DU MODE D'ACTION DES CAUSES MORBIFIQUES
Le mode d'action des causes morbifiques est très-complexe et diffère suivant la nature de la cause morbide et selon la nature du sujet impressionné par ces causes. Toutefois, d'une manière générale, on peut dire que cette action est indirecte, et que soii effet est la conséquence d'une sensibUité organique, inconsciente, réflexe, c'est-à-dire de Vùnpressibilùé, attribut de toute vitalité.
Les effets des causes morbifiques sont des actions réflexes d'une nature spéciale ; ce sont des actes moléculaires irréguliers, produits par l'impressibilité organique mise enjeu; c'est une réaction qui succède à l'impression morbifique reçue par l'organisme. Toute la pathogénie se résume dans ces deux mots : impression et réaction, et je pense qu'il ne faut voir dans les maladies que des impressions transformées.
Pour peu qu'on se représente, en effet, chacune des causes dont j'ai précisément étudié l'influence, on verra bien vite que, à moins d'être assez violentes pour empêcher la réaction en détruisant tout ou partie de l'homme, les causes s'adressent à la sensibilité latente sans conscience, dont l'exercice régulier dirige les actes moléculaires organiques et maintient la forme de nos tissus. Les agents physiques et les influences extérieures ne deviennent des causes morbifiques que par l'impression qu'ils produisent dans l'organisme; sans cette impression préalable, ce sont des agents physiques ou traumatiques, et rien de plus ; il faut un témoignage de la sensibilité des tissus pour en faire des agents morbifiques, et ce témoignage, c'est le trouble réflexe nerveux dans une fonction ou dans l'action moléculaire de chaque partie du corps. De même qu il y a en dehors de toute volonté des mouvements réflexes, sans conscience, produits par l'excitation des tissus, de même il y a, en dehors des actes sensilifs ordma.res et appréciables, des actes morbides réflexes, qui résultent d'impressions sans
DU MODE d'action des CAUSES MORBIFIQUES. 257 conscience dont nous ne pouvons nous garantir, et qui agissent profondément sur l'état dynamique et matériel de l'homme en modifiant ses forces et sa structure. Ces actes morbides réflexes sont le malheureux témoignage de Vimpressibilité organique : et, en eflet, de plusieurs personnes soumises au même moment à l'influence d'une cause physique quelconque, les unes subissent l'influence sans en recevoir une impression fâcheuse, et, pour les autres, l'impression est suivie d'un trouble fonctionnel et organique réflexe qui constitue la maladie. Ici, action pure et simple de l'agent physique; là, au contraire, impression suivie d'une réaction qui se transforme en acte morbide.
Les causes morbifiques prédisposantes ou déterminantes ne sont, à divers points de vue, que les moteurs de l'impressibilité organique, les agents des actes réflexes inconnus qui modifient les forces et les actes de la vie, aussi bien que la forme, la couleur, la composition et la structure partielle ou générale des solides, des liquides, des humeurs, dans les limites préalablement fixées aux dérangements organiques. Que l'échéance soit prompte ou éloignée, le résultat est le même.
Qu'est-ce que l'hérédité, sinon une impression génératrice communiquée au germe par le ferment séminal? Eh bien, dans vingt, trente, quarante ans, cet œuf microscopique sera un homme vigoureux ou valétudinaire comme ses parents, et qui, s'il est né de parents malades, périra comme eux de phthisie pulmonaire, de folie, de goutte, d'apoplexie, etc.
Qu'est-ce que l'acclimatement, sinon le résultat complexe de l'impression prolongée des différentes influences constitutives d'un climat?
J'en dirai autant de toutes les impressions faiteg par les aliments, les boissons, les vêtements, l'exercice, l'habitude, les professions, l'électricité, de toutes les impressions morales, venimeuses, vénéneuses, efïluviques, miasmatiques, virulentes, névrosiques, etc. Toutes provoquent des actions réflexes intimes, plus ou moins fréquentes, qui modifient le tempérament, la constitution, et, à un instant donné, seules ou jointes à d'autres impressions, détruisent tout ou partie de la santé. Action réflexe lointaine ou immédiate, telle est la conséquence des impressions morbifiques prédisposantes ou déterminantes que j'ai fait connaître. Pour les unes, le résultat est clair, évident, certain, impossible à discuter. Ainsi personne ne peut mettre en doute la part que les impressions génératrices, climatériques, morales, vénéneuses, virulentes, etc., ont dans le développement des actes morbides réflexes qui constituent les maladies virulentes, toxiques, morales, héréditaires, etc. Quel rapport y a-t-il entre l'impression d'un atome de vaccin et l'immunité variolique, entre l'inoculation rabique et la rage, entre la frayeur et l'épilepsie, entre l'ingestion d'un morceau de poisson et' l'urticaire, etc. , sinon la transformation d'une impression de nature inconnue, et un état réflexe, morbide ou autre, très-certainement appréciable?
Tout le monde connaît l'influence de l'impression subite du froid humide sur la production immédiate de l'anasarque et delà néphrite albumineusel'influence de l'impression des hydatides cérébrales sur le tournis ; l'influence de la piqûre du plancher du quatrième ventricule sur la production du diabète
B. — PATHOL. r.ÉN. •
(Cl. Bernard) (1); l'iiillucnce de la piqûre des pédoncules du cervelet sur la convulsion rotatoirc d'un animal, selon son axe et du côt6 blessé (Magendie, Flourens), si la pi([ûre esL en arrière de l'émergence de la cinquième paire, et du côté opposé, au contraire, si la piqûre est en avant de cette émergence (CI. Bernard); l'influence de la lésion des pédoncules du cerveau sur le mouvement de manège en lonrncitmenl du côlé blessé, etc. Ce sont là des muladiea réflexes ; elles forment la plus grande partie de nos connaissances et elles peuplent le domaine de la médecine.
Pour d'autres, et en particulier pour un certain nombre de lésions physiques, mécaniques et chimiques, du domaine chirurgical, le résultat est moins évident, sans être pour cela sujet à contestation. En effet, dans le groupe des maladies traamatiques, c'est-à-dire mécaniquement ou chimiquement produites, on voit des maladies occasionnées par des agents dont la violence est telle, qu'elles saccagent tout ou partie de l'homme, sans possibilité de réaction immédiate. Les projectiles de guerre qui déchirent la poitrine, arrachent des membres, pénètrent dans le corps, le feu qui calcine, les caustiques et les corrosifs qui détruisent tout sur leur passage, ne sont pas des impressions morbifiques. Ce sont des agents de mutilation d'une puissance supérieure à la force de résistance humaine, et nul effet réflexe n'a le temps de se produire. Dans ces maladies traumatiques, il n'y a primitivement que des effets mécaniques et physiques dans la production desquels la vitalité n'a aucune part. C'est après le résultat accompli que les forces de la vie reprennent leur empire, et que l'action réflexe s'emploie contre le corps étranger ou contre la solution de continuité qui existe, car le plus grand nombre des maladies physiques doivent être rapportées à ces deux espèces particulières.
Il en est de même d'nn grand nombre d'autres maladies traumatiques occasionnées parles contusions, les blessures piquantes ou tranchantes, les chutes, etc. Effets mécaniques de causes physiques, leur résultat matériel est immédiat, l'action réflexe ne se montre que plus tard, lorsqu'elle a été sollicitée ici par la présence d'un épanchement de sang, résultat de la contusion, ailleurs par une plaie faite par les instruments tranchants, par une luxation ou fracture occasionnées dans une chute, par une eschare déterminée par un caustique, etc. Alors, sous l'influence de l'impression ressentie par l'organisme, s'accomplit la réaction qui absorbe le sang, cicatrise les plaies des parties molles et des os, élimine et ferme les eschares, etc.
J'en dirai autant des maladies parasitaires dont le germe se dépose sur les tissus, et ce n'est qu'après réaction contre la gêne locale produite par les microphytes ou les microzoaires que paraissent les troubles de la santé organique ou fonctionnelle. Ici encore il y a impression transformée.
Ainsi, au point de vue particulier où je me place en ce moment, et qui est celui du mode d'action des causes morbifiques, il y a deux espèces de maladies,
(1) Claude Bernard, Leçom mr la physiologie et la pathologie du système nerveii.v Paris, 1858.
DIVISION DES MALADIES
C'est-à-dire produites par la réaction de l'économie contre les T4«bi q ; ^ 'aurna^^^^es, constituées par des elTets
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P'^'T /^t X s C-est, sous une lorme dilTérente, la reproduction de ce :;o::^:i^^^ — Cest-^dlre d;.#o. et les maladies
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nonle morbides primitifs dont la présence est ensuite physiquement, cani- " u chimiquement la source d'impressions secondaires, sûmes d act s
réflex également secondaires, qui constituent des comphcat.ons spéciales souen "Is-graves. Ainsi la" diarrhée, l'épiphora, l'otorrhéc, et tous les flux abondants excitent les tissus et amènent l'excoriation des parties en contact avec 1 liouide- le décubitus dorsal détermine, en certains cas, la pneumonie hypostatique et des eschares au sacrum; le ballonnement du ventre dispose a 1 as- Dhvxie etc., etc. On en pourrait dire autant d'une foule de phénomènes morbides secondaires, ternaires et quaternaires, qui se succèdent et se développent les uns après les autres, chez des sujets ayant une idiosyncrasie particuhere et une consiitulion épuisée par le mal.
Cette manière d'expliquer la palhogénie, entièrement conforme aux lois de l'observation et de la raison, ne supprime rien des autres principes de l'etiologie morbide. Au contraire, en proclamant bien haut le fait de Tactivité humame et de sa force de réaction contre les impressions morbifiques, elle permet de comprendre le degré d'influence des âges, du sexe, des aptitudes, des prédispositions et de l'idiosyncrasie dans le développement des maladies. J'ai précédemment fait connaître tout ce qui est relatif à ces conditions étiologiquts spéciales, et je leur ai accordé une part au moins égale à celle des impressions morbifiques. Je n'y reviendrai que pour dire qu'un rapport intime unit toutes les influences les unes aux autres, et que l'action réflexe des impressions morbifiques est en rapport proportionnel avec le degré de réceptivité des individus.