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DES CONSTITUTIONS MÉDICALES

la suppuration les suit, souvent même elles s'accompagnent de phlébite et d'infection purulente.

Il y a des cas où l'on ne peut donner un coup de bistouri, même pour un abcès, sans que l'ouverture soit suivie d'ôrysipèlc.

Tant d'exemples et ceux que je passe sous silence, pris dans les faits cliniques, prouvent bien qu'en dehors de l'action épidémique, il existe une influence générale capable, comme le dit Hippocrate, de modifier la forme et la manière d'être des maladies. Celte influence, c'est la constitution médicale, et les ma- •ladies ainsi modifiées, indépendamment du siège et de la forme de l'état morbide, sont des maladies catastatiques.

La constitution médicale se rapproche de ce qu'on appelle l'endémie et l'épidémie, en ce sens qu'elle fait naître une influence spéciale susceptible de modifier la forme et la marche des maladies; mais elle en dilîère très-complétement sous d'autres rapports essentiels. Son action est analogue à celle de l'endémie et de l'épidémie, mais il est facile de l'en distinguer. Ainsi l'endémie fait naître une maladie du même nom, dont la nature et la forme sont toujours les mêmes dans le même lieu. L'épidémie engendre au contraire des maladies distinctes, de nom différent, d'une nature spéciale et régnant en grand nombre dans le même lieu, avec la possibilité d'émigrer dans un autre pays. La constitution médicale n'engendre pas de maladie particulière; mais elle modifie la forme, la nature et souvent la terminaison de chaque maladie en pariiculier. Voilà la différence.

D'après Sydenham, les constitutions médicales durent un certain temps non déterminé, et elles disparaissent, comme elles sont venues, sans que la modification secrète et inexplicable qui leur a donné naissance puisse être appréciée. Ce sont les constitutions stationnaiî'es fixes. Elles sont de nature inflammatoire, bilieuse, catarrhale, etc. Les constitutions médicales dont la durée est limitée à une saison, et qui paraissent être sous l'influence de ces changements annuels, sont les constitutions temporaires, saisonnières. Elles donnent lieu à des maladies, en apparence les mêmes, mais qui sont subordonnées, dans leur caractère particulier, et dans leur nature intioie, à la constitution stationnaire fixe. C'est au changement de constitution médicale qu'il faut rapporter dans les maladies cette variété de nature qui se traduit au mifieu de phénomènes toujours les I mêmes, par des caractères particuliers et par un traitement tout à fait différent.

Toute constitution médicale n'est pas nécessairement révélée par des phénomènes morbides évidents. Quelques-unes ont seulement cet avantage. Celles qui modifient la durée, la gravité ou le traitement des maladies sont plus difficiles à apprécier. Les premières sont la constitution médicale inflammatoire, . caiarrhale, bilieuse, adynamique, mahgne, putride, nerveuse, ataxique, etc!

La constitution médicale inflammatoire se révèle par la présence d'un grand 'nombre de maladies inflammatoires, de siège différent, et par l'état inflammatoire qui complique les autres maladies du moment, telles que les pyrexies ■typhoïdes ou éruptives. La rougeur du visage, la turgescence des téguments • la force, la plénitude du pouls, la pléthore accidentelle, et le succès des émis-

B. — PATHOL, GÉN. .„

sions sanguines, sont les caractères particuliers des maladies observées à ce moment.

La constitution médicale bilieuse amène, comme chose principale ou comme élément accessoire des maladies, un état saburral amer de la langue; des. nausées, quelquefois des vomissements bilieux et des déjections de môme nature; une cholémie plus ou moins prononcée, avec teinte ictérique des conjonctives, de la peau, des urines, etc. Toutes ces maladies guérissent facilement par les vomitifs, les purgatifs, ou par ces deux moyens associés l'un à l'autre.

La constitution catarrhale engendre les phlegmasies des muqueuses, le flux nasal, oculaire, bronchique, intestinal, phlegmasies de mauvaise nature, sans plasticité de l'exsudation inflammatoire, et que pour cette raison on appelle phlegmasies catarrhales. Ce sont des maladies spéciales, souvent épidéniiques, et qui guérissent quelquefois difficilement, tantôt par un remède et tantôt par un autre. C'est ici qu'il faut tâtonner et qu'on attend quelquefois longtemps avant de rencontrer la médication favorable. Vomitifs, purgations, révulsifs, antiphlogistiques, etc., triomphent ou échouent indistinctement devant les complications des maladies catarrhales. Cependant l'ipécacuanha et les révulsifs cutanés sont, entre toutes, les médications qui ont le plus de chances de succès.

La constitution médicale putride s'annonce par la nature septique particulière des maladies. Les fièvres typhoïdes sont accompagnées d'une protonde altération du sang, d'eschares; les fièvres puerpérales forment beaucoup de pus; il règne alors des érysipèles, des pourritures d'hôpital, des phlébites; les opérations réussissent mal; il y a beaucoup d'infections purulentes, etc., etc.

Dans les constitutions médicales adynamique, maligne, nerveuse, ataxique, ce sont des phénomènes morJDides variables, en rapport avec la constitution prédominante et venant compliquer les différentes phlegmasies ou pyrexies da moment. Ces phénomènes leur communiquent une forme particulière, adynamique ou ataxique, et quelquefois une gravité insoUte que l'état matériel n'explique pas et dont on se rend compte par la malignité.

Enfin, en dehors de ces symptômes particuliers à certaines constitutions médicales, et qu'on ne saurait méconnaître, il y a d'autres phénomènes qu'il est peut-être impossible de classer, mais qui n'en sont pas moins les indices d'une influence occulte, insaisissable, sur les maladies de l'homme. Ainsi la durée des maladies est modifiée par cette influence, et cela dans les fièvres typhoïdes ou éruptives, dans les phlegmasies, dans les affections catarrhales, etc. Au milieu de conditions semblables, sur la même population, avec un traitement identique, la durée des maladies semble quelquefois abrégée dans un instant, alors que, plus tard, leur terminaison se fait plus longtemps attendre. J'en dirai autant de cette influence occulte sur la mortalité des maladies, qui est très-variable suivant les années; de leur traitement, dont les résultats changent selon les lieux et les époques où l'on pratique. Tel médicament échoue à une époque et réussit à une autre. Ainsi j'ai vu, et bien d'autres comme moi ont été les témoins de cette observation clinique, j'ai vu les émétiques, les purgatifs

DES ENDÉMIES.

ou la saignée mis en usage avec succès contre des maladies de nature différente, et produire plus tard, au contraire, les plus l'unestes effets dans les mêmes maladies, alors que ces moyens semblaient ralioimellement indiqués. J'ai la plus grande confiance dans l'emploi des éraéto-calhartiques contre la fièvre typhoïde; ils m'ont presque toujours bien réussi, et cependant je me rappelle une année dans laquelle leur administration était si souvent suivie d'un météoi'ismc abdominal mortel, que j'ai dû renoncer à leur usage. J'ai repris cette médication, et rien de semblable à ce que j'avais déjà observé ne s'est reproduit. C'est ce phénomène, constaté par tous les observateurs daus un grand jiombre de maladies, et à propos d'une infinité de remèdes, qui faisait spirituellement dire à Boyer : « Hâtez-vous de prendre ce remède pendant qu'il guérit. » En effet, à côté de la mode qui donne faveur à quelques remèdes, l'influence des constitutions médicales, qui modifie la forme ou la nature des maladies, peut bien domicr aux réactions thérapeutiques un caractère différent, selon le lieu et le moment où on les provoque. La clinique en fournira la preuve aux incrédules.

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