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DE L'INFECTION

Les médecins ont donné le nom iVinfection tantôt à l'altération spéciale de l'atmosphère qui produit les maladies, et tantôt à l'action toxique exercée par cette altération sur la santé, plaçant ainsi, à leur volonté, l'infection au dehoi-s ou au dedans de l'organisme. C'est une erreur. D'autres réunissent ensemble l'infection et la contagion, et il en résulte une confusion extrêmement nuisible aux progrès de la science.

L'infection est un mode particulier de propagation des maladies comme la contagion; c'est une manière d'agir des causes spéciales, que j'ai fait connaître en parlant des épidémies, des effluves, des miasmes, des virus et des maladies

DE l'infection.

virulentes. Je vais m'en occuper de nouveau, et je m'efforcerai de déterminer l'idée qu'il faut attacher au mot d'infection, — de connaître ses causes et son influence sur le développement des maladies. J'indiquerai ensuite les différentes espèces de maladies infectieuses.

L'infection est une altération de l'atmosphère par des effluves, par des germes invisibles d'infusoires parasites, et par des émanations putrides ou miasmatiques avant pour résultat l'apparition d'une maladie épidémique.

Je réunis à dessein le fait de l'altération de l'atmosphère et celui de son influence sur l'économie, car on ne peut les séparer : l'infection de l'air qui ne rend pas malade concerne la chimie et ne regarde point la médecine, et la maladie produite par l'altération miasmatique de l'air n'est pas plus l'infection que le produit de la fécondation n'est la fécondation elle-même, et que l'effet n'est semblable à sa cause. Donc l'infection est un mode de développement des maladies ayant pour cause une altération spéciale de l'atmosphère, donnant heu à une impression morbifique correspondante.

On a voulu, très à tort, séparer ou réunir absolument l'infection et la contagion. Il en est résulté de graves inconvénients. Ces deux modes d'étiologie morbide se touchent en plus d'un point où ils se confondent, et ils se séparent ailleurs d'une façon très-distincte. — Il y a des infections atmosphériques qui ne produisent leur effet que dans leur foyer d'origine, sans reproduction possible du germe infectieux au sein de l'économie, dans les oi'ganes affectés. Exemple : l'infection effluvique, qui engendre les fièvres intermittentes, ne reproduit jamais chez un fébricitant l'eflluve maremmatique. — Il y a des contagions qui ne se font que par contact direct, au moyen d'un germe que l'on se communique directement. Exemple : la syphilis, la rage, etc. — Il y a enfin des infecto-contagions, c'est-à-dire des maladies primitivement engendrées par l'impression atmosphérique d'effluves ou de miasmes nésiiors de l'homme, courant à de grandes distances, et qui reproduisent dans l'homme un miasme capable de reproduire et de propager à son tour la maladie qui lui a donné naissance. Tels sont le typhus, les fièvres éruptives, la peste, le choléra, la fièvre jaune, etc. — Si ce que je viens de dire est exact, il est aussi impossible de séparer que de réunir l'infection et la contagion. — Ces deux modes de propagation des maladies existent d'une manière distincte pour quelques-unes d'entre elles, qui se propagent exclusivement par infection ou par contagion dans la plus sévère acception de ces mots, tandis que, pour d'autres, au contraire, ils se confondent absolument, de sorte qu'elles se propagent absolument par contagion et par infection. — Il en résulte des maladies infectieuses, des maladies confagieuses et des maladies infecto-contagieuses. Je reviendrai un peu plus loin sur ce sujet.

Je sépare de l'infection ainsi déterminée l'influence morbifique d'une atmosphère viciée par des gaz on des corps bien connus, dont l'action toxique sur l'homme constitue un simple empoisonnement. Les vapeurs de mercure, de chloroforme, le gaz acide carbonique, l'iiydrogène carbonné, sulfuré, etc., répandus dans l'air, produisent des accidents rpercuriels et plusieurs sortes

d'asphyxie qui sont des empoisonnements,- et non pas des infections. 11 n'y a pas là d'agent infectieux .oa ÛG- ferment .morbifique compavabh à celui qui • existe dans les eflluves et les miasmes que je viens de mettre en cause. - Dans l'infection il y a donc : 1° une altération de l'atmosphère produite par des effluves et des miasmes nds de la 'production des ferments morbifiques, ou de la putréfaction de matières végétales ou animales, ou enfin de l'entassement d'un grand nombre d'individus dans des lieiix malpropres ou mal aérés ; 2" et une im ". pression de celte atmosphère viciée sur l'homme, qui se trouve atteint de maladie épidémique, en vertu d'une aptitude. ou ;d'une opportunité particulière à chaque individu, car tout' le monde ne subit pas également cette impression morbifique. Ce sont ces deux conditions réunies qui. caractérisent ce qu'en médecine, avec Ozanam, Roclioux, Monneret, etc. , il faiit appeler du nom d'infection.

On a jusqu'ici beaucoup discuté sur la nature des modifications subies par l'atmosphère au moment où existe une maladie infectieuse. Je les ai indiquées en parlant des impressions effluviques, miasmatiques et névrosiques. Ce sont: 1" Des effluves ou émanations des marais, dans, les pays couverts d'eau. et dans les terres fraîchement remuées (fig. 1, 2, 3, k et 5); émanations végétales qui produisent l'infection de l'atmosphère dans des .circonstances spéciales, et qui engendrent les fièvres intermittentes, pernicieuses, , rémittentes, continues et pseudo-continues des pays chauds; la fièvre jaune, que l'on voit intermittente et rémittente dans quelques localités ; la dysenterie, qui existe surtout dans les pays de fièvres ; le choléra, la peste, etc. 2° Des émanations putrides, remplies de germes bactériques (fig. 6), qui naissent des matières animales en voie de décomposition et qui se répandent dans l'atmosphère; elles ne sont pas mieux connues dans leur nature que les effluves, mais elles sont tout aussi manifestes par leurs fâcheux résultats. . Au moment de l'exhumation des cadavres enterrés dans .le cimetière des Innocents, beaucoup.de. personnes, exposées : à l'impression des émanations putrides, qui s'échappaienf de la terre,- furent prises de fièvres graves et . mortelles.' Des . fossoyeurs ont succombé en faisant -, des exhumations, et ils. y prennent : souvent des maladies fort dangereuses. Des hommes employés à ensevelir, au bout: de quelques jours les cadavres de soldats morts dans une bataille ont. été pris.de. fièvres;et dysenteries graves (1). Tous les jours,- des médecins,. des. élèves en cours d'études anatomiques, contractent, des diarrhées,'- des .dysenteries et des fièvres . typhoïdes, qui en font périr, un grand nombre. S";!! y a . enfin .des ; miasmes également remplis de germes bactériques qui sont jetés dans l'atmosphère par l'homme vivant ou malade..Ce sont des agents spécifiques, qui produisent des maladies septiques, suppurantes, gangréneuses, ou des maladies spécifiques et zymotiques; telles que la variole, le typhus, la rougeole, la scarlatine, etc. On a vu des honmies entassés en trop.grand nombre dans un lieu étroit et mal aéré, infecter l'air et;se. donner le typhus.: Dans les assises d'Old-Bayley (11 mai 1750), presque tous les assistants

(1) .Fournier et Vaidy,- Dictionnaire des sciences médicales. Paris, - 1814, • tome X, ;p.;.315, art. Dysenteiue.' : ' .

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périrent excepté ceux qui étaient • à ia: droite du président, près .duqiiel se trouvait 'une fenêtre ouverte. A la suite du procès du libraire Jankins, jugé à Oxford, trois cents des personnes -qui assistaient; aux assises .moururent de typhus ' Après ' Austerlitz.-. sur trois ; cents prisonniers russes\ enfermés dans un ca\^au, ily:en eut:deux ceiit : soixante: qui-périrent. Il suffit- d'augmenter un peu trop le nombre de lits, d'un: hôpital) pour rendre les maladies plus graves, leur donner la forme putride,: adynamique ou ataxique,; et augmenter la mortalité. C'est à. l'encombrement; des: salleslde chirurgie qu'il faut^rap'porter le grand nombre d'érysipèles .traumatiques, les suppurations de mauvaise nature, la non-réussite des réunions par première intention, la résorption purulente, la pourriture d'hôpital,- elc Lorsqu'à l'Hôtel-Dieu le nombre des malades confiés aux soins de :Dupuytren s'élevait de deux cents à deux cent vingt et trois cents, la pourriture et les fièvres de mauvais caractère se montraient immédiatement.' A- l'hôpital de Constantinople, les plaies, habituellement belles, étaient, comme les opérations, 'suivies de bons résultats, de cicatrisalions rapides et de réunions immédiates fréquentes ; mais arrivent l'expédition I de Crimée et l'encombremeni'de l'hôpital, en 1855, aussitôt les plaies suppu- ■ rent, il n'y a plus de réunions immédiates, il survient des gangrènes, des pourritures et une mortalité considérable; Toute la scène a changé sous l'influence du méphitisme nosocomial.' C'est' à l'encombrement des hôpitaux de l'enfance et des femmeS;en couches, établis contrairement aux avis réitérés de la science, que l'on doit la mortalité de .l'hospice" des' Enfants trouvés, la gravité des maladies à l'hôpital des Enfants,. et ces terribles fièvres puerpérales qui font périr tant de femmes, à l'hôpital des Cliniques et à la Maternité de Paris (1). La même faute de l'administration' nous i a valu', dans l'épidémie cholérique de 1853, terminée en décembre, une réapparition en février 185^1, qui a répandu ce fléau dans tout Paris et en France, où il a fait périr cinquante mille personnes, qui ;n'eussent; peut-être pas succombé sans cette infraction aux lois d'hygiène. C'est enfin 'à- l'encombrement des grandes villes qu'il faut rapporter la présence de ces maladies épidémiques infectieuses ou contagieuses, telles que la variole, la scarlatine, la" rougeole, la fièvre typhoïde, la coqueluche, etc., qui s'y trouvent en permanence à' des degrés différents d'intensité et de fréquence, et qui n'en doivent jamais sortir. La quantité si considérable d'ouvriers appelés à Paris depuis quelques années par les magnifiques travaux qu'on y a exécutés est cerlaineiTient la cause de l'épidémie de fièvre typhoïde qui, des classes inférieures, a fini par remonter et atteindre un assez grand nombre de personnes des classes supérieures de la société.

Les effluves et les miasmes simples ou spécifiques qui constituent Vinfection > sont encore peu connus dans leur nature, bien que le microscope ait révélé . plusieurs des éléments qui entrent dans leur composition (fig. 1, 2, 3, /i, 5 I et 6). Ce sont des causes expérimentales que l'on ne peut juger que par I leurs efl"ets sur l'organisme, et l'on s'élève par degrés de la connaissance de

: (1) De la fièvre puerpérale. Commmicalions à l'Académie de médecine. Paris, 1858.

certains troubles morbifuiiics à la nécessité d'une cause mépliitique destinée à expliquer leur développement. Si les dillérenles analyses (|ui ont été faites des etlluves par Vauquelin, Savi, Moscati, Brocclii, lligaud de l'isle, Gigol-Suard ; du pus virulent et des virus par Donné (1); de l'air d'une salle d'iiôpital par Leblanc, n'ont donné que des résultats incomplets sur les causes, la spécificité des agents infectieux ; en revanche^ elles nous ont fait connaître la composition chimique du pus, la composition de l'air des marais et de l'air d'un endroit où beaucoup de monde a respiré pendant quelques heures. Je ne crois pas plus à la spécificité de la matière floconneuse albuminoïde des eflluves, étudiée par Brocchi et Rigaud de l'Isle, qu'à la spécificité produite par l'augmentation de l'acide carbonique de l'air dans une salle encombrée de malades, à la spécificité d'action de l'ozone ou à la spécificité des détritus végétaux, des eilluves ou des monades et bactéries de certains miasmes. Toutes ces conditions ne sont qu'une partie de la vérité, et elles ne révèlent pas plus la cause de l'infection qu'elles ne font comprendre la diversité des maladies infectieuses. L'analyse de l'air d'un camp, ou d'une ville comme Paris, pourra donner des chiflres diiïérents sur la quotité des éléments constitutifs de l'atmosphère ou révéler son altération par des particules végétales et par des infusoires végétaux et animaux ; mais elle n'apprendra rien sur le mode de développement de dix ou vingt maladies infectieuses qui peuvent exister h la fois dans le lieu où l'air a été recueilli.

Pourquoi, au même moment, règne-t-il à Paris des rougeoles, des varioles, des diphthérites, des coqueluches, des érysipèles, des'scarlatines, des varicelles, des fièvres typhoïdes, etc. On n'en sait absolument rien, et la présence des différentes espèces de germes de monades ou de bactéries, pas plus que la différence de composition de l'air, n'apprend rien de précis à cet égard.

Ainsi, dans ses intéressantes recherches, M. Leblanc (2) ne trouve dans l'air altéré par la respiration d'un grand nombre de personnes que ce qu'on s'attend à y rencontrer, moins d'oxygène et plus d'acide carbonique. Cela suffit pour expliquer certains accidents de l'encombrement, tels que la pâleur, les malaises, la syncope, l'asphyxie et la mort ; mais cela ne rend pas compte du développement des dilférentes maladies infectieuses que nous observons au même moment. J'en dirai autant de la présence des germes bactériques de l'ozone dans l'air, auquel on rapporte déjà toutes les épidémies, et surtout celles de fièvre typhoïde et de choléra, ainsi que la mortalité plus grande des différentes maladies ordinaires. Ce corps nouveau a peut-être une grande influence sur les mouvemenis organiques, mais elle est inconnue, et, en tout cas, il ne peut dans son unité servir de moyen d'explication au grand nombre d'effets difl'érents qu'on lui attribue déjii.

D'autres hypothèses ont encore été émises sur la nature de l'agent infectieux

(1) Donné, Cours de microscopie complémentaire des études médicales. Paris, 1844. Atlas du cours. Paris, 18^5.

(2) Leblanc, Rccherclies sur la composition de Vair confiné (Journal de pharmacie et de chimie, 3"^ série, t. V),

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oui Droduit les épidémies. U tUovie ferment animal, de Fréd. IIolTmann, a été reorise par Pariset, Dumas, Monnerct, etc. ; mais elle n'a pas encore reçu ksmct on des preuves qui seraient nécessaires pour faire entrer les maladies zvmotiQues dans la science. Il est certain que les matières végétales ou animales, aui se corrompent et infectent l'air, sont robjet d'une fermentation putride spéciale- mais cette fermentation produit-elle un ferment volatil qui se répand dans i'atmosphére de façon à constituer les cflluves et les miasmes? Cela est possible et probable, mais cela n'est pas démontré. Le développement rapide des miasmes leur multiplication en quantité considérable, leur dissénnnation si prompte' leur eiïet si soudain et si mystérieux, tout cela milite plus en faveur de l'action d'un atome de ferment animal volatil que de l'absorption d'une grande dose de poison miasmatique produisant ses effets épidémiques. Je ne pourrais jamais comprendre l'atmosphère remplie de dix h quinze miasmes substantiels assez violents pour produire la mort de plusieurs milliers d'individus en quelques mois, comme on l'a vu dans le choléra, la fièvre typhoïde, la scarlatine, la rougeole, etc., de 1853 et ISS^i, à Paris. Une atmosphère ainsi saturée de corpuscules toxiques en quantité proportionnelle au développement et à l'intensité d'une épidémie est une chose absolument incompréhensible. On comprend mieux l'action d'une dose infinitésimale de ferment infectieux, qui, après l'impression produite sur l'organisme, s'y reproduit par fermentation très-rapide en quantité considérable, au point d'altérer les fonctions et de détruire les ressorts de la vie. Il n'est plus nécessaire alors de répandre dans l'atmosphère une quantité de miasmes telle, que chaque individu doive en absorber une dose suffisante pour Gtre malade. Dans la théorie de la fermentation, il suffit de la moindre partie de ferment absorbé pour que, reproduite au centuple, elle développe la maladie zymotique spéciale qui lui a donné naissance. C'est un mode d'impression auquel correspond la réaction organique qui engendre les maladies infectieuses. Sans prétendre résoudre cettequestion encore insoluble, il me semble qu'il y a quelque chose de vrai dans la théorie de Fréd. Hofi'mann, et je rapporte volontiers à la fermentation animale causée par un ferment volatil né de chaque maladie l'infection de l'atmosphère qui engendre toutes les maladies infectieuses et épidémiques constituant les maladies zymotiques.

En dehors de ces hypothèses il faut se bornera étudier l'infectieux, c'est-à-dire les effluves, les miasmes et toutes les autres causes d'infection comme des causes expérimentales dont on cherche les lois de développement et de propagation.

Vinfectieux des effluves, des émanations putrides, de l'encombrement et des miasmes, est li leurs éléments méphitiques ce que le virus est aux cellules de pus. Il y est incorporé dès l'origine et ne les constitue pas. Il se développe dans les circonstances spéciales que j'ai indiquées précédemment et se déplace au moyen de l'air, dans lequel il est en quelque sorte suspendu. D'une manière générale on peut dire que la chaleur lui donne infiniment plus d'intensité que le froid, ce qui justifierait assez ceux qui n'y voient qu'un ferment. Entraîné par les courants de l'atmosphère, il obéit un peu à la direction des vents, et il en est un certain nombre dont on peut se garantir par des obstacles matériels jetés entre

iin4oyer, d'infection.et le Jieu.qu;on habite., Que;de,;fqis le;reboisement d'uu pays iiueniiédiaire entre, une ville et un marais i/ifectant- n'a-t-il pas suffi pour l'aire disparaître une épidémie de fièvres intermittentes ! Tout le monde connaît ce trait de génie d'Empédocle d'Agrigente, qui préserva pour toujours ses compatriotes de la fièvre qui les décimait, ■ en faisant combler une vallée par où passaient des - effluves, marécageux apportés de loin par les \enls.V infectieux étend ordinaiiement son action et se concentre dans les villes, dans les pays de plaines basses, humides, et dans les vallées sombres; il n'arrive que plus rarement sur les montagnes et dans les pays élevés, bien qu'il puisse facilement y atteindre. Il suit souvent dans sa marche la direction des cours d'eaux et des vallées. Bien des fois on a essayé d'apprécier la hauteur à laquelle il peut s'élever dans l'atmosphère ; et, à propos de l'infectieux des effluves, M. Vorms a estimé à 500 mètres de haut et à 550 de large le déplacement qu'il pourrait subir. Pour d'autres, la sphère du déplacement est moindre. Je me hâte de dire qu'il n'y a rien de précis dans cette opinion. Le seul fait certain consacré par l'observation, c'est que tous les infectieux, quelle que soit leur nature, se développent moins aisément et ne viennent que très-rarement dans les pays situés sur les hauteurs. D'après M. de Ghampesme, la quantité et l'activité de l'infectieux décroissent en raison directe du cube des distances du foyer d'où il part. C'est là une de ces lois de fantaisie comme il y en a tant en médecine, et qui n'existent que dans l'imagination de ceux qui les promulguent. , L'infectieux, ordinairement suspendu dans l'atmosphère, s'incorpore quelquefois à des substances liquides ou solides, telles que de l'eau, des vêtements, des meubles, des étoffes de laine, de coton, les murailles d'une chambre et les ustensiles à l'usage (Jetons. C'est ainsi qu'il se propage quelquefois d'un heu à un autre à travers de grandes distances. Tous les infectieux ne sont pas susceptibles de se fixer ainsi à des solides ; aussi celui des effluves ne peut jamais être transporté par ce moyen. Il n'existe qu'à l'état de suspension dans l'air ou de dissolution dans l'eau, et avec elle pourrait être emporté au loin, ainsi que cela résulte d'un très-grand nombre d'expériences. On gagne la fièvre intermittente en buvant l'eau des marais. Les autres infectieux sont mêlés tantôt à l'air, et tantôt à des liquides ou à des soUdes. Celui de la peste peut être porté par des corps soUdes ayant touché ou appartenant à des pestiférés. Celui delà morve reste fixé dans les murailles des écuries, et l'on a beau renouveler les mangeoires et les râteliers, recrépirlesmuraillesàla chaux, legerme de la morve ne disparaîtjamais. Une écurie où il est mort un cheval morveux est, dit-on, une écurie à démolir. C'est à ces différentes propriétés de l'infectieux qu'il faut rattacher la division des maladies infectieuses que j'ai proposée. Aux infectieux répandus dans l'atmosphère se rapportent les maladies 2 H/ec/ie?/ses proprement dites, telles que les fièvres intermittentes, et aux infectieux de l'atmosphère pouvant être transportés parles corps vivants ou inertes, les maladies infecto-contagieuses, telles que la peste, la fièvre jaune, le choléra, la suette, le typhus, certaines maladies parasitaires, etc.

Les infectieux deviennent plus ou moins facilement morbifiques selon diffé-

de' l'infection. ■ 205

rentes circonstances particulières aux individus soumis à leur impression, selon' la résistcfiice vitale de ces individus; leur aptitude h contracter la maladie infec-' lieuse et leur immunité temporaire ou permanente. • Ils agissent d'autant plus vite,' que les individus sont plus fatigués par l'exercice musculaire, les travaux de l'esprit, les impressions morales dépressives, l'alimentation' insuffisante oumauvaise, les déplétions sanguines, la faiblesse naturelle ou acquise par des maladies antérieures. Ainsi, comme je l'ai dit en parlant des idiosyncrasies, del'habitude et des immunités morbides, il y a des personnes qui vivent longtemps au milieu de foyers d'infection sans être malades; et l'acclimatement n'est pas autre chose que l'habitude de recevoir des impressions morbifiques, infectieuses' ou autres, sans qu'il en résulte de réaction morbide. Tout le monde, à Paris, ne contracte pas la petite vérole, la scarlatine, la rougeole, la fièvre typhoïde, la coqueluche, le choléra, dont les infectieux y sont h peu près toujours en per-' manence dans l'atmosphère. Il y a enfin des immunités congénitales ou acquises par une première infection naturelle, par l'inoculation préservatrice et par des substances médicamenteuses prophylactiques.

Les infectieux spontanément engendrés ou importés de loin dans une localité y font quelques victimes, et se reproduisent en quantité considérable avec une rapidité quelquefois inouïe. Quand on pense à ce que l'inoculation d'une dose inappréciable de virus fixe reproduit de liqueur virulente inoculable, et aux milliers de personnes qu'on peut infecter de nouveau, on comprend à peu près l'influence d'une dose inappréciable d'infectieux volatil dans la multiplication de cet agent toxique. Les infectieux se répandent dans l'atmosphère, font un plus ou moins grand nombre de victimes, suivant leur nature ou leur degré d'intensité; et il en résulte alors ce qu'on appelle des foyers d'infection, nVimentés par la population malade du lieu de leur développement. Ils durent un ou plusieurs mois, puis ils perdent de leur activité, s'animent de nouveau, et disparaissent entièrement sans qu'on sache pourquoi, ou bien ils jettent des étincelles qui vont au loin, portées par le vent ou par un autre intermédiaire, allumer quelquefois de nouveaux foyers d'infection .

Transport des agents infectieux. — Si le transport des infectieux par les intermédiaires vivants ou inertes a quelquefois pour résultat la formation d'un foyer d'infection là où arrive cet intermédiaire, il n'en est pas toujours ainsi ; et beaucoup plus souvent, au contraire, la dispersion et la dissémination des habitants bien portants des foyers d'infection font cesser l'épidémie. Ce fait est même si général, que, dans les maladies infectieuses et infecto-contagieuses, la dispersion des foyers recommandée par Hippocrate a été conseillée depuis lors par tous les médecins qui ont acquis quelque notoriété dans l'observation. C'est par là qu'il faut commencer, et l'on n'abandonne jamais ce principe sans qu'il en résulte de grands désastres, ainsi qu'on a pu le voir en 1855 par la réapparition du choléra dans les salles de la Charité, où, par -une funeste décision administrative, on avait antérieurement concentré les cholériques au lieu de les disséminer. Les populations ne l'ignorent pas, et elles se sauvent dans les campagnes, comme firent, en 1854, les habitants d'Arles et de Marseille, afin de

206 l'ATHOLOGIE GÉNf'UALE.

ne pas rester dans le foyer d'iiifcction cholérique. Tous les jours dans les collèges, dans les couvents, daws les casernes, se développent des foyers d'infeclion typhoïde, scarlatineuse, variolique, morbillcuse, etc., et chaque fois la dissémiaation des habitants du foyer suffit pour arrêter l'épidéinic. L'infectieux semble se concentrer et prendre une activité plus grande par l'agglomération des individus sains ou malades, tandis qu'il s'alïaiblit et disparaît souvent par la dissémination.

Incubation. — Les infectieux ne produisent d'impressions morbifiques qu'après avoir été déposés sur la peau ou sur les muqueuses et après avoir été absorbés. Répandus daus l'air, qui est leur véhicule, ils péuètrent daiis l'organisme par les voies respiratoires, par la peau et par les voies digestives. Dans le poumon, les infectieux sont introduits avec les gaz atmosphériques destinés à l'hématose, et, à la peau, ils entrent par les surfaces des conduits sécréteurs tapissés d'un épithélium mince, plus facile à traverser que l'épiderme cutané. Dans les voies digestives, ils pénètrent au moyen des aliments ou des boissons, qui les tiennent suspendus. Partout l'impression se fait dans la trame des tissus, sur le sang qui s'altère, et dans le système nerveux, qui se trouble dans ses fonctions, réagit contre l'infectieux, et produit enfin des phénomènes morbides particuliers, en rapport avec la nature spécifique de l'agent d'infection.

L'impression des infectieux produit ce qu'on appelle des maladies infectieuses, maladies dans lesquelles on observe des phénomènes très-variés, les uns spéciaux, les autres communs à chacune d'elles. Je ne m'occuperai ici que des phénomènes communs et généraux observés dans toutes les maladies infectieuses. Ce sont : l'incubation ou germination ; l'empoisonnement ou imprégnation ; et {'élimination ou purification.

Je donne le nom ^'incubation des maladies infectieuses au temps qui sépare l'impression morbifique de la manifestation des accidents morbides. Il y a l'incubation de la variole, de la rougeole, de la scarlatine, de la fièvre typhoïde, de la suette, de la fièvre intermittente, de la peste, du choléra, la germination de l'herpès circiné, etc. Pendant ce temps, infiniment variable, l'impression produite par le poison morbide se transforme peu à peu, elle active le développement du germe infectieux à l'intérieur ou à l'extérieur, et il en résulte une maladie qui s'annonce au dehors par une invasion d'accidents morbides particuliers. On ne peut rigoureusement préciser la durée de l'incubation dans toutes les maladies infectieuses, mais les résultats obtenus pour quelques-unes permettent de croire que des recherches ultérieures finiront par éclairer ce point de la science. Ainsi, dans la fièvre typhoïde, l'incubation est de treize à quatorze jours en moyenne d'après Copland, de dix jours pour Grcgory, et de sept à soixante-douze jours d'après Haygartii. Dans la variole, elle est de sept à huit jours suivant Hunter; dans la rougeole, de vingt-quatre heures a six, vingt et ciuquante jours ; dans la scarlatine, de deux à vingt-cinq et trente jours; dans la varicelle, de un à huit jours, et, dans les fièvres intermittentes, de quelques heures à quelques mois. Elle est de douze heures à cUx-sept jours

DE L'ilVFliCTlON. 207

pour la fièvre puerpérale ; de trois à sept jours pour la maladie bos-liougroise ; de vingt-quatre heures à quinze jours pour la clavelée, etc.

L'empoisonnement, dans les maladies infectieuses, s'annonce par l'invasion des premiers symptômes; avant cet instant, l'économie, en travail, accomplit la transformation de l'impression infectieuse, soit qu'une seule dose de miasme et de mycrophytes ait suffi à la production des accidents morbides, comme dans les maladies infectieuses proprement dites, soit que la dose de poison absorbé germe à l'intérieur et reproduise au centuple l'agent infectieux, comme on le voit dans les maladies infecto-contagieuses, la coqueluche et la rougeole, par exemple. Dans le premier cas, le temps d'incubation est employé au travail latent de réaction, qui doit éclater à échéance prochaine et débarrasser l'organisme ou amener une cachexie prolongée. Dans le second, au contraire, l'incubation engendre des quantités considérables d'infectieux qui produisent l'empoisonnement spécilique de l'organisme, et se répandent dans ratmos))hère pour ajouter à l'infection qui s'y trouve.

L'empoisonnement occasionné par les miasmes est accompli lors de l'invasion des accidents morbides, et c'est lui qui produit les fièvres infectieuses, éruptives ou autres, et les maladies infectieuses non fébriles, telles que les ophthalmies, la pourriture d'hôpital, etc. Il détermine, selon la nature de l'agent infectieux, la fièvre intermittente, le typhus, la fièvre puerpérale, la méningite rachidienne, la sueite, les érysipèles, la coqueluche, le scorbut, les gangrènes, les fièvres purulentes, la morve, les ophthalmies, certaines uréthrites(l), les pourritures, etc. 11 persiste autant que la maladie infectieuse, mais il peut augmenter et faire périr les malades, ou diminuer et disparaître avec leur guérison. Il peut aussi persister indéfiniment, et former une cachexie, comme on le voit dans l'infection chronic]ue paludéenne, scorbutique, etc.

La période d'empoisonnement des maladies infectieuses et infecto-contagieuses est caractérisée par des phénomènes très-variables qui ne sont vraiment pas susceptibles de généralisation. Ici la maladie est aiguë, et offre des phénomènes d'invasion, d'éruption cutanée et de desquamation ; ailleurs l'invasion des accidents fébriles se continue, et il y a éruption intérieure sur les muqueuses, ou une suppuration dans les méninges. Dans quelques cas, la maladie est apyrétique : exemple, le choléra; ou bien elle semble locale : exemple, les ophthalmies, l'herpès tonsurant et circiné, la pourriture, etc. Fébriles ou apyrétiques, générales ou bornées à une seule manifestation locale extérieure, les maladies infectieuses ou infecto-contagieuses ne présentent point, dans leur développement, de phénomènes qu'on puisse grouper d'une manière systématique, absolue, comme je l'ai fait dans l'étude des maladies virulentes. Elles n'offi-ent qu'un seul caractère commun, qui est l'empoisonnement local ou général, et encore on ne peut dire quel est son siège ni quelle est sa nature autrement que d'une manière générale.

Il est probable que cet empoisonnement de l'organisme a le sang pour siège

(1) Gazelle médicale, 1841, t. IX, p. lOC.

•.208f - PATHOLOGIE. GÉNÉRALE.

et- :ppur véhicule, non . parce ; que," dans plusieurs -maladies infeciieuses el . infecto- contagieuses, le sang est souvent'noir,'diflluent, ;uon plastique ou rempli idelibactéries, • car .cela' n'est pas. vrai .pour .toutes : exemple,- la:diphthérie,' la coqueluche ; .mais parce qu'on . ne' comprend pas le développement de ces maladies: sans la présence dans le sang .d'une particule d'infectieux susceptible.de les engendrer. En effet,- les .nosQ/«ew?es ou altérations .de, composition du sang dans la .fièvre intermittente, je scorbut," le .typhus, la coquelùche,' l'ophthalmie càtarrhale, etc. -, ne se ressemblent en aucune façon, et ne sont point susceptibles d'expliquer la -formation i de, ces maladies. IL n'y a donc pas lieu d'admettre l'existence d'une altération spéciale de tel ou tel élément du sang, dans les maladies infectieuses, et il faut revenir,' bon gré, mal gré, . à .l'altération spécifique du. sang par l'agent inconnu que nous avons désigné sous le nom- d'infectieux.' C'est cette altération qui est . encore tout entière -à découvnr. . . . ^ , Purification:, de .V 01' ganisme. après son empoisonnement par les maladies infectieuses. — La purification d'une maladie infectieuse 'est à la fois sa guérison et la disparition complète du germe qui a produit ■ les accidents." Ainsi on peut avoir contracté une.ûèvre;intermittente>dans un pays .marécageux,-^ guérir de là fièvre, et offrir longtemps après, .dans un autre pays très-sain,' sous l'influence d'une cause occasionnelle insignifiante,: de nouveaux accès de ■ fièvre intermittente. Dans ce cas, la purification ri e&i pas entière.' Au contraire," guéri d'une maladie infectieuse, les accidents ne reviennent jamais, à moins qu'on ne retourne dans le foyer d'infection ; alors on peut dire .que la l purification est achevée. La purification peut être complète et enlever tout ce que l'incubation a produit d'infectieux dans l'organisme, de manière à le 'rendre apte à contracter une nouvelle infection; ou, au contraire,' elle est 2ncom;)/è^e,^ laisse. les individus sous l'influence de l'infectieux, sans maladie appréciable, 'et-produit, pour l'avenir, une immunité précieuse qui permet de : braver impunénient de nouveaux foyers d'infection. Ainsi un individu complètement purifié a plus tard, une deuxième fois, la fièvre typhoïde, le croup, la fièvre intermittente, le choléra, la suette, tandis que d'autres, au contraire; ont acquis, dans une première infection, une sorte d'immunité semblable à celle que donne l'inoculation à l'égard de quelques maladies contagieuses. . .

Les maladies infectieuses se divisent en deux; classes : les- ««/"ec^îmes proprement dites et les infecto-contagieuses, subdivisées en fébriles, apyrétiques, miasmatiques et parasitaires. ^ ■ •

Les maladies infectieuses sont généralement de nature effluvique, c'est-à-dire dues à l'influence d'effluves ; elles comprennent -les fièvres = intermittentes,' les rémittentes, les continues des pays chauds, 'et toutes' les maladies' paludéennes.

Les maladies infecto-contagieuses ;sont plutôt de nature miasmatique et engendrées par des émanations putrides ou par "des miasmes et des' parasites. Elles comprennent : la fièvre jaune, le choléra, la dysenterie,- la pourriture d'hôpital, le typhus, la fièvre typhoide, la'fièvre'puerpérale;-Ia'.fièvre purulentc,"'l.e'typhus cérébro-spinal, la , scarlatine, la variole,' la ' rougeole, ^ l'érysipèle, : la grippe, la diphthérie, la suette, la coqueluche,. les«&an'grènes,"':iéS:-oph'thalmiœ

DE l'infection. 209

foule d'autres que je ne puis énumércr ici, voulant me borner à fournir quelques exemples à l'appui de cette nouvelle division des maladies infectieuses. Aucune de ces maladies ne se ressemble, et elles n'offrent qu'un seul point commun, l'origine par un infectieux, formant, après incubation, un empoisonnement suivi de la purification de l'organisme.

Les maladies infectieuses et infecto-contagieuses peuvent fitre quelquefois prévenues dans leur développement par la stricte observance des lois de l'iiygiène. Plusieurs ont déjà disparu ou ont seulement perdu de leur intensité; d'autres disparaîtront encore par suite dos progrès de la civilisation, lorsque les conseils de la science seront plus lidèlement suivis.

On a déjà beaucoup fait, principalement depuis quelques années, mais il reste encore beaucoup à foire. L'assainissement des villes et des campagnes, la surveillance de l'autorité sur les denrées de consommation, sont les bases de l'hygiène qui doit empêcher le développement des maladies infectieuses. En effet, on sait à n'en plus douter aujourd'hui que le dessèchement des marais, le drainage des terres humides, et le défrichement des contrées marécageuses, entraînent la disparition des maladies infectieuses paludéennes. La démolition de logements insalubres, ordonnée par la loi de 18^i9, le percement de larges voies de communication dans les villes, l'écoulement des eaux ménagères dans des égouts lavés à grande eau, la désinfection des fosses d'aisances, la visite des garnis d'ouvriers, où règne un encombrement fatal, la ventilation des hôpitaux, également trop encombrés de malades, et bien d'autres mesures encore, sont, d'une manière générale, le moyen de diminuer le nombre des maladies infecto-contagieuses, telles que la variole, la scarlatine, la fièvre typhoïde,, le choléra, la rougeole, les fièvres puerpérales, etc. ; et, en même temps, de les rendre moins meurtrières. Ces maladies sont d'autant plus fréquentes et d'autant plus graves, que la population est plus nombreuse relativement à l'espace qu'elle occupe : à cet égard, ce qui est vrai d'une ville est également vrai d'un quartier, d'une rue et d'une maison.

Les 1", 2% 8% 9« et 16^ arrondissements, situés dans le faubourg Saint- Honoré et la Chaussée-d'Antin, sont, sous le rapport sanitaire, beaucoup plus avantageux à habiter que les 5% 11% 12" et 1 3' arrondissements de Paris, situé» dans les faubourgs Saint-Antoine et Saint-IMarcel; les maladies infectieuses y font moins de ravages, et la mortalité y est, relativement à la population., moins considérable. J'en dirai autant des hôpitaux, où il y a tant à faire sous le rapport de l'hygiène, et où il faut attribuer la plus grande mortalité des maladies, l'insuccès fréquent des opérations, les ophthalmies, les infections puerpérales' typhoïdes, cholériques, les fièvres éruplives, etc., au défaut de ventilation, à l'absence d'un désinfectant des latrines et des bassins de nuit posés dans l'es salles, et surtout à l'encombrement, qui est le plus dangereux ennemi de l'homme et des malades.

L'homme s'infecte lui-même par les émanations de son corps, et partout où l'on fait des agglomérations trop considérables de malades, 'd'enfants et de femmes accouchées, toutes les maladies prennent une gravité inusitée,

B. — PATMOL. CÉN.

et quelques-unes revêtent la forme infecto-contagieuse épidémique. Il importe donc de ne pas encombrer les hôpitaux, surtout ceux qui sont destinés à l'enfance et aux femmes en couches, et partout il devrait y avoir des appareils de ventilation dans le but de remplacer rapidement l'atmosphère des salles par un air pur venu de l'extérieur. En outre, il ne faut jamais, en temps d'épidémie, concentrer les malades dans une seule salle, comme on l'a fait si nialheureusemenl dans tous les hôpitaux de Paris lors de l'épidémie cholérique de 185ii et de 1866. On doit même, si le foyer d'infection est très-intense, comme dans le terrible choléra de 18W à la Salpêtrière, faire ce qu'on fit alors, renvoyer au loin les habitants de l'hôpital, afin de les disséminer et de les arracher à une mort imminente. Ce moyen réussit toujours, et c'est la première règle à suivre pour combattre la propagation d'une maladie infecto-contagieuse dont on ne connaît pas la nature autrement que par ses eiïets.

Dans ces différentes maladies, lazarets, cordons sanitaires et les quarantaines, ne sont d'aucune utilité, et ils n'ont d'autre résultat que d'entraver les échanges du commerce sans servir de barrière efficace au mal qu'on voudrait arrêter dans sa course. Les maladies infectieuses et infeclo-contagieuses se jouent de pareils obstacles, et elles les franchissent en passant au-dessus de la tête des hommes, portées dans l'atmosphère par un courant invisible que rien ne saurait arrêter. Elles arrivent, quoi qu'on fasse, par l'intermédiaire de l'air, si ce n'est par celui des individus qui en ont été atteints, ou par le fait de corps solides et liquides infectés. Il n'y a que les maladies contagieuses proprement dites qui puissent être ainsi arrêtées, et c'est contre elles seules aujourd'hui que l'autorité réserve ses rigueurs et ses cordons, justement appelés sanitaires.

Quant aux grands feux entretenus sur les places publiques, dont l'idée remonte à Hippocrate, aux fumigations modernes avec l'acide chlorhydrique et les chlorures, aux lavages désinfectants de toute espèce préconisés comme prophylactiques de l'infection, ce sont des moyens qu'on peut conseiller de mettre en usage, mais sur lesquels line faut pas trop compter.

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