SYNCOPE
La syncope est une demi-paralysie du cœur. C'est un état morbide caractérisén w par la diminution de la force et de la fréquence des battements cardiaques, avecili perte subite du sentiment et du mouvement. C'est eu quelque sorte une asys-f tolie incomplète et momentanée du cœur. Jusqu'à la précieuse découverte de Harvey sur le mécanisme de la circulation sanguine (1), ou avait dit que la syncope consistait dans la suspension complète des battements du pouls ; puis, la circulation du sang une fois entrevue, les médecins et les physiologistes mo— | difièrent celte opinion généralement acceptée alors, et attribuèrent la syncope ait V absence des mouvements du cœur, par paralysie momentanée de l'organe. Ily? a là une erreur scientifique profonde qu'il nous importe de déraciner entière ment.
La plupart des anciens confondaient la syncope et l'asphyxie; la disparition i du pouls dans ces deux états, cependant bien distincts, semblait légitimer celte t fausse manière de voir. J. F. Frank lui-même ne sut pas éviter cet écueil, et il ' décrivit ensemble la syncope et l'asphyxie.
Ce n'est pas évidemment par l'état du pouls que l'on peut juger de la syncope, car Galien (2) a vu des individus privés de pouls qui conservaient leur parfaite connaissance. Cœlius Aurelianus, Lancisi (3), rapportent des faits analogues, et Morgagni parle d'un cas où le pouls resta sans battements pendaii: quarante jours! Haller et Ramazzini se rangèrent à cette opinion et Borsicri(i) cite l'observation d'une femme qui marchait, mais dont l'absence du pouls éuii cependant bien manifeste.
Ce n'est pas davantage sur l'absence des mouvements ou des bruits du cœui que l'on peut faire reposer la syncope, car l'observation clinique infirme tous les jours celte proposition, qui remonte à Cullen ; aussi, lorsque Haller, Frank. Jkirdach, Mùller, Piorry, Bouillaud (5), Devergie, Orfila, Parrot, Josat, Lcbon.
(I) Klourens, Hhloke de la découveile delà circulation du sang. Paris, 185û. (•2) Galion, De pulsus piœcogniliono, lib. I, cap. m. (3) Lancisi, De mortibus subilaneis.
(II) Bor.sieri, [nslHulionum medicinœ practicm. Kerolini, 182G. (5) Bouillaud, Traité des maladies du cœur . Paris, ISàl.
TROUBLES DU MOUVEMliNT. — SYNCOPE. 1023
Brach et Collongues, viennent dire qu'il y a dans la syncope une suspension complète des battements du cœur, ils émettent là une assertion qui ne repose sur aucun fait bien observé, et que l'expérience repousse. Ces auteurs, si rçconimandablcs d'ailleurs à tant de titres, n'ont guère parlé de la syncope qu'en se guidant sur des vues théoriques ; mais, depuis la découverte due au génie de Laennec, la science a marché, et l'auscultation est venue jeter un nouveau jour sur la question si controversée de la syncope. Il ne faut donc plus parler aujourd'hui de l'absence des mouvements de l'organe central de la circulation dans les mêmes termes qu'au temps où l'on était privé du secours de l'auscultation.
Dans la syncope, l'application de la main sur la région précordiale peut trèsbien ne pas faire reconnaître les battements du cœur, cela est vrai ; mais appliquez un stéthoscope ou votre oreille sur la poitrine du malade, et vous entendrez très-distinctement les bruits (je dis les bruits, et non pas les battements, car ces derniers peuvent parfois échapper à l'ouïe la plus fine) de l'organe ; ils pourront être faibles et rares, mais ils persisteront. Il existe cependant dans leur nature une modification morbide toute spéciale, je veux parler de leur dédoublement. L'oreille, par exemple, ne perçoit qu'un seul bruit faible et rare au lieu du tic-tac ordinaire. Ce bruit caractéristique existe toujours, et, s'il vient à cesser pendant un temps assez long, une heure par exemple, il ne s'agit plus de syncope, mais c'est la mort dont on constate ainsi le plus important des signes.
Haller n'a-t-il pas exprimé cette pensée, que la vie de l'homme commence par les fonctions vasculaires, « cor primum vivens, ultimum moriens »? — « Le mouvement de ce viscère est le principe de la vie ; il est le lien fragile de l'âme et du corps ; c'est ce mouvement, dit le célèbre Louis, qui entretient le feu qui anime nos tissus. Avec lui cesse notre existence. «
ff Tant que le cœur est en mouvement, le corps sera en vie, cela est incontestable. Aussi la première recherche que l'on doit faire auprès d'un homme réputé mort, c'est, d'après Louis, de lui tâter le pouls, et j'ajouterai, pour compléter la pensée, d'ausculter son creur (1).
• C'est en vain qu'on chercherait dans la science un fait bien
observé, capable d'établir la possibilité de la persistance de la vie après la cessation prolongée des battements du cœur à l'oreille. Je n'en ai point trouvé, et ceux qu'on cite dans quelques ouvrages modernes renferment des omissions tellement graves sur les signes de la mort en général qu'ils ne présentent aucun crédit à mes yeux ».
Voici d'ailleurs deux exemples cliniques qui prouvent toute l'importance des résultats de l'auscultation cardiaque.
Obsery. I. — Dans la nuit du 17 avril 1812, M. le (îoclcnr Pidoux vint me fJernander assistance pour sauver un homme, jeune et vigoureux, qui avait l'ar-
(1) E. Bouchut, Traité dci signes de la mort et des moyens do ptrvenir les cnlerre ments prématurés, 1849, p. 59 et GO. Ouvrage couronné par l'Institut de France.
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1ère brachiale entièrement divisée, et qui était menacé de périr d'hémorrhagie. Nous ne pûmes réussir à faire la ligature des deux extrémités de l'artère dans la < plaie. Un seul bout l'ut lié, mais il nous fut impossible de trouver le bout supé-s rieur, rétracté dans les chairs. Pendant ces recherches, et après une perle de « sang considérable impossible à apprécier (4), il y eut plusieurs syncopes fort n graves. Le blessé étuit privé de connaissance, insensible aux excitants, blanc > comme le marbre, presque enùèremeiit refroidi, sans respiration, les pupilles'» contractées comme dans l'agonie, dans un tel état enfin, que la mort paraissait): imminente à nos yeux, et probable pour les assistants, dont les murmures com- • mençaient à se faire entendre. Inquiet du résultat de cette situation, j'examinai" le cœur; ses pulsations étaient imperceptibles à la main, mais il continuait à se mouvoir et à se faire entendre à de longs intervalles dans la profondeur de la poitrine.
La vie était conservée, mais il n'y avait pas de temps à perdre. Notre parli fut aussi pris, et, sans consacrer plus de temps à la recherche de l'ouverture supérieure du vaisseau divisé, nous fîmes en quelques secondes la ligature de l'artère : brachiale, au niveau du tiers inférieur du bras. Cette opération fut aussi facile q sur un cadavre, où l'on reconnaît chacun des tissus qu'on divise, sans être gê par le sang. Ici nul écoulement sanguin ne vint contrarier notre recherche, nou? n'eûmes pas même besoin d'éponger la plaie; le blessé élait blanc, ses capillaire; étaient vides, et il n'y avait plus de sang que dans les gros vaisseaux artériels. Le malade a guéri. j
Jamais une syncope ne fut plus complète ni mieux caractérisée que chez le « malade dont il vient d'être question; il est même rare d'en observer d'aussi a graves et cependant, les bruits du cœur ne cessèrent pas de se faire entendre (2).
Chez tous les malades pris de syncope qu'il m'a été donné d'observer, lesî mouvements du cœur étaient ralentis ils avaient perdu leur impulsion et leur i force habituelles, mais toujours j'ai pu les entendre.
a Les uns conservèrent le pouls extrêmement réduit, et l'on pouvait saisir à la région précordiale, avec la main et avec l'oreille, les mouvemcats des veuiricules. D'autres, dont le pouls avait disparu, conservaient encore les ballcnients précordiaux faiblement appréciables avec la main. Enfin un bien petit nombre i ne m'a offert ni pouls ni impulsion précordiale sensible au toucher, mais seu-lement des contractions du cœur perceptibles à l'oreille. Lorsque la syncope r complète, comme chez les malades de cette dernière catégorie, et je n'eu, ai observé que deux, les pulsations du cœur sont très-faibles et trcs-sourdes, elles sont ralenties et se répètent à des intervalles inégaux; on n'entend plus > qu'un simple battement toutes les deux ou trois secondes, mais enfin ck mon- vement existe, et il empêchera toujours de prendre l'clal de mort apparente de la syncope pour la mort réelle (3). »
(1) Le sang avait successivement imbibé la chemise du malade, qu'on avait serrée autour de sa blessure, une chemise de femme, un jupon de toile blanche, les grands i rideaux de percale de deux fenêtres et un drap de lit que l'on avait suraio.ilés. Le poid» de tous ces linges ensanglanlés .Hait énorme et peut donner une idée de 1 abondance ae cette bémorrbagie.
, (2) Uoucbut, ouvrage cité, p. 63, 64 et 65. (3) Boucbut, Loc. cil., p. 66 et 67.