CHAPITRE PREMIER
BAIES LARYNGÉS.
L'auscultation, qui a tant favorisé les progrès du diagnostic des maladies de poitrine, n'a pas encore beaucoup servi îi la diagnose des maladies du larynx et il n'y a que l'application du miroir laryngien qui soit utile. Laennec n'a rien tiré des applications du stéthoscope sur le conduit laryngo-trachéal, et ce qu'il n'a pu découvrir n'a que bien peu de chances d'être trouvé par un autre.
La science doit savoir gré. toutefois, à un médecin irlandais, Stokes, d'avoir le premier cité quelques faits sur les bruits entendus dans le larynx; mais c'est principalement aux recherches de M. Barth (l) que l'on doit les connaissances actuelles un peu plus étendues sur la valeur séméiologique des râles laryngés. Malheureusement la signification pathologique de ces râles est incertaine; ils ne constituent point de signes pathognomoniques, et la stélhoscopie du larynx, dans une affection de cet organe, ne doit occuper parmi les éléments du diagnostic qu'une place très-secondaire.
Dans quelques maladies du tube laryngo-trachéal, et notamment dans la laryngite aiguë ou chronique, alors que la membrane muqueuse a subi un certain degré d'épaississement, le bruit respiratoire laryngé est râpeux. Lorsque le corps thyroïde s'hypertrophie, lorsqu'il se développe, soit un kysle, soit une tumeur dans son voisinage, le bruit respiratoire laryngé devient très-rude; et cela se conçoit, puisque l'organe est exposé h la compression de ses parois et au rétrécissement de son calibre. Dans certains cas d'ulcérations laryngées, dans l'angine pscudo- membraneuse, et môme dans la laryngite siriduleuse, on perçoit avec le stéthoscope le ronflement laryngé, que M. Barlh attribue « aux vibrations de l'air dans un tube dont la surface interne est tapissée par des mucosités visqueuses ou dont le diamètre est rétréci ». Ce ronflement révèle un obstacle au libre passage du fluide élastique, et il a quelquefois, surtout dans le croup, un véritable timbre métallique. Il semble alors que l'air résonne dans le larynx comme dans tin tuyau d'airain.
Lorsqu'il s'accumule des liquides, des mucosités ou des matières purulenics à la partie supérieure des voies de l'air, qu'elles sont arrêtées au niveau de la glotte et que les malades n'ont plus la force de les rejeter au dehors par des efforts de toux, on entend k distance un rAle humide à grosses bulles ; c est e râle caverneux laryngé, connu encore sous les noms de rdle trachéal et de raie
(1) Barth, Archives générales de médecine, juillet 1838 et juin 1839.
des mourants. Cette dernière et vulgaire appellation s'explique par la fréquence avec laquelle s'observe le raie caverneux laryngé dans les heures qui précèdent la mort et par la haute et imminente gravité dont il est généralement l'nidice.
Dans quelques cas rares d'hémoptysie, M. Piorry (1) a remarqué que l'auscultation décelait l'existence d'un râle humide dans le larynx, sans rhonchus. dans la poitrine ni dans la partie inférieure de la trachée, phénomène qui permet de reconnaître que l'Jiémorrhagie a son origine dans le larynx lui-même.
Le même auteur pense qu'il est possible qu'un râle humide puisse également se développer dans le larynx, consécutivement à la rupture d'un anévrjsme de l'aorte dans les voies aériennes (2).
Enfin, la présence de corps étrangers dans le larynx ou la trachée-artère et la produLtion de fausses membranes peuvent déterminer localement une irritation qui provoque une sécrétion anomale de mucosités, et faire naître consécutivement le râle caverneux laryngé, accompagné cette fois d'un tremblotement tout particulier, annonçant qu'il y de petits corps flottants dans le tube aérien, ou qu'un voile mobile membraneux est agité par l'air.