CHAPITRE XII
DIVISION DES MALADIES
Le mode d'action des causes morbifiques étant bien établi en ce qui touche sa nature intime, je vais, d'après des considérations étiologiques secondaires, indiquer les distinctions nosographiques qu'il faut conserver dans la description des maladies.
Sous le rapport de leur origine palhogénique, les maladies doivent être divisées en maluclies innces et en maladies acquises, selon (|ne colt(> origine c-t antérieure ou postérieure h la naissance.
Les maladies innées sont des ali^raiions de l'agent vital, et elles résultent de l'impression génératrice ou des impressions reçues dans le cours de la grossesse pendant le séjour dans l'utérus, r^'liomine les apporte en naissant, ou du moins en naissant il en apporte le germe avec lui. Dans le premier cas, on les nomme plus particulièrement maladies congénitales : exemple, la variole, la syphilis, la tuberculose, les luxations du fémur, les pieds bots et les vices de conformation, etc. Dans le second cas, ce sont des maladies héréditaires ou de famille, qui peuvent être congénitales, mais qui se développent le plus ordinairement après la naissance, soit au bout de quelques jours ou de quelques mois, et même de plusieurs années. Certaines maladies héréditaires ne paraissent qu'au bout de vingt, trente, quarante ans, et il en est d'autres qui sont comme les ressemblances de famille, et qui sautent une génération. Le scrofulisme, le syphilisme, la goutte, etc., sont au nombre des maladies héréditaires, d'ailleurs très-nombreuses.
Les maladies acquises sont celles qui ne se montrent qu'après la naissance et qu'on ne peut rapporter h une disposition héréditaire. Ce sont les plus nombreuses. Elles renferment les maladies sporadiques et pandémiques, ces dernières étant divisées en maladies épidémiques et endémiques.
Les maladies sporadiques (de awopà, semence, ou plutôt de .TTreipw, je disperse) sont les maladies disséminées au milieu d'une population, venant en tout temps et en tout lieu, sous l'influence d'impressions morbifiques particulières, aux prises avec l'idiosyncrasie de chacun.
Les maladies pandémiques (de -KâMi^oç, tout le peuple) sont des maladies qui attaquent un grand nombre d'individus à la fois, sous l'influence de conditions morbifiques universellement répandues.
Ce sont les maladies régnantes, populaires, produites par les influences annuelles ou saisonnières, dont j'ai parlé à propos des impressions atmosphériques, par les constitutions médicales, par les influences des localités et par l'influence épidémique. Celles qui résultent de l'influence des localités, de l'air, des eaux, du régime, des habitudes, et qui sont permanentes dans un pays, forment une variété spéciale et importante, désignée sous le nom de maladies endémiques (de b, â%oç, dans un peuple, qui se produit dans un peuple). Tels sont entre autres, la fièvre intermittente en Sologne, en Bresse, en Algérie etc.; la dysenterie des pays chauds, l'hématurie de l'île de France, la plique de Pologne, l'ulcère contagieux de Mozambique ou pian, la fièvre jaune des Antilles, etc.; la colique sèche des tropiques, le goitre et le crétiuisme des
vallées alpestres, etc.
Les maladies épidémiques enfin (de i^lèr^i^o,, sur le peuple) sont, au contraire, des maladies qui ne régnent qu'accidentellement sur une population. Importées de l'étranger par contagion, nées dans un pays par infection et devenant contagieuses, ou produites par des circonstances spéciales, elles n'ont qu'une durée limitée et disparaissent pour revenir à des intervalles très-irréguliers : exemple, le choléra, la peste, le typhus, le scorbut, la dansomanie, la tablomame, etc. Quelquefois, comme pour la peste noire, elles disparaissent pour toujours.
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J'ai indiqué (page 18/,) tout ce qui est relatif aux épidémies, aux maladies épidémiques, et il me paraît inutile de revenir ici sur les causes de leur développement, sur leur marche, et sur les phénomènes particuhers qu elles pré-
sentent. . , , ,. ,>
Un autre point de vue éliologique permet d'envisager les maladies d aprcs l'ordre successif du développement des lésions dynamiques ou inalénclles au'elles présentent. A cet égard, il y a des maladie, primitives, secondaires, L-naires, quaternaires, etc.-, ce que d'autres ont appelé des maladies pro^opalhiques, cleutéropatkiqixes, etc.
Les inaladies primitives sont celles qui résultent de la première impression morbifique subie par un individu. Ainsi la fièvre typhoïde, la variole, la rougeole, le croup, la gastrite aiguë, etc., sont des maladies primitives; mais les effets de ces maladies réagissent sur l'organisme, et deviennent causes à leur tour, et produisent des phénomènes morbides secondaires, ceux-ci des accidents ternaires, etc. Ainsi l'ulcération de l'intestin dans le typhus produit une perforation suivie de péritonite ; les pustules varioliques déterminent une ophlhalmie; la rougeole amène une pneumonie ; le croup l'asphyxie; la gastrite l'anémie, etc. Ce sont là autant de phénomènes secondaires engendrés par la maladie primitive.
Veut-on d'autres exemples : le panaris produit le phlegmon diffus; celui-ci, l'angioleucite, les abcès ganglionnaires, l'infection purulente, les abcès viscéraux et la mort. Les affections chroniques des voies digestives produisent l'anémie, l'hypochondrie et la folie; les pertes séminales conduisent au suicide, etc. Une première impression morbifique produit un effet qui devient cause à son tour, et ainsi de suite quelquefois dans une série d'effets morbides, surajoutés, dans leur développement successif et régulier, à la maladie primitive.
Les maladies secondaires et ternaires sont celles qui se montrent étiologiquement liées à une maladie antécédente actuelle ou à peu près terminée. Je viens de les faire connaître et n'y reviendrai pas, croyant superflu de pousser plus loin cette subdivision des phénomènes morbides consécutifs, également appelés séquences pathologiques.
Sous le rapport de leur nature et de la corrélation qu'elles peuvent avoir avec les altérations somatiques, les maladies sont divisées en idiopathiques, sympathiques et symptomatiques. Cette division a été bien vivement critiquée par ceux qui ont cru pouvoir expliquer tous les troubles fonctionnels par des altérations de la substance même du corps; mais, comme le résultat n'est pas encore venu confirmer les espérances fondées sur ces recherches, la division des maladies idiopathiques et symptomatiques est restée dans le domaine de la nosographie.
Les maladies idiopathiques, jadis appelées essentielles, sont les maladies qui ont une existence propre et indépendante des lésions somatiques qui se produisent plus lard connue des effets de la cause morbifique. - (Je sont des malad.es fonctionnelles, et elles dépendent souvent d'une altération des forces ou d un vice du ferment séminal. -La plupart des névroses sont dans ce cas, et je
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dis la plupart, car il en est un certain nombre dans lesquelles il y a quelque chose de plus qu'un trouble fonctionnel, et dont le point de départ est très-certainement une altération organi(iue appréciable du cerveau ou des nerfs. Les fièvres, les diathèses, sont également des maladies idiopatbiques ou essentielles, comme on aurait dit autrefois. En effet, les lésions somatiqnes qui les accompagnent sont des phénomènes consécutifs; elles sont essentiellement variables dans leur étendue et dans leur forme ; elles peuvent manquer, et toujours la maladie existe longtemps avant leur apparition.
Les maladies symptomatiques et sympotkiques sont celles qui se ratuchent à une altération particulière et bien déterminée de l'économie, qui cessent dès que l'on fait disparaître cette altération. Il y a des abcès symptomatiques d'une épine entrée dans les chairs ; une pleurésie peut Être symptomatique d'une perforation du poumon ; l'hydropisie des membres et du péritoine est symptomatique d'une maladie du cœur ; l'hémoptysie est symptomatique d'un obstacle à la circulation pulmonaire, ou des tubercules du poumon, etc.; la paralysie de la langue est symptomatique d'une méningo-encéphalite diffuse, etc.
Les maladies sympathiques se rapprochent beaucoup des maladies symptomatiques, en ce sens qu'elles sont le résultat d'une affection préalable ; mais elles ont cela de curieux et de particulier, qu'elles ont une connexion intime avec cette maladie, sans intervention de cause physique appréciable. Elles n'ont avec elles aucun rapport de continuité ou contiguïté de tissu. Ainsi les parotides, qui viennent dans le cours des lièvres graves, sont des maladies sympathiques; de même nature sont les vomissements de la méningite, de la grossesse et des maladies utérines; l'orchite consécutive aux oreillons; le hoquet des maladies graves - la toux nerveuse des chlorotiques; l'épilepsie consécutive au tœma ; enBn le plus commun, le plus vulgaire et le plus appréciable de tous les phénomènes morbides, la fièvre, qui accompagne toutes les maladies aiguës ou chroniques, à certaines de leurs périodes.