‹ Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologieChapitre 72 sur 439 · DE LA OUTHÈSE SCORBUTIQUE · texte numérisé non relu

DE LA OUTHÈSE SCORBUTIQUE

tence ne neiU C'tre nùso en doute et dont le développement est bien dinicile à comorendre Presque toujours héréditaire, elle est caractérisée par des inliltrations ou des épancliements de sang dans les tissus, et par des hémorrhagies opiniâtres des muqueuses ou de la peau excoriée. Elle se manifeste surtout dans le jeune âge et jusqu'à quarante ans. Après cette époque, les hémorrhagies dialhésiques sont

très-rares. . . , . ,

Si quelque chose peut rendre compte de cette constitution morbide particulière qui engendre la dialhèse hémorrhagique, c'est l'altération du sang, profondément modifié dans sa composition et dans ses qualités physiques. Il est séreux prde, appauvri, défibriné, et M. A. ïardieu, qui a eu l'occasion d'étudier avec so'in un cas de dialhèse hémorrhagique à l'hôpital Cochin, a vérifié tous ces caractères (1). Or, comme on sait, d'après les expériences faites sur les animaux et l'observation de l'homme, que l'état séreux du sang et la diminution ou l'altération de la fibrine sont une cause très fréquente d'hémorrhagie, il faut attribuer à cette altération spéciale un rôle dans la production de la diathèse hémorrhagique. Malheureusement ces modifications n'ont pu être constatées que chez des sujets ayant perdu beaucoup de sang, ce qui diminue leur importance, car on sait qu'elles existent chez tout individu affaibli par une hémorrhagiè considérable. Il faudrait, pour savoir à quoi s'en tenir sur le rôle qu'elles jouent dans la diathèse qui m'occupe, les avoir observées au début des accidents et au commencement de la première hémorrhagie, ce qui n'a pas été fait jusqu'ici.

§ 15. — Diathèse scorbutique.

Ordinairement acquise, la diathèse scorbutique devient de plus en plus rare, à mesure que l'hygiène répand ses préceptes plus loin autour des villes, dans les administrations des camps, des vaisseaux et des armées. Elle est beaucoup moins répandue maintenant qu'au commencement du siècle. C'est une diathèse qui a pour premier effet une altération spéciale du sang, dont la nature est encore contestée, et pour manifestation extérieure, une dialhèse hémorrhagique semblable à celle que je viens d'indiquer, offrant en plus la tuméfaction des muqueuses, leur ulcération, l'érosion de la peau, les ulcères cutanés, etc.

L'altération du sang, d'abord considérée comme une diminution du chiffre de la fibrine par M. Audral, fut ensuite niée par M. A. Fauvel (2), qui trouva que dans cette circonstance la fibrine était augmentée de quantité. C'est ailleurs qu'il faut chercher l'explication de la dialhèse scorbutique, et je la rapporte de préférence li l'altération des qualités de la fibrine et à son ramollissement, plutôt qu'à sa diminution absolue.

(1) Tardieu, Observalions de dialhèse hémorrhagique ou douleurs articulaii-es {Archives de médecine, 1841., t. X, p. 185).

(2) A. Fauvel, Mémoire sur le scorbut observé à la Salpêlrière en 1847, et sur la composilion du sang dans celle maladie {Arch. gén. de WKfd., juillet 1847).

§ lO, — UiatlicHc voriiilncuse.

La diathèse vcrmiiieuse, si ancieiuicineiit admise, n'est plus acceptée par tout le monde. Elle est niéte par un certain nombre de médecins ; mais, à ce point, l'exagération est une erreur.

Les eutozoaires naissent souvent au milieu de conditions locales faciles à distinguer et qui n'out rien à ', commuu avec les diathèses. Il y a des pays où le tiEuia est endémique, en Suisse, eu Allemagne, en Suéde., par exemple; mais cela dépend de la transmission des germes par les aliments portés dans les voies digestives, où le ver se développe si le milieu est favorable à son éclosion. Il en est de même des lombrics, que l'on observe si souvent dans le jeune âge et dans le cours des maladies (jui intéressent le tube digestif. Leurs œufs sont avalés avec les alinienls et les boissons, et ils ne se développent que lorsque les circonstances extérieures leur sont favorables. Peut-être les choses se passent-elles d'une manière semblable chez l'homme, pour les échinocoques, qui ne sont qu'un taenia avorté et modifié dans sa forme. Je n'affirme rien, d'autant mieux qu'en présence de quelqu'un de ces faits extraordinaires de généralisation et de dissémination de tumeurs hydatiques, dans le scrotum, la rate, le foie, le mésentère, les poumons, comme j'en ai vu un exemple dans mon service à l'Hôtel- Dieu, il est impossible de se défendre de l'idée d'une diathèse spéciale pouvant être l'a cause de tous les accidents. Il n'y a rien de décidé, à cet égard du moins, par l'étude des affections veriniueuses de l'homme, mais la pathologie comparée, qui montre qu'on rempUt à volonté d'hydatides et de cysticerques les moutons et les porcs par le parcage et une nourriture appropriée, semble indiquer que la diathèse vermineuse n'existe pas, et que ce n'est qu'une germination accidentelle de produits venus du dehors.

§ 19. — Diathèse i-achUi^ue, ou rachitisme.

La diathèse rachitique, qui a joué eu médecine un si grand rôle dans les siècles derniers, n'a plus la même Importance aujourd'hui que l'on en connaît la nature, et que l'on a pu découvrir les moyens de s'en garantir et ceux de la faire disp'araîire. Cette diathèse, rarement héréditaire, plus constamment acquise, se développe sous l'inlluence d'un mauvais régime, d'uiia habitation ba^se, sombre et humide. Elle est caractérisée par une altération du sang, probablement la diminution des sels qu'il renferme, par le ramollissement des os longs et de leurs extrémités cartilagineuses. Elle guérit assez facilement et peut ne laisser aucune trace de son passage, fait contraire à ce qui a lieu dans les autres diathèses, lesquelles persistent encore après la disparition de leur man.festalio.i extérieure. C'est plutôt une maladie des os qu'une véritable diathèse, et j aurais pu me dispenser, je crois, de la faire entrer dans cette revue générale.

§ jg, uiathcse anévrysmale et variqueuse.

OU a trop facilement admis l'idée d'une diathèse anévrysmale. Comme l'a

DE LA DIATHiiSU OSSKUSE. 255

iràs iustenicnt fait remarquer M. Grisolle (t). deux auévrysines simultanés ou successifs chez un individu ne suffisent pas pour annoncer l'existence d'une dialhèse spéciale, et il est très-rare d'en rencontrer un plus yrand nombre Ils peuvent souvent dépendre d'une cause locale, mécanique. Le fa.t curieux de Pellotan qui, sur un seul sujet, a vu soixanle-irois tumeurs artérielles, est le seul (lui' ait de riniportance, encore faudrait-il savoir s'il n'y a pas eu là une coïncidence particulière de lésion de structure en rapport avec une cause locale

déterminée. , „ . ,, . -i

Quelque rare que soitla diathèse anévr;smale, quand elle existe, ellese révèle par la simultanéité et le développement successif de lésions organiques yraves, suivies de tumeurs sanguines sur le traj(it d'une ou de plusieurs artères. Sa cause est inconnue et jusqu'ici n'a |m être déterminée, malgré les eflbrts qu'on a tentés dans cette direction.

La dintlùse variqneusp est également très-rare, et, quoiqu'on admette une disposition générale intérieure favorable au développement des varices et des héniorrlioïdcs, je crois que dans la plupart des cas, sinon dans tous, l'amplialion des veines est la conséquence de causes Ii)cales et d'obstacles au retour du sang de la périphérie vers le tronc principal. En effet, les varices n'existent •qu'aux jambes et au rectum, là où le sang éprouve de la peine à remonter dans la veine iliaijue ; elles sont plus fréquentes chez les individus qui serrent leurs bas sur les jair.bes avec des jarretières; elles .se développent sous l'inlluence de la constipation, de la grossesse et des tumeurs du ventre, qui compriment les •veines du bassin; presque partout enfin des causes mécaniques viennent rendie compte de leur formation, et elles sont très -rarement la conséquence d'une diathèse.

§ lO. — niathèse osseuse.

Celte diathèse, infiniment rare, existe chez l'homme et chez les animaux.

On ignore les condilions de son développement, et l'on ne sait pas même si elle est héréditaire ou seulement acquise. Elle se montre ordinairement à l'âge moyen de la vie, et lorsqu'elle arrive dans la vieillesse, c'est moins une maladie qu'un résultat ordinaire de l'âge avancé chez l'individu. Elle est caractérisée par le dépôt de nombreuses concréiions nssiformes et calcaires dans le tissu libreux des artères et des ligaments de la colonne vertébrale, dans les cartilages, les tendons et les muscles; enfin par un accroissement insolite du squelette. M. Grisolle (2) rapporte, d'après un journal américain, le fait d'un enfant de treize ans, chez leciuel une partie des muscles du tronc étaient tout à fait soudés par nue matière osseuse. Le musée Dupuylreu renferme des squelettes dont les éléments sont réunis en une seule pièce par les ankyloses ossifiées de tous les ligaments et cartilages articidaires. J'ai vu à la Société de biologie, les cartilages, les tendons et les muscles d'un chien qui étaient entièrement convertis

(1) (îrisolle, loc. cil., p. 24.

(2) Grisolle, loc. cil., p. 26,

256 PATIIOLOCIK CJiNÉlULE.

eu matière calcaire n'ayant point la structure des os. Mais le plus curieux de tous ces faits est assurément celui de Saucerolle, relatif à un homme de trenteneuf ans dont les os, depuis six ans, s'accroissaient en épaisseur, de manière à doubler de volume ; les côtes débordaient en quelques endroits les unes sur les autres ; la téte, dépouillée de ses parties molles, pesait k kilogrammes, et la mâchoire inférieure seule, 1750 grammes.

Tous ces faits indiquent évidemment une constitution morbide spéciale, en vertu de laquelle plusieurs parties de l'organisme sont à la fois ou successivement le siège d'altérations de même nature. Il n'en faut pas davantage pour caractériser une dialhèse.

Page 1