnée ou suivie de congestion sanguine ou de ramollissement inaammatoire. Dans le premier cas, on observe la douleur sourde, gravative. qui caractérise la congestion cérébrale. Dans le second cas, la douleur est partielle, permanente, obtuse avec hyperesthésie et s'accompagne d'hypérémie rétinienne. Ces distinctions sont très-importantes: outre que le diagnostic y gagne en précision, il faut bien reconnaître combien il est indispensable d'avoir ces notions pour baser le pronostic et pour établir t le traitement.
7° Dans Vapoplexie séreuse, dans l'hydrocéphalie chronique, qui suivent quelquefois des maladies sérieuses ou qui viennent compliquer leur convalescence, comme dans les fièvres graves, la scarlatine, la maladie de Briglit, la phthisie, il se forme, dans les méninges ou dans la cavité des ventricules, des épanchements séreux non accompagnés de traces sensibles d'inflammation. Ces épanchements, qui ramollissent, compriment, distendent la pulpe cérébrale, sont annoncés par des douleurs de tète que les malades manifestent en poriani la main à cette partie, en se plaignant doucement, mais continuellement, en poussant ces cris prolongés que M. Coindet a appelés cris hydrencéphabques. La douleur de tête qui se manifeste par ces cris est un excellent signe diagnostique des épanchements séreux de l'intérieur du cerveau, et l'œdème de la pa- pille annonce sa nature organique. , j. „„ ,
8" Dans X hypertrophie du cerveau, la céphalalgie est un phénomène d une grande valeur.' Elle est très-vive, continue, paroxystique, et elle se traduit par t des cris inarticulés et continuels. On sait combien il est dilficile de distinguer ce cas de l'hydrocéphalie. Outre les phénomènes de compression, scmblaDics^ ceux qu'on observe dans l'hydrocéphalie, il faut noter dans l'hyperlrophie cérébrale les attaques convulsives éi)ilcptiformes, où elles sont a peu pn's co stantes, comme l'ont remarqué MM. Calmeil et Grisolle. D'un autre cote,
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faut rechercher si l'individu alîecié a eu à subir l'innueiicc des émanations de sels de plomb. Dans l'affirmative, toutes les présomptions sont en faveur de l'hypertrophie du cerveau.
9» Dans les productions organiques de la masse cérébrale, telles que les tubercules, le cancer, les hydatides, les tumeurs fibreuses, il n'y a de douleur que dans les cas où le produit morbide est voisin de la périphérie- du cerveau, parce qu'alors ils entraînent de la congestion, de l'inflammation de la substance cérébrale et surtout de ses enveloppes.
10° Après les grandes pertes de sang, l'intelligence n'est pas nette, il y a une véritable anémie du cerveau. Cet état morbide est toujours accompagné d'une douleur de tête qui ressemble quelquefois beaucoup à la douleur lourde, gravaiive de la congestion cérébrale, et que l'on reconnaît en ayant recours aux commémoratifs, et à ce que l'ophthaimoscope permet de constater une anémie de la choroïde ou de la rétine.
La céphalalgie essentielle ou sympathique, qui ne dépend d'aucune altération matérielle du cerveau et de ses enveloppes, résulte de la sympathie exercée sur la circulation du cerveau par les altérations du sang, par les empoisonnements et par les troubles desdifférenis appareils organiques. Elle se rencontre :
1° Dans les névralgies du cuir chevelu. Les névralgies de la tête sont assez communes : les nerfs affectés sont les branches frontales et auriculaires de la cinquième paire, et le nerf sous-occipital. — Dans ces circonstances, la douleur a tout à faille caractère des névralgies; elle revient par accès, elle est bornée à un côté de la tête, occupe le point d'émergence du nerf, en un mot elle dépend de la distribution du nerf affecté.
Comme dans toutes les névralgies, la douleur de tête est ici superficielle : elle présente des points fixes douloureux, soit sur le trajet des nerfs, soit plutôt aux points d'émergence des principaux filets nerveux, au niveau du tronc susorbitaire, au-devant de l'oreille, au-dessus de la nuque. — Quant aux caractères de cette douleur de tête, ce sont ceux qu'on rencontre dans la plupart des douleurs névralgiques, des élancements sur le trajet du nerf malade. Ceux-ci se répètent plus ou moins fréquemment. Quelquefois ils paraissent s'étendre et sont remplacés par de l'engourdissement. Quand ces élancements sont très-aigus et répétés, on observe des phénomènes particuliers d'excitation locale; la peau rougit et devient chaude, la circulation est sensiblement plus active du côté affecté que du côlé sain, la peau sudorale, les muscles voisins ou sous-jacents deviennent le siège de contractions involontaires : le front est plissé, les paupières se ferment, et il y a en même temps des troubles de la vue et de l'ouïe. (]'est une névrhlyie congeslive, et la papille, la choroïde et la réline sont fortement congestionnées.
Chez des sujets irritables, à mesure que la douleur augmente, surviennent d'antres phénomènes d'excitation nerveuse, des vomissements, des convulsions, le délire, etc.
Ces douleurs névralgiques de la tête se déplacent ai.sémcnt et peuvent changer de siège, comme toutes les névralgies des autres parties du corps. Elles
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peuvent être continues, avec des exacerbations à certains moments du jour ou i de la nuit; iniermittentes et revenant par accès, régulièrement périodiques. Cette intermittence affecte les divers types quotidien, tierce, quarte, double • quotidien, double tierce, etc. Il peut même y avoir plus de deux accès en ua m jour, les intervalles qui les séparent étant plus courts. C'est ce qu'on n'observe îi pas dans les fièvres intermittentes légitimes : dans ces fièvres, la périodicité est i toujours plus longue. Ces douleurs annoncent une fièvre larvée.
La névralgie de la tête ne reste pas toujours bornée au cuir chevelu, elle î s'étend à la face, à l'orbite : de là des douleurs très-vives au niveau des yeux : et des oreilles ; l'œil est parfois horriblement douloureux; de là du larmoiement, .\\ des troubles de la vue, du clignotement, des soubresauts des paupières, des convulsions partielles et douloureuses des muscles du visage ; ailleurs, douleur • très-vive dans le pavillon de l'oreille, dans le conduit auditif externe, et cependant nulle trace d'inflammation de l'oreille, pas d'écoulement. D'autres fois i enfin, la douleur s'étend davantage et elle gagne le plexus cervical superficiel, elle peut encore gagner de proche en proche et venir affecter les rameaux thoraciques et scapulaires du plexus brachial.
Les causes les plus ordinaires des douleurs de tête névralgiques sont l'insolation, le froid, les blessures des nerfs, la chlorose, l'impaludation et surtout la syphihs. Ces névralgies, dans la syphilis, constituent un des phénomènes les i plus intéressants à étudier de la troisième période de la maladie, quelquefois ; de la seconde. Elles sont intermittentes et souvent nocturnes.
2° Il y a douleur de tête dans le rhumatisme du cuir chevelu. Cette maladie, développée sous l'impression du froid, est assez fréquente. Le muscle occipitofrontal et ses annexes fibreuses sont ici affectés.
Cette douleur a les caractères suivants : elle s'est développée après un refroidissement subit ou progressif de la tête, elle est superficielle, générale, occupe les deux côtés, et est souvent plus forte en arrière ou en avant qu'en d'autres points. La pression sur la tête l'augmente; la contraction des muscles des mâchoires produit le même résultat. Les coiffures chaudes la font sensiblement diminuer. — Souvent, on observe en d'autres parties du corps des douleurs rhumatismales. La douleur de tête rhumatismale diffère de la douleur de tète névralgique, en ce que celle-ci revient par accès, tandis que la première est continue, générale, sans occuper le point d'émergence des nerfs, et n'est pas accompagnée de fièvre. La douleur de tête névralgique est presque toujours compliquée, du moins au moment de l'accès, d'une sorte de fièvre locale ou d'un mouvement fébrile très-prononcé.
3° Dans la migraine, quand la douleur de tête ne peut être rapportée à aucune lésion matérielle du cerveau. C'est ce qu'on appelle la céphalalgie nerveuse ou la migraine.
La migraine est très-commune clicz les individus d'un tempérament nerveux et chez les femmes. La moindre émotion morale, la plus légère contrariété, tout ce qui peut gêner accidentellement et très-momentanément l'ouïe, la vue ou l'odorat, sont les occasions de son développement.
TROUBLES DE LA SENSIBILITÉ