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CHAPITRE II

SIFFLEMENT LARYNGÉ.

Lorsque l'air enfermé dans les poumons éprouve une grande difficulté à francliir la partie supérieure des voies respiratoires, il se fait quelquefois dans les deux temps de la respiration, mais surtout dans l'inspiraiion, un sifflement laryngo-trachéal très-bruyant, dont le timbre musical, parfaitement rcconnaissable, ne saurait induire en erreur. On le remarque surtout dans l'aslhme où il est continu; — dans le spasme de la glotte, ou phréno-glottisme où on l'observe à la fin de la crise sous forme de petit hoquet aigu; — dans le faux croup accompagnant chaque inspiration; — dans la coqueluche pendant les quintes sous forme de reprise sonore; — dans l'angine œdémateuse et dans les accidents dus, soit à l'introduction de corps étrangers dans les voies de l'air, soit à la compression de la trachée-artère par une tumeur ou un anévrysme aortique.

Ce serait faire usage d'un moyen d'investigation tout à fait insuflisaut que d'appliquer le stéthoscope sur le larynx sans inspecter les organes pulmonaires, car il est très-important de savoir, dans l'angine couenneuse et même dans la laryngite simple, si la muqueuse bronchique et le parenchyme du poumon participent au désordre phlegmasique. — Mn somme, et sans discuter ici la valeur séméiologique des bruits révélés par la sléthoscopie du larynx, car il ne règne encore sur eux dans l'état actuel de la science que des opinions vagues et contradictoires, il est possible d'établir que les bruits respiratoires laryngés. Couverts de râles humides perçus à distance, indiquent une obstruction du tube

(1) Piorry, Traité de diagnnsUc et de sémciologie. Paris, 18/10, t. I, p. d&U.

(2) Piorry, Loc. cil., p. Ii28.

1412 SÉMÉrOLOGIE.

aérien par des mucosilés purulentes ou par du sang, et que plus les râles sont nombreux, plus le pronostic est grave. Le bruit râpeux indique une affection de médiocre intensité, tandis que le ronflement laryngé, ainsi que le sifflement avec timbre musical, annonce une exsudation muqueuse abondante.

SECTION IV

Le rire n'a que des rapports éloignés avec l'état pathologique ; il est le plus i souvent l'indice de la santé et d'une agréable disposition de l'esprit. Le rire » consiste en une série de petites expirations saccadées, plus ou moins bruyantes, . qui sont dues à des contractions du diaphragme ; les muscles qui meuvent la i face, et en particulier ceux des lèvres, participent à cet état et provoquent i l'épanouissement de tous les traits de la physionomie. Il est des circonstances où ce phénomène, en apparence si normal, et que l'on est habitué à ne considérer que comme l'expression de la joie, s'élève à la hauteur d'un signe dia- gnostique : c'est, par exemple, lorsque le rire n'est pas motivé par les actes de ? la vie de relation, par les circonstances du milieu où l'on se trouve, par les conversations, et lorsqu'il se produit sans la participation de la volonté. Les aliénés, les individus qui délirent passagèrement, les idiots, en fournissent à t chaque instant des exemples. Les femmes sujettes aux attaques d'hystérie sont t également prises quelquefois d'un rire analogue ; elles l'entremêlent volontiers 5 avec des pleurs et des sanglots, et elles n'ont dans le moment aucune conscience î de ces manifestations insolites. Ce trouble spécial et instantané du système • nerveux présage souvent l'invasion ou la fin d'un accès convulsif ; mais nous t avons vu des cas où il se produisait tout à fait en dehors de ces circonstances si morbides.

Il est une variété du rire qui a reçu le nom de rire sardonigue, parce qu'on i l'observe, assure-t-on, chez ceux qui font usage d'une renoncule qui croît en i Sardaigne {herba Sardonia). Elle est due à l'entraînement en sens contraire des deux commissures labiales, avec spasme convulsif dans les lèvres et joues. On a cru voir dans le rire sardonique un symptôme fréquent de l'in- - i flammation du diaphragme et des maladies ataxiques, mais c'est une ancienne f'i assertion que rien ne confirme plus aujourd'hui.

SECTION V

Le bâillement est une insi^iration prolongée involontaire accompagnée d'un écariement convulsif irrésistible des deux mâchoires, et suivie d'une longue < expiration. C'est un phénomène réflexe dont la cause est peu connue et qm a pour effet d'introduire une plus grande quantité d'air dans les vœes respira-

toires, toutes les fois qu'une cause comme le besoin de sommeil, la faim ou l'ennui, tend à la diminuer. Il est souvent accompagné de pandiculations, c'està-dire de mouvements automatiques des bras en haut, avec renversement de la tête et du tronc en arrière et extension des membres abdominaux. Les bâille- 3 ments et les pandiculations s'observent souvent comme phénomènes précurseurs i d'un accès de fièvre intermittente, et notammeRt dans l'hystérie, dans le somnambulisme et la catalepsie, etc. C'est un symptôme vague dont la signification n'a rien de spécial.

SECTION VI

L'éternument est une contraction subite et convulsive des muscles expiraieurs, par laquelle l'air, brusquement rejeté au dehors, va se précipiter, en occasionnant un grand bruit, dans les anfractuosités des fosses nasales, et y chasse les produits muqueux et les corps étrangers qui s'y trouvent.

L'éternument est un symptôme caractéristique du coryza, car c'est habituellement par des picotements incommodes et par une espèce de chatouillement entraînant des éternuments d'abord rares, puis de plus fréquents', que débute l'inflammation de la muqueuse nasale. Néanmoins, lorsque l'éternument est isolé et qu'il a lieu, comme chez certaines personnes, sans cause appréciable, il n'a aucune importance diagnostique.

Dans l'enfance, il accompagne toujours la première période de la rougeole, et il y a en même temps fièvre, larmoiement et catarrhe bronchique. Ce fait, bien connu et dont j'ai souvent parlé (1), a été signalé en ces termes par Sydenham : « Les malades éternuent, et leur nez distille une liqueur séreuse. » L'éternument, au début de la rougeole, est un bon signe, et il peut, au besoin, aider le médecin à dilîérencier cette affection des autres fièvres éruptives ou typhoïdes, qui pourraient le tenir dans le doute, i V

SECTION VII

La dyspnée (de -îù,-, difficilement, -K-iw, respirer) est un trouble des fonctions respiratoires, caractérisé par la difficulté de respirer. C'est le symptôme • d'un grand nombre de maladies nerveuses, cardiaques et pulmonaires.

On le reconnaît facilement aux mouvements anomaux du thorax : ils peuvent être accélérés, ralentis et même naturels, mais toujours d'un accomplissement ■difficile. Un sentiment de plénitude et d'étouiïement vient s'ajouter à ces eiïorts laborieux de l'inspiration. Dans certaines circonstances, et sans que la santé soit

(1) Bouchut, Trailé pratique des maladies des nouveau-nés et des enfants à la ma- ««Mlto, art. Rougeole, p. 892.

sÉM Biologie.

en rien altérée, h la suite d'une longue marche, par exemple, ou bien après unei course rapiclc,'un violent exercice musculaire, la lecture à haute voix, le cliaat,( l'ascension d'un escalier élevé, ou seulement une émotion morale vive, on oh»t serve de la dyspnée; mais ici la durée du phénomène est éphémère, et la respiration reprend bientôt, après quelques instants de repos, son rhylhme facile et régulier Chez quelques personnes cependant, il n'est pas rare de rencontrer une disposition toute spéciale à l'anhélation, sous l'inlluence de la cause la plu. légère • elle est fréquemment l'avant-coureur de l'asthme, de l'emphysème pulmonaire, de la tuberculisation du poumon et de la plupart des maladies chroniques de la poitrine ou d'une alîection organique du cœur. Les chloroiiques. les anémiques, les convalescents d'une longue et grave maladie, les sujets naturellement faibles et débiles, ont aussi très-fréqnemment de la dyspnée; c'est même inhérent à leur situation. La respiration chez eux est laborieuse : .1 semble que chaque inspiration nécessite un effort considérable des nmscles élévateurs des côtes ; les inspirations s'accélèrent, sont courtes et comme u;achevees. Ces malades s'expriment généralement sans éprouver une gene bien marquée dans la parole, ils ne paraissent même pas souffrir du trouble de leur respiration ; mais, aussitôt qu'ils prennent la position horizontale ou qu ils dépensent un peu de forces dans quelque exercice que ce soit, ils éprouvent « sentiment de plénitude ihoracique que nous avons déjà signale et leur respiration s'accélère. Ce n'est là, du reste, que le premier degré de la dyspnée.

En admettant avec Haller que l'enfant nouveau-né fasse trente- deux msp.r • tions par minute, tandis que dix-huit ou vingt suffisent à un adulte bien tant on est frappé de l'augmentation excessive que subissent ces chifl.es dan. ' tat t 0 giqr e. Ainsi Yalleix a compté jusqu'à soixante-quatre inspn-at.on.

z des nouveau-nés atteints de pneumonie (0; M- le P-^--;./" ^ les parois thoraciques s'élever soixante-quinze et quatre-vingts fo.s pai mm d ries an^ctions purement nerveuses, et il a même com,H^ cen cp.u

mouvements respiratoires chez une jeune ^^^^^^^^'^^^^^. ^ hystériques (2). La fréquence de la respn-al.on atteint la.emeni des o

^iseniblables; elle est eu général très-var^ble et

ment en rapport avec le caractère de la malad.e, et prmc.palement avec l nnpo tnnr(. nhvsiolo-nfiue de l'organe affecté et la nature de sa lésion.

^oLrve da.^ les maladies du poumon, telles que ^ c.a.^.e s^ focant eVdans certaines pneumonies; dans les malad.es " ; , ' ment dans le croup et dans l'œdè.ne de la glotte; de la ploMe. '«"'H" >^ :^llent co..siLble ou s'il existe des tumeu.. du n^d^^^

l rétiécissenuml ou d'i,is„ffisa..ce au.-icuIo-yentr,cnla..-e da l m l péritoi..e, lo.sque le ballonnement ^'^^^'^^'Y'^'''^^ iiaut ; dans les névroses hystériques et co.ivuls.ves ; da. s l " J ^ ' certaines maladies cérébrales, intéressant les or.gmes du p.ieu..iogasl.ique.

(1) V:.lleix, Clinique des enfants nouveau-nés, p. 105.

(2) Andral, Cliniquo médicale, 3-= édition, t. IH, P- 510.

Dans la pneumonie aiguë la gène de la respiration ordinairement modérée peut être excessive, et les malades éprouvent quelquefois un sentiment de suflocation; mais ce phénomène n'a guère lien que lorsque la pneumonie s'est développée très-rapidement et qu'elle a envahi les deux poumons ; c'est le fait de la I bronchite capillaire, si bien désignée par Laennoc sous le nom de catarrhe suf- I focant, de la pneumonie lobulaire, confluente des enfants, caractérisée par la respiration expiratrice (1), etc. On voit des sujets qui ont une dyspnée extrême, chez lesquels on compte de quarante à soixante inspirations par I minute, et qui, menacés d'asphyxie, restent assis sans pouvoir à peine s'exprimer. Chez d'autres, au contraire, la gêne est également très-grande, mais elle existe avec un nombre peu élevé d'inspirations.

Si, dans la pneumonie, le trouble de la respiration est modéré, il n'en est pas de même dans la pleurésie ; là les inspirations sont courtes, entrecoupées, comme avortées. Dans les premiers temps, celte gêne de la respiration est principalement due à la douleur; mais, un peu plus tard, la compression du pouj mon, l'impossibilité de son expansion, précipitent les mouvements et les rendent incomplets. Lorsque la pleurésie est passée à l'état chronique, la respiration est courte, accélérée; mais souvent il n'y a pas de dyspnée proprement dite.

La dyspnée, peu marquée dans le premier degré de la phthisie pulmonaire, fait de rapides progrès à mesure qu'on s'avance vers la deuxième période. Elle devient plus continue et augmente beaucoup lorsque les malades veulent courir ou faire une ascension rapide. Le soir, et surtout lorsqu'il survient un mouvement fébrile, on voit chez un grand nombre d'entre eux l'essoufflement augmenter par des causes légères. Elle est continue dans les maladies du ventre qui refoulent le diaphragme dans la poitrine et empêchent l'air de pénétrer dans les poumons. Il n'y a là qu'une différence de degré, et chez les individus affectés , de tympanite considérable, dans les ascites volumineuses ou dans les hydropisies enkystées de l'ovaire, il y a toujours une dyspnée plus ou moins pénible.

Dans l'opinion de Cullen, de Pinel et de Corvi.sarl, l'asthme ne serait qu'une dyspnée revenant par attaques et dans l'intervalle desquelles la respiration est •plus ou moins libre. C'est une erreur: l'asthme est quelquefois une maladie nerveuse due au spasme des bronches et du poumon, dont la dyspnée constitue le principal symptôme; et, en eiïet, pendant leurs accès, les asthmatiques ont une respiration difficile, fréquente, qui provoque la contraction très-énergique dos muscles respirateurs. — Dans l'emphysème vésiculaire du poumon, dans catarrhe suflocanl, dans l'angine de poitrine, dans l'hydrolhorax et dans l'iiydropéricarde, l'air manque quelquefois aux malades : ils se mettent sur leur "^'■iint ou sortent de leur lit, et font des efforts considérables pour faire entrer ''"18 la poitrine ia plus grande masse d'air qu'il est pos.sible d'y introduire. '-f>isque chez eux la dyspnée est poussée à ce degré, ils se cramponnent à un '«rps solide, afin de donner un point d'appui aux muscles inspirateurs, dont

(1) Boucliut, Traité des maladies des nouveau-nés et des enfants à la mamollg article

SÉMÉIOLOGIE.

les contractions deviennent très-violentes. Leurs yeux sont liagards, la face exprime la frayeur, la peau devient presque insensible ou même tout à fai insensible (1), et souvent il y a sur les lèvres une teinte bleuâtre de cyanose, qui annonce l'asphyxie imminente. C/est h cet étal que les anciens donnaien le nom d'orthojmée (de ôpGoç, droit, et miT-j, respirer); ce qui signifie rim-»j possibilité pour les malades de respirer autrement que dans la situation de-^ iDOut ou assise. Dans quelques angines, mais surtout dans l'angine œdémateusr ou œdème de la glotte, dans les polypes du larynx, dans les corps étrangers df ' cet organe, dans le croup, l'oppression fait en quelques instants des progr( s immenses ; des paroxysmes de suffocation se manifestent et tendent sans cesse à se rapprocher et à devenir plus violents. Lorsque l'enfant est pris de ces acode suffocation, il se remue et s'agite convulsivement, s'accroche aux draps d( son lit, à la robe de sa mère, déchire les papiers de tenture, et retombe brisi au bout d'un instant. Un peu plus tard, alors qu'il a puisé dans un calme fori peu réparateur une suffisante quantité de force, il reprend sa lutte, semble mettre en garde contre la mort, mais il lâche bientôt prise, et, passant par m état d'anesthésie plus ou moins prononcé, il meurt asphyxié si Von ne s'oppost aux progrès du mal.

Dans les diverses maladies dont il vient d'être question, il ne faut pas croirt que la dyspnée soit toujours un phénomène continu ; cela peut être, mais souvent aussi, bien que des lésions du larynx, des poumons ou du cœur persistent, on ne l'observe, au contraire, le plus généralement que par intervalle, tantùi après le repas ou à l'heure du coucher du soleil, tantôt après le pluslégf i exercice corporel ou l'émotion morale en apparence la plus insignifiante. Il même impossible de rien préciser sur l'époque de l'apparition de la dyspnée d. ces maladies. En eff'et, tantôt elle précède de beaucoup tous les autres sym ptômes, tantôt on ne la voit survenir qu'à une période très-avancée de la ma ladie ; parfois, enfin, ses retours sont périodiques, et la dyspnée se montix alors avec les caractères les mieux tranchés de l'intermittence.

Ici se présente naturellement la question de savoir si une altération du san? indépendante de toute autre altération des solides, peut produire la dyspnév Or, en présence de la gêne très-grande de la respiration dans l'anémie, dan; la chlorose, dans Vurèmie, dans les hémorrhagies, et en général dans tous I-^' états morbides où le sang a subi certaines modificaùons déterminées, on en droit d'affirmer que la dyspnée peut être produite par des troubles dn apportés dans la composition intime de ce liquide.

Partout l'anémie et ses variétés iniluencent les fonctions du système nei-venx.' ce régulateur de la fréquence du pouls et de la respiration, et pariout aussi.chez les sujets dont le sang est appauvri, la plus légère émotion et le nio.ndrrr exercice occasionnent une dyspnée plus ou moins violente. Au reste, ce qu( l'observation des (naïades a établi se trouve confirmé par les expériences phy^

(1) Couchut, De Vaneslhésie dans la dernière période du croup servant d'indicatton de I Irachéolomie {Comples^rendus de l'Acad. des sciences, 1858).

siologiqiies récentes, qui ont prouvé toute l'activité du rôle que l'élément nerveux joue dans racconiplissement de la respiration. Toutes les maladies ayant une influence sur l'innervation générale déterminent de la dyspnée. C'est ce qui se passe dans l'hystérie, la gastralgie, l'hypochondrie, etc.

les névroses que je viens de citer ne sont pas les seules causes qui agissent sur l'innervation pulmonaire; mais les maladies de l'appareil cérébro-spinal, telles que l'hypérémie, l'hémorrhagie cérébrale, le ramollissement du cerveau (aigu ou sénile), les tubercules, les épanchements en général, la myélite, la méningite, les maladies des nerfs pneumogastriques, du plexus pulmonaire et cardiaque, les névroses du tube aérien, du conduit alimentaire, de l'estomac, du foie et des viscères abdominaux, peuvent encore entraver la fonction respi- *ratoire et produire la dyspnée.

D'après cette énumération, qui est loin d'être complète, on peut voir combien la gêne de la respiration est chose importante à étudier dans les maladies. Ce n'est pas un signe de diagnostic, toujours certain; mais, dans quelques cas. Ici gêne respiratoire permet d'affirmer l'existence d'une maladie de préférence à une autre. Chez les enfants, la respiration pénible, saccadée, commençant par un effort d'expiration gémissante est un signe de pneumonie. — La respiration courte, empêchée, douloureuse, annonce une péritonite aiguë, et la respiration irrégulière, suspirieuse, incomplète, indique une inflammation des méninges. Ce sont là d'excellents signes de diagnostic.

Quelle que soit la forme de la dyspnée, habituelle ou intermittente, il est rare qu'elle existe sans cause matérielle appréciable, et il est presque toujours possible d'en trouver la cause dans une lésion organique quelconque, principalement des bronches, du larynx, des poumons, du cœur et des feuillets séreux qui recouvrent ces organes. C'est par exception qu'en l'absence de toute maladie organique des voies respiratoires ou du sang la dyspnée doit être considérée comme un trouble purement dynamique; et ici je dois écarter les sujets liystériques, hypochondriaques, ou bien les individus en proie à des passions Ucs-vives, étiolés par des habitudes d'onanisme et des excès de toute nature, les gens dont le sommeil est insuffisant ou les femmes portant des vêtements iiop serrés; car, à l'égard de ces cas exceptionnels, il est impossible de poser des règles générales.

La dyspnée est un signe assez souvent défavorable, et l'on peut dire qu'il est de mauvais augure lorsqu'il est caractérisé. Une dyspnée avec symptômes d'asl»l)yxie et l'orthopnée indiquent toujours un danger sérieux.

La dyspnée n'étant point une maladie, mais un symptôme occasionné par des maladies variables du larynx et de l'appareil respiratoire, il en résulte une : impossibilité absolue de la combattre par une médication invariable. Le médecin doit avant tout rechercher la cause du mal.

Si la circulation est précipitée ou gênée, comme dans les nosorganies du ' œur : si le sang est en trop grande abondance, ce qui arrive dans la pléthore "uhcation est d'ouvrir la veine, parce qu'en diminuant ainsi la fréquence et 'niensité des baitemctits du cœur on a la presque certitude de faire cesser la

1118 SÉMÉIOLOGIE.

dyspnée et d'en éloigner le retour. La digitale, le slramoniuin, l'éther el l'opium ^ ne doivent être employés que pour diminuer la contraclilité du cœur, ou dans le but de calmer le spasme des bronches et des poumons, ell'ei passager dunilc résultat est au moins le soulagement des malades. Les corps étrangers des voies aériennes réclament leur traitement particulier, et la dyspnée qu'ils occasionneni ne peut cesser (pi'après leur extraction. C'est ainsi que, dans quelques circonstances, la iracliéulomie est une ressource extrême contre la suffocation. Dans aucun cas le médecin ne doit s'inspirer exclusivement du symptôme pour guider sa thérapeutique, surtout quand ce symptôme est, comme la gônede la respiration, un phénomène banal qui s'observe dans une foule de maladies din'érenles. C'est la cause qu'il faut rechercher pour la combattre par des moyens rationnels et utiles, et les remèdes dynamiques ne doivent être mis en usage que dans les cas où les lésions organiques sont associées à des phénomènes de dyspnée nerveuse bien caractérisés.

SECTION YUI

La toux est une secousse bruyante d'expiration, avec convulsion rapide el passagère du diaphragme et des autres muscles expiraleurs. C'est uu phénomène réflexe souvent involontaire et instinctif, directement placé sous la dépendance des maladies de l'appareil vocal et respiratoire dont il est le symptôme. Il 1 résulte du besoin d'expulser des matières solides ou liquides contenues dans le larynx. Ailleurs il est sijmpathique d'un élat de souffrance distinct des organes respiratoires, et il est déterminé par un trouble général du système ncrvGux.

î.a toux est précédée d'une sensation désagréable, ayant pour siège l'ouverture supérieure du larynx, et pour effet irrésistible l'occlusion momentanée de la glotte, aussitôt suivie de l'énergique contraction des muscles abdominaux destinés k refouler le diaphragme et à chasser rapidement l'air renfermé dans les poumons. On ne peut s'empêcher de tousser quand le besom s'en est faii sentir ; c'est en vain qu'on y résiste, et l'on éprouve dans celte lutte une seiisation i)articulière qui permet d'apprécier le choc de la colonne d a.r pousse de bas en haut contre les parois contractées de la partie supérieure du larvnx.

Bien que la toux ait généralen.ent pour objet l'expulsion de uu,cos.lés on de pus et de substances étrangères situées à la surface de la muqueuse g oti que ou laryngée et dans l'iutérieur des canaux brotichiqucs, elle esi quelqu o-s sèche, spasmodique, conv.dsive, provoquée par les sympath.es du larynx ave d'autres organes malades, ou par un trouble spécial du sysième ,veu . t sont des faits rares et que l'on observe au moment de la s<'conc e d 1 1 on, dans «luelques dyspepsies, dans les maladies vermineuscs, et surtout dnn ) térie. Les noms de toux idiopntinqu,, do toux es.cnticUc nervcmcm sym^ thiquc, indiquent la nature du phénomène et le distinguent de la

SIGNES FOURNIS PAK LA TOUX. iH9

ordinaire directement produite par l'excitation de la muqueuses des voies respiratoires.

La toux offre des caractères différents suivant sa nature et son origine. Ainsi la toux nerveuse ne ressemble pas à la toux symptomalique d'une maladie des : bronches, et la toux du larynx n'est pas celle des maladies de la trachée ou des bronches. Il y a aussi des nuances dans le caractère de la toux au début et au déclin des maladies de poitrine. Un observateur habile doit aisément recounaîti e ces variétés dilférentes de la toux s'il a pris soin de les étudier.

Envisagée d'après sa nature, la toux est nerveuse, idiopatlùque, essentielle ou sympathique, ou bien elle est symptomalique : relativement à sou siège, elle est gutturale, laryngée, croupale, bronchique ou pectorale ; selon son caractère, elle est tiumide ou sèche, rare ou fréquente, quinteuse, etc.

La toux sèche est ordinairement petite et n'amène aucune expectoration ; tantôt rare et tantôt fréquente, elle peut se reproduire d'une manière incessante, opiniâtre, et alors elle prend le nom de toux férine. On l'observe quelquefois au début de la rougeole. La toux sèche accompagne les laryngites peu I intenses, la pleurésie et le début de la phthisie pulmonaire. C'est aussi le caractère de la plupart des toux nerveuses et sympathiques, mais il n'y a pas à en douter lors qu'elle est sèche, bruyante, rauque, comme un aboiement.

La toux humide, grasse, est causée par la présence d'une plus ou moins grande quantité de mucus bronchique, de sang ou d'autres matières liquides incluses dans le lai-ynx et dans les bronches. C'est la toux de l'hémoptysie, dos vomiques, de tous les catarrhes pulmonaires chroniques et de toutes les maladies aiguës du larynx et des poumons à leur période de coction ou de déclin.

La toux rare et la toux fréquente se distinguent aisément et s'observent indistinctement chez les sujets atteints de toux nerveuse et de toux symptomatique d'une maladie de l'appareil respiratoire. La toux quinteuse, au contraire, est toujours symptomatique ; elle est caractérisée par la réunion de plusieui-s secousses successives de toux suivies d'un moment de repos. Plusieurs quintes • très-rapprochées forment ce qu'on appelle un accès de toux. La toux quinteuse 1 accompagne souvent le catarrhe aigu et chroni([ue des bronches, l'asthme causé par l'emphysème pulmonaire, la coqueluche, etc. Dans cette dernière maladie, les quintes de toux ont un caractère tout particulier, elles se composent de pluisieurs séries de secousses successives d'expiration séparées par une inspiration bruyante, sonore, très-aiguë, et il y a souvent au frein de la langue une ulcération qui indique bien la nalurc de la maladie (1). La toux laryngée, ordinairement sèche, se fait sans de grands elTorts muscu- ^laircs, et les malades en placent eux-mêmes le siège dans la contraction spasmodique des muscles du larynx plutôt que dans le diaphragme et les muscles Idu ventre, qui n'y prennent qu'une faible part. Ordinairement petite, elle est iquciquefois très-grosse, creuse et enrouée, rauque, éclatante et fort désagréable

(1)E. Bouchut, Traiié des maladies des enfanli. Paris, 1867. 5«édil.,art. CoQUEtuciiE.

1120 SÉMÈlOLOGIli.

à entendre. C'est la toux croupale. Elle ressemble à un chant de coq, aux . aboiements d'un chien, au gloussement d'une poule, etc. On l'observe ainsi i dans les laryngites aiguës simples et dans le croup,

La toux trackéale et bronchique est sèche au début des maladies de poitrine, , grasse et humide à leur période de déclin. Les malades peuvent en apprécier le • siège d'après l'impression désagréable qu'ils éprouvent assez souvent derrière ' le sternum ou entre les deux épaules.

La toux est symplomatique lorsqu'elle résulte d'une maladie aiguë ou chro- • nique, directe, ou indirecte du larynx, des poumons et des autres parties de ' l'appareil respiratoire. On l'observe, avec ses différents timbres et avec ses dif-férents caractères de sécheresse, de volume ou d'humidité, dans les maladies» aiguës et chroniques du larynx, dans l'inflammation de la trachée et des bronches, dans la pneumonie, dans la phthisie, dans la gangrène pulmonaire, dansl'apo-plexie 4u poumon , dans la pleurésie , dans l'hydropneumoihorax, dans les • maladies du poumon déterminées par la propagation à cet organe d'une ma-ladie voisine, etc. Alors la toux est toujours accompagnée d'une expectoration ~ plus ou moins abondante de matières spéciales importantes à étudier, telles que du mucus, de la sérosité, du muco-pus, du sang, des fausses membranes, des« cartilages, des calculs, des hydatides, etc. C'est là son but principal, et en effet, . dans les maladies de l'appareil respiratoire, la sensation qui précède le besoin i de tousser et l'acte lui-même résultent de l'excitation communiquée au système; nerveux par les matières solides ou liquides déposées à la surface de la mu-queuse des voies aériennes. La nature de ces matières indique presque toujours; celle de la maladie qui les produit.

La toux, principal symptôme des maladies de poitrine, manque très-rarement, . et elle ne fait guère défaut que chez les vieillards, lorsque la sensibUité de lai muqueuse bronchique, à peu près éteinte, ne peut plus être éveillée par les s mucosités sécrétées à la surface de cette membrane.

La toux nerveuse, idiopathique ou sympathique, est ordinairement sèche, petite, rare, et quelquefois rauque comme un aboiement; elle devient fréquente à la suite de l'exercice ou des émotions morales éprouvées par les> malades. C'est alors une toux continuelle et fatigante, qui s'accompagne de f| courbatures dans le diaphragme et dans les muscles expirateurs, et dont le diagnostic est souvent très-difficile. Elle s'observe quelquefois, comme phénomène symplomatique, dans les maladies de l'estomac, dans quelques maladies du foie, de l'utérus, dans l'hystérie, l'aménorrhée, au moment de la seconde denti- tion, etc., et on la désigne sous le nom de toux gastrique, utérine, hépatique, . hystérique, nerveuse, etc. — Dehaen a ra|)porté l'observation d'une fcninio affecté d'un corps fibreux de l'utérus et qui toussa continuellement jusqu'au jour de l'expulsion spontanée de ce corps fibreux. — Une toux nerveuse, . produite par un abaissement de l'utérus, cessa par l'application d'un pcssairet qui remit la matrice à sa place ordinaire. - L'expulsion de vers intestinaux ^ lombrics ou taiiiias fait disparaître la toux sympathique que ces helminthes produisent quclcpiefois. — Il en est de même du retour des règles, lorsque

. SIGNES FOURNIS PAB L'EXPECTOHATION ET LES MATIÈRES EXPECTORÉES. 1121

la toux résulte de leur suppression. — Enfui j'ai vu, chez une petite fille de onze ans dont le travail de seconde dentition n'était pas achevé, une toux nerveuse, qu'on avait prise pour le symptôme d'une phthisie commençante, disparaître au bout de six mois, immédiatement après l'apparition des dents permanentes qui restaient encore à sortir.

La toux symptomatique ne cède qu'avec la maladie qui en est le point de départ, tandis que, au contraire, la toux nerveuse et sympathique peut être atténuée par l^usage des saignées, dans le cas de pléthore ou de rétention mensuelle, et par l'opium et les antispasmodiques dans les cas ordinaires. L'opium et la morphine, par la méthode endermique, la belladone, le camphre à haute dose, l'élher, le chloroforme, l'oxyde de zinc, etc., sont les meilleurs moyens à lui opposer.

SECTION IX

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