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CHAPITRE VIII

DE LA CONTAGION

La contagion est la propriété qu'ont certaines maladies de se transmettre directement ou indirectement d'un individu à un autre. C'est, comme on voit, un mode particulier de développement et de propagation des maladies, comme l'infection.

Connue de tous les temps, la contagion est un des premiers faits de la méde-

DE LA CONTAGION

cine qui aient frappé le vulgaire, en raison des circonstances épidémiques, ordinairement graves, au milieu desquelles on l'observe. Elle a été l'objet d'un grand nombre de discussions et de travaux contradictoires. Poêles et médecins, chacun en a parlé à sa manière, différant sur les applications de la doctrine au sujet de telle ou telle maladie, réputée contagieuse par les uns et non contagieuse par les autres. Ce sont ces contestations qui ont jeté le doute dans les esprits et qui ont fini par répandre sur ce point de la science les incertitudes les plus fâcheuses et les moins justifiées.

La contagion existe , cela n'est pas douteux ; et il y a des maladies qui se transmettent d'un individu à un autre par transmission directe d'un germe connu ou inconnu. Mais, quand il s'agit de décider si telle maladie jouit de propriétés contagieuses, c'est alors qu'on ne s'entend plus et que les médecins nient en particulier ce mode de propagation qu'ils ont admis comme un principe général. C'en est à ce point, qu'on a pu contester les propriétés contagieuses de maladies qui les possèdent au plus haut degré, et que, à l'exception des maladies inoculables et virulentes, ou de certaines maladies parasitaires, toutes les autres ont été, par quelques personnes au moins, rayées du nombre des maladies contagieuses.

La contagion se rapproche de l'infection en quelques points, et s'en sépare sur d'autres. C'est un mode de propagation des maladies qui s'effectue au moyen de conditions variées, entre lesquelles l'infection atmosphérique joue quelquefois son rôle. Alors la contagion et l'infection seconfondent; mais, dans d'autres cas, la contagion s'accomplit par des voies et moyens autres que l'atmosphère infectée par contact direct ou indirect, par intermédiaires solides ou liquides d'animaux et de végétaux variés ; alors la contagion est un mode spécial de propagation des maladies qui ne se rapproche d'aucun autre et qu'on peut étudier à part dans ses conditions d'origine et de développement. Il y a des maladies qui se transmettent uniquement par le contact : exemple, la rage, le cow-pox, la vaccine, la syphilis, la pustule maligne, la gale, la mentagre ; tandis que d'autres, au contraire, se communiquent et par contact et par infection atmosphérique : tels sont la variole, la rougeole, la scarlatine, l'herpès circiné, etc., que, pour cette raison, j'ai désignés sous le nom de maladies infecto-contagieuses.

Si l'on voulait classer ensemble les maladies produites par l'infection et celles qu'engendre la contagion, rien ne serait plus facile, et un jour viendra peutêtre où cette classification sera adoptée. Au dernier degré de l'échelle se trouveraient les maladies infectieuses^ au-dessus les infetto-contagieuses, et, pour couronner l'œuvre, les maladies contagieuses proprement dites.

La contagion est une propriété naturelle ou accidentelle des maladies. Quelques-unes ne la perdent jamais, tandis que d'autres n'en jouissent que passagèrement. Ainsi la variole et la syphilis sont naturellement et toujours contagieuses, tandis que la fièvre typhoïde, qui n'est pas naturellement contagieuse, le devient accidentellement dans quelques localités.

PATITOLOOIF, GÉNfiRALK.

DIVISIOÎN 13KS PlUlNCll'liS C()NTA(;iEUX.

La contagion s'accomplit d'une foule de manières : tantôt par l'intermédiaire de corps vivants parasites et de matières sécrétées par les corps vivants, c'est la contagion vive ; tantôt par des corps inanimés, c'est la contagion morte. Elle a lieu par inoculation, par contact immédiat dans l'attouchement de deux personnes, et par l'action de la sueur, des matières animales sécrétées par la peau, du pus, du mucus, des croûtes, de la salive tenant en suspension le principe contagieux. La rage, la vaccin©', la syphilis, s'inoculent; la scarlatine, la variole, l'herpès circiné, la gale, la blennorrhagie, les ophihalmies purulentes, etc., peuvent se gagner par le contact.

Contagion indirecte. — Elle a lieu par contact indirect au moyen d'objets qui ont été en contact ou à l'usage d'individus contaminés. Les vêtements, les chemises, les draps, les couvertures, les habits de laine, les meubles, le papier, les plumes, les fourrures, etc., sont, parmi beaucoup d'autres, les objets qui se chargent du principe contagieux, et le portent au loin, dans des endroits où il germe, se développe, et produit une maladie jusque-là inconnue. C'est ainsi que la' peste s'est développée à Marseille, à Moscou et à Floi-ence ; la fièvre jaune à Barcelone et à Séville; la variole dans nos climats, d'où elle a remonté vers le Nord, apparaissant pour la première fois, eu 1707, en Islande ; en 1733, au Groenland, et en 1767, au Kamtchatka (1). Jusqu'ici elle n'a point encore paru en Laponie. C'est ainsi que se développent et se propagent en bien des cas les maladies contagieuses et infecto-contagieuses.

Les faits qui démontrent la facilité avec laqueUe le principe contagieux des maladies peut être transporté par l'intermédiaire de substances solides ou liquides, mortes ou vives, sont si nombreux, qu'on n'a que l'embarras du choix pour en rapporter. Hildenbrand atteste qu'un habit noir qu'il avait en visitant une malade attaquée de scarlatine, et qu'il porta de Vienne eu Podolie, sans l'avoir rais depuis un an et demi, lui communiqua, dès qu'il fut arrivé, une scarlatine qu'il répandit ensuite dans cette province, où elle était presque inconnue.

Pringle a rapporté que-des tentes ayant servi de couvertures sur des navires où se trouvaient des malades atteints du typhus furent mises en réparation chez un ouvrier de Gand : vingt-trois personnes furent employées à ce travail; toutes furent prises de typhus sans avoir communiqué avec des personnes atteintes de cette maladie, et il y en eut dix-sept qui moururent.

Le vaccin se conserve sur une lancette et se porte au loin, comme le principe contagieux de la rage, de la morve, de la syphilis, de la variole. — A ce sujet,

(1) Hildenbrand, Insliluliones pracUco-medicK. Vienne, 1825, i. IV, p. 231.

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je rapporterai le fait d'Ozanam, dans lequel un cadavre, celui d'un homme mort de variole à Chelwood, comté de Sommersct, fut exhumé au bout de trente ans, et donna la variole à quatorze des assistants, puis à un grand nombre des

habitants de la contrée.

Tout le monde sait enfin que les insectes qui voltigent dans 1 air et qui vont d'individus malades à des individus sains peuvent leur transmettre le germe de maladies contagieuses. C'est là un des modes de propagation de la pustule maligne, du pian, et probablement aussi de beaucoup d'autres maladies contagieuses, bien que nulle observation positive ne puisse démontrer ce résultat. ■ Ce mode de transport de la contagion se fait aussi par l'intermédiaire de l'homme, qui, sans être malade, peut avec lui transporter le germe contagieux. Ainsi des filles publiques, sans être malades, ont quelquefois dans les parties génitales du pus de chancre qui tranismet un chancre à qui s'approche d'elles en ce moment. — Les troupes qui arrivent d'un lieu ravagé par le typhus, la méningite cérébro-spinale ou le choléra, apportent à leur nouvelle garnison des germes contagieux qui ne tardent pas à éclore, et qui engendrent des épidémies de choléra, de méningite cérébro-spinale ou de typhus.

La contagion s'opère aussi, dans certaines maladies du système nerveux, par l'intermédiaire d'émanations nerveuses aussi subtiles que les miasmes, et qui sont produites par des personnes atteintes de névroses. C'est ce qu'on appelle ■contagion par imitation. Est-ce bien là le mot propre à caractériser le phénomène du développement épidémique et de la propagation contagieuse des névroses? Je ne le pense pas. Les maladies nerveuses, que l'on a jusqu'à présent considérées comme transmissibles par imitation, se transmettent comme les maladies infecte -contagieuses à l'aide d'un agent morbifique spécial formé par les malades, car elles se développent chez des sujets qui, n'ayant pas vu la maladie, ne peuvent pas être accusés de vouloir l'imiter. — Quelle est la nature de cet agent? c'e^t ce qu'on ne saurait dire ; mais, de même que j'admets des miasmes, sans les saisir, à cause de leurs effets déterminés sur l'homme, je suis autorisé à rapporter à un agent morbifique particulier, de nature nerveuse, les névroses transmissibles par l'infecto-contagion. — L'imitation est la contrefaçon volontaire des actes d'autrui, et, quand involontairement on devient choréique, éclamptique, monomane, varioleux, cholérique, etc. , etc. , pour avoir vécu au milieu de personnes atteintes de ces différentes maladies et de bien d'autres encore que je n'ai pas nommées, ce n'est pas par un simple effet d'imitation, mais au contraire par suite de l'impression produite par les différents principes spécifiques volatils insaisissables, qui sont les agents particuliers de Yinfecto contagion. — Il y a donc une infecto-contagion névrosique, comme il y a une infecto-contagion virulente, efiluvique et miasmatique. C'est à cette cause qu'il faut rapporter la transmission contagieuse de l'épilcpsie, de l'éclampsie, de la chorée, de l'hystérie, de l'extase, de la possession, de la toux convulsive, de la folie, de la monomanie et de beaucoup de névroses. En se rappelant cette observation, on pourra comprendre tous les faits semblables h ceux que je viens dr signaler.

La contagion se fait enfin, comme je l'ai établi (1), au moyen des germes de parasites végétaux ou animaux qui se transmettent d'un individu li l'autre et y développent une maladie spéciale extérieure ou intérieure. — La gale se propage à l'aide du sarcopte, animal parasite aujourd'hui bien connu. Les différentes espèces de teigne, la mentagre, le muguet, etc., se transmettent par les sporules des épiphytes^ui les caractérisent, el il en est probablement de même de l'herpès tonsurans ; mais la démonstration du fait laisse encore à désirer.

En résumé, la contagion s'opère par inoculation, par contact direct, par l'intermédiaire d'objets contaminés, ou par l'influence des parasites animaux ou végétaux: c'est la contagion proprement dite ; quand., au contraire, elle s'effectue par contact indirect au moyen de l'atuiosphcre viciée par des miasmes, des particules morbifiques, des cellules de pus d'après Eiseld, ou des émanations névrosiques, la contagion se rapproche singulièrement de l'infection, et je l'appelle infecta-contagion.

Parmi les principes contagieux, les uns sont originaires de l'homme et sa propriété exclusive ; les autres sont originaires des animaux, et ils restent dans l'espèce où ils ont pris naissance, sans pouvoir faire d'impression morbilique sur des espèces différentes. ■ — Ainsi la scarlatine et la pourriture d'hôpital, observées chez l'homme, ne sont point transmissibles aux animaux. — La clavelée des moutons et la maladie aphtheuse, originaires des animaux, ne peuvent être communiquées à l'homme. — Au contraire, il y a des principes contagieux qui sont communs à l'homme et aux animaux, et originaires de l'une ou de l'autre espèce, qui peuvent se communiquer de l'homme aux animaux et des animaux à l'homme. Tels sont les principes contagieux de la syphilis, de la rage, du cow-pox, de la pustule maligne, des maladies charbonneuses, etc. — Oa trouvera dans le chapitre consacré aux maladies virulentes un tableau renfermant l'énoncé de toutes les maladies contagieuses qui peuvent descendre de l'homme aux animaux, ou réciproquement, remonter des animaux à l'homme.

Les principes contagieux originaires de l'homme se développent quelquefois spontanément par infection et se propagent ensuite par contagion : ainsi la pourriture d'hôpital, le typhus, la fièvre typhoïde, l'érysipèle, la gangrène, etc., nés de l'encombrement dans les salles d'hôpital, dans les camps, dans une ville, infectent l'air de miasmes spéciaux qui vont ensuite au loin porter la maladie. —Il en est de même chez les animaux, où des marches excessives engendrent, soit une maladie charbonneuse chez les ruminants, soit la morve chez le cheval, ainsi que cela résulte d'une communication à la Société de biologie par M. Henri Bouley, inspecteur général des écoles vétérinaires (2).

Selon l'influence relative de ces modes particuliers du développement de la contagion, les maladies peuvent être divisées en contagieuses et infecto- contagieuses. En voici le tableau général :

(1) Bouchut, Maladies virulentes, thèse de concours. Paris, 18Û9.

(2) Bouley, Comptes rendus et Mémoires de la Société de biologie, et Discussion sur la contagion de la morve {Bull, de l'Académie de médecine. Paris, 1860-61, t. X.XVI, p. 94/)-

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