‹ Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologieChapitre 71 sur 439 · CARACTÈRES DES DIATHÈSES · texte numérisé non relu

CARACTÈRES DES DIATHÈSES

Les maladies diathésiques sont très-nombreuses, et l'on pourrait en augmenter le nombre à l'infini, en raison de l'influence exercée par les dispositions naturelles ou accidentelles et acquises de chacun, sur la forme, la marche, la répétition et la terminaison des maladies que l'on observe. Quelques affections virulentes, purulentes et toxiques, offrent tous les caractères des diathèses, et, bien qu'elles ne soient pas considérées comme telles par tous les auteurs, elles rentrent trop bien dans l'idée qu'on se fait généralement de l'état diathésique, pour que je les laisse de côté. La syphilis, le charbon, le farcin, sont des'maladies virulentes, mais elles sont aussi, et au plus haut degré, des maladies diathésiques. La diathèse n'est pas une constitution morbide indépendante de

n. — PATHOI,. CÈN. , p

■21x2 PATllOI.Or.lE GÉNÉKAI.K.

louL v irus, c'est une conslilulion morbide, et quand on voit un homme, afl'ech' de sypliilisme, avoir à plusieurs reprises, dans le cours de sa vie, des syi)liilides et des enlaiits syphilitiques, ou peut dire qu'il est sous l'iiilluence d'une diathèse. Si l'on ne reconnaît pas là les caractères d'uue maladie diaihési(|ue, c'est qu'il n'y en a pas de valables. Toutefois l'usage e^t de ne considérer comme diathésiques que ces affections pioduiles par des constitutions morbides de cause spéciale inconnue, non virulente.

Parmi les diathèses les plus importantes, il faut ranger la diathèse asthénique;les diathèses scrofuleuse et tuberculeuse, ou scto/'«//swp; la dialhèse dartreuse, ou herpétisme; la diathèse cancéreuse, épithéliale, fibro plastique, mélanée, chondroïde, oa cancérisme ; h diathèse syphilitique, ou syphilmne ; la diathèse rhumatismale, ou rhumatisme; la diathèse goutteuse, ou podaqrisme ; la diathèse nerveuse, ou nervosisme; la diathèse calculeuse, urique, inflammaloire, furonculeuse, purulente, ulcéreuse, gangréneuse, hémorrhagique, scorbutique, vermineuse, rachitique, morveuse et farcineuse, osseuse, anévrys-

male variqueuse, etc.

Les maladies diathésiques sont caractérisées par le retour plus ou monis Ire- (|uent et par la dissémination d'altérations anatomiques semblables ou diverses, axant «»e nature identique. Elles se présentent à Vétat aigu, ce qu'on voit dans l'ètai produit par la diathèse purulente, tuberculeuse, larcineuse, morveuse, rliumatismale, inllammatoire, elc, ou bien à l'eïa^ chronique, comme dans les diathèses cancéreuse, scrofuleuse et tuberculeuse, dartreuse, scorbutique, osseuse, rachitique, etc. Elles sont fixes, durables et quelquefois permanentes, comme'la scrofule et le cancer, ou bien mobiles, passagères et de courte durée, .■,mune le rhumatisme et le nervosisme, le podagrisme et les hémorrhagies ronstitutionnelles. Elles ont pour siège un ou plusieurs tissus, toujoui-s les mêmes : ainsi le rhumatisme ne sort pas du tissu fibreux et séreux, l'herpétisme de la peau et des muqueuses; d'autres, au contraire, peuvent occuper un grand nombre de tissus et d'organes, exemples : la scrofule, le cancer, l'intlaramation. On peut en rencontrer plusieurs chez le même individu, et la présence de l'une ,,'cxclut pas les autres. Ainsi le syphilisme peut les compUquer toutes, et, bien uue le fait nesoit pas commun, j'ai vu le scrofnlisme et des tubercules chez ,ics enfants rachitiques, tandis que d'autres ont en même temps observé les tubercules et du cancer chez un même individu. Je considère tout ce qui a ete dit sur l'aniagonisme des maladies diathésiques comme absolument faux.

Elles se manifestent souvent d'emblée par la seule influence de la diathèse, el sans qu'aucune circonstance particulière puisse être considérée comme ayant provonué leur développement. Ainsi on ne sait souvent pas pourquoi, dans le scrofnl sme des tubercules se développent dans le cerveau, ou, dans l'hemorrhaohilie mie hémorrhagie a lieu par le rectum ou par le nez, de préférence a I; Lnueuse bronchique. Ailleurs, au contraire, elles se développent consécutivernent à certaines maladies innanmiatoires, dont elles modifient la marche, e lues amènent la transformation de produits déposés dans l'organisme sous d au très iniluences. Des tnberc.les apparaissent dans le péritoine et dans les gan-

DE LA DIATHÈSE. — CARACTÈRES. 2/l3 gUons mésentériques à la suite d'une entérite; dans la plèvre, après une pleurésie; dans le poumon, après une simple congestion lobulaiVe; le cancer du sein vient quelquefois dans les culs-de-sac mammaires engorgés par une contusion; les tumeurs blanches après une arthrite simple; l'adénite cervicale après le travail de la dentition ou i'inflanuuation de la peau ; l'impétigo après un éry-

sipèle, etc. ,

Les maladies diathésiques n'ont pas toujours, malgré le caractère occulte de

leur origine» une durée très-prolougée, et elles peuvent disparaître sous l'influence des progrès de l'ùge comme le scrofulisme à la puberté ; sous l'influence delà grossesse, de l'allaitement ou d'une autre maladie ; sous l'influence des moyens hygiéniques, tels que le changement de lieu, de régime, de profession, etc. , enfin sous l'action des agents thérapeutiques. Quehjues-unes sont aiguës, passagères, disparaissent pour toujours après une première manifestation, exemple : le rhumatisme ; d'autres reviennent plusieurs fois dans le cours de la vie, tantôt sous la même forme et dans le même tissu, comme les maladiei produites par la diathèse inflammatoire, herpétique, etc. , ou sous des formes différentes et dans des tissus nouveaux, comme le syphilisme, le scrofulisme et l'herpétisme. Chose remarquable, et qui constitue l'un des points les plus importants de l'histoire des diathèses, dans l'intervalle des manifestations morbides, avant comme après, la santé paraît bonne, et cependant il est difficile de ne pas croire à une modification quelconque, inappréciable, de Texercice des fonctions vitales. En efl^et, la diathèse ne disparaît pas, elle reste à l'état latent, et elle tient en puissance l'organisme; car elle peut se manifester de nouveau, soit chez l'individu lui-même, soit sur les enfants qu'il pourra engendrer. Quelque extraordinaire que soit ce fait, sa réalité repose sur l'observation journalière des malades, et ce que nous savons de l'incubation des fièvres éruptives, de la syphilis et de la rage, prouve suffisamment que nous pouvons vivre et même nous croire en parfaite santé, malgré l'existence d'une constitution morbide passagère, virulente ou autre, dont la manifestation subite Sera peut-être assez grave pouf occasionner la mort. Dans les circonstances ordinaires, les maladies diathésiques ont une durée fort longue et une marche chronique qui détermine l'alTaiblissenient graduel des malades. Il en résulte alors un appauvrissement réel du sang, une véritable chloro-anémie, l'absence de sommeil, la dyspepsie, la constipation ou la diarrhée, l'amaigrissement, en un mot tout ce qui constitue la cachexie, état que Bordeu semble avoir confondu avec la diathèse. C'est dans ces cas que l'on observe souvent la génération nouvelle et la dissémination rapide des produits morbides engendrés par la diathèse. Les viscères se remplissent de tissu cancéreux ou épithélial, de tubercules, d'hydatides, suivant qu'il existe une diathèse et une cachexie cancéreuse, tuberculeuse, hydatique, etc.

Les diathèses sont toujours des dispositions fâcheuses pour ceux qui les portent. Elles sont opiniâtres, rebelles à la thérapeutique, et produisent des maladies diathésiques plus ou moins redoutables, suivant la nature de la diathèse existante, le siège et la nature de ses manifestations extérieures. Mais, chose curieuse ! une même diathèse n'est pas toujours partout semblable à elle-même, elle a des

,2l^[^ PATHOLOGIE GÉNÉRALE.

degrés et de mGme que les affections virulentes ou toxiques, ces diathèses peuvent être plus ou moins terribles, suivant les individus, comme si la const.tution morbide qui en est la base était produite par un poison d activité différente Il est certain qu'il y a des dialbèses syphilitiques plus ou moms graves, sans au'on en puisse découvrir la raison, il y a un scrofulisme complet qui fait périr rapidement, sous le coup de manifestations multiples très-générales, et .1 . fa un scrofulisme incomplet, bénin, sans gravité. Il en est de même du cane risme cui engendre ici des tumeurs malignes promptement mortelles et ai leurs dei tumeurs bénignes qui se transforment et se limitent naturellement; des diathèses hémorrhagique, goutteuse, herpétique, etc.

§ Diathèse ..crofulcuse et tuberculeuse, ou «crofullsme.

Bien que Lebert (1), ViUemin (2) et quelques autres médecins aient comidéré ïa scrofule et les tubercules comme les manifestations de diatheses d ff^- Îen es je crois qu'en raison de leur communauté d'or.gme, de siège e d car c ères de leur coexistence ordinaire chez les mêmes individus d faut le

nnortrà une diathèse unique, qui est le scrofulisme, et dont elles ne sont 2 le degrés et les âges différents. Cette diathèse, héréditaire ou acquise, que les degrés et ^^s J, constitution morbide, vice

La d,athese scrolu „ia„, des mois ou des anoées, et ceui

chromque. Elle peut reste, a . P ^^.^^ appareuce;

c est la an fajt ™ ,,condaires paraissent ordioairemeut les pre-

p,os,o„ arrtvé le °- *« .^^j^^, reprises sous des formes sem-

m,ers; ,1s P"""' «""'J/J^^^i^ complètement, la diattese restant, après blables ou diverses, et disparaître »"'P „5„i,j „„-i-

comme avant, -''^^^^^^X n^ZJ:— et suffisam-

'™"r""muTre s rowl sec ndaires man,ue„t très-rarement, ce-

;'^a s otee;-ve r^r^^ des serofulides tertiaires qui pa-

pendant c las obseive, e l ï q 4 ^^^,„pl„ ,

raissent d'emblée, et don o^i n P „„ „„„ve toujours

les '^roules con n^ x^ Ho™^^^ ^^.^ ^„^,^j^„„,, „„, „e sont

(„ r™i«pr.,i,». P.H., .8«.

DE LA niATÈSli DAaXREUSE. 2/l5

et ganglionnaires, qui révèlent l'existence du scrofulisme et d'anciens accidents

secondaires (1). . , . . , .

La scrofulide tertiaire, ou tuberculose, ne se montre pas mevitablement chez ceux qui ont eu des accidents secondaires de scrofule, et, si nombreux qu'en soient les exemples, elle est encore infiniment au-dessous, numériquement parlant, des scrofulides secondaires, dont le nombre est presque incalculable Elle ne succède pas inévitablement aux scrofulides secondaires, et peut ne jamais se montrer. Quand elle se développe, c'est quelquefois au bout de plusieurs jours d'inflammation bronchique intestinale ou ganglionnaire, comme je l'ai vu chez les enfants, à l'hôpital, ou au bout de (pelques mois et même chez quelques sujets au bout d'un assez grand nombre d'années. La marche aiguë des scrofulides tertiaires, ou tuberculose, est très-rare ; tandis que la lenteur d'apparition et de développement est, au contraire, ce qui les caractérise le plus habituellement. — Si l'on en croit les expériences récentes de Villemin, cette diathèse devrait être séparée de la scrofule à laquelle il refuse toute existence, et elle serait inoculable chez les lapins du moins, ce qui, pour lui, ferait de la tuberculose une maladie virulente. Mais, d'après des expériences contradictoires, l'inoculation de produits autres que le tubercule aux lapins produirait également de la tuberculose, de sorte qu'il faut attendre avant de conclure et avant de donner entrée dans la science à des faits qui peuvent être erronés. Quant à moi, je considère le tubercule comme étant le dernier terme du scrofulisme, et lors même qu'on démontrerait son inoculabilité, cela prouverait qu'il peut être greffé et absorbé par l'organisme comme le pus, ou comme la mélanose; mais cela n'établirait pas sa nature virulente.

Le scrofulisme ne se révèle que par ses effets; héréditaire ou acquis, il donne aux enfants plus qu'aux adultes l'aspect lymphatique ; il imprime à leurs maladies une lenteur d'évolution remarquable, une tendance évidente à la chronicité, et c'est alors qu'il faut le reconnaître pour essayer de le combattre par les moyens appropriés de la thérapeutique. Une fois son explosion arrivée, les individus peuvent encore guérir, tout en conservant leur diathèse; mais ce résultat est plus difficile à obtenir, surtout dans la période des accidents tertiaires tuberculeux. Alors la guérison devient exceptionnelle, et dépend surtout de la nature et des fonctions de l'organe où les tubercules ont pris naissance. Chacun sait, en effet, que les tubercules du testicule et des ganglions cervicaux n'ont pas le même danger que ceux de la colonne vertébrale ou des poumons, et ne peuvent leur être comparés sous aucun autre rapport que celui de leur structure.

§ *• — »ia(Uèse durtreuse, ou lierpétisimu.

On a longtemps discuté sur l'existence du vice dartreux, psorique ou herpétique ; et, naguère encore, au temps de Broussais, cette diathèse, comme toutes

(1) Voyez Bouchut, Traité des maladies des nouveau-nès, cinquième édition, Paris, 1867, 1 vol, in-S", p. 480.

246 pathologie' générale.

les autres, môme les plus évidentes, était révoquée en doute. Toutes les maladies de la peau étaient alors des inflammations ou des maladies locales, (jette opinion erronée a même été un instant l'opinion dominante. Triomphe éphémère ! Après avoir abandonné les opinions humorales de Galien, notre siècle y revient avec une ardeur qui l'entraînera peut-être trop loin, comme il arrive à toutes les époques de réaction. Toutes les maladies de la peau étaient, il y a trente ans, considérées comme des maladies locales; aujourd'hui il en faut faire plusieurs parts : une pour le syphilisme, une pour le scrofulisme, une pour l'in- [lammation, une pour les parasites végétaux ou animaux, une pour les affections virulentes, une pour l'arthrilis, une enfin pour le vice dartreux ou herpétique. Celle-ci est caractérisée par la présence d'eczémas, de lichens, de psoriasis, d'herpès, de pemphigiis, etc. , et quelquefois d'affections mu(iueuses ou viscérales internes, lorsque la manifestation cutanée a disparu. Comme le ditM. Grisolle (1 ): « Quand on considère la multiplicité des points du corps qui sont frappés à la fois ou successivement, la résistance de ces maladies aux traitements les plus énergiques, leur opiniâtreté à récidiver, il est difficile de ne pas reconnaître l'existence d'une diathèse, ou plutôt de diathèses très-différentes. »

§ ». — Diathèse cancérenso, épitlicllnic, nbio-plastiqnc, chondroïde,

ou eancérisme.

Ce que jadis, il y a trente ans, on désignait anatomiquement sous le nom dp cancer, n'existe plus aujourd'hui et a été morcelé en autant de maladies qu'on a pu y découvrir d'éléments anatomiques différents. La micrologie a démontré qu'on avait confondu sous celte dénomination de cancer, le vrai cancer, l'épithélioma, les productions fibro-plastiques et les tumeurs chondroïdes; mais, quoi qu'on en ait dit, toutes ces altérations, en apparence diverses, se ressemblent assez au triple point de vue de l'origine, de la marche des accidents et de la généralisation dans le voisinage ou dans les principaux viscères, après l'ablation des parties malades. Les vrais cancers, comme les épithéliomas, comme les productions fibro-plastiques et comme les tumeurs chondroïdes, infectent l'économie entière et peuvent amener la mort après une cachexie préalable. Les premiers déterminent plus sûrement ce résultat que les autres; mais c'est là toute la différence clinique qui sépare ces productions accidentelles, et je pense qu'on doit encore les considérer comme des variétés d'une même diathèse, afin de les rattacher au type principal du cancer qui les tient toutes sous sa dépendance. La preuve, c'est que des tumeurs épithéliales ou fibro-plastiques enlevées une première fois ont récidivé sur place et se sont trouvées constituées par du cancer (2); c'est que les tumeurs cancéreuses sont formées ici d'épithelioma, Ih de tissu fibro-plastique, et en quelques points de tissu cancéreux (3) ; enfin, c est que le

(1) Grisolle, loc. cit., p. 12.

(2) Velpeau, Bullelin de V Académie de médecine. Paris, 1855, t. XX p. 411.

(3) Ch. Robin, in Littré et Robin, Dictionnaire de médecine. Pans, 1865, p. 210, an. Cancer.

DE LA DlATHliSE SYPHILITIQUE. '■^^'^

point (le départ du cancer est nno hypertrophie dos divers él6me.iis d'un tissu où se trouvent mélangés de l'épithélium hypertrophié, du tissu fibro-plasl.que, et dans lequel il n'y a pas à Torigino de cellules cancéreuses. Or si l.-s tumeurs sont complexes el chaugenl de caractère dans le cours de lenr évolution à la suite de la substitution d'éléments nouveaux, ce qui caractérise hion une'transformalion ou métamorphose, il en résulte qu'il faut expliquer tous ces effets auatomiques secondaires, et les rapporter a une même cause générale la diathcse cancéreuse, ou cuncérismv. De même que nous voyons le scro'fulisme produire dans les méninges, dans le poumon, dans les plèvres, dans le péritoine, des granulations grises (ibro-plastiques ou épithéliales ([ui par régression se transforment en matière tuberculeuse, de même aussi certaines tumeurs épithéliales et fibro-plastiques se convertissent par hypertrophie, eu ti^su cancéreux sous l'inlluence du caucérisme.

Celte diathèse, souvent héréditaire, n'eu déplaise à ceux qui ont cru faire des statistiques exactes sur ce point dans les hôpitaux et dans les hospices, se développe quelquefois aussi sans cause antérieure appréciable; el le cancer, qui apparaît d'abord dans un lissu comme une maladie locale en apparence, ne tarde pas à se généraliser et à faire périr les individus. A l'exception dess cas de cancer épithélial, fibro-plastique ou mélané, qui circonscrivent quelquefois leur action au point malade, les vrais cancers ont presque toujours une terminaison malheureuse. Cela dépend de la force de la diathèse el du degré de la constitution morbide des individus.

§ 4. — Hiatlièse mclstnéc.

Cette diathèse, rare chez l'homme, est caractérisée par la production de mélanose, de tumeurs méianiques dans les tissus et dans les principaux viscères. Parmi les exemples jusqu'ici publiés, il en est un fort remarquable que l'on doit à M. Béhier, et dans lequel le nombre et le volume de ces tumeurs disséminées étaient quelque chose de vraiment extraordinaire.

Si l'on en croit quelques expériences de M. Goujon, que je rapporterai plus loin, la mélanose serait inoculable par greffe dans le tissu cellulaire et formerait par ce procédé des tumeurs méianiques plus ou moins nombreuses.

C'est surtout chez le cheval que l'on observe la diathèse mélanique, el plusieurs fois j'ai vu les professeurs de l'école d'Alfort apporter à la Société de biologie des tumeurs de ce genre pesant plusieurs livres, et provenant des principaux viscères, principalement de la rate. Une particularité très-remarquable de cette diathèse, c'est qu'on ne l'observe que sur des chevaux blancs (Gohier), fait analogue à celui de Neusinger, qui dit n'avoir observé la mélanose de l'homme que chez les individus à cheveux blancs, par suite du transport à l'intérieur des matières pigmentaires destinées aux poils.

§ 5. — niathèsc f4ypliili(if|iic.

Le syphilisme, que plusieurs médecins ne mettent point au nombre des dia-

2Z|8 l>ATHOJ>Otilli; GiiMÉllALli.

thèses, en a cependant tous les caractères et doit être considéré comme nne maladie virulente diathésique. Dans sa ibrmi» héréditaire ou acquise, c'est une altération du sang et des humeurs produisant une constitution morhide spéciale, qui domine l'exercice des fonctions, l'ait éclore plusieurs lois dans la vie des altérations du tissu, différentes dans la forme et cependant de même nature. On l'observe à l'état aigu et à l'étal chronique. — Elle peut rester latente, des mois ou même des années, et ce n'est qu'au moment de son explosion que dessyplnlides muqueuses, cutanées, ganglionnaires et osseuses, viennent révéler son existence. Les accidents peuvent guérir et revenir plusieurs fois, disparaître pour toujours, ou, au contraire, occasionner une cachexie très-grave, quelquefois mortelle.

g O. — Ufiitliùf^e rhumatismale et gout(eu«tc.

Nous revenons aujourd'hui aux opinions anciennes, un instant délaissées. Après avoir abandonné l'idée d'une diathèse rhumatismale et goutteuse, pour considérer le rhumatisme et la goutte comme deux maladies inflammatoires, de nouvelles recherches ont montré, dans l'un et l'autre cas, qu'il y avait en outre de l'élément inflammatoire inhérent à ces maladies, une spécificité organique et humorale caractéristique de l'une et de l'autre. La transmission héréditaire du rhumatisme et de la goutte, leur répétition à plusieurs reprises dans le cours de la vie, la dissémination des lésions anatomiques de même nature, leurmobi- Hté, leur siège dans les mêmes tissus, il n'en faut pas davantage pour établir l'existence d'une diathèse spéciale, propre k l'une et à l'autre de ces maladies.

Ce qui caractérise le rhumatisme, c'est la dissémination de l'inflammation sur le tissu fibro-séreux des articulations et des enveloppes du cœur, sa mobilité, ses retours intermittents, sa disparition brusque et sa guèrison rapide par des remèdes spécifiques, tels que la quinine et la vératrine.

Dans la goutte ou podagrisme, en outre de la dissémination de l'inflammation sur le tissu fibro-séreux des petites articulations, de sa mobilité, de sa disparition et de ses retours plus ou moins fréquents, qui constituent le rhumatisme, il y a une seconde disposition générale jointe à la première, qui détermine le dépôt d'acide urique etd'urates de soude et de magnésie, ou toijhus, dans les articulations goutteuses, dans la vessie, et dans les petites artères de la périphérie du corps ou d'j. cerveau. Cette disposition est presque une seconde diathèse, et l'on pourrait presque dire que le podagrisme n'est que la réunion des deux diathèses rhumatismale et urique.

§ ij. — Uiathèsc nei'veusc, ou ncrvoMismc.

On observe si souvent chez certaines personnes douées d'une constitution morbide particulière, des accidents nerveux, mobiles, erratiques, intermittents, tels que spasmes, migraines, névralgies, convulsions générales ou locales, qu'il est impossible de ne pas considérer cette disposition comme le résultat d'une diathèse différente de rhvsiéric et de rhypochondric. — Celte opinion, qui m a

Dli 1.A DlATUlibE IMXAMMATOIBli. 2/|9

insniré u.i travail sur l'état nerveux ou nervosisme (1), est également partagée rr^^^^ Darbefeuillo et beaucoup d'autres médecins. Elle mér.te consi-

S , on En 2t le nervosisme est héréditaire, il se manifeste d'une mamere «lem 1 équente par d.s accidents nerveux morbides, tels que névralt^^^a^ll^oJ, paralysies, vésanies, aussi variés dans la forme que par le sLge, et il est le résultat d'une constitution particulière occasionnée par une nosohémie chlorotique ou cliloro anémique des individus.

§ 8. niattaèsc calculcusc ou lUhique .

On a admis une diathèse calculeuse démontrée par la reproduction, à plusieurs reprises, des calculs, après une première expulsion ou extraction. Il y a, en effet, des cas où l'économie offre une remarquable tendance à la production d'acide urique et d'urates de soude, sous forme de gravelle, de pierles, de vésicules, de calculs rénaux ou de concrétions péri-articulaires chez des goutteux.

La gravelle intermittente et permanente est certainement le résultat d une constitution morbide héréditaire ou acquise, qui a tous les caractères d'une affection dialhésique; c'est la diathèse urique. Elle porte son action jusque sur les artères et capillaires du cerveau, dont les parois, infiltrées de sels, sont plus friables et favorisent le développement des hémorrhagies cérébrales du ramollissement cérébral (2).

§ O. — niuthcsc inllaïuiiiatoii'e.

La diathèse inflammatoire, admise par les uns et rejetée par les autres, n'est pas très- commune à l'état d'unité. Elle est souvent associée à d'autres dispositions générales internes, telles que l'état puerpéral, le rhumatisme, la goutte, la morve, etc.; mais alors ce n'est plus la diathèse inflammatoire, c'est une phlogose devenue l'instrument d'une autre cause diathésique.

La diathèse inflammatoire est caractérisée par la présence et le retour sur le même individu de maladies inflammatoires évidentes, ou par l'apparition simultanée d'un certain nombre de phlegmasies développées sans cause appréciable. Comme le dit M. Grisolle, ces phlegmasies ne surviennent pas toujours simultanément, et elles se succèdent ordinairement les unes aux autres. Elles sont quelquefois dissimulées, leurs symptômes ordinaires manquent ou sont masqués par ceux de la phlegmasie primitive, par le nombre et la gravité des phénomènes sympathiques. Elles peuvent occuper des organes et des tissus différents; quelquefois, au contraire, elles affectent des tissus semblables, et il n'est pas

(1) Bouchut, De Vétat nerveux, ou nervosisme, maladie confondue avec l'hystérie, l'hypochondrie, la chlorose, etc. Paris, 1860.

(2) Bouchut, De la nature du ramollissement cérébral sénile, ou gangrène cérébrale sénile {Actes de la Société médicale des hôpitaux, Paris, ;1850), et Traité d'ophlhalmoscopie appliquée au diagnostic des maladies du système nerveuan. Paris, 1866, 1 vol. in-S" avec atlas.

250 PAriioLociii (;ÉiNi';itAMî;.

rare de voir lo travail phlogmasique frapper à la fois la plupart des membranes séreuses.

Cette diatlièse, ordinairement liée à une forte conslltution et à une trop grande pléthore, est une des moins dangereuses, et elle peut être avantageusement modifiée par l'action i)rophylacti(pie d'une hygiène hyposthénisaute et par l'usage curatif des émissions sanguines générales ou locales.

§ ao. — l»inthèse furoin-ulcnsc. .

Cette diathèse semble, au premier abord, dépendre de la précédente, à cause de l'état inOammatoire qui accompagne les furoncles, à cause de leur siège à la peau, de leur dissémination, etc. ; iriais il me paraît aussi impossible d'admeltre, dans les furoncles, une lésion indammatoire non spécifique, qu'il est dillitile d'attribuer une cause indammatoire simple aux abcès consécutifs de la variole et de la diathèse purulente ou farcineuse. Dans les abcès furonculeux comme dans les abcès multiples des fièvres graves et des maladies virulentes, l'élément inflammatoire est secondaire, ce n'est qu'un moyen de fabrication du pus, et d y a une autre cause prinùtive diathésiquc, qui est l'origine des lésions extérieures. Ici c'est à la diathèse furonculeuse qu'il faut rapporter ce développement des furoncles, qui engendrent jusqu'à dix, vingt et cent furoncles sur le même individu dans l'espace d'un à six mois.

§ 11. — DEatbèsc purulente.

La diathèse purulente est cette constitution morbide accidentelle d'où résulte pour l'organisme une facilité très-grande à engendrer du pus dans les principaux tissus de l'économie. On l'observe à l'état aigu et chronique. Elle est le résultat de la pénétration de quelques-uns des éléments du pus dans la circulation à la suite des grandes opérations chirurgicales, de l'accouchement, des abcès communiquant avec l'air extérieur, des blessures virulentes faites aux parties molles, de la diphthérie, etc. Lorsque cette pénétration est rapide, la diathèse ainsi déterminée fait périr très-promptemeut ceux qui en sont affectés, car, sur l'immense quantité des faits connus, il n'y a guère, jusqu'à présent, que deux cas bien certains de guérison.

Alors, ainsi que l'ont fait connaître Dance, Maréchal, Blandin, Velpeau, etc., des phle'gmasies se forment au milieu des poumons, du foie, dans le tissu cellulaire, dans les séreuses articulaires, il en résulte de petits abcès, et la mort en est la conséquence. Quand, au contraire, cette pénétration est lente, ce qui a lieu dans les abcès par congestion ouverts à l'extérieur, dans les longues suppurations scrofuleuses ou varioliques, après l'accouchement, la diathèse produit des suppurations rapides dans la plupart des séreuses, des abcès souscutanés, et, en général, la suppuration de toute infiammation qui, en d autres circonstances et sur des sujets de bonne santé, aurait été suivie de résolution.

Ce n'est pas le pus absorbé eu nature qui va se déposer dans les tissus, comme on l'a cru très-longtemps, c'est une introduction dans le torrent circu-

DE LA DlATHÈSr. GANGRÉNEUSE. 251

latoire de quelques-uns des élémenis du pus, suffisants pour amener la viciation du sauK des humeurs, et pour produire çh et là, disséminées dans les viscères, dans les' tissus, des phlegmasies de mauvaise nature, très-rapidement suivies de la formation du pus.

§ f «. ~ Olathèso ulcéreuse.

M Grisolle (l) n'admet pas l'existence de cette diathèse, qui est assez généralement acceptée, et il rapporte les ulcérations multiples de la peau et <les muqueuses qu'on observe chez quelques sujets à des alTections constitutionnelles ou virulentes, telles que la morve, la syphilis, le scorbut, elc. Cela peut être vrai, mais c'est une opinion que je ne partage pas, et s'il est incontestable que beaucoup d'ulcérations multiples de la peau sont le résultat des diathèses scrofuleuse, scorbutique, syphilitique, farcineuse, etc. , il y a des cas où, en l'absence des diathèses de ce genre, on voit des individus dont la peau s'ulcère h la moindre occasion. Ce sont de ces personnes dont le vulgaire dit qu'elles ont la peau venimeuse, pour faire comprendre la facilité avec laquelle les moindres piqûres ou écorchures sont chez elles suivies de suppuration et d'ulcération prolongée. J'ai vu des cas de ce genre, mais ce ne sont pas les plus curieux. Dans la convalescence de fièvres typhoïdes graves, à la fin des maladies chroniques de l'enfance, sans scrofulisme ni aucune diathèse appréciable, on voit souvent ici des ulcérations se produire aux parties qui frottent sur le lit, ailleurs des vésicules purulentes couvrir le tronc, les membres, et former autant d'ulcérations de vilaine couleur et de mauvaise nature, ou bien des excoriations sur le bord des lèvres s'étendre au visage, et quelquefois toutes ces ulcérations apparaîlre en même temps chez le même individu, aux approches de la mort, selon l'état de marasme et le degré de cachexie où il est tombé. Eu présence de ces faits, je crois qu'il faut conserver parmi les autres la diathèse ulcéreuse.

§ -13. — Diathèse gangreneuse.

La diathèse gangréneuse est cette disposition morbide qui donne Ueu à des mortifications plus ou moins étendues de la peau et des viscères.

En dehors de toute intoxication par l'ergot de seigle, les miasmes typLiques, la glycosurie et la cachexie nosocomiale, ou sans oblitération vasculaire primitive, cette diathèse est assez rare. M. Grisolle en a rapporté trois exemples, dont l'un a été observé par lui, à la clinique de Dupuytren, sur une jeune fille de vingt ans, qui eut sur plusieurs parties du corps des plaques gangréneuses de l'étendue de 2 à 3 centimètres; l'autre par M. Chassaignac, et le troisième par M. Géry. M. Marchai (de Calvi) (2) l'a observée chez un certain nombre de diabétiques, ef il en a conclu à l'existence d'une action spéciale du diabète sur la production de la gangrène spontanée des membres.

(1) Grisolle, loc. cit., p. 22.

(1) Marchai, Recherches sur les accidents inflammatoires et gangrâneux diabétiques. Paris, 1864,

252 PATHOLUGlii GÊNÉKALIi.

Aug. Vidal (de Cassis) a publié l'histoire d'un jeune homme de vingt ans environ, d'une bonne constitution, fumiste, vivant dans de bonnes conditions hygiéniques, se nourrissant bien, et qui était affecté de plusieurs ulcérations dues à des gangrènes spontanées. Ce malade avait eu une blennorrhagie il y a deux ans. Quelque temps après, à la suite d'un excès alcoolique, une gangrène de la verge se déclara, sans qu'il y ait ni chancre, ni phimosis, ni cause quelconque à invoquer. En huit jours la verge se détacha dans sa totalité, et la chute de l'eschare laissa une ulcération qui empiétait jusque sur les parties voisines du scrotum. Bientôt après une eschare gangréneuse apparut dans la région parotidienne. L'ulcération qui en résulta était large, à bords taillés à pic et profonde ; le masséter et la face externe de la glande parotide étaient à nu au fond de la plaie. Plus tard encore, une troisième lésion du même genre se manifesta au bras gauche, vers la partie inférieure et postérieure du deltoïde. Les bords en sont taillés à pic, un peu décollés; le fond couvert de bourgeons charnus. La cicatrisation marche sans diflicullé.

Fait remarquable ! ces eschares se sont produites sans douleur, sans accidents quelconques. Le malade ne parut pas même chagriné de la perte de sa verge ; il était tellement indifférent h sa maladie, qu'il ne parla point de l'eschare du bras, et ne la montra que lorsqu'un de ses voisins, incommodé par la mauvaise odeur, lui fit apercevoir la nouvelle manifestation de la maladie.

Enfin, pour mon compte, je signalerai deux exemples de cette dialhèse, observés à l'hôpital Necker sur des convalescents de fièvre typhoïde, qui eurent des eschares au talon, sur les orteils et au milieu de la jambe au niveau du mollet. C'est un fait assez commun dans les hôpitaux de l'enfance, et dans mon service de l'hôpital Sainte-Eugénie ou à l'hôpital des Enfants malades j'en ai observé d'assez nombreux exemples, soit à la fin des fièvres typhoïdes, mais plus souvent encore dans la convalescence delà rougeole, de la variole, delà scarlatine et des maladies aiguës graves. — Chose curieuse, ces accidents se développent plus souvent chez les filles que chez les garçons. Chacun sait, en effet, que, dans ces circonstances, la gangrène se développe à la face interne de la joue et sur la joue, à la vulve, à l'anus et quelquefois aux orteils ou sur différentes parties du corps, ce qui indique bien l'existence d'une cause diathésique gangréneuse.

Cette diathèse, toujours acquise, ne se montre qu'à l'état aigu. Elle se manifeste ordinairement dans le cours des maladies chroniques et à la fin des convalescences des fièvres graves, particulièrement à l'hôpital, sous l'influence débilitante de l'atmosphère viciée qu'on y respire et qui produit la cachexie nosocomiale.

§ 14. — Ulathcse héniorrUaglque, ou héniorrUapliilio.

En parlant de l'influence de l'hérédité sur le développement des maladies, i'ai indiqué ces exemples curieux de familles entières dont les membres, peiidant deux, trois et quatre générations, atteints d'hémorrhaphilie, ont succombé a la suite d'hémorrhagies incoercibles. C'est là une diathèse redoutable dont 1 exis-

Page 1