DES CONSTITUTIONS MÉDICALES
Les impressions morbifiques résultant de la chaleur, du froid, de l'humidité, de la sécheresse, du régime, de l'électricité, des effluves, des miasmes, etc. , etc. , qui ont, chacune isolément, leur part d'influence dans la manifestation de certaines maladies déterminées, ont, par leur réunion en masse, une influence sur i la nature des maladies, sur leur apparence extérieure, sur leur durée et sur leur terminaison, sur leur mortalité et sur leur traitement. On donne à ces phénomènes le nom de constitution médicale. Avec M. Dubois, d'Amiens (1), je la définis : un ensemble des modifications générales imprimées à toutes les individualités morbides d'une époque et dans un lieu déterminé. La constitution médicale ou patliogénique est le fait déduit de l'observation générale d'un grand nombre de maladies; il diffère entièrement de la constitution atmosphérique, fait plus restreint, lequel indique seulement l'action des influences atmosphériques. La constitution médicale est la résultante de toutes les inQuences hygiéniques ayant action dans le même moment et dans le même lieu, tandis que la constitution atmosphérique est la conséquence de l'action pure et simple de l'air. La constitution médicale et la constitution atmosphérique ne sont donc pas une seule et même chose, et, en outre des preuves que je viens de donner, j'ajouterai que les constitutions atmosphériques semblables ne sont pas inévitablement suivies de maladies ayant une nature et des complications semblables. D'où il suit qu'à la constitution atmosphérique, envisagée comme une cause morbifique, il faut ajouter quelque chose de plus, la constitution médicale, autre cause dont l'essence nous est inconnue et ne se révèle que par ses effets morbifiques.
Existe-t-il des constitutions médicales et des maladies de môme nom ou de I même nature, ayant une apparence, une durée, des complications et une fin comparables entre elles au même moment, dans le même lieu? Beaucoup d'anatomistes, de physiciens, de chirurgiens et de micrologues nient leur existence,
(1) Dubois (d'Amiens), Pathologie générale. Paris, 1835, t. 1, p. 83.
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comme celle de tous les faits d'induction, parce qu'ils ne sont pas du domaine des sens. C'est un toi t. Hipjjocrate (1) a le proniier admis les conslitu lions médicales, et il désignait sous le nom de xaraîTaaiç la forme et la manière d'être (|u'aiïeclaient les maladies. Depuis lors jamais cette doctrine n'a été abandonnée. Rajeunie par Sydenliam (2), Baillou (3), par StoU, Baglivi, etc., etc., elle est venue jusqu'à nous, acceptée par le plus grand nombre des médecins, combattue seulement par le |)etit nombre, qui n'observent pas les malades et font de la médecine sur les livres et dans leur cabinet.
Les constitutions médicales existent. L'bistoire de la médecine en fournit une première preuve, appuyée sur celles qui lésultent des témoignages de l'observation clinique.
Il existe souvent dans les phlegmasies viscérales, telles que pneumonies, entérites, angines, pleurésies, etc., une complication accidentelle de symptômes bilieux ajoutés à l'élément phlegmasique.
Quelquefois l'état bilieux n'existe que sur toutes les fièvres continues du moment.
Il y a des saisous où les maladies, et particulièrement les fièvres typhoïdes, offrent un état adynamique extrêmement prononcé.
L'ataxie existe parfois comme complication générale de la plupart des maladies de la saison.
Il y a des années où les varioles, les scarlatines et les rougeoles, les fièvres et certaines phlegmasies, ont un caractère de maUgnité qui déjoue tous les pronostics et tous les moyens de traitement.
On voit dans certaines saisons les phlegmasies offrir au même moment pour complication une affection catarrhale des bronches très-prononcée.
Dans certains cas, toutes les fièvres typhoïdes guérissent facilement avec une faible mortalité, et plus tard, au contraire, elles sont très-graves et suivies d'une mortalité effroyable.
Il m'est arrivé de soigner heureusement une série considérable de typhoïdes avec les éméto-cathartiques, au point de croire à la spécificité du remède, et, l'année suivante, d'échouer successivement sur la plupart des malades que je traitais de la même manière. Pendant l'année 1855, pareille chose m'est arrivée à l'hôpital Sainte-Eugénie : j'ai eu trente huit fièvres typhoïdes, en apparence assez graves, rapidement guéries par ce remède, et puis la série a changé; par le même moyen, dans des conditions semblables, plusieurs malades ont succombé.
II y a des pays et des moments de l'année où les grandes opérations sont constamment suivies de succès, de réunion par première intention, et ailleui-s
(1) Hippocrate, Des épidémies, liv. 1 et lil. {OEuvm trad. par Liltré. Paris, 184041, lomes II et III.)
(2) Sydenham, Opéra medica, t. I, p. 22.
(3) Baillou, Conslilulio autumnalis, 1570 ; hyemalis, vcrna, 1571 : Epidemiorum 1. 1, p. 1. — - Épidémies et Êphémériiles, avec introduction par P. Yvaren. Paris, 1858.