SIGNES FOURNIS PAR L'EXAMEN DE LA LANGUE
Dans toutes les maladies, et principalement dans les maladies aiguës, la langue fournit des signes qui annoncent, d'une manière assez certaine, l'existence de l'état fébrile, l'intensité de la maladie, la facilité des sécrétions, l'état du tube digestif, etc.
SIGNES FOURNIS PAR l'EXAMEN DE LA LANGUE. l'i'àâ
,. C'est par les sympathies nerveuses que la langue, en tant qu'organe de sécrétion, se trouve en relation avec d'autres organes de sécrétion. Cette sympathie est basée sur les rapports des nerfs nombreux que la langue reçoit de la troisième branche de la cinquième paire (nerf maxillaire inférieur), de l'hypoglosse et du glosso-pharyngien, avec le grand sympathique et le pneumogastrique.
Il est évident que la plus étroite et la plus sensible de ces sympathies est celle qui existe entre la langue et le tube digestif. Il y a aussi un rapport sympathique, mais bien moins prononcé, de la langue avec la peau, les poumons et tous les organes qui sont le siège de maladies aiguës. La sympathie est moins alors une relation d'organe à organe qu'un rapport entre la langue et l'effort de la nature qu'on appelle la fièvi^e. Les altérations des sécrétions de la langue sont des phénomènes réflexes surajoutés à la maladie principale, dont ils éclairent la marche en annonçant son début, son accroissement et son déclin.
L'examen de la langue, dans l'état de maladie, doit porter sur sa sécheresse et sou humidité, sur l'enduit qui la recouvre et sur la nature de cet enduit, ou plutôt sur les rapports de cet enduit avec les maladies ; sur la coloration de l'organe, sur son volume, et enfin sur ses mouvements.
. SÉCHERESSE OU HUMIDITÉ. — La sécheresse de la langue offre des variétés : Forgane peut être seulement sec ou poisseux, sec et âpre; il peut enfin être en outre le siège de gerçures et de crevasses.
. En général, dans les phlegmasies aiguës des parenchymes et même des principaux viscères, la langue est sèche et rude ; dans les maladies ataxiques et adynamiques, elle est sèche et noire, couverte de croûtes noirâtres qui lui donnent une apparence cornée semblable à la langue du perroquet. Elle peut être également poisseuse. Un peu plus tard, elle est gercée.
Quand la sécheresse est extrême, les papilles sont saillantes et forment des aspérités à sa surface.
Cette sécheresse de la langue, avec proéminence des papilles, est d'un mauvais augure dans les maladies inflammatoires. Elle annonce souvent le délire et les convulsions. Dans la fièvre typhoïde, bénigne au début, elle est un des signes qui indiquent la transformation de cette maladie en une forme plus grave, la forme ataxique habituellement.
■ Les gerçures et les crevasses de la langue ne se produisent que lorsque celle-ci est déjà très-sèche; mais une des conditions les plus indispensables de leur existence, c'est l'état adynamique. On voit alors s'écouler par ces gerçures du sang et de la sérosité. On les observe dans la dysenterie grave, dans la variole, dans la fièvre typhoïde. Ces gerçures constituent, dans ces maladies, un signe dangereux.
i La langue reste humide dans un grand nombre de maladies chroniques, dans -les névroses et dans toutes les affections apyrétiques.
Enduit qui se forme sur la langue. — La langue, qui, dans l'état de santé, est assez uniformément humectée et ne présente que quelques mucosités blanchâtres à sa base, se couvre, dans l'état de maladie, d'un enduit plus ou
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moins épais, de couleur blanche, jaune ou brune el noire. Dans les maladies » inflammaloires légères des organes do la respiration, dans le rliumalisnie articu- • laire aigu, dans la fièvre éphémère, etc., cet enduit est blanchâtre et pâteux, .
Il est souvent limité à la base de la langue, la pointe et la surface du tiers t antérieur offrant leur coloration naturelle. Beaucoup plus épais le malin, à jeun, . au moment du réveil, il disparaît en partie sous l'influence des boissons et de • l'alimentation. Sa surface est uniformément blanche chez l'adulte ; mais, chez les jeunes sujets, il est semé de points rouges, formés par les papilles en érection i qui le traversent et font saillie au dehors.
Il y des personnes qui, en état de santé, offrent sur la base de la langue un enduit blanchâtre assez épais, surtout au moment du réveil ; cela dépend chez elles d'une irritation chronique des intestins.
Quand, dans une phlegmasie, comme la pneumonie par exemple, la langue, d'abord nette et sèche, se couvre d'un enduit blanchâtre, et surtout si cet enduit s'accompagne d'un nuage dans les urines, on peut prévoir l'issue favorable et prochaine de la maladie.
Parfois l'enduit ne recouvre que les espaces qui séparent les papilles, et celles-ci l estent nettes el lisses. C'est là ce qu'on nomme la langue villeuse. Ou la rencontre fréquemment chez les persomies qui font des écarts de régime, ou qui ont eu un léger mouvement fébrile. Elle s'observe également dans uq certain nombre de maladies dans lesquelles il y a un notable affaiblissement des forces, comme dans les affections chroniques des viscères abdominaux, avec ou sans engorgement, dans les maladies verraineuses, dans la scrofule des enfants, dans l'hypochondrie, dans cette forme de la goutte qu'on a appelée la goutte atonique.
La langue villeuse accompagne la plupart des lièvres intermittentes qui se terminent par l'hydropisie et par l'engorgement chronique de la rate ou du foie. Sa présence se rattache toujours à la chronicité et à l'affaiblissement des forces.
L'enduit qui recouvre la langue est quelquefois épais, opaque et comme poisseux, surtout dans les fièvres de mauvais caractère épidémique, comme dans la fièvre typhoïde, dans la peste, dans la pourriture d'hôpital, dans la variole, etc. C'est un phénomène de mauvais augure ; il paraît lié à l'état d'adynamie et de malignité des maladies. Il indique d'autant plus sûrement une terminaison funeste qu'il est plus adhérent.
Quand l'enduit de la langue tend à disparaître, et que, d'ailleurs, il ne se manifeste aucun symplôme insolite, on peut espérer une terminaison heureuse et prochaine; ainsi c'est ce qu'on observe dans la forme bénigne de la fièvre typhoïde, dans l'embarras gastrique, dans la dysenterie légère, dans l'entérite et dans loules les maladies aiguës. Dans la pneumonie, ce retour de la langue à l'élat normal est presque toujours accompagné d'un nuage dans l'urme. Ces deux signes réunis indiquent le retour h la santé; d'ailleurs, les signes slélho- Bcopiques viennent confirmer co fait clinique en démontrant une amélioration sensible dans la lésion du poumon.
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Cet enduit, ordinairement neutre, ollVe une réaction alcaline quand la salive le couvre en abondance; il devient acide dans quelques circonstances particu^ Hères, à la fin des innladies chroniques ; mais alors la langue est rouge, lisse, brûlante, et elle ne tarde pas à se couvrir de productions blanchâtres d'Oidium albicons, cryptogame dont la présence caractérise le muguet.
Les enduits de la langue sont formés de mucus mélangé avec de la bde, du sang et un grand nombre de cellules d'épithélium pavimenieux mêlées à des algues microscopiques, d'une nature particulière toujours la même, décrites par Ch. Robin dans son travail sur les végétaux parasites.
COULEUR. — La couleur de la langue, ordinairement rosée, change aisément par les enduits qui s'y déposent et par le sang qu'elle renferme, Blanchâtre à la surface dans l'état fébrile, quelquefois villeuse, elle peut être blanche à la base et rosée à la pointe, ou bien elle est jaune, verdâtre, brune et noire, selon la nature et le degré de sécheresse de l'enduit qui la couvre, Une langue rouge, sèche, effilée, annonçait au temps de la médecine physiologique de Broussais une gastrite aiguë. C'est là une grande erreur dont le temps et l'expérience ont fait justice.
Une langue sèche, noire, fendillée, annonce un état adynamique très-grave.
La langue jaune à la face inférieure et sans enduit est le signe du passage de la matière colorante de la bile dans le sang. On l'observe dans l'ictère.
La langue cyanosée, violette, indique un obstacle à la circulation veineuse ou à l'hématose. C'est un symptôme de choléra et de maladie organique du cœur ou des gros vaisseaux.
La langue pâle, décolorée, s'observe dans la chlorose et dans l'anémie des maladies chroniques et des cachexies.
La langue est quelquefois rouge, chaude, lisse, non douloureuse, tonte dépouillée d'enduit muqueux, semée de papilles; c'est une disposition qu'on n'observe que dans la scarlatine.
Température. — La température de la langue est en rapport avec la température du corps : elle s'élève dans l'état fébrile et s'abaisse dans les maladies algides; ainsi, dans le frisson de la fièvre intermittente et dans le choléra, la température tombe à 25 degrés centigrades.
Hypiirtrophie. — La langue est quelquefois le siège d'une hypertrophie totale considérable, mais cela est rare. J'en ai vu un exemple à l'Ilôlel-Dieu sur une femme presque idiote qui avait en mCme temps une hypertrophie des lèvres et de la face. L'hypertrophie partielle avec épithélioma d'un des côtés de l'organe est chose infiniment plus commune. On l'obsérve aussi autour des cancers de la langue.
ULCfîRATioNS, — Des ulcérations peuvent exister sous la langue auprès du frein, dans la co(iucluchc. Elles ont été signalées par Braun, Bruck, Zitlerland. J'en ai vu un très-grand nombre (1). Petites, ovalaircs, transversales, à fond
(l) Voyez E. IJouchut, 'l'raUô de» maladies dos enfant». Paris, 5" cdilion, 1867.
Art. COQUELUCUË.
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grisâtre, elles sont la conséquence du frottement et du déchirement des parties sur l'arcade dentaire inférieure pendant les secousses de la toux. Il n'y en a ordinairement qu'une seule; mais, dans un cas de coqueluche chez un enfant qui avait perdu les deux incisives médianes, j'ai vu à la face inférieure de la langue deux ulcérations, une de chaque côté du frein, produites par le frottement sur les incisives latérales inférieures.
Chez d'autres il y a des ulcérations superficielles de la langue n'entamant que l'épiderme formant des anneaux d'érythème circiné produits par l'irritation i gastrique. I
Ailleurs il se forme tout autour de la langue, sur ses bords, des ulcérations qui correspondeat à l'empreinte des dents, mais alors il y a salivation, fétidité de i l'haleine et le gonflement lingual qui constitue la stomatite mercurielle.
Ailleurs il n'y a qu'une seule ulcération avec ou sans induration correspondant i à une dent cariée qu'il suffit d'extraire pour guérir le mal.
Enfin, il y a des ulcérations partielles grisâtres, granuleuses, sm- base indurée, qui constituent le cancroïde ou cancer de la langue.
Sensibilité. — La semibilité de la langue peut être modifiée. Le goût se i trouve alors perverti, et la bouche est pâteuse, fade ou amère ; mais ces phéno- ^ mènes n'ont pas de signification importante.
Mouvements. — Les mouvements de la langue sont souvent modifiés dans les maladies. L'enduit sec, noirâtre, des maladies adynamiques, et principale- | ment de la fièvre typhoïde, enveloppe la langue comme le ferait un lange, et | l'empêche de se mouvoir au point de rendre la parole impossible.
Ailleurs, il y a une altération réelle de la motilité de l'organe. Dans les maladies ataxiques, les mouvements de la langue sont incertains, mal coordonnés, et cet organe tremble dans la bouche des malades, ce qui est toujours un signe de très-mauvais augure.
La langue peut être complètement ou incomplètement paralysée, et son tremblement ou l'embarras de ses mouvements et de la parole sont de la plus haute | importance à bien connaître, car ils indiquent toujours une maladie grave du I cerveau ou de ses membranes.
Chez un sujet adulte, en apparence bien portant, l'embarras de la langue et l'hésitation de la parole doivent faire craindre la prochaine invasion d'un accès de folie paralytique, autrement dite paralysie générale des aliénés.
Chez les vieillards, cet état annonce la démence sénile.
La paralysie subite et complète de la langue est toujours liée à la paralysie des membres causée par une grande hémorrhagie cérébrale, de la protubérance ou des deux ventricules latéraux.
La paralysie incomplète de la langue, sous forme d'hémiplégie, se produit en même temps que l'hémiplégie des membres par une petite hémorrhagie cérébrale ou un ramollissement partiel du cerveau. Alors la langue atteinte d'hémiplégie peut encore sortir de la bouche ; mais elle est déviée du côté paralysé, à cause de l'action des génio-glosses oppo.sés qui la poussent sans résistance.
SECTION IV
La faim est une sensation qui nous sollicite à prendre des aliments.
Dans l'état de santé, elle indique le besoin qu'éprouve le corps de réparer les pertes qui résultent de la décomposition des tissus par le mouvement vital.
Il n'y a rien d'étonnant qu'une sensation si intimement liée à l'état de sanlé soit modifiée dans l'état morbide.
Landré-Beauvais (1) a parfaitement étudié les modifications morbides de la faim, et nous admettrons avec lui : 1° que la faim peut être diminuée; 2" qu'elle peut être suspendue ou abolie; 3° qu'elle peut être notablement augmentée; k° enfin qu'elle peut être pervertie.
§ 1°''. — Diminution de la faim.
La diminution de la faim s'observe au début, pendant les prodromes et la durée de presque toutes les maladies aiguës; dans la plupart des maladies chroniques en général ; dans la chloro-anémie et dans toutes les alfections qui ralentissent le mouvement vital.
. Les personnes sédentaires, les hommes de cabinet, les femmes nerveuses, celles qui se livrent à des lectures susceptibles de surexciter encore cette disposition fâcheuse, voient assez promptement survenir une diminution de la faim.
Le régime a une grande influence sur la vivacité de cette sensation : les hommes adonnés à l'usage des boissons alcooliques; de la bière en particulier, voient s'émousser chez eux la sensation de la faim. Il en est de même des gens qui prennent entre les repas des boissons tièdes et relâchantes en assez grande quantité. Ceux qui font usage habituel d'opium, ceux qui fument avec excès au point de provoquer une ivresse momentanée, et peu à peu une gastrorrhée très-rebelle, sont dans le même cas.
Comme on le voit, la diminution de la faim est tantôt un phénomène morbide, tantôt un simple phénomène qui ne tient qu'à l'absence de soins hygiéniques convenables.
§ 2, — Défaut <lc faim, ou anor<^xic.
L'anorexie existe à peu près constamment au début de toutes les maladies aiguës. C'est, on peut le dire, un phénomène ordinaire dans ces circonstances; aussi, à l'invasion et pendant la période d'état de ces maladies, ce signe ne présente-t-il rien de fâcheux; mais, quand il se prolonge trop longtemps, ou quand, après avoir cessé, il se reproduit, il est d'un mauvais augure; il indique une convalescence pénible, ou même il peut faire présumer l'imminence d'une rechute.
(H Landré-Beauvais, Trailé de séméiotiquo.
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Il est rare d'observer l'anorexie absolue dans les maladies chroniques. C'est alors une chose fâcheuse : ou bien les forces sont notablement altérées, ou bien il existe, à tjtre de complication, un état saburral de la muqueuse gastrique, ce qu'on appelle aussi un embarras des premières voies.
« Lorsqu'au commencement d'une maladie on mange avec appétit sans eu tirer aucun avantage, dit Landrc-Beauvais, l'anorexie est presque inévitable dans la suite de cette maladie ; au contraire, quand, après avoir longtemps fait diète, on sent de l'appétit, on guérit plus facilement. »
§ 3, — Augmentation de la raiin, ou boulimie.
Il faut éviter de confondre l'augmentation physiologique de la faim avec l'augmentation de la faim que produit l'état morbide. L'exercice, l'impression d'un froid modéré, quelques boissons spiritueuses prises en petite quantité, excitent la faim. Ici, l'action de l'estomac est sympathiquement augmentée. Ce sont des phénomènes purement physiologiques.
Mais la faim peut être excessive dans quelques maladies; elle constitue alors la faim canine et la boulimie- Ces deux états constituent des symptômes quelque peu différents dans leur manière d'être. Dans la faim canine , on mange avec une extraordinaire avidité, au point de voir l'estomac se vider eu partie comme par régurgitation. Cette évacuation faite, la faim recommence, et ainsi de suite. On observe cette faim canine chez des idiots, chez des maniaques. Il ne faut pas la confondre avec cet étrange appétit qu'on trouve chez quelques individus qui mangent et qui digèrent parfaitement une quantité d'aliments cinq ou six fois plus considérable que celle qui est habituellement suffisante au commun des hommes.
Dans la boulimie, la faim est presque insatiable; mais cette sensation n'est pas de longue durée. Quelquefois, si la sensation n'est pas satisfaite, il peut survenir une syncope.
Certaines femmes grosses, certains convalescents, et peut-être particulièrement ceux qui sont en voie de guérison d'une fièvre typhoïde, mangent avec avidité; mais cela ne dure pas très-longtemps et ne doit pas inquiéter.
On a vu la faim être augmentée avant l'invasion des maladies aiguës, et encore aussi pendant l'accès de plusieurs maladies chroniques, l'hystérie, la manie, etc.
On a cité avec raison l'augmentation de la faim comme un phénomène encore assez fréfiuent dans l'embarras gastrique. Une fois cette sensation satisfaite, les malades souffrent beaucoup d'un sentiment de pesanteur à l'épigastre. Cette faim exagérée est d'ailleurs remplacée bientôt par l'anorexie.
Le vulgaire croit généralement que la présence des vei-s intestinaux augmente l'appétit; c'est une erreur, si l'on accepte cette proposition d'une manière trop absolue. La présence des vers lombrics entraîne au contraire trèssouvent la diminution de la faim, plus souvent que l'augmentation.
Le taenia, s'il n'a pas encore séjourné longtemps dans le tube digestif, provoque plutôt la faim exagérée.
Les puissances digestives, après les maladies de longue durée, peuvent ne pas être en rapport avec l'augmentation d'appétit qui existe. C'est un mauvais signe, surtout si, prenant une moins grande quantité d'aliments, on ne voit pas la digestion se faire mieux, l'individu reprendre ses forces. « Dans les maladies de long cours, dit Landré-Beauvais, il est bon que les malades conservent l'appétit; mais il faut prendre garde de confondre l'appétit morbide avec celui qui est naturel. Il arrive quelquefois que des malades, sur le point de mourir, ont une faim dévorante, et se remplissent l'estomac d'aliments. »
On aurait tort de prendre cela pour un signe favorable. On n'y sera pas trompé si l'on fait attention aux signes qui ont précédé ou qui accompagnent ce phénomène. Lorsque chez un sujet très-faible, et qui n'a éprouvé aucune crise, dit encore Landré-Beauvais, cet appétit succède subitement à une longue anorexie, soit dans une maladie aiguë, soit dans une maladie chronique, il est d'un mauvais présage.
§ 4. — Perversion île la faim et ilcpravation ilu goût.
La perversion du goût est toujours liée à un état morbide; elle ne se rencontre jamais chez les individus qui sont en état de santé.
Cette perversion se présente sous deux formes qui portent les noms différents de pîca et de malacia.
Dans l'une, les malades désirent manger des substances qui ne sont pas nutritives, dont on ne se sert pas habituellement dans l'alimentation, coratne de la terre, de la craie, du charbon, etc. Cette espèce de dépravation de la faim porte le nom de pica, xicaa, pie, parce que cet oiseau avale souvent des substances terreuses.
Dans l'autre, les malades désirent ardemment manger des aliments de mauvaise quaUté ou qu'ils savent leur être nuisibles, uniquement dans le but de satisfaire un penchant déraisonnable. C'est le malacia ou la malade, de fxaXaxéa, moUities, effeminatio.
La perversion de la faim et du goût s'observent surtout chez les aliénés, chez les filles chlorotiques, surtout à l'époiiue de la puberté, chez les hystériques, chez les femmes grosses, etc. Plus lard, vers l'âge critique même, on voit parfois cette perversion de l'appétit accompagner l'aménorrhée.
Dans la chlorose, dans l'hystérie, dans la grossesse, cette sensation pervertie n'est pas elle-même un signe fâcheux; seulement, si elle se prolonge, elle peut avoir un mauvais résultat, en raison de la quantité et de la nature des substances qui ont été portées dans l'estomac.
SÉMÉIOLOGIE.
SECTION V
Dans les maladies, la soif peut ofl'rir trois espèces de modifications : elle peut être augmentée, diminuée, abolie.
§ i". — AMsmentation de la soif.
La soif exagérée accompagne généralement le mouvement fébrile; c'est uni de ses éléments. Elle existe au début de presque toutes les maladies aiguës, . souvent môme elle se prolonge pendant la période d'état des maladies, jusqu'au i moment de la convalescence. La diminution de la soif est alors un signe de bon i augure.
Il est toujours heureux de ne pas voir dans une maladie un symptôme l'em- • porter en violence sur les autres, car ce défaut d'harmonie entre les éléments i delà maladie constitue dès lors l'ataxie. Eh bien, quand, dans une maladie; aiguë, la soif est en rapport d'intensité avec les autres symptômes, il n'y a rien i là qui doive étonner et faire concevoir des craintes. Les anciens auteurs regar- ■ daient même cette soif comme utile; parce qu'elle fait prendre une grande* quantité de boissons, ce qui était propre, suivant eux, à avancer la cociion des maladies.
« Cette soif favorable, dit Landré-Beauvais, se reconnaît quand, les forces étant suffisantes, elle augmente dans les exacerbations, se peut apaiser avec une quantité médiocre de boisson, et se termine par l'humidité de la peau et un sommeil tranquille. »
Quand la soif est extrême et que les boissons prises ne la font pas diminuer durant l'intervalle des redoublements fébriles, surtout si toute la muqueuse buccale est sèche ; si l'urine, limpide et non nuageuse, est pâle ou rouge et rare, elle constitue alors un très-mauvais signe. C'est souvent par cette façon d'être de la soif qu'on reconnaît l'imminence des phlegmasies intercurrentes d'un organe important, comme le poumon et le cerveau, dans la fièvre typhoïde.
Si la soif continue après le déclin des maladies, surtout s'il existe des frissons fréquents suivis de chaleur vive, mordicante, à la peau, il y a lieu de craindre l'apparition de quelque nouvel état morbide ; ainsi le développement d'abcès après a variole, etc.
Dans certaines circonstances, la soif exagérée accompagnée de vomissemeni> et d'évacuations avec pyrosis est l'indice d'un cas très-grave. Cela se voit daib le choléra. Si la soif est accompagnée d'un spasme du pharynx qui rend impossible la déglutition. Cela est irès-fàchcux dans la période d'état des maladies aiguës , mais ce symptôme n'offre pas toujours une semblable gravité dans les névroses. Cependant, chez les aliénés, c'est un fort mauvais signe.
On voit quelquefois l'horreur des boissons, une sorte d'hydrophobie, se réu-