‹ Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologieChapitre 54 sur 439 · DE LA CONTAGION. — APTJÏUDES ET IMMUNITÉS · texte numérisé non relu

DE LA CONTAGION. — APTJÏUDES ET IMMUNITÉS

Singulièrement la forme et la gravité des résultats d'une impression contagieuse. C'en est à ce point que plusieurs médecins, ne pouvant comprendre la différence d'action des virus et des miasmes contagieux, n'ont rien trouvé de mieux que de nier l'existence de la contagion. Tout le monde heureusement ne partage pas cette manière de raisonner; car, en médecine, s'il fallait nier ce quon ignore ou ce qu'on ne peut voir ni comprendre, que de choses û faut abandonner! Il y a des faits dont la grande fréquence augmente l'autorité, et cela suffit pour assujettir la raison qui ne peut les comprendre. De ce nombre sont l'aptitude et l'immuuité dans le développement des maladies contagieuses. — Pourquoi un même virus détermine-t-il ici une variole discrète et bénigne, là une variole confluente et maligne, ailleurs une simple varioloïde, et sur d'autres personnes rien ? Pourquoi la syphilis fait-elle ici un chancre simple, là un chancre induré, chez d'autres tels ou tels accidents secondaires, et chez quelques personnes enfin n'amène- t-elle point de phénomènes morbides consécutifs? Pourquoi certains enfauts sont-ils réfractaires à la vaccine, comme du temps de l'inoculation variolique on trouvait des hommes réfractaires à la variole ? Pourquoi, de tous les hommes et de tous les animaux mordus par un chien enragé, n'y en a-t-il que la moitié (1) qui prennent la rage? Pourquoi signale-t-on les vieillards et les femmes comme étant réfractaires au typhus? N 'avons-nous pas vu le typhus cérébro-spinal épidémique frapper exclusivement les miUtaires des garnisons de Versailles, de Metz, de Strasbourg, etc. , sans atteindre les populations civiles? Je pourrais multiplier ces exemples à l'infini, sans ajouter à l'importance des preuves que je viens de fournir à l'appui du fait des aptitudes à subir plus ou moins facilement les impressions contagieuses, ou, au contraire, de l'immunité dont on peut jouir à cet égard. Rien n'est mieux démontré. C'est un fait que l'expérience a érigé en loi.

TJn autre fait des plus curieux de l'immunité à l'égard des impressions contagieuses est celui qui est relatif à des enfants à la mamelle, qui continuent de leter leur mère atteinte de fièvre typhoïde ou de fièvre jaune, sans contracter la maladie; celui de fœtus parfaitement sains nés de mères atteintes de variole, ou, au contraire, ce qui est plus rare, celui de fœtus ayant la variole, la mère étant bien portante, ainsi que j'en ai vu un remarquable exemple à la Société de biologie.

Les impressions contagieuses ont donc besoin, pour exciter une réaction morbide et engendrer une maladie spécifique, d'une prédisposition toute spéciale de l'organisme. Sans cette prédisposition, point d'effet. Les principes contagieux les plus violents sont anéantis, comme on le voit dans l'inoculation rabique, et comme on peut s'en apercevoir, en temps d'épidémie d'une affection contagieuse, lorsque le germe contagieux ne fait qu'un nombre restreint de victimes au miUeu de gens placés dans les mêmes conditions extérieures, — La prédisposition et l'immunité, voilà les deux faits généraux qu'il ne faut jamais perdre de vue dans l'étude des causes et de la marche d'une maladie réputée contagieuse. '

(1) Renault, Bulletin de r Académie de médecine. Paris, 1852, l. XVII, p. 281.

PATIlOLOGIi; GÉNÉKALli.

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