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CHAPITRE III

DE l'aphonie.

L'aphonie est l'abolition plus ou moins complète de la voix. C'est le symptôme d'une foule de maladies de nature différente, et son étude a une importance très-grande pour le diagnostic.

Les auteurs anciens ne nous ont transmis, relativement à l'aphonie que des notions fort incomplètes. Sous ce titre, ils comprenaient toutes les altérations et les extinctions de la voix, qu'elles fussent dues ou non h des lésions spéciales du larynx, ou bien à des accidents cérébraux, au delirium tremens, à un état de grossesse ou à la folie.

Des classifications de ce phénomène ont été tentées par quelques nosographes et Sauvages, par exemple, a distingué l'aphonie mélancolique, l'aphonie par antipathie, l'aphonie des ivrognes, l'aphonie catarrhale anévrysmatique l'aohoni,. traumatique, hystérique, paralytique et pulmonique, tandis que J.' liuk ' établi qu'il y avait des aphonies symptomatique, primitive, traumatique, in-

(1) Valleix, Clinique des maladies des enfants nouveau-nés. Paris, 1839, p. 627

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nammatoire, catarrhale et arthritique, gastrique, spasmodique, métastatique, consensuelle. C'est de nos jours seulement qu'on a pu dissiper la confusion établie dans l'appréciation de ce phénomène, par une étude plus éclairée de ses causes et de son traitement.

Vaphonie est le symptôme d'un grand nombre d'affections différentes, nerveuses ou organiques; de là une aphonie nerveuse et une aphonie sijrnptomatique.

1" Aphonie nerveuse.

L'aphonie est quelquefois une maladie essentielle dont la lésion est inconnue. C'est une névrose offrant tous les caractères brusques, bizarres et énigmatiques des névroses. Elle débute d'une manière graduelle ou subite, et les malades ne sont alors avertis de leur état qu'au moment où ils veulent parler; sa durée offre des irrégularités semblables, et tel qui s'endort aphone se réveille quelquefois avec la faculté de parler.

Observation. — Un colonel de cavalerie, qui s'est acquis dans les guerres de l'empire une grande réputation de bravoure, était doué d'un timbre de voix admirable pour le commandement. Pendant toute sa carrière militaire, il présenta ce phénomène très-curieux qu'il devenait subitement aphone, aussitôt qu'un coup da canon ou que le bruit d'une très-vive fusillade venait frapper son oreille, et il ne recouvrait généralement son organe que deux ou trois heures après la cessation complète du feu. Jamais il ne quitta sa place de bataille, ni ne remit devant l'ennemi la direction de son régiment; seulement, il conservait très-près de lui un jeune officier auquel il transmettait ses ordres à voix basse (1).

Ou a très-souvent confondu l'aphouie et le mutisme; c'est une méprise qu'il faut savoir éviter, car, dans le mutisme, il y a impossibilité absolue de former des sons articulés, tandis que, dans l'aphonie, les sons manquent ou sont énormément affaiblis. L'aphonie nerveuse, que nous avons appelée essentielle, est aussi rare chez l'homme qu'elle est fréquente chez la femme, h la suite d'attaques hystériques; elle est du reste sans gravité. Le diagnostic ne saurait être embarrassant, alors même que des signes d'une légère u-ritalion du larynx en imposeraient pour une laryngite, car ces phénomènes sont de très-courte durée et disparaissent au fur et à mesure que l'aphonie fait des progrès, ce qui est précisément le contraire de ce qui arrive dans la laryngite. Et puis, comment peut-on commettre l'erreur, lorsqu'on sait que l'aphonie, • dont le début est généralement si brusque, ne s'accompagne ni de dyspnée, m de toux, m d expectoration ?

2" Aphonie symptomalique.

Les principales affections dans lesquelles on observe l'aphonie sont la laryngite aiguë simple, où la voix devient d'abord rauque, et linil, au bout d un ceitain temps, par s'éteindre presque complètement, et la laryngite chronique

(1) Observation communiquée par M. le docteur Legrand du Saullc.

simple et syphilitique, où la voix, couverte et dure à l'oreille, finit par devenir basse et râlante, quand l'intensité du mal augmente. On entend dans la gorge une espèce de sifflement qui se môle à tous les sons, et le sujet affecté est obligé, pour se faire entendre, de faire des efforts extrêmement sensibles. Les sons aigus sont ceux qui sont le plus profondément altérés, et souvent même ils sont presque entièrement perdus. Dans la période extrême du croup, la voix subit de très-importantes modifications : de sourde et d'enrouée qu'elle était avant que le larynx se fût recouvert de pseudo-membranes elle devient basse, étouffée, pénible et mourante. L'aphonie a été également notée dans les accès de faux croup ou angine striduleuse; mais ici il y a erreur : la voix de l'enfant est enrouée, déchirée, mais elle conserve presque toujours un certain degré de force. On constate encore l'aphonie chez des sujets affectés de delirium tremens, chez les aliénés atteints de paralysie générale progressive au dernier degré, chez les maniaques, après un violent accès de fureur dans lequel le larynx a subi d'excessives fatigues, à la suite d'un empoisonnement par la jusquiame, ou consécutivement à une forte commotion du cerveau. Ce dernier fait n'avait point échappé au merveilleux coup d'œil d'observation du médecin de Cos, ainsi que le prouve l'aphorisme suivant : . Dans la commotion du cerveau par une cause quelconque, nécessairement on perd la parole (1). » Portai (2) et Tanquerel des Planches (3) ont vu survenir l'aphonie sous l'influence de l'intoxication saturnine; on doit évidemment, dans ce cas, rapporter la maladie à la paralysie des muscles intrinsèques du larynx. Sans insister sur tout, ce qui a été dit par les auteurs, et entre autres par Fréd. Hoffmann, sur l'aphonie causée par la suppression, l'approche ,des menstrues et les couches, par la présence de vers dans le canal intestinal, par les maladies des organes génitaux, il faut surtout mentionner, comme produisant l'extinction de la voix, d'abord les plaies trachéales ou laryngées, et il est facile de comprendre comment l'air ne passant plus par la glotte en suffisante quantité, s'oppose à la vibration'des cordes vocales, puis la présence d'une tumeur dans le voisinage du nerf récur rent. Au reste, dans tous les cas d'aphonie, les nerfs récurrents sont influencés dune certaine manière; l'anatomie et la physiologie enseignent qu'ils doivenf être malades, mais leur lésion, s'il y en a une, est tout à fait insaisissable On ne peut conjecturer qu'une chose, c'est qu'il se passe dans l'aphonie, pour les nerfs récurrents, un phénomène analogue à celui qui a lieu dans le nerf facial chez les sujets affectés de paralysie de la face.

, Lorsque l'aphonie persiste et passe à l'état chronique, elle lient le plus sou vent à une ou plusieurs ulcérations syphilitiques, morveuses ou tuberculeuses des cordes vocales. Toutes les fois qu'eu dehors de la diathèse farcineuse ousyphiliii que on rencontre une aphonie datant de quelques mois ou de plusieurssemaines U laut cramdre l'invasion d'une tuberculisation pulmonaire prochaine.

l. IV, ^595?'' '"' édit. Littré. Paris, 1844,

(2) Portai, Cours (l'anatomie médicale. Paris, 1804, vol. IV, p. 361

(3) Tanquerel des Planches, Traité des maladies de plomb, t. il.

SÉMÉIOLOGIE.

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