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IV. — Traitement général des maladies virulentes

Ce que j'ait dit sur ces différents modes et les différentes causes de la contagion des virus me permet d'indiquer d'une manière très-générale les principes qui doivent guider le médecin dans le traitement des maladies virulentes; mais je serai bref à cet égard.

La nature occulte des maladies virulentes nous livre en quelque sorte à leur discrétion, et, tant que le hasard ou l'inspiration du génie n'aura point découvert le spécifique particulier de ces affections, nous serons obligés d'avouer notre impuissance à les vaincre. A une maladie spécifique il faut un remède spé-

cifique. C'est là l'idée féconde du traitement des maladies virulentes. En dehors de ce principe, il n'y a pour ainsi dire rien d'assuré, et nous ne pouvons combattre les virus que d'une manière locale et par une sorte de destruction sur place. Un peu plus tard, lorsqu'ils sont absorbés et que leurs effets se révèlent à nous, il ne nous reste plus à leur opposer que des moyens palliatifs propres tout au plus à combattre les divers états organiques qui peuvent se montrer.

C'est dans le but de prévenir le développement des maladies virulentes qu'on a conseillé, pour un certain nombre d'entre elles, l'usage de remèdes doués, dit-on, d'une heureuse action spécifique. Ainsi le camphre et le soufre ont été administrés dans le but de prévenir la rougeole, et la belladone a été recommandée comme le meilleur moyen prophylactique de la scarlatine. Mais le spécifique dont il faut parler, celui que les nombreuses observations faites sur l'homme et sur les animaux mettent hors ligne pour quelques maladies virulentes, c'est l'infection préalable de l'organisme par l'inoculation de leurs différents virus plus ou moins atténués.

Celles de ces maladies qui ne paraissent qu'une fois dans le cours de l'existence sont les seules qui puissent être traitées de cette manière. II est préférable en effet, au moyen de l'inoculation d'un virus que des générations successives ont affaibli, de déterminer chez des individus bien préparés une maladie ordinairement bénigne, que de laisser les sujets aptes à contracter plus tard la même affection dans des circonstances moins avantageuses, lorsqu'elle règne surtout d'une manière épidémique. L'inoculation de la variole, telle qu'on la pratiquait autrefois, justifie pleinement les idées que je viens d'émettre, et les nombreuses expériences que chaque jour on pratique sur les moutons pour les préserver de la clavelée, et sur les vaches pour les garantir de la péripneumonie contagieuse, viendraient, au besoin, nous prêter leur appui pour les défendre.

Ce n'est pas que je propose d'employer chez l'homme l'inoculation comme moyen préservatif de toutes les maladies virulentes, car de telles choses ne peu- I vent être conseillées qu'après mûre réflexion; mais c'est un principe que j'indique qu'il serait peu sage de méconnaître, et qui d'ailleurs se recommande à nous par les expériences de la médecine comparée.

A côté de ce principe il en est un autre que je n'ai fait qu'indiquer précé- 1 demment, parce qu'il devait trouver ici son application. Il nous a déjà donné un résultat dont nous n'avons certes pas à nous plaindre : ce principe, c'est la neutralisation des virus les uns par les autres. Ce fait de neutralisation n'a encore été démontré que pour une seule matière virulente. Ainsi le virus variolique est, sinon détruit par le cow-pox, du moins profondément modifié, et la vaccine a désormais remplacé, comme moyen prophylactique, l'inoculation de la variole, qu'on employait seule autrefois.

La neutralisation des virus trouvera-t-elle de nouvelles applications' Je l'ignore ; mais, si les tentatives faites pour neutraliser les virus rabique et morveux par la vaccine et le venin de la vipère ont été infructueuses (1), elles ne

(1) Sestier, Des cames spécifiques des rtialadies, thèse d'agrégation. Paris, 1838.

l'ont pas élé dans les mains de M. Villeins, qui a réussi à maîtriser la pneumonie contagieuse du gros bétail en inoculant le virus de cette maladie sous la queue, près de sa racine. — Un instant aussi ou avait prétendu neutraliser le principe de la lièvre jaune. M. de Iluniboklt disait avoir réussi à empêcher le développement de cette maladie chez les nouveaux veims en Amérique et chez les indigènes, par l'inoculation d'un mélange putréfié du venin de vipère et du foie de mouton, mais cette assertion ne s'est pas vérifiée.

Il est sans doute très-utile de connaître le moyen de prévenir une maladie; mais il l'est également de savoir la combattre lorsqu'elle est sur le point d'apparaître.

Ici, on trouve un troisième principe, dont l'application est fort avantageuse au point de vue pratique : je veux parler de l'absorption lente de certains virus. Nous savons que les poisons morbides qui pénètrent dans l'organisme par une blessure ou une écorchure légère séjournent quelquefois plus ou moins longtemps dans la plaie avant d'être absorbés. Les observations faites sur le vaccin, sur les chancres primitifs de la syphilis, sur la pustule maligne, sur la rage, etc., ont prouvé le fait d'une manière péremptoire. Ce temps d'arrêt nous permet, dans plusieurs circonstances, d'intervenir à propos, de combattre le virus avec succès en le détruisant sur place. Mais il n'y a pas de temps à perdre, et le seul moyen à employer pour arriver à ce résultat, c'est la cautérisation. Le fer ou les caustiques ordinaires peuvent être indifféremment mis en usage, seuls ou combinés à l'incision, suivant l'opportunité, de manière à faire une cautérisation plus profonde et plus efficace. De cette manière, la plupart des virus inoculables peuvent être détruits en même temps que la partie qui les renferme; mais, je le répète, il faut se hâter : c'est dans les premières heures de l'inoculation qu'il faut agir. Dans quelques cas cependant, pour des virus peu actifs, on peut, sinon attendre, du moins intervenir encore avec espoir de succès, après trois, six ou huit jours, comme dans la syphilis, et même beaucoup plus tard pour la rage. Cette opération devient à peu près inutile lorsque la fièvre primaire" a eu le temps de se déclarer.

Une fois cette fièvre établie, et lorsque les caractères spécifiques se développent, il n'y a aucun moyen efficace à proposer d'une manière générale contre les diverses maladies virulentes. L'une d'elles, toutefois, peut encore être combattue au moment de l'invasion : c'est la variole, et l'on a vu l'inoculation vaccinale, par quarante ou cinquante piqûres, réussir à modifier avantageusement les accidents locaux de cette maladie.

Comme on le voit, le traitement général des maladies virulentes repose sur trois principes importants qu'il ne faut pas oublier : 1° immunité acquise par l'inoculation; 2" neutralisation d'un virus par un autre; 3° absorption lente des virus et leur destruction sur place dans les blessures empoisonnées.

Pour ce qui est relatif au traitement des accidents ultérieurs, à la réaction fébrile et à la fièvre primaire, à l'éruption et aux caractères spécifiques de chaque maladie virulente, nous n'avons pas à nous en occuper. Ce sont des détails qui regardent chaque affection en particulier, et qui ne peuvent trouver

place dans les considérations densend^Ie que je voulais présenter sur les maladies virulentes, envisagées d'une manière générale.

Les maladies pseudo-virnlentes étant des maladies locales, on comprend nu'elles doivent céder plus facilement aux médications topiques qu'aux diverses médications généralesqu'onpourrailleuropposer. C'estici qu'on peut faire la plus avantageuse application de la méthode révulsive locale, et soit qu on 1 applique dansla blennorrhagie ou dans l'ophlbalmie, elle réussit toujours lorsqu elle est emnloyée avec discernement, avec énergie et surtout au début de l'aflection. Les astringents, quels qu'ils soient, lorsqu'ils sont bien maniés, le sulfate de zmc, le sulfate de cuivre, l'azotate d'argent, l'acétate de plomb, arrêtent souvent et presque d'emblée ces différentes maladies. Ils substituent à la phlegmasie spécifique une phlegmasie de meilleure nature qui se guérit avec plus de facilité. L'irritation locale, un instant augmentée, s'amoindrit ensuite, prend un autre caractère et ne tarde pas à disparaître, Sur ce principe reposent les formules qui se trouvent dans tous les livres, et que l'on a proposées tour à tour comme devant être employées dans la blennorrhagie et dans les différentes espèces d'ophthalmies purulentes.

La méthode révulsive est d'un usage généralement moins avantageux que la précédente. Les purgatifs salins et résineux exercent une action moins énergique sur la durée des maladies contagieuses purulentes que les astringents employés d'une manière locale, et ceux môme qui joignent à la vertu purgative une qualité réputée spécifique, comme le copahu, comptent certainement moins de succès que le nitrate d'argent n'en peut avoir.

§ G. — Impressions ncvrosiqncs.

Montaigne a dit : « La vue des angoisses d'aultruy m'angoisse matériellement, et a mon sentiment souvent usurpé le sentiment d'un tiers; un tousseur continuel irrite mon poulmon et mon gosier. » Il exprimait en ces termes un fait bien commun, mille fois constaté et qu'on observe tous les jours. Quelques personnes bâillent, vomissent, rient, éprouvent le besoin d'uriner, en présence de personnes qui urinent, qui rient, qui vomissent ou qui bâillent. Il y a des femmes qui assistent d'autres femmes eu travail d'accouchement, et au moment des douleurs expultrices, elles se trouvent prises de contractions spasmodiques utérines, comme si un travail d'accouchement s'opérait chez elles. Elevées par une femme nerveuse, craintive, vaporeuse, des filles deviennent excitables et vaporeuses à leur tour. Gaie ou triste, agréable ou sévère et menaçante, l'éducation fait aux hommes un Caractère enjoué ou l'humeur irritable, triste et mélancolique. La voix se modifie et change par les relations continuelles avec les gens qui ont la voix douce, traînante, rude ou dénaturée par un accent. Il y a des voix particulières aux familles, comme il y a des voix particulières aux différents peuples et dans les difTérentes localités d'un môme pays. Une foule de maladies nerveuses enfin, convulsives ou autres, se propagent par la vue et la connaissance qu'on a de ces maladies sur autrui. Il y a dans tous ces faits phy-

16* PATHOr.OfxIE nÉNÉUALF..

siologiques et pathologiques un principe général d'étiologie différent du principe des impressions physiques, morales, efduviques, virulentes ou miasmatiques, et qu'il faut isoler. Bien différent du principe des impressions morales, qui modifie les fonctions nerveuses et organiques de façon à produire des effets morbides indéterminés sous l'influence de la même cause, celui dont je parle produit toujours des troubles semblables à ceux de la cause morbifique. Le vomissement chez l'un détermine la nausée chez l'autre, la quinte de coqueluche une quinte de toux de coqueluche, l'attaque hystérique un accès d'hystérie, etc. Il y a ici une spécificité de cause nerveuse dont l'impression reproduit ailleurs la même maladie et la même cause- morbifique, exactement comme cela se passe dans le cas d'impression miasmatique ou virulente.

Ce principe d'étiologie n'est pas celui des impressions morales; il n'est pas davantage celui des impressions virulentes ou des impressions miasmatiques. Qui voudrait attribuer à une impression morale ou k Vimitation l'accès de coqueluche qui se développe sur un enfant lorsqu'un autre enfant tousse en coqueluche à côté de lui ? Qui voudrait davantage considérer comme virulentes et miasmatiques les attaques d'hystérie, la monomanie suicide, l'épidémie extraordinaire observée sur ces soldats qui se coupaient le pouce, la chorée, les convulsions du cimetière Saint-Médard, etc.? Personne assurément. A propos de tous ces faits particuliers, on a dit qu'ils étaient produits par l'imitation. Je comprendrais qu'il en fût ainsi pour des actes volontaires; mais n'a pas de convulsions qui veut, car sans cela il suffirait aussi de ne pas les vouloir fjour se débarrasser de celles qui constituent l'épilepsie, la chorée, la contracture, etc. Or, chacun sait que cela est impossible. L'imitation est une faculté de l'intelligence soumise à l'empire de la volonté, à l'aide de laquelle on reproduit volontairement les actes d'autrui. Quand involontairement on imite une maladie, parce qu'on en a été le témoin, ce n'est pas de l'imitation; sans cela on pourrait dire que celui qui a la scarlatine ou la variole, ou la diphthérite, après avoir visité une personne atteinte de l'une ou de l'autre de ces maladies, fait de l'imitation. C'est une transmission à l'aide d'un principe morbifique. Je n'appelle imitation que la contrefaçon volontaire des actes d'autrui. L'imitation involontaire de ces maladies n'est pas de l'imitaiion, je viens de le prouver. Elle a une autre origine : virulente, miasmatique pour certaines maladies humorales, effe est différente pour les maladies nerveuses et pour les maladies convulsives. Il est évident pour moi qu'il y a dans ces cas un principe morbiCque insaisissable, agent impondérable ou volatil, dont l'action sur une personne bien portante reproduit l'affection nerveuse et convulsive. Quel est ce principe, je l'ignore ; mais son existence est démontrée par les effets qu'il engendre. Ne sachant quel nom lui donner, puisque ce n'est pas de Vimitation, j'ai pensé qu'en raison de sa nature nerveuse et de la rapidité de sa transmission, il convenait de le rapprocher du principe des névroses, et de le considérer comme une émanation névrosique.

En conséquence, je désignerai provisoirement ces causes sous le nom A'impressions névrosiqiies.

DES CAUSES DE MALADIE. — IMPRESSIONS NfîVROSIQUES. 169

Les impressions névrosiques sont produilcs par le principe des actions nerveuses et des névroses sur les personnes en bonne santé. Pour m'en tenir à la pathogénie, je dirai que c'est là un moyen de transmission de certaines difformités^elle's que le .strabisme, le bégayement, le tic musculaire, et d'un grand nombre de névroses et de maladies convulsives. La monomanie homicide, suicide, des mutilations partielles, la chorée, l'extase, l'hystérie dans toutes ses form'es, l'épilepsie, les convulsions, etc. , se propagent ainsi à des personnes bien portantes par le fait du séjour dans le lieu où s'est accompli le phénomène et où l'accident s'est produit.

C'est à cette cause, dit Tissot, qu'il faut attribuer le bâillement involontaire que l'on éprouve en voyant bâiller, et les efforts pour vomir dont on est saisi en voyant quelqu'un qui vomit. ~ Telle était aussi l'origine du délire des filles de Milet et de ces femmes de Lyon qui, prenant tout à coup le dégoût de la vie, se précipitaient dans les eaux de la mer et du Rhône, épidémie qui cessa par suite d'un arrêt ordonnant de faire porter les cadavres nus sur une claie. La crainte de la honte après le suicide, la pudeur offensée par l'infamie que devait subir leur corps, le sentiment douloureux de cet affreux exemple suffit pour les guérir.

Il y a quelques années, dans un régiment de notre armée d'Afrique, l'exemple d'un soldat qui s'était fait sauter le médius d'un coup de fusil devint contagieux, et en quelques mois un grand nombre de soldats se mutilèrent la main de la même manière.

Obseuv. I. — Epidémie de mulilations volontaires. — Au mois de février 1 844, 330 iiommesda 3' bataillon du régimentde la légion étrangère étaient campés à Sidi-bel-Abbès, dans la province d'Oran. On soldat s'était mutilé en se tirant volontairement un coup de fusil dans le poignet ; treize autres se mutilèrent de la même manière dans l'espace de vingt jours. Aucun de ces militaires ne voulut avouer que cette mutilation ne fût volontaire ; tous affirmaient que c'était un pur accident arrivé pendant qu'ils nettoyaient leur arme et tenaient imprudemment la main appliquée sur l'extrémité du canon. 11 ne fut possible, dans aucun cas, de découvrir un motif plausible qui pût expliquer des faits si étranges. Le commandant Manselon, justement effrayé de cette épidémie, et craignant de lui voir prendre plus d'extension, leva le camp, et, pour changer les habitudes de ses soldats et opérer une diversion, il les conduisit au camp d'Aïn-Tiffrit, distant de sept ou huit lieues de Sidi-bel-Abbès, et occupé par le 10"= bataillon des chasseurs de Vmcennes, commandé par M. Boële. Quel ne fut pas l'étonnement du commandant Manselon en apprenant de M. Boëte que huit de se> soldats s'étaient mutilés depuis très-peu de jours en se tirant aussi des coups de fusil dans la main, comme ceux du camp de Sidi-bel-Abbès !

M. le colonel Manselon el le docteur Caumont. qui nous ont transmis ce fait affirment qu il n'y avait entre les deux camps aucune communication, et qu'on n'a pu savoir dans l'un ce qui se passait dans l'autre. Mais en admettant que l'épidémie de Sidi-bel-Abbèsait pu être connue au camp d'Aïn-Tiffrit, elle n'en est pa^ moins Ires-curieuse et digne de figurer parmi les exemples déjà nombreux qui démontrent combien est puissante sur l'esprit l'influence de l'imitation (1).

La folie dans toutes ses formes agit sur celui qui vit avec l'aliéné et le prédis pose à la folie.

(1) Annales médico-psychologiques.

170 PATHOLOr.lE GÉNÉRALE.

OcsEnv. II. — Dclirhm tremens conlafiieux. — Il s'est profiuil à Acy (Aisne), un exemple fort curieux et peut-ôtrn unique de delirhim Iremens, maladie qui ne peut, sous aucun rapport, ôlre considérée comme contagieuse. Un maître maçon, qui a la triste liabitude de s'enivrer, avait été ramené chez lui duns un éiat complet d'abrutissement. Le lendemain, il était en proie à un horrible accès de ddirhim tremens, espèce de folie due à l'abus des liqueurs alcooliques. Un de ses ouvriers, qui, par dévouement, l'avait soigné pendant deux jours, fut tellement frappé de l'état déplorable dans lequel il le voyait, qu'il fut lui-même atteint du mémo genre de folie, riant, chantant, criant, s'af^ntanl, gesticulant de la même façon que son maître. Déplus, un troisième ouvrier, témoin do tontes ces scènes effrayantes, en eut l'imagination tellement ébranlée, qu'il se trouve lui-même aujourd'hui exactement dans la même situation. C'est là un fait extrêmement curieux, car jusqu'ici les annales de la médecine n'ont jamais eu à enregistrer aucun exemple d'une pareille contagion (l).

Observ. III. — Contagion nerveuse. — Suicide contagieux à la prison des jeunes détenus. — En mars, -1861, à la prison des jeunes détenus, sept enfants, jeunes encore, ont, dans Tintervalle de quelques jours, attenté à leur vie. Us se précipitaient dii haut d'un pont qui sert à faire communiquer les cellules avec la chapelle. Deux ou trois sont morts des suites de la chute, les autres ont été quittes pour des contusions plus ou moins nombreuses et des fractures plus ou moins graves. Le garde-fou du pont a été exhaussé à double hauteur d'homme . d'où hupossibilité matérielle de renouveler la tentative. Alors, deux ou trois jeunes enfants ont essayé de se pendre et se sont réellement pendus ; heureusement qu'en raison de la surveillance plus active qui régnait dans la prison, tous ont été secourus à temps. — Depuis lors, la sévérité ordinaire du régime intérieur diminuant, les soins tant physiques que moraux donnés aux jeunes détenus se multipliant, la surveillance redoublant d'activité, cette quasi-épidémie de suicide s'est calmée. (Dumeslhé.)

Que de fois n'a-t-on pas vu la folie du mari succéder à celle de la femme, et réciproquement, lorsque l'un des époux a longtemps donné des soins à l'autre ! Que de médecins, trop sédentaires dans leurs établissements d'aliénés, subissent un notable dérangement d'esprit et meurent fous eux-mêmes ! Les monomanies sont, entre toutes, celles dont l'impression sur autrui est la plus redoutable, et le mystère le plus absolu devrait couvrir aussitôt les méfaits de ce genre ({ui se passent dans nos cités populeuses. La publicité qu'on donne aux actes des assassins, des régicides, des incendiaires, des suicidés, etc. , est la cause la plus puissante de la reproduction des attentats du mêiiie genre. Il devrait y avoir dans la société une sorte de lazaret moral où l'on pourrait enfouir, aussitôt qu'ils se montrent, les désordres moraux et nerveux de l'homme dont la propriété contagieuse est établie. La possession démoniaque, l'extase, sont les maladies d'une époque de foi et de superstition, et rien n'est contagieux comme le spectacle de ces phénomènes, à cause de l'impression névrosique qu'ils produisent sur certaines femmes nerveuses qui sont bientôt prises d'extase ou de possession. L'hystérie se gagne ainsi de proche en proche par l'in^pression que produit une personne sur d'autres placées dans le voisinage. Rien n'est si comnum que de voir dans les grandes réunions, et à la suite les unes des autres, des femmes

(1) Journal de l'Aisne.

perdre connaissance et tomber en convulsions. J'ai vu un mémorable exemple de ce fait.

Observ IV. — En 'I8i8, après la révolution de février, qui jeta tout le peuple dans une profonde misère, des ateliers nationaux d'hommes et de femmes avaient été or<^anisés Un atelier de femmes se trouvait dans le dixième arrondissement, sur l'esphinade des Invalides, dans le manège immense de M. Hope. Quatre cents femmes étaient occupées à coudre dans ce manège d'une surface de près de 5000 mètres carrés, ce qui donnait environ 1 2 mètres par personne. Il n'y avait donc là pas d'encombrement. Voici ce qui eut lieu. Peu de jours après l'ouverture de l'atelier, une femme perdit connaissance et eut quelques convulsions ; une seconde éprouva peu après les mêmes accidents, puis une troisième et d'autres encore; si bien qu'au bout de deux heures il y en eut trente qu'on fut obligé d'emporter et d'étendre à l'air sur le gazon de l'esplanade des Invalides. Le lendemain les mêmes phénomènes se reproduisirent sur un plus grand nombre de femmes ; il y en eut quarante-cinq qui restèrent étendues plusieurs heures sur le sol avec convulsions et perte de connaissance. Déjii des bruits d'empoisonnement commençaient à circuler; on parlait tout bas de trahison, et quelques misérables accusaient le gouvernement de vouloir se débarrasser ainsi du peuple, qu'il ne pouvait nourrir. Au troisième jour, quarante femmes eurent encore des attaques d'hystérie, et c'est alors que je fus dépêché par le maire de l'arrondissement pour étudier les causes de ces accidents et pour adresser un rapport à M. le préfet de police. Mes conclusions furent que les accidents nerveux multiples observés pendant trois jours étaient dénature hystérique, qu'ils étaient le résultat de la contagion et produits par l'impression du principe de l'hystérie sur d'autres femmes très-nerveuses soumises à son influence par le fait du voisinage ; qu'il y avait lieu de renvoyer les femmes qui avaient présenté les accidents hystériques, pour empêcher de nouvelles manifestations ; qu'il fallait enfin pratiquer des ouvertures dans la muraille à hauteur d'homme, pour donner de l'air dans les parties inférieures de ce vaste manège, éclairé seulement par en haut et à une grande distance du sol. Tout cela fut exécuté sur l'heure, et dès le lendemain, soit peur d'être renvoyées, soit par l'absence du principe contagieux hystérique, soit par le fait d'une ventilation plus grande, les attaques d'hystérie cessèrent complètement.

Une épidémie de syncopes convulsives semblables à celle dont je viens de parler s'est développée en 1858, àBelfast, au nord de l'Irlande. Des prédicateurs exaltaient outre mesure l'esprit religieux des jeunes filles et des femmes de leur paroisse de façon à troubler leur santé par des visions et des convulsions démoniaques. Ces filles, appartenant à la classe ouvrière, demandaient à Ctre frappées par le ciel, et ce que l'innéité morbide ne pouvait faire chez elles résultait de l'imitation, car l'exemple multipliait les malades par centaines (1).

Baglivi (2) parle d'un jeune homme de la Dalmatie, qui, étant occupé à regarder un épileplique dans l'accès de son mal, fut lui-même attaqué d'épilepsie. Il est aussi arrivé fréquemment dans l'infirmerie royale d'Edimbourg, que les femmes ont eu des accès hystériques en voyant d'autres femmes qui en étaient attaquées. Mais un des faits les plus remarquables en ce genre s'est passé dans

(1) Gazelle médicale, 1859, p. 61.5.

(2) Baghvi, Praxis med., cap. xiv, § 2. - Voyez aussi Acta natum curiosorum, 1730, p. 302.

l'hôpital (les pauvres h Flarlem, pendant la vie du célèbre Boerliaave. Voici commeut sou neveu Kaau Boerliaave le rapporte :

Observ.V. — Une jeune fille qui demeurait à celui des hôpitaux d'Harlem où l'on nourrit les pauvres, ayant eu quelque frayeur, fut attaquée de convulsions qui se renouvelaient à des temps fixes. Dans le nombre des jeunes personnes, tant filles que garçons, qui étaient présents et lui donnaient du secours, une' fille, que ce spectacle frappa, fut prise du même mal ; le second jour il y en eut une autre, ensuite une troi.-ième, une quatrième; enfin presque tous les assistants des deux sexes paraissaient épileptiques, les convulsions des uns en faisant naître chez les autres. Ce fui sans mccès qu'on fit venir les plus habiles praticiens qui prescrivirent ce que la médecine connaît de plus puissant antiépiieplique. Enfin on eut recours au savant Boerhaave, qui fut louché de compassion pour ces pauvres malheureux, se rendil à Harlem, et tandis qu'il prenait connaissance de ce qui s'éiail passé, un d'entre eux eut des convulsions, ce qui lui donna occasion d'en voir plusieurs autres tourmentés par celte espèce d epiiepsie. Comme d'habiles iTiédecins avaieni fait prendre sans succès les remèdes qui sont, pour l'ordinaire, les plus efficaces en pareil cas, et que la maladie paraissait avoir attaqué successivement ces enfants parce que ce spectacle affreux avait fortement frappé leur imagination, Boerhaave crut qu'il était possible de les guérir en détournant cette idée de leur esprit, et en leur présentant un objet qui les occupât davantage. Après avoir prévenu les magistrats municipaux de ce qu'il voulait faire, et avoir assemblé dans un même lieu tous les enfants des deux sexes, il commanda qu'on apporta des poêles remplis de charbons ardents, et qu'on y fît rougir des crochets de fer d'une certaine forme ; ensuite de quoi il dit à haute voix, que puisque tous les moyens mis en usage jusqu'alors pour guérir les convulsions avaieni été inutiles, il ne connaissait plus qu'un seul remède à employer : c'était de brûler jusqu'à l'os avec un fer rouge un tel endroit de la première personne ou garçon qui aurait une attaque de la maladie convulsive. Comme M. Boerhaave avait l'air et le ton imposants, la crainte de ce cruel remède opéra sur ces enfants l'effet le plus marqué; de manière que quand ils sentaient les approches d'un accès, la grande préoccupation de l'esprit et la crainte d'une brûlure très-douloureuse faisaient sur eux une impression plus forte que les premiers ébranlements convulsifs ou que leur cause même; ce qui empêchait que les convulsions n'eussent lieu. C'est ainsi que l'âme, en s'occupant fortement d'un objet, opère souvent un effet réyal>if, par rapport à un autre ; son application à une chose empêchant alors un phénomène différent de celui auquel elle est tout entière. Et, sans sortir du genre de notre observation, combien de fois l'expérience a-t-elie fait voir l'épilepsie guérie par la [leur, par une fièvre épidémique ou quarte, par la salivation, par le mariage, par des corrections corporelles (1).

De pareils faits s'étaient déjà produits en divers lieux.

Observ. VI. — A l'hôpital de Villamané, dans la Nouvelle-France, en 4 698, ilenira une fille attaquée d'un hoquel convulsif très-fort; il y avait dans la salle où on la mit quatre autres filles attaquées de maladies Irès-ditîérenles. Trois jours après son entrée, elles commencèrent toutes à prendre le môme hoquet et des convulsions très-fortes, qui se reproduisaient fréquemment et désolaient les religieuses; on ne put les guérir qu'en les séparant et en les menaçant de la plus forte disci-

(1) Kaan Boerhaave, Ini'pelum faciens, dktnm Hippocralis, per corpus consenliens. Lugd. Bat., 17A5, § /iOG.

DES CAUSES DE AIALADIE. — IMPllRSSIONS NÉV'llOSlQUES. 173

pline si l'accès revenait ; l'impression de la crainte du châtiment dissipa l'impression imitalive, les accès ne revinrent pas (1).

M. Nicolle a couim une maison religieuse où il était arrivé un fait semblable, mais plus frappant.

Observ. vit. — " C'était une communauté très-nombreuse de filles, lesquelles » se trouvaient saisies tous les jours, à la même heure, d'un accès de vapeurs le » plus singulier et pour sa nature et pour son universalité, car tout le couvent y » tombait tout à la fois : on entendait un miaulement général par toute la maison, I) qui durait jusqu'à plusieurs heures, au grand scandale de la religion et du voisi- 1) nage qui entendait miauler toutes ces filles. On ne trouva pas de meilleur » moyen, plus prompt ni plus efficace pour arrêter ces imaginations blessées, » qu'en les frappant d'une autre impression qui les retint toutes et toutes à la fois. » Ce fut de leur faire signifier par ordre des magistrats qu'il y aurait a la porte » du couvent une compagnie de soldats qui, au premier miaulement, entreraient » dans le couvent, et que sur-le-champ ces soldats fouetteraient chaque fille qui » aurait miaulé. Il n'en fallut pas davantage pour faire ces-^er cette ridicule scène, » car l'imagination de ces religieuses, frappée par la houle qu'elles auraient d'être a fouettées par des soldats, les réduisit à un si parfait silence, que les soldats n'eu- » rent pas à exécuter une seule fois leur commission (2). »

C'est encore un exemple de contagion par le fait des impressions névrosiques que celui du cimetière Saint-ftlédard, observé sur les nombreux individus qui venaient se faire guérir au tombeau du diacre Paris, et s'y trouvaient pris d'attaques convuJsives. — Les réunions de la place Vendôme autour du baquet de Mesmer ont renversé sans connaissance, sur les tapis, bien des femmes qui croyaient subir l'influence de la tige magnétique, et qui subissaient l'impression contagieuse de l'hystérie. Ce fameux baquet a disparu, et avec lui certaines attaques convulsives; mais il est remplacé de nos jours par les tables tournantes et parlantes, qui exigent l'agglomération d'un grand nombre de personnes nerveuses et enthousiastes, dont l'action réciproque engendre sur les unes et sur les autres l'hyperesthésie, le spasme, l'hystérie, transmissibles aux personnes du voisinage, et même la folie, terme ordinaire de cette exaltation des facultés I intellectuelles et morales.

La toux de coqueluche est, comme sa cause, contagieuse au môme degré. 1 Que de fois n'ai-je pas vu de petits enfants coqueluchés, qu'on ne pourra certes I pas accuser d'imitation vaniteuse, tousser en coqueluche sitôt qu'un d'entre eux I venait à être pris de sa quinte convulsive ! C'est un fait commun, déjà signalé : par d autres avant moi. et qu'on ne saurait contredire. Il y a des moments où dans une salle d'hôpital remplie d'enfants atteints de coqueluche, il faut sortir, a cause du sentiment pénible que provoque le bruit de ces petits malheureux iqui toussent au même moment d'une façon si fatigante

On a observé dès 1860, à l'asile d'Ajuda, parmi les orplielins des victimes du I Choléra et de la fièvre jaune, dit M. B. Gome2 à la Société des sciences de Lis-

(1) Naturalisme des convulsions, Soleure, 1733, t. II, p, no.

(2) Même ouvrage, réponse à la Lettre à m confesseur, p. 30.*

bonne, des douleurs névralgiformes dans la partie supérieure des cuisses, sans rougeur ni goiilleuieni, à droite d'abord, s'élendant juscju'aux pieds, s'accroissaut et suivies d'allaiblisseiuent et de paralysie. Les malades ne pouvaient marcher, ni rester debout, ni môme assises, car ce fut parmi les orphelines que se déclara de proche en proche celle alleclion siiigidière. Sur 1 l/i enfants, 8 furent atteints. Couchées, elles exécutaient quelques mouvemenlH. La paralysie du sentiment fut telle, dans un cas, qu'on pouvait piquer profondément la peau sans que la malade s'en aperçût. La forme hémiplégique se montra chez une autre. Puis survinrent des convulsions avec déhrc ou perte de la voix et de la parole, dilatation des pupilles avec insensibililé ;i la lumière, tintements d'oreilles, rire convulsits, nausées et renvois. La paralysie remplaçait ensuite celle agitation avec un cortège de tristesse et d'abattement général.

Malgré quelques douleurs rachialgiques, les fonctions de la vessie et de l'intestin restèrent intactes sans amaigrissement sensible, ni altération constitutionnelle ni des urines.

Tandis que tous les remèdes échouèrent à l'asile, les bains de mer et la dispersion des malades réussirent rapidement, quoique les conditions hygiéniques fussent souvent moins favorables qu'à l'asile même.

En 1861, l'héméralopie se montra sur 16 garçons et 6 filles de sept à quinze ans, compliquée de xérophthalmie sans granulations. Après un mois d'essais thérapeutiques, la caulérisalion avec le nitrate d'argent dirigée contre celle-ci fit disparaître simultanément l'une et l'autre.

En 18615, ce furent des vomissements spasmodiques, qui se répétaient trente à quarante fois par jour sans altération des matières vomies. Sur 96 orphelines, 87 en furent atteintes. Nonobstant, l'appétit se maintenait, ainsi que la nulriliou et les forces. Ils cessèrent dès que les enfants furent dispersés au dehors, mais reparurent de nouveau à leur retour dans l'asile, et s'y généralisèrent de nouveau en 186Zi. U élèves transportés à l'asile de Junqueira y importèrent bientôt ces vomissements par imitation, dont la dispersion fut le seul remède curatif, preuve de leur caractère.

Les paralysies ont reparu depuis chez les premières malades et avec le même caractère qu'en 1860, et n'ont disparu que par le changement de heu, comme une confirmation de l'étiologie précédente. Mais il est difficile d'admettre que la même cause pi-oduit des effets si divers. Dans ce cas, nous serions porté à croire que, malgré l'excellent régime de ces enfants et les investigations faites à ce sujet, les farines ne sont pas de qualité irréprochable et devraient être soumises à uu examen scrupuleux. Certaines altérations pourraient expliquer la plupart de ces phénomènes aussi rationnellement que la contagion de l'exemple.

Je pourrais étendre de beaucoup ce chapitre et multiplier les exemples par centaines. Ceux que j'ai indiqués suffisent au but que je me suis proposé, savoir, la démonstration d'une inlluence spéciale exercée par les malades ailemts de névroses eu de convulsions sur les personnes saines, en contact ou en relations de voisinage avec eux. Cette inOuence n'est pas celle de l'imitation, puisqu'elle est involontaire. C'est une impression comparable à celle des pnncipes conUigicux

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volatils qui agissent en dehors de la volonté. Sans même chcrclier à connaître la nature de celui qui transmet les névroses et les rend contagieuses, afin de ne pas fan-e d'hypothèses, je me suis contenté d'en faire un principe éliologique spécial, qui prendra sa place, je l'espère, à côté de ceux de nature dillérente que j'ai déjà étudiés. Il a pour base l'observation physiologique et clinique. J'y reviendrai plus loin, à l'occasion du mécanisme d'action des impressions morbifiques-

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