SIGNES FOURNIS PAR LE DÉGOÛT DES ALIMENTS
nir à raiiginontation de la soif. Cette sorte d'ataxie dans la sensation de la soif est presque toujours suivie de la mort, à moins cependant que la maladie dans laquelle on l'observe ne soit l'hypochondrie. La raison et une volonté ferme peuvent quelquefois triompher de ce symptôme.
Il n'est pas rare de voir la soif exagérée accompagner l'inflammation chronique d'un viscère du ventre, c'est ainsi que, dans l'ictère, dans l'entérite et dans riiydropisie^ quand la soif augmente notablement, il y a lieu de craindre un accroissement d'inflammation plus ou moins aiguë du foie, des reins, de la matrice, des intestins, des ovaires, etc.
Dans l'hypochondrie et dans l'hystérie, l'augmentation de la soif existe en général pendant la durée des accès, quelquefois plus longtemps ; mais enfin la soif ne les caractérise pas essentiellement.
Dans l'hydropisie, au contraire, une soif qu'on ne peut parvenir à satisfaire est souvent un phénomène durable d'une grande valeur.
Dans la polydipsie ou diabète non sucré, la soif est très-augmentée et impossible à satisfaire; les malades boivent jusqu'à 20 litres par jour, ils avalent tout ce qu'ils peuvent saisir, les eaux les plus sales, leur urine, etc.
Dans la glycosurie, elle n'est pas très-intense et elle paraît être en proportion avec la quantité des boissons ingérées et avec la sécrétion des urines.
§ 3. — Diutîniillon de In moîr.
Quand, dans les maladies aiguës, la soif n'est pas en rapport avec les autres symptômes, il y a danger. En général, dans ces circonstances, on voit la chaleur de la peau très-forte, la langue et la bouche sèches, et les malades ne demandent pas à boire.
Il est bon de noter que certaines personnes, en état de santé, ne boivent presque pas^ il leur suffit de quelques cuillerées de boisson à chaque repas. La plupart de ces individus sont tourmentés par une gastralgie; ils sont habituellement constipés.
§ 3. — Di»|tnriiIon «le la soif.
Vadypsie est un phénomène irès-grave, de mauvais augure. On l'observe surtout dans la forme alaxique de la fièvre typhoïde, et en général dans un assez grand nombre de maladies aiguës qui se compliquent de délire.
Dans toute maladie, quand la soif cesse subitement, les autres symptômes continuant d'être à leur période d'état, c'est un signe du plus fâcheux augure. Quand, au contraire, on observe le retour de la soif à son état ordinaire, les autres symptômes s'étant d'ailleurs amendés, la convalescence est prochaine.
SECTION VI
SIGNES l'-GURNIS PAR LE DÉGOÛT DES ALIMENTS.
^ Le dégoût est une sensation distincte de l'anorexie. Celle-ci est la perle de l'appétit, tandis que le dégoût est une aversion pour les aliments, souvent accompagnée de nausées. Il peut y avoir anorexie sans dégoût.
B. — PATUOL. GÉN. ,.
1202 SÈMÉIOLOrxIE.
Le dégoût se montre surtout pendant les prodromes ou pendant la preniièrç période des maladies aiguës. Ce signe n'a rien de fâcheux. Hippocrale l'avait ; déjà remarqué. « Il est bon, dit-il, d'avoir de l'aversion pour les aliments au i commencement d'une maladie, et de désirer manger lorsqu'elle est terminée. »
Dans les névroses, comme l'hystérie, l'hypochondrie et dans la grossesse, on i observe fréquemment un dégoût marqué pour les aliments. Gela n'a rien d'in?. • quiétant, si toutefois la durée n'eu est pas trop longue. |
Le dégoût, avec sentiment de plénitude de l'estomac, douleur épigastriciue même, céphalalgie sus-orbitaire et amertume de la bouche, eu général avec absence de fièvre, annonce le besoin de vomir, et par suite l'embarras gastriciue.
Le dégoût est un signe de mauvais augure et indique une rechute quand il continue, malgré le déclin de la maladie.
Un dégoût prolongé pour les aliments, dans les maladies aiguës ou chroniques, si le malade est arrivé à un état de débilité très-sensihle, est toujours fort grave. Il indique presque toujours alors quelque grave complication du côté des organeb de la digestion.
SECTION yn
La science moderne, en s'occupant des propriétés physiques et de la composition chimique de la plupart des liquides de l'économie, dans l'état de sauté comme dans l'étal de maladie, a rendu un grand service à la séméiotique. Elle ) a trouvé un grand nombre d'altérations dont la présence constitue autant de signes importants pour le diagnostic et la prognose.
Aujourd'hui on connaît beaucoup mieux qu'autrefois les modiQcations de la salive dans l'état pathologique. On doit cet heureux résultat à M. Cl. Bernard.
La salive peut être altérée dans ses propriétés physiques et dans ses propriétés chimiques. Nous ne parlons ici que de la salive en. général, ou plutôt delà salive mixte ou buccale, car, jus(iu'ici, on ne possède encore aucun documeni positif sur les altérations pathologiques des salives parotidienne, sous-maxiUain
et sublinguale {!). .
La salive peut être instantanément augmentée de quantité, a 1 occasion d une
émotion morale vive.
Le flux salivaire est un phénomène des angines, de la stomatite, des paro-
tidites, de la variole, etc. „ , „r
Certaines substances portées dans la bouche ou même dans 1 esloniac, quelquefois seulement confiées à l'absorption cuianéc, produisent un flux salivaire considérable : ainsi la racine de pyrèthre, le tabac, l'acide acétique, le
(1) On sait que M. CL Bernard distingue ces quatre espèces de salives, fort difTérentss les unes des autres dans l'élat physiologique. {Leçons de physiologie expérimentale appliquée à la médecine. Paris, 185(5, t. II, p. 44 elsuiv.)
pimeiil, et principalement le mercure. Dans ce dernier cas, la salivation constitue l'un des phénomènes de l'une des formes de l'intoxication mercurielle.
Nous avons dit qu'une émotion morale pouvait amener aussitôt une surexcitation dans la sécrétion salivaire ; il est beaucoup plus commun de voir, au contraire, la bouche devenir sèche. On rencontre également ce phénomène dans certains états nerveux.
La salive est diminuée de quantité dans le diabète, dans la polyurie, dans la polydipsie, dans les sueurs abondantes, dans les diarrhées excessives, etc.
Pendant l'agonie, la sécrétion salivaire est presque abolie; elle est alors trèsvisqueuse, et elle retient les lèvres collées l'une à l'autre, au moins vers les commissures.
Plus la salive est abondante, moins sa densité est considérable, et le chiffre qui l'exprime dans l'état normal, 1,005 à 1,008, tombe à 1,002 ou 1,004.
Quant à l'alcalinité ou à Tacidité de la salive mixte, il ne faut pas en tenir compte, car, normalement sécrétée alcaline, la salive devient très-rapidement acide dans la bouche, par son mélange avec le mucus, et cela dans l'état de santé aussi bien que dans l'état pathologique. Ainsi on a remarqué qu'elle devient immédiatement acide quand elle n'a pas coulé depuis longtemps, comme lorsque l'on est à jeun, ou lorsque l'on a parlé beaucoup. Suivant M. Cl. Bernard, et son opinion paraît la plus probable, cette acidité résulterait de l'altération des matières organiques qui, placées sur la muqueuse buccale, éprouveraient, sous l'influence du contact de l'air, une fermentation acide, lactique ou autre, favorisée par la présence d'aliments sur la langue et entre les dents.
Dans les caries dentaires, dans les diverses espèces de stomatites, et surtout dans la stomatite mercurielle, dans le scorbut, dans quelques angines, et particulièrement dans l'angine pseudo-membraneuse, dans l'embarras gastrique, dx salive a une odeur très-fétide.
De même que la densité, la consistance de la salive est eu raison inverse de son abondance.
La salive n'est guère altérée dans sa coloration que par le pus ou par le sang. Ces liquides s'y reconnaissent aisément.
Dans certaines maladies, la salive est altérée dans sa composition chimique. Voici le résumé d'expériences comparatives faites par RJ. Lhériiier (1) :
lîtiil Sulivulioii ,,, , Miiliiilic l'Jil'.'Smnsii.s.
pliysir-logicltlu. inorciu'k.llu. '■"''""su. „,.., Hnymmo dif
' ° ' "six miulyses.
Eau 98,65 97,09 99,00 98,59 96,89
Matière organique. . . 1,20 2,80 0,07 1,36 3,09
Matière inorganique. 0,09 0,H 0,03 0,05 0,1 I
Ainsi, dans la salivation naturelle, diminution de l'eau et des sels, et au"'- 'iicntation de la matière organique. "
(1) Becquerel'ct Uodicr, IVailé de chimie palhologique, Paris, 1853
120/1 SÉMÉIÔLOGIE.
Dans la chlorose, augmentation de l'eau et diminution de la matière organique et des sels.
Dans la maladie de Bright la salive reste à peu près à l'état normal.
Dans les phlegmasies, les modifications sont très-sensibles : il y a diminution' de 'eau, augmentation très-grande des matières organiques et légère augmentation des matières salines.
SECTION VIII
Les mouvements de la déglutition peuvent être modifiés, dans certaines maladies, tantôt par une mauvaise conformation, congénitale ou accidentelle, des organes qui servent à l'accomplir, tantôt sympathiquement, d'une façon rédexe.
On a vu la déglutition être accélérée dans certaines maladies nerveuses. Il y a alors une sorte de convulsion des muscles de la déglutition. Ce phénomène n'est jamais isolé et s'observe avec d'autres symptômes plus importants que lui; aussi n'a-t-il aucune valeur caractéristique.
Quand, au contraire, il y a difficulté d'avaler, ce qui est plus commun, c'est la dysphagie. Dans les angines, dans le coryza, dans l'œsophagite, la déglutition est souvent douloureuse et difficile.
Elle est encore plus empêchée, et parfois impossible, dans les formes adyuamique et ataxique de la fièvre typhoïde ; dans l'amygdalite ; dans l'angine pharyngée ; dans l'hystérie ; dans l'apoplexie ; dans la paralysie ; dans la phthisie pulmonaire quand il y a des ulcérations dans l'arrière-gorge ; dans l'adénite cervicale scrofuleuse considérable ; dans les rétrécissements de l'œsophage; dans le goitre ; dans le cancer de l'orifice cardiaque de l'estomac .
L'épaississement de la langue chez les crétins, les idiots, rend la déglutition très-difficile. Une partie des aliments portés dans la bouche est rejetée au dehors, une fois la mastication achevée.
Le même résultat arrive quand la langue est gonOéc par l'inflammation ; clic ne peut ramasser le bol alimentaire pour le porter dans le gosier. C'est ce qu on observe dans la salivation mercurielle.
Le pronostic qu'on peut tirer de la difficulté ou de l'impossibililc de la déglutition est variable suivant la nature des maladies dans lesquelles on l'observe.
Dans les aphthes de la bouche et du gosier, dans le coryza, dans la broncluic, dans l'hystérie, cette difficulté d'avaler les aliments n'offre rien de fâcheux. Elle cesse quand ces phlegmasies arrivent a résolution ou quand laccès hystérique se termine, ^ Il en est de même pour l'amygdalite et pour l'angine pliaryngéc. La (liHiculié de la déglutition n'est, dans ces circonstances, que momentanée.
La suspension de la déglutition est d'un fort mauvais augure dans la licvrc ly|)hoïde et dans l'apoplexie.
Quand les boissons portées de la bouche à l'estomac font cnlendro en tra-
SIGNES FOURNIS PAR LES NAUSÉES. '120o
versant l'œsopliage le bruit d'un corps liquide qui tombe en vertu de son propre poids, comme dans un réservoir inerte, il y a paralysie des muscles qui servent à accomplir la déglutition. Ce phénomène constitue un signe trus-
fâcheux. . .
Dans la rage, l'impossibilité d'avaler les liquides est un des prmcipaux caractères de la maladie.
Souvent la déglutition se fait, mais d'une manière imparfaite; elle est en quelque sorte dépravée. C'est ce qui arrive dans les vices de conformation cougénitaux ou accidentels du voile du palais et de l'arrière-gorge.
Quand la luette reste hypertrophiée après des inflammations successives, le sujet est sans cesse sollicité à avaler de la même façon que s'il y avait des aliments à l'isthme du gosier.
Dans les divisions du voile du palais et de la voûte palatine," les aliments refluent vers les arrière-narines, parce qu'ils sont pressés par la langue, et aussi parce que la colonne d'air chassé par l'expiration contribue à amener ce résultat.
Quand la luette est détruite, comme cela arrive parfois dans la syphilis, quand le pharynx est paralysé, les boissons tendent à passer dans le larynx, d'où résultent une toux violente et quelquefois de la suffocation.
La difficulté d'avaler dans l'apoplexie est d'autant plus grave que le foyer est plus étendu. Si les liquides passent dans les bronches, c'est qu'il y a paralysie complète du pharynx. En général, dans ces cas, la mort est imminente.
SECTION IX
On appelle nausées la sensation et quelquefois l'effort inutile qui précèdent le besoin de vomir.
La nausée s'accomplit par la contraction, en quelque sorte spasmodique, des muscles du gosier, de l'œsophage, de l'estomac, des intestins et des muscles abdominaux.
Les nausées s'observent dans l'embarras gastrique. Elles n'annoncent ici rien de fâcheux; elles cessent avec l'embarras gastrique, et, en général, dès que le malade a vomi spontanément ou dès qu'un vomitif a été administré.
On voit des nausées dans l'iiypochondrie, dans l'hystérie, avant cl après les accès d'èpilepsie. Elles n'ont pas une grande valeur au point de vue du pronostic. Elles sont la conséquence des troubles du système nerveux.
On rencontre parfois les nausées dans le cours de la fièvre typhoïde. Elles sont en général d'un mauvais augure; elles annoncent l'ataxic.
Les nausées existent concurremment avec les voniissements dans la gastrite, dans la gastralgie, dans la péritonite, dans la néphrite, dans la métrite, etc.
Les nausées sont un des premiers signes de la grossesse, lilles peuvent persister quelque temps dans ces circonstances; cependant elles cessent habiiiiellenient vers le quatrième mois.
SfiMÉIOLOOlE.
SECTION X
Le vomissement est le rejet par la bouche des matières contenues dans l'estomac. C'est un phénomène morbide réflexe produit par un très-grand nombre de maladies différentes.
Pour bien comprendre ce phénomène, il faut analyser la succession des faits qu'on y observe.
C'est d'abord une sensation particulière qu'on n'explique pas plus que certaines excrétions, un besoin qu'on appelle iicw.sée. Celte sensation intime est le résultat d'une impression subie par l'organe lui-même, sensation provoquée tantôt par des corps étrangers, tantôt par des aliments pris en excès, tantôt par des sucs viciés, par des lésions organiques, etc.
L'estomac paraît être le siège de cette impression ; mais c'est évidemment dans le système cérébro-nerveux qu'elle réside.
Les physiologistes des siècles derniers ont cherché à savoir quel est le rôle de l'estomac dans le vomissement. Les uns, Bayle, Chirac, Duverney, à la suite d'expériences dans lesquelles ils avaient enlevé les muscles abdominaux d'un chien, ont remarqué que le vomissement ne se produisait pas. Pour eux, l'estomac était passif. Lieutaud, Haller, Portai, crurent observer qu'il y avait pendant le vomissement contraction des fibres propres de l'estomac, rétrécissement du viscère et rejet des matières qu'il contenait.
Magendie, en 1813, reprend loutes ces expériences. Il fait avaler de l'éniétique à un chien, l'animal vomit ; il ouvre l'abdomen, en écarte les muscles, les vomissements cessent ; il réunit par une suture les muscles divisés, les vomissements reparaissent sous l'induence des contractions du diaphragme et des muscles de l'abdomen. Il tire l'estomac hors de la cavité abdominale, les vomissements s'arrêtent ; il le remet en place, ceux-ci recommencent. Substituant alors à l'estomac une vessie de cochon pleine de liquide coloré, les phénomènes se produisent de la mètne manière. Enfui, laissant l'estomac intact, coupant les nerfs diaphragmatiques, enlevant les muscles du ventre, ne laissant de paroi à l'abdomen que le péritoine, le vomissement est impossible. Magendie crut alors avoir démontré d'une manière péremptoire que l'estomac est dans le vomissement un réservoir inerte, que les muscles abdominaux et le diaphragme en sont les principaux agents.
Magendie était trop exclusif dans son opinion ; Maingault, la même année, lui a opposé des expériences dans lesquelles on voit des animaux vomir sans muscles abdominaux et sans diaphragme.
Bichat, Tiedemann et Gmelin (I), etc., ont cru, de leur côté, que les nion-
(1) Tiedemann et Gmelin, Recherches expérimenlale^' physiologiques et chimiques sur la digestion. Paris, 1827.
vements de l'estomac dépendent du nerf vague ou pneumogastrique; d'autres ont cru en trouver la raison dans l'action du grand sympathique. D'où vient cette divergence d'opinions ?
M. Longet a recommencé ces diverses expériences et est ^^^^ f „u durant la chymif cation, les mouvements de l'estomac dépendent de p\- 'e vague et non'du grand sympathique. Toutefois, eran tqu^^^ mixte du nerf vague et ses cordons œsophagiens en particulier ^^"^^ L- épaisseur mLe un grand nombre de ^1^. empruntes au gr^K^^^^-^^^^ thique, .. et que ces mêmes cordons, excités art.Qcidlemenl, V^'^^^^ œntra^tions qui ne se manifestent que quelques secondes après "^ta ion Ss que les'nerfs céphalo-rachidiens la produisent instantanément, il admet
ici une action mixte. . . , i
Il résulte de ces faits qu'il y a une connexion intime qm existe entre l g and sympathique de l'abdomen et le système nerveux de l'estomac; ^^^^'^^^ commande le vomissement et que les muscles de l'estomac, ceux de 1 œsophage duTaphragme, de l'abdomen, concourent à le produire. C'est un phénomène produit par la transformation des impressions morbides éprouvées par l'estomac et les différentes parties de l'appareil cérébro-spinal et nerveux.
Ces considérations générales étaient nécessaires pour comprendre le mécanisme de ce phénomène, si important au point de vue sémé.otique, car lièssouvent il met le médecin sur la voie d'une maladie qui commence et qui n olhe pas encore des caractères bien tranchés. Nous en excepterons toutefois le premier âge, époque W laquelle le vomissement de lait est facile et constitue un phénomène presque naturel lorsque l'enfant a teté un peu trop abondamment.
A la suite d'impressions morales particulières, d'une saveur desagréable, d'un sentiment de dégoût, d'un souvenir pénible, du mouvement cadencé du corps, etc. , il survient des vomissements chez une personne présentant toutes es apparences de la santé et chez laquelle toutes les fonctions s'exécutent norma emeut. - D'autres fois ils apparaissent au début d'une maladie générale ou locale, d'une péritonite, d'une variole, etc. ; quand le cours de la bile est mtercepte par des calculs biliaires; quand il y a un trouble quelconque de 1 économie; au .iébut d'une grossesse; - enfin dans certaines affections de 1 estoniac lui-memc, dans la gastrite, dans la gastralgie, dans certaines maladies organiques, cance-
reuses ou autres, etc. . , , ,
Relativement à ces causes différentes, le vomissement est considère comme
alionathique, siimpathique ou symptomatiquc.
Les vomissements sympathiques sont ceux qui résultent dune impression provo(iuéc par un trouble quelconque de l'organisme, pourvu toutefois que ce trouble ne dépende point d'une lésion de l'estomac lui-même, car, dans ce dernier cas, au contraire, les vomissements sont le symptôme de la lésion de l'estomac; ils soul symptornatiques.
Les vomissements idiopathiques sont ceux qui ne rentrent dans aucune de ces deux catégories ; tels sont les vomissemcnls ([ui surviemu nt à la suite d'impressions morales, par imitation, ou bien lorsque le corps est soumis pendan
^208 SliMÉIOLOGIE.
un cerlain temps à un mouvement cadencé, tel que le balancement, le roulis d'un vaisseau, la valse, etc.
Vomissements sympathiques. — En connaissant l'influence du cerveau sur le vomissement, on comprend facilement pourquoi les vomissements symfjuthiques sont si communs. Perraut, un des premiers, soutint que les sympathies se faisaient par l'intermédiaire du cerveau : Astrucalla plus loin, il démontra que les sympathies n'avaient lieu que par le cerveau, contrairement à Vieussens et à Boerhaave, qui admettaient une sympathie particulière des organes entre eux.
« Les sympathies les plus marquées de la tête avec les autres parties sont celles avec l'estomac et le foie. Le mal de tète ôte d'abord l'appétit, et le vertige qui a son siège dans la tête, donne des nausées et souvent des vomissemcuis même: les premiers accidents dos plaies, des contusions, des épanchements qui attaquent le cerveau, sont aussi très-souvent des vomissements ; tous ces falLs prouvent l'extrême influence de l'état de la tête sur l'estomac (1). » C'est par eux sans doute que quelques philosophes ont été conduits à placer le siège de l'âme dans l'estomac.
Presque toutes les affections du cerveau sont donc précédées ou accompagnées de vomissements, depuis la simple hémicrànie ou migraine jusqu'aux productions étrangères qui se forment dans la cavité crânienne. On les observe dans les hémorrhagies cérébrales abondantes; dans les empoisonnements par les narcotiques; dans la lipothymie; dans la méningite; dans le ramollissement; dans les tubercules du cerveau, symptôme précieux pour le diagnostic de cette maladie si fréquente chez l'enfant. Ils se produisent également lorsqu'il se développe des tumeurs osseuses ou squirrheuses dans le cerveau, djins l'hydropisie des ventricules, etc. Tout récemment je voyais un enfant que son médecin ue voulait pas considérer comme malade, il avait de la céphalée continuelle, des vomissements après chaque repas, sans fièvre, et sans autre maladie qu'une otorrhée. — Je supposai une méningite chronique, mais je voulus faire de la cérébroscopie et j'examinai l'œil à l'ophthalmoscope, ce qui me permit de constater une infdtration grisâtre du nerf optique et de la rétine couvrant les vaisseaux rétiniens à différentes places. Il n'y avait plus à douter, et j'avais dans l'œil récliantillon des désordres qui existaient dans le cerveau. — Chaque fois que des vomissements prolongés ont lieu chez un sujet qui a des douleurs de tête opiniâtres, on peut être à peu près sûr qu'il y a une lésion cérébrale que l'opliihalmoscopie permet de reconnaître.
Morgagni rapporte l'histoire d'iui prêtre distingué de l'ordre de Saint-Augustin, qui mourut après avoir été sujet îi des vomissements fréquents liés à la présence d'une tumeur dans l'hypochondre droit. L'autopsie fit découvrir dans la vésicule 7ieuf calculs de différentes formes ; le foie était extrêmement volumineux et rempli de stéatnmes. En un mot, l'hépatite, les abcès du foie, les dégénérescences de cette glande, peuvent, soit sympathiquemenl, soit mécaniquement, en comprimant l'estomac, amener des vomissements.
(1) Tissot, Maiflrfie dox nerfs, ch. m, arl. ii, Des .sympathies.
On les observe encore dans les maladies du pancréas, soit par altération de l'organe, produisant une sécrétion viciée, soit enfin par le fait d'une tumeur comprimant les organes voisins. Morgagni ne sait positivement s'il faut attribuer ces vomissements à une sorte d'irritation de l'estomac ou bien à l'obstacle mécanique apporté par la tumeur. "
Il y a une sympathie très-marquée entre l'estomac et l'utérus. C'est un fait qui a frappé l'esprit des premiers observateurs. Hippocrate a signalé les vomissements aigres dans certains cas de dysménorrhée, dans les coliques menstruelles, StoU cite une personne qui, à la suite d'une frayeur, eut une suppression menstruelle, et aussitôt survinrent des nausées, puis des vomissements qui diminuaient quand les règles revenaient pour reparaître ensuite au moment de leur suppression. Tous les médecins savent qu'il en est de même dans la métrite chronique, dans les ulcérations du col utérin, etc.
Dès les premiers jours de la conception, les femmes éprouvent souvent du dégoût, des nausées, des vomissements, qui durent plus ou moins longtemps. Quelquefois même les vomissements sont incoercibles, et lorsque les malades succombent, la nécropsie ne montre rien dans l'estomac. Guersant, Dance (1), P. Dubois (2), Depaul, etc. ont publié des faits de mort à la suite de vomissements incoercibles dans lesquels les recherches anatomiques ont été infructueuses. Dance a trouvé l'estomac sain et les parois de l'utérus flasques.
« Souvent, dit Tissot, les nausées continuelles sont un des premiers symptômes de l'inflammation commençante de la matrice après les couches. Si l'on s'y méprend et si l'on attribue les nausées à la faiblesse de l'estomac, la malade est perdue. »
On observe encore des vomissements au début de la péritonite, de la cystite inflammatoire ou calculeuse, de la perforation intestinale, de l'œsophagite, dans la néphrite aiguë, dans les coliques néphrétiques simples ou calculeuses, dans l'albuminurie à forme chronique, dans l'étranglement intestinal, dans le volvulus, etc.
Enfin ils ont quelquefois pour cause la présence de vers lombrics ou d'un ténia dans le canal intestinal, << des hémorrhoïdes gonflées de l'intestin rectum n (3).
Il est une antre sorte de vomissements qu'on doit ranger dans la catégorie des vomissements sympathiques, nous voulons parler des vomissements par métastase. M. Chomel pense que les affections que l'on qualifie assez généralement de gastralgies et d'entéralgics doivent plutôt, dans la grande majorité des cas, être regardées comme des métastases rhumatismales ou dartreuscs ; dans le premier cas, c'est la tunique musculaire qui est atteinte ; dans le second, c'est la muqueuse (^i)- »
(1) Dance, Répcrloiro d'analomio ol do physiologie. 1827, l. II.
(2) P. Dubois, Avortemenl provoqiui dans les cas de vomisscmenls {liullolin de l'Académie de médecine, 1851-52, t. XVII, p. 557).
(3) Stoll, aph. 6G0.
(4) (jliomcl, Clinique médicale, t. II, p. 395.
1210 SfiMÉIOLOGIE.
Ces vomissements sont quelquefois très-tenaces. J. Frank fut appelé chez une femme qui habitait une boutique sombre et qui était sujette depuis sept ans à des vomissements opiniâtres. Tl crut, à tort ou à raison, reconnaître une aflection rhumatismale, et il prescrivit des pédiluves, des lotions nitro-muriatiques, selon la métliode de Scott; à l'intérieur, l'usage de poudres composées de fleur de soufre et de magnésie calcinée, par-dessus lesquelles la malade prenait une tasse de boisson acidulée. En peu de jours les vomissements cessèrent et la santé se rétablit (1).
On a vu quelquefois la suppression d'hémorrhoïdes habituelles ou de sueurs amener des vomissements.
Nous classerons encore parmi les vomissements sympathiques ceux qu^oii observe à la suite des fièvres graves, des maladies pendant lesquelles on a tenu longtemps les malades à la diète et qui est une olighémie cérébrale (2). Ce sont des vomissements par inanition.
On les distingue assez facilement des vomissements nerveux, qui existent rarement seuls, et qui sont presque toujours liés à un état nerveux, aux émotions morales vives, à l'abus des plaisirs vénériens, à l'onanisme, à l'hystérie, à la dyspepsie, au dégoût, etc. Il y a dans cette sorte de vomissement nerveux ou par antipathie, vomissement que rien n'explique, des phénomènes quelquefois très-ciirieux; une odeur, un aliment, un souvenir, peuvent les provoquer. Une personne digérera une nourriture grossière, tandis qu'elle vonin-a des aliments légers, et cela après un temps plus ou moins long, variant de quelques heures à deux ou trois jours.
Vomissements symplomatiques. — Les vomissements symptomatiques sont moins fréquents que les vomissements sympathiques. Ils se rencontrent dans la plupart des affections qui ont pour siège les différentes membranes de l'estomac, telles que la gastrite aiguë ou chronique, la gastrite simple ou toxique, le ramollissement blanc de l'estomac, l'ulcération de la muqueuse stomacale, les loiih bribs, le ténia, les dégénérescences organiques épithéliales ou cancéreuses du cardia et du pylore. On peut y joindre le vomissement par indigestion, aloi-s qu'il y a réplétion de l'estomac et tiraillement de ses fibres par la trop grande quantité d'aliments; le vomissement produit par un oi)slacle mécanique, par la hernie de l'estomac, etc. Ou trouve au musée médical de Vienne une piecc anatomique dans laquelle l'appendice xiphoïde du sternum luxé comprimait l'estomac et avait amené des vomissements. (J. P. Frank.)
Existe-t-il un vomissement critique? Cela n'est pas généralement adm.s^ Hippocraie avait cru remarquer que certaines maladies cessaient a la sui e vomissements spontanés. Il voulut dans certains cas imiter la nature et lit ^o ^^^ pour détourner les grandes suppurations internes, surtout chez les ma qui souffraient de la poitrine. C'est là le point de départ de la méthode de i.a.o dans les affections de poitrine, et de Desault pour les plaies de tete.
(Ij Barras, Trailé sur les gastralgies et les milcralgies, p. àib. Pans, i^^^"^^* (2) E. Louclml, Ve l'clal nerveux ou nervosisnve. Paris, un vol. iu-8, p. 0 •
SIGNES FOURNIS PAR LE VOMISSEMENT. l^^l^
Forme et matière des vomissements. — Le vomissement est d'autant plus facile que le sujet est plus jeune, plus faible ou plus impressionnable. C'est ce que F. Hoffmann avait remarqué. Infantes prœ adultis, feminœ prœ mris, et viri laxioris habitus.
Le moment de l'apparition des vomissements est une chose importante à noter, car il dépend souvent de la cause et de la nature du phénomène. 11 a lieu au début des maladies inflammatoires comme accident sympathique ; il est régulièrement ou irrégulièrement intermittent s'il est lié à une affection organique du cerveau, à une maladie des voies biliaires, etc.; d'autres fois il est chronique, ét se reproduit à chaque instant : c'est lorsqu'il dépend d'une maladie nerveuse ou organique.
Le vomissement n'amène presque jamais la mort par lui-même, excepté dans certains cas de grossesse ou de nervosisme chronique (1) ; il cesse avec la maladie principale s'il est sympathique ; avec la lésion organique qui le produit s'il est syraptomatique.
Il faut encore étudier le vomissement sous le rapport des matières vomies, de leur quantité, de leur qualité.
Ces matières sont plus ou moins abondantes ; elles varient depuis quelques cuillerées jusqu'à plusieurs livres, et l'on y trouve un grand nombre d'éléments hétérogènes. Ce sont :
1" Des aliments, plus ou moins bien digérés; dans l'indigestion, dans le cancer du pylore, dans l'ulcère chronique de l'estomac;
2° Des mucosités neutres, ordinairement acides, plus ou moins filantes, ressemblant à un blanc d'œuf non cuit, quelquefois striées de sang rouge ou noir; dans la gastralgie, la gastrite, dans le développement anomal des follicules de l'estomac, dans l'hypertrophie de la muqueuse gaslrile, etc. ;
3" matières bilieuses jaunes ou vertes porracées; dans les affections aiguës commençantes, dans la gastrite, etc. ,
lx° Des matières blanches, dites cholériques, semblables à une décoction d'orge ou de riz;
5° Dgs matières stercora les, jaunes, liquides, infectes; dans les hernies de l'intestin, dans les invaginations, etc. ;
6° Des matières ensanglantées, depuis quelques filets de sang jusqu'à 300, ÛOO et même 1000 grammes de sang pur; dans les hémorrhagies supplémentaires, dans le scorbut, dans la fièvre jaune, dans l'ictère grave ou atrophie jaune aiguë du foie; dans la rupture de vaisseaux artériels ou veineux provenant de i l'estomac, du foie, de l'épiploon, etc. ;
7" Des inatières noires, semblables à du marc de café, à de la terre ou de la suie délayée dans l'eau ; dans certaines gastralgies, dans la lièvre jaune et dans les cancers ulcérés de l'estomac ;
8» Du pus; dans la suppuration des parois de l'estomac, dans les abcès du foie, des reins ou d'un autre organe s'ouvraut à l'intérieur de l'estomac;
(1) E. Boucliut, ouvrage cité.
SÉMÉlOr.OGlE.
9" Des fausses membranes; dans la gaslritc pseudo-membraneuse, dans l'œsophagite coueuneuse, dans les aphlhes;
10° Des corps étrangers, provenant de l'intérieur, soit des vers, des kystes à échinocoques, des végétaux infusoires ou sarcine; provenant de l'extérieur, des balles, des fourchettes, des aiguilles, etc.
Les matières vomies sont acides, alcalines ou neutres : acides, lorsqu'il y a inflammation de l'estomac, au début de fièvres graves ; alcalines dans les affections chroniques, les dégénérescences organiques, etc. ; neutres dans la gastrorrhée ou pituite, dans la dyspepsie, etc.
Nature du vomissement. — Un des points les plus importants de l'histoire du vomissement, c'est le diagnostic différentiel des causes qui le produisent.
Pour y arriver, il faut envisager le vomissement sous le point de vue le plus général, considérer s'il existe avec ou sans fièvre : dans le premier cas, il peut être symptomatique d'une gastrite, ou se trouver sous la dépendance d'affections aiguës commençantes. Si le vomissement est sans fièvre, il faut examiner la nature et la qualité des matières vomies, le moment où se produit le phénomène ; chercher s'il y a quelque lésion organique à l'épigastre ou dans le voisinage ; si les fonctions digestives, circulatoires, encéphaliques, ne sont pas troublées; s'il n'y a pas d'altération dans les sécrétions; si la peau a conservé sa coloration normale ; s'il y a une métastase goutteuse rhumatismale ou dartreuse ; s'il y a des cohques hépatiques ou néphrétiques; s'il y a affecliou de l'utérus ou grossesse. On s'informera encore des habitudes du malade, de sou genre de vie, de sa nourriture, etc. Le résultat de ces recherches et les antécédents du malade indiqueront la cause du phénomène morbide et les moyens d'y remédier.
Dans les affeclionç organiques du cerveau, par exemple, le vomissement est souvent le premier indice de l'altération cérébrale, et ce sont les phénomènes concomitants et la cérébroscopie qui donnent toute la certitude et toute la précision désirables au diagnostic. Ainsi, dans l'exostose syphilitique, les antécédents, les douleurs nocturnes, indiquent le traitement à prescrire. Si la tumeur est cancéreuse, les vomissements quelquefois opiniâtres dureront depuis longtemps ; on pourra observer la couleur jaune-paiile, caractéristique de la peau, un changement d'humeur dans l'esprit du malade, quelques douleurs névralgiques, de la migraine, de la paralysie, etc. Si la tumeur ou si la maladie est tuberculeuse il y aura peut-être des tubercules de la choroïde, mais parioui l'ophthalmoscope devra aider le diagnostic. Comme je l'ai démontré, on irou\o alors les traces d'une névro-rétinite caractéristique delà maladie cérébrale, c le fait que j'ai rapporté plus haut on est la preuve.
Si, après le vomissement, la peau devient jaune, ictérique, ainsi que les conjonctives et la face inférieure de la langue; s'il y a tension et douleur a I hypochondre droit avec des urines ictériques, les vomissements sont un des Mgii^^ de l'affection calculcusc de la vésicule biliaire. Lorsqu'on même temps il y ^ la fièvre, il faul craindre une hépatite et un ictère grave ou atrophie jaune aigtn du foie.
Si le vomissement esl lié à une disposition rhumatismale, on le reconnaîtra aux antécédents du malade, à l'absence de réaction fébrile, à l'épigastralgie s'exaspérant par la pression, à la nullité d'inHuence du régime alimentaire et à l'augmentation ou à la diminution des douleurs par suite de certaines conditions atmosphériques. S'il est de nature dartreuse, les antécédents, la disparition de dartres coïncidant avec l'apparition des vomissements, qui cesseront sous l'influence d'un régime antistrumeux, faciliteront le diagnostic.
Les symptômes nerveux concomitants, la coïncidence d'une névralgie, un trouble dans quelques sécrétions, des urines claires, citrines, abondantes, la constipation, etc., la faculté de reprendre de la nourriture peu de temps après avoir vomi, etc., tous ces symptômes sont caractéristiques des vomissements nerveux .
Quelquefois cependant les vomissements existent sans que rien puisse les expliquer. Roux vit une jeune fille affectée de vomissements muqueux et alimentaires, elle succomba au bout d'un mois, et à l'autopsie on ne put rien trouver pour en expliquer la cause. Pinel (1) rapporte un fait analogue chez une femme de trente-sept ans, qui, à la suite de chagrins domestiques, fut prise de vomissements opiniâtres, auxquels la mort seule mit un terme. A l'autopsie on trouva l'estomac sain, le pylore un peu rétréci, mais sans augmentation d'épaisseur. J'ai vu à la Pitié, dans mon service, mourir une jeune fille de vingt-deux ans, à la suite de vomissements incoercibles, et chez laquelle la uécropsie ne me fit rien découvrir de matériel dans les tuniques de l'estomac ni dans aucun des autres organes, tels que l'utérus, le cerveau, etc.
Si les vomissements sont sanguinolents, il faut chercher h reconnaître s'ils sont produits par une exhalation de la muqueuse stomacale sans lésion matérielle, ou bien s'il y a rupture de quelques gros vaisseaux artériels ou veineux. Quelquefois on a vu des malades vomir du sang qu'ils buvaient en cachette, pour faire croire h une maladie.
Si le vomissement de sang est produit par exhalation, sans lésion appréciable, il y a presque toujours des phénomènes précurseurs. Tantôt l'hématémèse est supplémentaire, d'autres fois elle est sous la dépendance d'un état nerveux très-prononcé. Dalmas raconte avoir vu, en 1829, à la Charité, une jeune fille d'un tempérament nerveux exagéré, qui, effrayée, au moment de ses règles, fut prise subitement de vomissements de sang ; ces vomissements se répétaient sous l'influence de la moindre émotion, d'un reproche, d'un retard à obtenir ce qu'elle demandait. D'autres fois encore, il y a hématémèse dans le cours de maladies aiguës ou chroniques, dans la fièvre jaune, dans le scorbut. Dans ces deux derniers cas, on peut ranger l'hématémèse dans la classe des hémorrhagics asthéniques ou passives.
Lorsque le vomissement a lieu sans phénomènes précurseurs, il est presque toujours le résultat d'une rupture des vaisseaux artériels ou veineux. Dans ce cas, l'hématémèse peut se reproduire avec la plus grande facilité; clic dure
(I) Pincl, Nos. phil.; t. 111.
i2iU
SÉMÉIOLOGIE.
pendant quelques heures, pendanl quelques jours et même ))eiidanl quelques • mois. Bricheteau a observé à Neckcr, en lS5!-\, un cas assez curieux d'iiéniatémèse répétée, causée par l'ouverture des veines de l'estomac. L'autopsie du sujet, âgé de quarante et un ans, démontra que « les parois du viscère n'étaient le siège d'aucune altération de nature cancéreuse, mais que dans l'épaisseur de ces parois rampaient des veines variqueuses, plus volumineuses sur la face posérieui'e. Sur celte partie, "on observait plusieurs cicatrices d'ulcérations an^ ciennes, paraissant avoir intéressé la muqueuse seulement : l'une d'elle, de date toute récente, conduisait dans la cavité d'une veine volumineuse située sur la partie médiane de la face postérieure de ce viscère. »
Le diagnostic est plus obscur quand le malade vomit des mucosités fdantes. Y a-t-il gastrorrhée? y a-t-il gastrite chronique et vers de l'intestin? ulcère de la muqueuse ? Il est difficile de se prononcer d'une manière formelle ; cependant les antécédents du malade, son genre de vie habituel, pourront faciliter le diagnostic.
On se rappellera que, dans la gastrorrhée, le flux muqueux plus ou moins abondant (de 50 à 1000 gr.) a lieu le plus souvent le matin à jeun^ quelquefois immédiatement après le repas, sans madères alimentaires ; que généralement les digestions sont bonnes, tandis que, dans la gastrite chronique, il y a eu souvent une gastrite aiguë pour point de départ ; que les digestions sont pénibles, que l'épigastre est souvent douloureux, et qu'après un certain temps la constitution du malade se détériore, que la peau devient souvent terne, pâle, mollasse, etc.
Pronostic du vomissement. — Les vomissements sont plus ou moins graves, selon la nature de leur cause. Quelquefois cependant ils persistent avec une opiniâtreté désespérante, et peuvent, comme je l'ai dit, se terminer par la mort, sans qu'une lésion grave, en apparence, ait pu faire pressentir cette issue funeste.
Thérapeutique du vomissement. — Selon que les vomissements compliqueul une maladie, annoncent ou constituent la maladie elle-même, ils réclament un traitement spécial.
Si le phénomène ne tient point à une affection inflammatoire, on emploiera avec succès les opiacés, les narcotiques, les antispasmodiques. Les opiacés se-, ront administrés à doses répétées, assez fortes et longtemps continuées ; à l'extérieur les mouches d'opium, la morphine par la méthode endcrmique, les emplâtres de thériaque, etc. Ces médicaments calment l'éréthisme nerveux et facilitent la tolérance des mucosités gastriques.
Les antispasmodiques sont aussi administrés avec avantage dans ce dernier cas ; mais leur action, plus prompte, est aussi plus fugace. On prescrit l'éther sulfurique, la liqueur d'Hofi'mann, les perles d'éther, le colombo, etc.
D'autres fois, il faut relever les force de l'organe alTaibli; on aura recours aux toniques, aux spiritueux, au quinquina, aux vins d'Espagne, aux infusions, amères et aromatiques, à la quassia amara, à la menthe, à la gentiane ; s'il y a chlorose, aux ferrugineux, aux préparations ferro-manganiques, etc. Les bois- $ons froides réussissent souvent ; le bouillon gras froid et dégraissé, les gelées
dé viandes, la gelée de lichen au quinquina, rendent parfois de grands services. Dans les vomissements cholériques, on conseille la glace pilée, les préparations gazeuses, l'eau de Seltz, la potion de Rivière. On applique quelquefois heureusement à l'épigastre la glace pilée et conservée dans une vessie. ' S'il y a acidité des voies digestives, on prescrira l'eau de chaux coupée avec le lait, l'eau de Vichy, l'eau de Seltz, la poudre d'yeux d'écrevisses, la magnésie anglaise pure ou associée au sous-nitrate de bismuth.
Le sulfate, le valérianate de quinine, sont (heureusement employés dans certains vomissements intermittents, mais s'il y a des lombrics ou un ténia, c'est à la santonine ou aux ténifuges qu'il faut s'adresser.
Aux vomissements opiniâtres qui se développent pendant la grossesse on opposera l'extrait de belladone appliquée sur le col de l'utérus. On a cité quelques succès par l'usage du lait clair à jîetites doses : ce moyen bien simple a réussi plusieurs fois entre les mains de M. le docteur JoUy (de (Château- Thierry). Dans des cas semblables, M. Ameuille (1) dit avoir employé avantageusement les boulettes de viande crue, hachée, pilée et tamisée.
D'autres fois le vomissement est provoqué dans un but thérapeutique. Le vomissement guérit le vomissement [vomitus vomilu curatur). Il peut arriver qu'il y ait altération dans la sécrétion des sucs gastriques ; quelques doses légères d'émétique peuvent rétablir les sécrétions. Barras a vu un capitaine de la garde royale atteint de vomissements fréquents, revenant par accès avec nausées continuelles, il se mettait les doigts dans la bouche pour se soulager. Les antiphlogistiques, les révulsifs, les opiacés, les antispasmodiques, avaient été employés inutilement. Le tartre stibié fit disparaître les accès. J'ai vu plusieurs cas de ce genre.
Rien n'est si bizarre que le traitement du vomissement nerveux. Si les vomissements disparaissent souvent avec la cause qui les a produits, le vomissement nerveux résiste quelquefois avec une rare opiniâtreté au traitement rationnel. Barras (2) en a cité de nombreux exemples. Ici, c'est un nioxa à l'épigastre qui amène la guérison, là c'est le repos pris dam un bain prolongé (de 7 à 8 heures); ce sont les bains de vapeur aqueuse, le suc d'aliments grossiers, lorsque les aliments les plus légers n'étaient pas tolérés.
Si le vomissement est le résultat d'un vice humoral, on tâchera de neutraliser ou de combattre par des remèdes spécifiques le |)rincipe morbide fixé sur l'estomac. On prescrira un traitement antirhumatismal, antigoutteux antisyphilitique ou antidartreux : les révulsifs, les vésicatoires, etc., et tout ce qu'on ('mploie généralement contre ces diathèses, dont les manifestations très-mobiles sont si dangereuses.
(1) kmcnxWc, Vnim médicale, novembre 185/1.
(2) Barras, Traité sur les gastralgies et les ontéralgies, Paris, 1839-44.
SÉMÉIOLOGIK.
SECTION XI