LIVRE PREMIER CHAPITRE PREMIER
rvci0( aeauTov ! Au physique et au moral, celte devise sera toujours le principe de ceux qui, selon la pensée de Descartes, travaillent à la découverte des premiers principes et des premières causes. Chez les anciens, ce fut une maxmie toute morale : mais aujourd'hui qu'elle a été transportée dans le monde physique, elle nous montre la voie qu'il faut suivre pour découvrir la nature de l'homme et pour soulever le voile qui couvre le mystère de notre destinée.
Il y a plusieurs choses à considérer dans l'homme : le principe de sa vie morale le principe de sa vie physique, et enfin son mécanisme ou son organisation, toutes choses qui se subordonnent et qui agissent rigoureusement les unes sur les autres. Mais avant tout, qu'est-ce que la vie?
La w est un principe susceptible de communiquer à la matière une forme et des propriétés nouvelles, différentes de sa forme et de ses propriétés physiques et chimiques ordinaires. ^
Il est évident que la forme des êtres vivants diffère de tout ce quon connaît dans le monde inorganique, et que, dans son ensemble, un être vivant, par cela même qu'il est vivant, résiste aux innuences physiques et chimiques extérieures autrement qu'un cadavre. Rien ne pourra détruire ce fait ; c'est la base de la philosophie médicale d'Hippocrate, de Galien, de Paracelse, de van Helmoiit, de Stahl de Bordeu, de Barthez, et de celle à laquelle Tiedemann, Muller (1), Berzelius, Liebig, Dumas, etc., qu'on ne saurait soupçonner de vouloir amoin-
(1) Muller, Manuel do physiologie, trad. de l'allemand. Paris,
DE LA NATURE DE L'ilOMMli. 3
drir le rôle de la chimie, ont prêté l'appui de leur nom. Le dernier de ces savants écrivait même en 1859 la phrase suivante : « La vie est un combat où les forces de l'organisation, en lutte continuelle avec les forces qui régissent la matit!re brute, doivent sans cesse maîtriser celle-ci pour les plier aux besoins de notre existence (1). »
C'est une force primitivement étrangère à l'organisme, s'y étant incorporée par l'imprégnation fécondante du germe et dirigeant son évolution jusqu'à la mort. Par conséquent, la vie n'est pas un effet de l'organisation, ni un résultat de l'arrangement des organes, ni une propriété de la matière brute ou de la matière organique ; c'est une cause ou mieux un principe, un agent dilué dans toutes les parties de l'être vivant pour en préparer le mécanisme au moyen d'organes qu'elle crée selon les besoins de l'espèce. Elle préexiste aux organes et elle les fait bons ou mauvais selon ses qualités et ses vices.
J'ai démontré ailleurs (2) les lois générales de la vie dans tout ce qui végète à la surface du globe, et je ne veux pas y revenir ici, désirant me renfermer dans l'étude de la nature de Phomme et de son principe de vie. Celui qui voudrait aller au delà et rechercher la nature du principe de la vie chez tous les êtres de la création, n'aura qu'à recourir au livre que je viens d'indiquer, et qui a été, en 1863, l'objet d'un rapport très-intéressant de M. Adolphe Gariîier à l'Académie des sciences morales et politiques.
Chez l'homme, le problème de la vie a été résolu de la même façon que chez les animaux.
Pour quelques philosophes, la vie est le résultat de l'organisation, et par conséquent un effet ou une propriété organique. Pour d'autres, au contraire, c'est une cause, une force inconnue ou un principe qui sera le tô èvop/.ôv ou Vimpetum faciens des anciens, Dieu, la nature, Vâme, l'archée, le principe vital et on comprend que de la solution donnée au problème doivent en résulter pour la médecme des résultats tout à fait différents non-seulement pour la théorie mais encore pour la pratique, et c'est ce qui m'a engagé à mettre ce débat au tronlispice de ma Pathologie générale.
résulte de I act on c un prmc.pe associé à l'organisation. Seulement il reste à dém mrer la réalité c e cette affirmation, ce que je vais faire, et je veux de Is
ZT^vi '^^"^ ^« sont mes véritables ancê
t. philosophiques. Voulant sortir du vague dans lequel languit l'école de Mont pclher, a la smte d'Ilippocrate. d'Athénée, de Stal 1, de Boilu Tito f Barthez et Lordat, croyant qu'il est utile de den.and r itpt ;, ^^^^ ce que jusqu'à ce jour on a cherché dans la logique ou dans la fo r 1 monté sur le principe de la vie considéré comn^ LZ^J^^T^:^
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Il PATHOLOGIE (-ÉNÉRALE.
vivaiUe, et je crois qu'on peut démontrer sou existence et jusqu'à un certain point sa composition et sa nature.
A côlé du principe de la vie morale de l'homme, que je n'ai pas à étudier en ce moment, il y a chez lui un principe de la vie physique dont je prétends établir l'existence en faisant connaître ses attributs et en montrant les lois auxquelles il obéit.
Ce principe régit la vie tout entière, et de sa nature dépend l'organisation humaine avec des qualités variables, des diathèses particulières et des organes qui à leur tour réagissent sur le principe de leur origine et sont les instruments matériels de la vie. C'est le mobile de la matière vivante attirée par lui au point de tourner fatalement dans un cycle déterminé. C'est une substance matérielle qui, par son mélange au germe, devient l'essence et le principe de conservation des organes vivants; c'est, au service de l'âme, un élément qui renferme tous les autres en puissance, mais au moins dans cet agent physique, une fois démontré, nous retrouvons la raison d'être de toutes les maladies innées, du plus grand nombre des maladies accidentelles et de tous les phénomènes physiologiques connus. Ce n'est plus le vague et l'incertitude des doctrines hvpothétiques d'Athénée, de van Helmont, de Stahl et de Barthez condamnées par la raison; c'est quelque chose de précis comme l'expérience raisonnée, et chacuu peut se convaincre de la vérité du fait par des observations nouvelles. Eu effet, comme je l'ai démontré (1 ) en combattant l'idée d'un principe vital, immatériel et abstrait, c'est-à-dire d'une seconde âme, il est indispensable d'admettre l'existence d'un agent vital indépendant des organes et de leurs propriétés organiques, force vitale dont j'ai laissé pressentir l'origine et la nature en la considérant comme l'effet d'un ferment physiologique propre à chaque espèce en particulier, à chaque individu même, et dont le rôle serait de mouvoir la matière dans un certain ordre commandé par la nature des espèces (2), des races et des per-
(1) Bouchut, la Vie et ses allribuls. Paris, 1862.
(2) Les ferments, qu'on fait dériver du mot ferverc, bouillir, viennent plutôt de ferre, porter, et de mens, esprit; ce sont des substances organiques vivantes consUluan des organismes inférieurs, lesquels se reproduisent en nombre incalculable, en absorbant certains éléments des corps avec lesquels ils sont en contact, de façon a engendrer des produits nouveaux très-divers.
Ils absorbent de l'oxygène, exhalent de l'acide carbonique et produisent de la eba cur. Sans une certaine température et une certaine humidité, ils n'agissent pas. Le fro.d paralyse leur action ainsi que les poisons, et particulièrement l'acide phén.que, le soufre etc. Ce sont eux qui mettent la matière organique en mouvement pour la décomposer, atin de se reproduire, ou pour l'attirer dans Jes combinaisons nouvelles appartenant a des elres d'une organisation plus compliquée. Leur forme est invariable, et même dans les êtres dont ils favorisent la formation, ils se reproduisent au bout d'un temps quelquefois très-long sous la forme qui leur est propre. Tous les infusoires, tous les pollens, tous les spcrmalozoaires, sont des ferments qui. étant placés en condition convenable, prcsenlenl les propriétés que nous venons de faire connaître, et se reproduisent pour recommencer la série des phénomènes qui leur a. donné naissance.
sonnes. Si c'est là le premier agent des organes de la vie, puisqu'il commande à tous les autres, et qu'il est destiné à les former bons ou mauvais, selon sa nature et sa provenance, il est évident que c'est là un principe de vie sur lequel on peut agir médicalement, et avec lequel la philosophie et la médecine doivent compter. C'est, à côté de la doctrine de l'àme immatérielle et libre, une théorie nouvelle dont la base serait l'existence d'un principe de vie matériel susceptible de modification, et par cela même tombant sous4'analyse.
Aux métaphysiciens laissons donc l'étude de l'âme et de ses différentes facultés ; ne gardons pour nous, médecins, après ce premier principe, que l'étude de l'agent vital qui lui est subordonné pour créer les tissus, les organes et tout l'ensemble de l'être dont les fonctions résultent ensuite de l'ensemble des propriétés organiques et du jeu des organes.
Cette manière d'envisager le sujet n'ayant rien d'absolu ni d'exclusif me paraît avoir l'avantage de ne sacrifier aucun côté de l'être humain et de représenter l'ensemble des éléments constitutifs de sa nature
Toute doctrine de la vie qui ne s'appuie que sur un des éléments de la nature de l'homme, si elle est vraie par un de ses côtés, est nécessairement fausse par ce qui lui manque dans les autres. A. force de ne vouloir tenir compte, les uns que de Vâme à la fois chargée des fonctions morales et des opérations matérielles de la vie, les autres que de la nature, du pneuma, de Varchée, de la sensibilité générale, du principe vital, etc. , les autres enfin que des organes et de leurs propriétés, les médecins n'ont édifié que des systèmes sans valeur et sans durée, plaçant l'observateur devant un homme de fantaisie qui n'est point celui de la nature. Il n'y a de vraie doctrine médicale que celle qui tient compte des trois éléments constitutifs de l'homme, Vâme, l'agent vital et l'organisation avec ses propriétés de tissu.
Il est bien évident que l'organisation et le mécanisme de l'être vivant ne peuvent à eux seuls rendre compte de la vie, de son origine, de sou développement, de ses modifications et de la spontanéité qui préside à la conservation des individus ou des espèces. Les plus illustres de nos maîtres l'ont reconnu, et dans le passé, ce fut l'opinion d'Hippocrate, d'Arétée, de Galien, après lesquels viennent, parmi les modernes : Paracelse, van lielmont, Stahl, Fizes, Bordeu, Barihez, etc., défenseurs non moins convaincus que les premiers de cette doctrine qui a pour elle le double appui de la raison et de l'expérience. Stahl est, entre tous, le médecin qui a le plus contribué à la propagation de cette véntô au profit de l'animisme, et il faut bien dire qu'il a pleinement réussi. Non, l'organisation n'explique pas les fonctions de la vie, car l'orginisation ne crée pas plus les fo/iclions qu'elle ne crée les organes; c'est au contraire la fonction à remplir qui forme les tissus dont l'assemblage constituera les organes appelés à fonctionner de telle ou telle manière, qui les maintiendra pendant la durée de l'êue, et c'est le but à réaliser qui amène la différence des organisations humaine, animale et végétale. Celui qui n'a pas étudié l'embryogénie et qui envisage l'homme tout développé pour en découvrir la nature, ne la connaîtra et ne la comprendra jamais. En effet, dans l'homme, la vie est tellement
SOUS la dépendance de l'inlégrité des principaux organes, qu'une ailcinte sérieuse portée à l'un d'eux entraîne promplenient la mort, et il est facile de croire alors que ce sont les organes qui font la vie. Il n'y a cependant là que des apparences trompeuses, et, ici comme partout, le témoignage des sens a besoin d'être rectilié par la raison. Une fois développés, les organes, sans doute, remplissent certaines fonctions déterminées, et il est bien évident que de leur intégrité dépend la régularité de l'exercice fonctionnel. Mais si par l'embryogénie on recherche la cause du développement des organes, de leur conservation à travers la rénovation continuelle de leur substance parla nutrition, de leur métamorphose, on s'aperçoit bien vite que ces phénomènes ne sont plus la conséquence de l'organisation ; qu'avant eux, il y a un principe extérieur, incorporé au germe pour faire et pour maintenir l'organisation, c'est-à-dire le mécanisme de la vie ; que ce principe dure autant que l'être lui-même, à l'état de combinaison ou de dilution intime dans tous les tissus ; enfin que la vie dure autant que son action, laquelle s'épuise avec l'âge ou s'interrompt par des circonstances accidentelles. A cet agent qui attire la matière vivante extérieure dans le cycle vital de chaque individu se rapporte ce que l'on a dit de la nature de l'archée, de l'âme, et enfin du principe vital. C'est le principe de la forme, de l'hérédité normale et pathologique, des diathèses, et enfin de tous les actes de la vie générale ou moléculaire.
Recherchons donc maintenant, par des observations exactes, empruntées pour la plupart à notre livre (1), quelles sont les preuves à l'appui de cette doctrine. Nous les exposerons ainsi qu'il suit :
1" Les organes ne créant pas les fonctions, tandis qu'au contraire, dans l'ovule, la nécessité des fonctions à remplir créant les organes, et maintenant la forme des êtres conformément au type de Vespèce, il en résulte qu'un agent vital étranger dirige le mouvement de la matière vivante.
T Les attributs de la vie n étant pus en rapport avec la structure des parties, puisqu'ils existent en dehors de toute organisation, ces attributs dépendent d'un agent vital combiné avec la matière organisée.
3° La vie étant la conséquence d'un agent vital formant l'organisation qui lui devient nécessaire pour fonctionner selon le type de l'espèce, quelle est la nature de cet agent, et peut-on le considérer comme un ferment séminal ?
Les organes ne créant pas les fonctions, tandis qu'au contraire, dans l'ovule, la nécessité des fondions créant les organes, et maintenant la forme des êtres selon le type des espèces, il en résulte qu'un agent vital étranger dirige le mouvement de la matière vivante.
Burdach a dit : « L'idée de la fonction crée son organe pour se réaliser. » Il avait raison; en effet, ce sont les fonctions que l'être vivant est appelé à
(1) Bouchut, la Vie et ses allributs. Paris, 1862.
DE LA NATURE DE l'HOMME.
remplir qui créent la forme, ainsi que les organes dont il sera pourvu. L'œuf, l'ovule le germe, n'ont pas d'organisation déterminée; ce sont des cellules remplies de granulations nageant au sein d'une matière amorphe et destinées à pourrir si le contact du ferment séminal n'arrête cette décomposition, et ne met leur matière en mouvement pour réaliser la forme d'un nouvel être (l). Ils n'ont pas de structure appréciable. On n'y trouve pas de tissus ni d'organes formés qui puissent rendre compte de leur sensibilité inconsciente, ou impressibililé, ni de leurs mouvements. A peine ont-ils été fécondés et placés dans des conditions convenables, qu'ils attirent à eux de l'oxygène et qu'ils rejettent de l'acide carbonique; leur température s'élève; des mouvements s'accomplissent au sein de leur matière amorphe, et ils commencent à faire les tissus, d'où sortiront les organes de la vie future et indépendante. Les rudiments du centre nerveux rachidien apparaissent; du sang se forme et circule sans les vaisseaux et sans le cœur, qui ne viennent qu'après ; les viscères se dessinent, puis les membres, et enfui l'être est graduellement formé. Il a respiré sans poumons, puisqu'il a absorbé l'oxygène, rejeté l'acide carbonique et fait de la chaleur avant d'avoir ces organes ; il a ressenti les impressions extérieures avant d'avoir des cordons nerveux de sensibilité; sa matière s'est agitée avant d'avoir des organes de mouvement, et du sang a pu se former et courir avant d'avoir des vaisseaux ni de cœur pour agent d'impulsion. L'impressibilité, le mouvement, la respiration, la circulation, etc., précèdent donc les organes par lesquels ces fonctions s'exécutent chez l'être adulte, et ce sont ces fonctions, c'est-à-dire la nécessité du but à remphr, qui ont graduellement formé des organes à leur usage.
En voici de nouvelles preuves empruntées à la vie des animaux.
L'Hydre d'eau douce, sorte de petit sac garni de tentacules, étant retournée comme un doigt de gant, digère par sa peau devenue intérieure, et respire, au contraire, par sa surface interne, jadis chargée de la digestion, et que par violence on a convertie en sui face extérieure et tégumentaire.
Quand cette Hydre d'eau douce est coupée' en morceaux, chaque fragment possède tous les éléments de la vie, car il reforme graduellement autant de polypes complets qu'il y avait eu de divisions. iN'y a-t-il pas là, dans cette reproduction d'un être par un seul de ses fragments, la preuve des efforts d'un agent vital distinct de son organisation, dilué dans sa substance, et d'une de ses parties, créant un nouvel être comme il avait déjà ûut avec le germe primitif.
Dans la section en deux morceaux d'une ^Planaire, la tête reproduit l'esto-
(1) Les ovules et les germes sont des cellules empruntant à l'être d'où ils proviennent un alome du ferment par lequel il vit, qui est dilu6 dans toute sa substance et qui se trouve incorporé à toutes les cellules qui en sortent. Chaque cellule est vivante ; elle constitue un petit organisme complémentaire du grand, et, :\ ce titre, la cellule du germejouil de la vie éphémère commune en altendant la vie propre qu'elle recevra dans la fécondation. En elle repose une quantité infmitésimale d'agent vital, ce qu'il faut pour lui donner nonseulement la forme et les diathèses de la mère, mais encore les diathèses cl la forme d'un aïeul dont les éléments étaient restés en puissance dans l'organisation maternelle.
8 PATHOi-oaiii; générale.
mac, et le tronc, qui contient l'estomac, de son côté, reconstruit la tête, de sorte que l'on a bientôt deux planaires.
Dans les fausses membranes des séreuses enflammées qui s'organisent, lorsqu'il se forme des vaisseaux capillaires nouveaux, c'est le globule sanguin qui paraît le premier, qui crée des lacunes, et les lacunes, à leur tour, se convertissent en vaisseaux.
Enfin, la structure d'un organe peut varier sans que la fonction cesse de s'accomplir.
Ainsi, la respiration se fait chez l'homme et chez les êtres vivants par des organes de structure essentiellement différente et tellement dissemblable, qu'on ne saurait à priori reconnaître leurs usages. L'homme respire par des poumons, les poissons par des branchies, les insectes par des trachées, les végétaux par les feuilles ; enfin, chez les mollusques et les infusoires, c'est la peau qui respire, car la fonction respiratoire n'a plus d'organe spécial.
La circulation se fait par des vaisseaux x-enforcés d'un cœur contractile, ou par des vaisseaux sans l'auxiliaire d'un cœur, ou enfin par des lacunes sans vaisseaux.
La sensibilité s'exerce avec des nerfs ou avec des centres nerveux, ou enfin sans le secours de ces organes.
Le mouvement se réalise avec des muscles et des fibres contractiles ou sans organes appréciables, comme dans la matière amorphe de quelques infusoires et dans les granulations vivantes.
Enfin, il n'est pas jusqu'à l'intelligence locaUsée dans le cerveau chez les êtres supérieurs qui ne puisse s'exercer sans cet organe et sans tissu nerveux, comme on l'observe dans les animaux inférieurs. Chacun sait, en effet, que l'Hydre d'eau douce dont on a coupé la partie inférieure du corps ressemble à un vase sans fond, percé comme le tonneau des Danaïdes ; eh bien ! quand l'animal veut se nourrir d'une mouche, après s'en être emparé avec ses tentacules, il l'introduit dans son sac, mais la voyant sortir par l'autre bout qui est ouvert, il la saisit et l'introduit de nouveau, ce qui est suivi du même résultat; alors il se fâche, reprend l'insecte, l'introduit et le maintient dans son corps tout le temps nécessaire à la digestion. N'est-ce pas là raisonner sans cerveau et sentir sans cordon nerveux? Que sont donc ces actes, sinon la preuve de l'existence d'un agent vital veillant h la conservation de l'être dans lequel il est incorporé.
On connaît d'autres faits du même genre chez des infusoires entièrement dépourvus de structure. Ainsi les paramécies se font la guerre, s'attaquent, se poursuivent, s'évitent et se rencontrent enfin, pour s'anéantir comme s'ils avaient l'honneur de jouir des bienfaits de la civilisation (1).
Il semble donc que la matière vivante puisse penser, sentir, se mouvoir, respirer, etc. , sans organes distincts, et qu'il y ait en elle un principe d'action et de vie autre que celui de viscères particuliers, toujours les mêmes et sans cesse en mouvement.
(1) Voyez Bouchut, la Vie et ses allribuls, p. 123 et suiv.
La vie n'est donc pas l'effet d'une organisation dont elle précède et dirige le développement, dont elle fabrique les organes pour les assembler conformément au type de l'espèce, enfin, dont elle renouvelle plusieurs fois l'ensemble en maintenant toujours la forme des êtres. Elle est la première cause physique de ce mécanisme qui, dans l'âge adulte, devra la dominer au point d'en paraître le principe, mais elle en reste aussi distincte que le chauffeur sur la locomotive qui l'emporte et le tue lorsqu'un des rouages du mécanisme vient à se briser. En se combinant avec la matière des tissus, l'agent vital ne cesse pas d'être luimême et d'agir comme chef de la fédération organique, mais les organes, dont l'ensemble constitue le mécanisme vivant, doués de propriétés propres, peuvent à leur tour, par leurs désordres, rompre l'harmonie et produire la destruction du tout.
Ainsi s'explique le rôle réciproque de Y agent vital créateur des organes, conservateur de la forme des êtres et du mécanisme organisé dont les fonctions entretiennent la durée de l'homme. C'est cet agent qui forme et qui entretient ensuite ce que le mécanisme est chargé de réaliser.
Les attributs de la vie n'étant pas en rapport avec la structure des parties, puisqu'on les observe en dehors de toute organisation, il faut que les attributs dépendent d'un agent vital combiné avec la matière vivante.
Quand on fait dépendre la vie de l'organisation et qu'on la considère comme un effet du mécanisme organisé, la structure de la substance implique rigoureusement sa fonction et ses attributs, et il y a entre ces deux termes un rapport évident de cause à effet qui modifie considérablement les données de la pratique médicale. Mais si l'on considère la vie comme une cause dirigeant la matière organique vers telle ou telle forme d'organisation végétale, animale ou humaine, la modalité de la vie peut bien varier avec la structure; mais l'agent vital n'en reste pas moins la cause des métamorphoses successives de l'être, et il a partout des attributs toujours semblables, indépendants de la structure des organes. Ainsi, en dehors des fonctions dévolues à tel ou tel agencement des tissus et des organes végétaux et animaux, il y a dans toute matière vivante quel que soit l'être auquel elle devra appartenir, des attributs vitaux qui n'appartiennent qu'à elle et qui dépendent de la vie. Si ces attributs sont ceux de la matière amorphe où réside l'agent vital, et s'ils existent en dehors de la
structure organique ce que je vais établir, il est certain qu'il faut les rapporter^ a I agent vital lui-même dont ils sont la manifestation personnelle et
Quels sont ces attributs ? Je les ai déjà fait connaître ailleurs (1); ce son. 1 Impressibilite, VAulocinésie et la Promorplwse.
(1) Voyez Bouci.ut, la Vie et ses atlribuls, p. 28.
1° Sentir sans organes de sensibilité; 2° se mouvoir sans organes de mouvement ; 3° prendre une forme particulière en vertu d'une action séminale variable selon leses|)èces, tels sont les attribpts de cette substance qui se combine et se dilue dans la matière des germes de la façon la plus intime, pour créer un être temporaire comme cette puissance elle-même.
1" Impressibilité. La faculté de sentir sans organes de sensibilité constitue l'impressibilité ; c'est la sensibilité organique ou insensible de Bichat.
Cette sensibilité tout h fait inconsciente et inhérente à la matière organique, est celle de l'ovule fécondé qui commence son évolution et dont l'accroissement moléculaire se fait fatalement au moyen de l'affinité vitale. C'est celle des globules du sang, des cellules qui viennent accroître les organes et remplacer celles qui se détruisent. C'est celle enfin de toutes les parties du corps dépourvues de cordons nerveux et qni n'en sont pas moins susceptibles de ressentir les impressions extérieures, de s'enflammer, de se désorganiser et de guérir. Au point de vue médical, la connaissance de cet attribut est de la plus haute importance, car il rend compte du développement et de la goérison des maladies. C'est sur l'impressibilité que viennent agir les causes morbiûques et les agents curatifs^ si bien que j'ai pu dire qu'il ne se faisait aucune altération de structure des organes qui n'ait pour origine une modification de l'impressibilité, et, en d'autres termes, les maladies ne sont que des impressions transformées.
2° Se mouvoir par soi-même, sans muscles, ni fibres contractiles apparentes, tel est le second attribut de la matière vivante que Thaïes appelait V autocinésie .
N'est-ce pas un mouvement spontané ce qu'on observe dans la segmentation de l'ovule fécondé et dans la formation des premières cellules embryonnaires, dans le mouvement des granules qui s'associent pour former les noyaux et les parois cellulaires, dans tous les mouvements moléculaires constitutifs des tissus ou des organes, et cela indépendamment des muscles ou des fibres contractiles qui ne sont pas encore formés! N'en est-il pas de même dans les faits qu'on va lire et que j'emprunte à l'étude des animaux et des végétaux ? Chacun va pouvoir en juger.
L'embryon d'une annélide, la grande Térébelle nébuleuse, qui n'est qu'une masse homogène sans aucun muscle appréciable, se contracte cependant en tous senS;, se ramasse en boule et prend toutes les formes.
Les amibes, semblables à une goutte de vernis, vivant sans forme déterminée, glissent en masse sur le porte-objet du microscope en présentant les figures les plus diverses et les plus irrégulières.
Certains rhizopodes couverts d'un test forment un corps sans organisation définie, et cependant ils poussent à volonté, sur leur surface, des prolongements qui leur servent de moyen d'appui pour s'élever sur les parois polies d'un verre, et après, ils font rentrer cet organe temporaire dans la masse commune, où elle se confond comme ferait un filament soulevé au-dessus d'un corps visqueux.
Il semble que la volonté d'agir ait le pouvoir de créer des organes pour l'action, fait qu'on observe aussi d'a|)rès M. de Quairefages dans la Gromie et dans la Milliole.
Les cellules du Chara vulgaris, les granulations du Pollen, les spores des Algues d'eau douce ; tous les spermatozoaires, les globules rouges et les globules blancs du sang, etc., malgré leur absence d'organes moteurs, ofl'rent des mouvements corpusculaires et des mouvements d'ensemble extrêmement remarquables, dus à celte force motrice vitale, appelée autocinésie. Ici, encore, l'attribut, incarné dans la matière, la dirige pour créer les organes et leurs fonctions. C'est la vie indépendante, non de la matière, mais du mécanisme organisé (1).
3° Enfin prendre une forme particulière et tout conduire sciemment d'après une idée préconçue pour réaliser le type des espèces, des races et des variétés selon les dilîérentes qualités du ferment séminal, voiià le troisième attribut de la vie, c'est la promorphose. Dès l'instant de l'imprégnation, la matière du germe qui va se mouvoir prendra une direction certaine et prévue ; elle construira un type conforme à sa race et à son espèce, et loin d'être asservie à une organisation qui n'existe point encore, c'est elle qui imposera à l'organisation commençante la marche à suivre, les métamorphoses à réaliser, la forme à revêtir et jusqu'à une certaine durée d'existence. Cette force de la forme façonne les tissus et les organes selon sou essence, elle ne reçoit rien d'eux et leur donne tout. C'est la vie supérieure à l'organisation, antérieure à ses actes, et distincte du mécanisme organique d'où l'on voudrait la faire sortir. Oui façonne les tissus? qui forme les organes? qui embellit leur enveloppe? qui maintient le type des êtres à travers la rénovation de leur substance produite par le mouvement d'échange accompli dans l'acte de nutrition moléculaire? qui dirige V affinité vitale et met chaque molécule à sa place ; l'atome musculaire au muscle ; l'atome osseux dans l'os ; l'atome nerveux dans le cerveau, etc.? qui conserve l'individu dans la courte durée prévue de son existence fugitive, sinon la force de la forme, luttant contre les propriétés de la matière entraînée vers d'autres combinaisons? Toutes les observations attestent l'existence de cette promorphose, c'est-à-dire de la force plastique, archeus faber de van Helmont, nisus formatious de Blumenbach, force morpho-plastique de Flourens ; donc l'action précède au lieu de suivre l'apparition des organes de la vie, et par conséquent démontre la puissance d'un agent vital distinct de l'organisation.
(1) Le noyau des psorospermes (parasites des poissons) est ilu volume d'un globule du sang. On le voit se dégager peu à peu à l'aide de mouvements de contraction lents des valves qu. le tenaient emprisonné, et se mouvoir à la manière des amibes à travers les organes et les tissus avant de reproduire de nouvelles générations de psorospermes.
On trouve ces parasites dans tous les organes des poissons, où ils forment .les amas plus ou moms volumineux. Ils n'existent pas dans les muscles du tronc et des centres nerveux Leur s.ége de prédilection est la rate et les reins. Us suivent dans leur développemen e trajet des ramifications artérielles logées dans les follicules forn.és aux dépens de la gaîne -> "le"- ;'es artères. (Halbiaui, Co^nples rendu, de VA.a4cmie drs sciences, t. tiVII, p. 157, juillet 1863.)
La vie étant la conséquence d'un agent vital formant l'organisation pour fonctionner selon le type de l'espèce, quelle est la nature de cet agent, et peut-on lu considérer comme un ferment séminal?
Si toutes les observations et toutes les expériences démontrent l'existence û'un agent vital doué d'attributs particuliers, distincts des propriétés inhérentes aux organes vivants, agent dont l'action précède et entretient le mécanisme organique qu'il forme de lui-même par degrés en s'y associant pour un temps variable, il est impossible de soutenir que. la vie soit un résultat de l'organisation. On doit au contraire dire : La vie est une cause qui crée, conserve et prolonge Vorganisation.
Maintenant, quelle est la nature de cette force qui entretient et qui perpétue les espèces par des lois invariables? Est-ce Dieu lui-même, partout présent et partout actif dans la nature, dont l'intervention directe conduirait par une force invisible ce bouillonnement de la vie sur la mort? Est-ce la nature, en donnant h ce mot le sens que lui donnait Buflbn, c'est-à-dire « Vensemble des lois vou lues par le Créateur pour Vexistence des choses et pour la succession des êtres ? » (1 ) Est-ce le Pneuma, comme le pensait Athénée, c'est-à-dire une sorte d'air ou d'éther parcourant les vaisseaux du corps vivant ? Est-ce une force occulte, dite Archée ou Archeus faber, ayant pour siège principal l'estomac et se divisant enti-e les principaux organes? Est-ce l'àme raisonnable de Stahl? Est-ce enfin le 'principe vital de Fizes, de Borden, de Barthez, de Lordat, etc., seconde âme immatérielle de l'homme n'ayant rien de mécanique, aussi abstraite que l'âme raisonnable, mais destinée aux actions vitales volontaires et involontaires, tandis qu'à celle-ci serait réservé le domaine des choses de l'iutelligence, delà volonté, de 1» conscience, de la morale et de la religiosité ? Nous venons de dire ce qu'il fallait penser de toutes ces opinions et, eu ce qui touche le principe vital admis par Barthez et Lordat, comme une seconde âme dont les attributs n'étaient pas déterminés, nous avons démontré ce qu'il y avait d'inadmissible dans cette hypothèse. Ce n'est plus le moment d'y revenir. Est-ce une force vitale imaginaire et incompréhensible comme toute force dont le substratum est inconnu? mais c'est là une hypothèse que repoussent la physique et le sens commun. Laissant aussi de côté la discussion des antres
(d) Selon Hippoci-ate, la nature est l'assemblage de toutes les choses qui concourent à une santé parfaite.
Selon Alfred Hoffmann, le mot nature signifie la structure et le mécanisme du corps agissant avec certaines puissances et selon certaines lois nécessaires et mécaniques établies par le Créateur.
Selon Sydenliam, la nature est l'ussemblage des causes actuelles qui, quoique brutes cl entièrement destituées d'intelligence, sont néanmoins conduites avec e.vtrême sagesse dans leurs opérations, etc., par la volonté duquel elles dépendent, et dont dépend le bien commun rlc l'univers.
opinions sur l'intervenlion directe de Dieu, ou sur le rôle de la nature, de l'archée, de l'àmc dans les phénomènes vitaux, puisque nous nous sommes déjà expliqué à cet égard, nous ne dirons plus qu'un mot sur la nature de Vagent vital, instrument de l'âme et dont nous avons prouvé l'existence et démontre les attributs.
Quel est donc cet agent? Nous avons déjà dit qu'il était matériel comme le corps et qu'il était l'agent destiné à créer, à diriger, et à entretenir l'organisation. A ses actes il est facile d'en reconnaître la nature. L'observation et l'expérience démontrent qu'il est facile à recueillir, qli'il est transmissible avec ou sans mélange de principes étrangers : dartreux, scrofuleux, syphilitique, etc.; qu'il se mêle dans un état de divisibilité infini au germe et à la matière des êtres de façon à rendre possible la segmentation de la vie ; enfin qu'il peut être de qualité variable, produire des êtres débiles, maladifs et chargés de ces 7naladies innées, à échéances variables, connues sous le nom de maladies héréditaires. A ces caractères tout le monde doit recoimaître l'influence séminale, Ens seminalis de Paracelse. C'est qu'en effet l'action séminale sur l'ovule et sur la femelle est le principe de tous les phénomènes organiques ultérieurs, de la forme des êtres dans leur type spécifique et dans les modifications qu'il peut subir, des métamorphoses de l'individu, de la disposition de ses organes, du jeu régulier de ses fonctions, de la plupart de ses maladies, de sa longévité, etc. Il y a une dilution complète de la semence dans toutes les parties de l'ovule, et la moindre portion en est imprégnée au point que tout ce qui en dérive ou qui en sortira plus tard représentera les quaUtés ou les altérations de cette semence dont elle conservera pour la vie une quantité infinitésimale.
En laissant donc de côté pour le moment la question de l'âme raisonnable et des rapports de ce principe immatériel avec le corps, pour ne m'occuper que des phénomènes physiques de la vie chez l'homme, je vois qu'un agent spécial et distinct s'incorpore au germe humain pour en diriger la substance et pour faire un mécanisme avec de bons ou mauvais organes, doués de propriétés particulières, susceptibles de réagir sur l'ensemble des individus. Cet agent est la force extrinsèque du germe. A lui de donner l'impulsion vitale, et si cette impulsion est mauvaise, cancéreuse, lymphatique, nerveuse, syphiUtique, sci'ofu- Icusc, herpétique, dartreuse, épileptique, vésaniaque, etc. , le nouvel être sera la reproduction plus ou moins mitigée du principe qui l'aura lancé dans le monde pour n'y passer qu'un instant et qui l'y fera vivre valétudinaire en reproduisant les vices de sa fatale origine. Si je veux blanchir un nègre ou noircir un blanc, je n'ai pas besoin de recourir à l'intervention de l'âme raisonnable, ni d'un principe vital abstrait que je ne connais pas. Il me suffira d'allier la race nègre à la race blanche, ou seulement de constater ce que fait naturellement le rapprochement des sexes dans les pays où les blancs font de leurs nègres esclaves des instruments de débauche en attendant l'heure d'en faire des instruments de fortime.
Le blanc et le nègre font un 1/2 blanc 1/2 noir.
Le blanc cl le mulâtre fout un lerccron, 3/4 blanc 1/k noir.
iU PATIlOLOrTllî GÉNÉRALL.
Le blanc et le lercerou font un quarteron, 7/8 blanc i /8 noir.
Le blanc et le quarteron font un quinteron, 15/16 blanc 1 /16 noir.
L'action séminale, £ns seminalis, s'est donc chargée de résoudre le ])robl^me que j'indiquais; elle a réussi à faire disparaître le noir parla quantité de blanc qu'elle a incorporé k la substance de l'ovule dans la génération. Ce qu'on voit chez l'homme se reproduit à volonté chez certains animaux pour les caractères extérieurs ou intérieurs du corps. Si je veux rougir la chair d'une truite, je n'ai qu'à féconder arlilicicllemcnt ses œufs avec le frai du saumon, et j'aurais, entre tête et queue, une truite rose complètement saumonée. C'est absolument comme pour la pâte de froment dans laquelle je mets de la levûre si je veux faire du pain plus ou moins léger; tout dépendra de la quantité de levûre employée, et le plus petit fragment de ce pain sera de la même nature que le pain dans son entier.
Les phénomènes sont analogues, et cela f;iit comprendre ce qui se passe dans la formation des diathèses, et des races qu'on modifie à peu près comme on le veut.
Ainsi entre le chacal et le chien plusieurs fois accouplés, après avoir vu le produit être moitié chien, moitié chacal, on fait à volonté disparaître les caractères du chacal ou du chien dans les produits ultérieurs.
11 semble donc que l'agent vital puisse s'incorporer intimement et par dissolution complète dans la nature femelle, pour lui donner le mouvement vital et réaliser l'être mixte où paraissent en mélange variable les qualités physiques ou morales deS parents.
On pourrait croire par un examen superficiel que l'agent vital sorti de la semence màle est le seul maître de la génération à venir. L'observation attentive des phénomènes de la nature prouve qu'il n'en est rien. Bien que cet agent soit le moteur, son action est modifiée par la résistance de la matière à mouvoir, c'est-à-dire de l'ovule ayant sa portion d'agent vital féminin, destiné à transmettre la forme et les diathèses de la souche femelle. C'est un alliage oi"ganique résultant du mélange de deux agents vitaux mâle et femelle, alliage dans lequel se retrouvent les qualités des parents réunis. Ainsi les germes fécondés par le même individu à des époques différentes de la vie d'une femme, tantôt valide, tantôt maladive, produisent-ils des êtres différents. C'est ce qu'on voit encore sur la descendance (1) d'un homme bien portant qui a eu des enfants de plusieurs femmes.
Ainsi, dans l'état morbide, l'exsudatnon absorbé d'une indammalion reste-t-il à l'état de tissu fibro-plastique, ou devient-il tuberculeux, cancéreux, chondroïde, etc., selon la dlatlièse de ceux où s'accomplit le phénomène.
(1) Le dernier né d'une nombreuse famille est souvent plus délicat que les autres enfants, et quelquefois c'est le seul qui devienne phlliisique, alors qu'il n'y a eu aucun germe de ce mal ciiez les parents.
Il semble que la mère, épuisée par de trop nombreuses grossesses, ne puisse plus, à la fin, former de germes d'aussi bonne qualité que les premiers.
Sur ce fait repose rexplicalion de la débilite des enfants conçus par des parents trop jeunes, trop vieux ou de santé trop délicate.
DE LA NATUllE DE l'HOMME. 15
Dans un aulrc ordre d'idées, nous voyons quelque chose d'analogue se réaliser, car la même levure fait du pain dilférent avec la pâte de blé, d'orge, de seigle, de gluten, etc., uniquement à cause des natures différentes de la pâte employée. Chaque substance a ses ferments, et par leur composition différente autant que par leur variété, ils donnent lieu à des produits de fermentation extrêmement variables.
En résumé, si le ferment séminal met la matière des germes en mouvement de façon à reproduire certaines qualités du type femelle, c'est que d'après son origine cette matière où réside le ferment maternel modifie l'influence mâle et résiste plus ou moins à son action, de manière à faire, selon l'expression de Stahl, le mixte des êtres vivants.
Par l'agent vital, se transmettent au nouvel être ou aux générations suivantes des caractères et des modifications physiques que nous allons indiquer, et qui révèlent les lois selon lesquelles peut agir le ferment vital. Ce sont : 1° certaines altérations du sang, d'où résultent le purpura et l'hémorrhaphilie, la goutte et la pierre, les coliques hépatiques, le rhumatisme, la syphiUs et le cancer, la scrofule, les tubercules, et enfin toutes les diathèses; 2° certains modes de développement, la haute ou la petite taille et la puberté tardive ou précoce ; 3" la fécondité exagérée ; k" certaines idiosyncrasies ; 5° la durée de la vie ; 6° certaines monstruosités telles que les doigts surnuméraires, et certains arrêts de développement tels que la diminution du nombre des doigts, l'albinisme, le mélanisme, le bec de lièvre, la claudication, l'ichthyose, l'hypospadias, le tablier des Hottentotes, la queue des Niams-niaras, les altérations des organes des sens, etc. ; 7° certaines maladies nerveuses, telles que l'hystérie, l'épilepsie, la folie, etc. ; 8" par cette même puissance, enfin, se font l'imprégnation de l'organisme maternel et la transmission à la mère de certaines dispositions du mari qui se reproduisent, lorsque celle-ci, devenant veuve, se trouve mariée à un autre homme et lui donne des enfants. L'agent vital du premier père, resté en partie dans l'organisation de la mère, continue d'agir en elle et se mêle souvent à la descendance de ceux qui l'ont voulu remplacer (1).
Des enfants d'un second mariage ressemblent quelquefois au premier mari et peuvent en avoir les difformités, les vices ou les maladies. Pareil phénomène s'observe quelquefois en cas d'adultère, ce quia fait dire : « Filium ex adultéra excusare matrem à culpa. » Si l'on rapproche ces faits de ceux qu'on observe chez les animaux et qu'on peut reproduire à volonté, on verra que la loi est la même pour tous. Ainsi une jument fécondée par un cheval, après l'avoir été précédemment par un âne ou par un zèbre, donne un produit orné des longues oreilles ou des rayures de son aïeul, et il est certain que l'agent séminal du dernier père n'a fait que mettre en mouvement l'influence de celui qui l'avait précédé et qui avait laissé son empreinte dans le corps de la mère, (rest là un phénomène physique plutôt qu'un fait moral, et la tliéorie d'un agent vital physique fécondant deux générations successives csl bien plus facile à comprendre
(1) Voyez, un peu plus loin, IIÉnÉDiTÉ normale et pathologique.
que ne serait le miracle de l'action morale exercée sur une jument par un zèbre vigoureux ou par un âne de grande condition.
L'agent vital qui agit ordinairement sur le germe présent ou actuel pour le modifier plus ou moins selon les circonstances, agit encore quelquefois sur les germes futurs de l'être qu'il vient d'animer plus directement. Ainsi s'explique l'atavisme, c'est-à-dire l'influence séminale de l'aïeul sur ses pelilsenfanls.
Un dartrcux ou un goutteux, un strabique, un aliéné, peuvent ne rien transmettre à leur descendance directe, mais ce sont quelques-uns des petiisenfanls qui seront fous, strabiques, atteints de goutte ou de maladies cutanées. Il en est de même de la ressemblance que j'ai vu sauter d'un grand-père à la petite-fille, ou de la couleur, car des enfants blancs peuvent naître de mulâtres ou de nègres ayant eu des blancs parmi leurs aïeux (1).
Ce qu'on observe rarement chez l'homme se rencontre d'une façon bien plus fréquente chez les insectes sous une autre forme. Ainsi, l'agent séminal du puceron mâle féconde dans le puceron femelle, et pour un an, neuf générations de quatre-vingt-dix pucerons femelles à la fois. A la première génération, il n'y a que des femelles toutes imprégnées de l'agent vital du mâle, et elles sont fécondées sans nouvel accouplement. Il eu est de même à la seconde génération, également composée de femelles fécondes ; à la troisième, à la quatrième, etc. ; enfin h la neuvième, qui a heu vers l'automne, tout change, il naît des mâles et des femelles. Celles-ci pondent des œufs que fécondent les mâles et qui résistent jusqu'au printemps. De ces œufs, conmie l'a démontré
(4) L'atavisme, ou hérédité des formes d'un aïeul, signalé par Hippocrale, Aristote, Galien, Pline, Plutarque, Zacchias, Cardan, Maupertuis, Vandermonde, Venelle, Roussel, Girou de Buzareingues, Duchesne, Burdacli, etc., sur des faits personnels, est, comme l'a dit Montaigne, « une de ces estrangelez si incompréhensibles qu'elles surpassent toute la » difficulté des miracles». Le poil chez les animaux, la couleur des cheveux chez l'homme, les taches de naissance, la couleur noire ou blanche de la peau, la taille, la ressemblance, la polydactylie, le bec de lièvre, la claudication, les pieds bots^ la surdité, l'héméralopie, etc., ont élé constatés comme des vices traversant en puissance une génération suivante par le fait d'une influence latente de l'aïeul.
Il est bien évident, quand on réfléchit à cette « estrangelc miraculeuse », qu'elle ne s'explique que de deux manières : soit par l'existence d'un agent vital matériel transmis par la génération, Ens seminalis, demeurant à l'état latent comme une graine en repos dans la première descendance, pour se manifester à la seconde ; soit par l'action de la seconde âme, c'est-à-dire d'un principe vital immatériel. Si l'on admet que l'agent séminal est la cause de la fécondation et des formes, ce qu'il est impossible de contester, il faut convenir que c'est la môme puissance qui est le principe des formes et des monstruosités de la deuxième génération. Pour repousser celte conséquence, il faudrait admettre l'autre hypothèse, c'esl-à-dire la divisibilité de la substance immatérielle du principe vital, et soutenir qu'une de ses parties fait la vie de l'être présent, tandis que l'autre, restant d'abord immobile, ne se manifesterait que dans une seconde génération, ce qui est absurde. A moins de foire cette hypothèse, on doit voir dans l'atavisme une nouvelle preuve, expérience du rôle exercé par le ferment séminal.
m LA. NATOnE DE L'HOMME, 17
Bonnet, naisscnl clos pucerons femelles féconds qui reconunencenL dans leur année la même série des neuf généralions rendues fécondes par un seul contact de l'agent vital.
Ce remarquable phénomène de l'action de l'agent vital sur des généralions successives s'observe sur le papillon dit paquet de feuilles sèches, qu'on peut séquestrer à sa naissance et q.ui pondra des œufs tout fécondés, d'où sortiront des chenilles, des chrysalides et de semblables papillons (Bernouilli); sur le papillon dit Phalène des sapins (Pallas); chez les abeilles enfin, qui, par une seule fécondation, pondent des œufs fécondés pendant toute l'année qui suit l'accouplement.
Telles sont les lois générales et particulières de la vie, ou plutôt telles sont les propriétés de l'agent physique de la vie dont nous avons démontré l'influence.
Gomme propriété générale, il donne à toute matière vivante les trois attributs Cl inifressibilité , d'autocinésie et de promorphose (1) ; tandis que comme propriétés spéciales, il donne aux individus la forme spécifique, la taille, la couleur, la longévité, les déformations et les monstruosités de son origine, les maladies innées, toutes les diathèses, etc.
A ces lois dont l'action permanente entretient la vie de l'homme, des animaux et des végétaux, il est impossible de ne pas reconnaître l'existence de V agent vital, et quand on ne veut pas rester dans les hauteurs de l'abstraction comme l'a fait P. J. Barthez (2) pour y faire une métaphysique que ne justifie pas l'observation, quand on étudie la nature de l'homme sur lui-même, dans son développement et dans son organisation, on voit qu'il n'y a pas de place pour l'hypothèse et que tout peut se déduire de l'expérience.
C'est dans la génération qu'il faut chercher et saisir les lois de la vie, puisque c'est de là que part l'impulsion vitale avec un agent qui s'incorpore, soit au germe, soit à l'organisme féminin, à l'état de force vive combinée à la substance du nouvel être, pour lui donner la forme qu'il devra maintenir contre les tendances destructives du dehors. De l'aclion séminale dépendent la fixité des espèces, la permanence des races et la variété des individus. Par elle l'homme est petit ou grand, valétudinaire ou vigoureux, éphémère ou vivace, sanguin OH bilieux, et si les influences extérieures viennent à modifier l'organisation, c'est encore par elle que l'être amélioré pourra voir sa descendance éviter les causes de mort qui entouraient son berceau.
Alaintenant quelle est la nature de cet agent? pouvons-nous le dire ? A cet égard tout n'est encore qu'incertitude. La chose importante est de savoir qu'il y a un agent physique de la vie susceptible de dégénérer, sur lequel on peut avoir action et qu'on peut guérir pour épurer l'origine des générations nouvelles.
Pour moi, cependant, s'il m'est permis de hasarder une opinion, qui est aussi
(1) Voyez, plus haut, page 9, et la Vio et m altributs. Paris, 1862.
(2) Barthez, Nouveaux Élcmems de la scionce do l'homme. Nouv. édilion. Paris, 1858.
B. — PATHOL. GÈH, 2
18 PATHOLOGIE GÉNÉRALK.
celle de M. Pajot, je dirai qu'il faut considérer l'aci ion séiniuale comme élanl l'analogue de celle des ferments.
En effet, mélangé à la substance du germe placé en lieu convenable, celle-ci se met en mouvement, absorbe de l'oxygène, rejette l'acide carbonique (le fait est facile à constater sur l'œuf de la poule), s'écbauffe, se divise, et engendre une foule de cellules vivantes (1) formant bientôt une membrane où paraîtront les rudiments du nouvel être. Combiné et dilué dans cette substance, toutes les cellules qui se sont formées et d'où sortiront les organes, en conservent un atome destiné à les faire vivre d'une façon identique et particulière, ce qui forme déjà les dialhèses. Pour toujours cette imbibiiion aura de l'influence sur la nutrition de l'individu, et tant qu'il vivra, ce ferment qui est dilué partout, continuera d'appeler à lui les matières organiques pour maintenir la forme des organes, comme primitivement il avait appelé ces matières pour les créer et les constituer selon le type spécifique. C'est à ce point que dans les êtres inférieurs coupés en morceaux, le ferment contenu dans chaque partie recomplète l'animal en lui donnant ce qui lui manque (2). (La tête du limaçon, l'oeil ou le bras de la salamandre, la queue du lézard, la moitié des planaires, les membres des polypes, etc., se reproduisent après leur ablation au moyen de l'instrument tranchant. ) Chez l'homme il n'en est pas ainsi, mais l'agent vital refait les parties au fur et à mesure que les décompose le mouvement d'absorption interstitielle, il répare
(1) Il n'y a pas de fécondation sans augmentation de température due à l'absorption de l'oxygène et à l'exhalation de l'acide carbonique. Ainsi la fécondation des lleurs â\irumiialicum, d.'A. cordifoUum, à' A. maculalum, est accompagnée d'une élévation de température qui, d'après Lamarck, Hubert, Sennebier, peut aller jusqu'à 20 et 25 degrés au-dessus de la température ambiante. Dans la germination de l'orge où se fait également l'absorption d'oxygène, et une exhalation d'acide carbonique assez considérable pour asphyxier les brasseurs si les germiers ne sont pas bien disposés, il y a également une notable élévation de température.
C'est la même chose dans l'incubation de l'œuf féconde des oiseaux; sous ce rapport, la fermentation, la germination et l'incubation présentent des phénomènes de calorification
semblables dus à la même cause.
(2) Les transplantations osseuses obtenues au moyen de lambeau de périoste d'un animal porté dans un autre, les greffes animales et végétales si faciles à réaliser, la segmentation des animaux dont les fragments reproduisent un animal entier ou seulement une des parties enlevées, quand elle n'est pas trop importante, prouvent bien que le principe de la vie est divisible et sa nature matérielle. Qu'on essaye donc de supposer la
* divisibililé de l'dme raisonnable, telle que Stahl et M. BouiUier (Du principe vUal et de l^dmeponsanle. ou Examen des diverses doctrines sur les rapports de l'dme et de là vie, Paris, 1862) l'ont comprise, comme le'principe des opérations de la vie; qu'on imagine même de justifier la production du phénomène au moyen du principe vital abstrait de Barthez, c'cst-ù-dire l'àmc de seconde majesté do Lordat, ou de la force vilale,el l'on verra bientôt à quelles absurdes conséquences on est fatalement conduit. La matériahsat.on de l'airent physique de la vie distinct de l'organisation, est le seul moyen d'expliquer scientifiquement la segmentation des êtres, leur reproduction et la régénération des parties coupées.
DE r,.\ NAlUnii DIv l/liOiVlMI'.
les parties blessées; et c'ost quand il cesse d'agir naturelleiucuL ou accidculellemciit, que toute fermentation venant à s'interrompre, on voit arriver la mort (1).
L'agent vital incorporé à la matière vivante des germes ne met cette matière on mouvement, c'est- à-dire enfermealation, que sous l'influencede la chaleur, de l'air, quelquefois de la lumière ou d'une certaine humidité. Sans cela la vie reste en puissance pendant des mois, pendant des années ou pendant des siècles. Ainsi l'œuf fécondé des oiseaux a besoin d'être couvé à l'air; les œufs d'insectes n'éclosent qu'à une certaine température; il faut aux graines de l'eau et de la chaleur, et les graines de blé recueillies dans des momies d'Égyple vieilles de 3000 ans ne sortent de leur torpeur que lorsqu'elles sont échauffées et humectées de façon suffisante. Tous les ferments sont de même. Le levûre de bière ou cérévisique, la levûre malique et les autres n'entrent en action, c'est-à-dire ne se reproduisent, que sous l'influence de l'air, de la lumière et de la chaleur. Hors de laces organismes ferments se détruisent ou gardent la vie en puissance. C'est la même loi pour tous les infusoires végétaux et animaux. Aucun ne se développe s'il n'y a pas autour d'eux une certaine quantité de chaleur. Il y a même quelque chose de plus à dire dans cet ordre d'idées.
L'agent vital, ou, si l'on veut, le ferment qui favorise le développement des êtres dans une certaine température et dans une certaine humidité, peut cesser d'agir si on lui enlève l'eau et la chaleur nécessaires, et cela se peut sans que la mort arrive. Ainsi, comme l'a démontré Spallanzani, les rotifères et lesanguillules des toits, desséchés et soumis à une température de '100 degrés, peuvent revivre et refermenter dès qu'on les humecte. La vie passe de l'acte à la puissance et de la puissance à l'acte avec une grande facilité. On a vu des poissons enfermés dans des blocs de glace revivre au moment du dégel, et tout le monde sait que la putréfaction ou fermentation putride s'arrête par le froid.
Le ferment vital se conduit donc chez certains animaux et dans beaucoup d'êtres inférieurs comme tous les ferments, et comme eux il est soumis aux mêmes conditions extérieures de développement, savoir, l'influence de l'air, de l'eau, de la lumière et de la chaleur.
Voilà pour l'action de la substance. Quant à sa composition, c'est une matière azotée, vivante, remplie de microzoaires destinés à se reproduire plus tard dans e nouvel être et dont le contact avec la cellule femelle produit le mouvement, 1 absorption, lintussusception et l'exhalation, la formation de nouvelles cellules
(1) In aiome de matière séminale suffît pour mettre en mouvement la matière des germes, et U est b.en évident qu'il „e s'agit pas ici de combinaisons ci.imiques sen b ab e aux comb.na:sonsde la matière inorganique. L'examen altenlif démon au coZ u ., s ag.t la d'une action de contact dans laquelle une quantité infmitè n u^deTe™ 1 «ém.na, vent s'alher au ferment contenu dans la substance femelle produ t Ta dZ pos. -on et la formation de cellules vivantes dont l'évolution ultérieur Z un ÔUe '
ml" u r \ 7 T''' """''"'^^ ''""^ ^''"«"^ sé n ntle e 1 :
mcme ou la substance des germes indispensables aux générations suivantes.
20 l'ATIIOLOGiE GÉlNÈUALli.
vivantes, variées à riiilini selon les organes qu'elles sont appelées à former, el par lesquelles se caractérise l'individu.
Nous n'insisterons pas davantage sur l'énoncé de cette opinion pour la première fois produite par van Helmont, et à laquelle il n'a manqué que la sanction d'expérience que nous ne connaissons que depuis peu, grâce aux travaux des chimistes modernes, et principalement de Berzelius, de Dumas, de Liebig et de Pasteur. On le trouvera plus complètement développé dans un autre travail (1) où je crois avoir établi la nécessité de ne faire qu'une seule doctrine des trois éléments de la nature de l'homme, Urne, V agent vital et V organisation. Je n'en ai parlé ici que pour faire ressortir l'erreur de ceux qui ont doté l'homme de deux âmes, l'une raisonnable et libre, l'autre instinctive, ayant le nom principe vital, sans se douter que les objections faites à l'influence de la première dans les actes matériels de la vie s'adressaient également à l'influence de la seconde. En fait de principe vilal, il n'y en a qu'un de compréhensible et de vraiment démontré par l'observation, après l'influence de l'âme raisonnable, c'est l'agent matériel qui s'incorpore à la matière des germes pour la mettre en mouvement. Celui-là au moins s'analyse, se connaît, se poursuit dans tous les phénomènes, et si ce n'est pas encore l'organisation, c'est du moins l'agent chargé de la réaliser. C'est l'intermédiaire entre le principe moral immatériel de l'homme et la substance qui le constitue, aussi distinct de l'un que de l'autre, véritable puissance dont la médecine n'a pas encore suffisamment étudié les actes, ni recherché les maladies (2).
Au reste, ce n'est pas seulement chez l'homme et en ce qui touche la nature de cet être privilégié que la question a de l'importance. Quand on étudie eu philosophe plutôt qu'en médecin les phénomènes de la vie, et qu'on observe ce qui se passe dans la multipUcation de tous les êtres vivants, animaux, végétaux, zoophytes et infusoires, on voit que partout la matière vivante offre les mêmes attributs (impressibilité, autocinésie, promorphose) indépendants de toute structure apparente, et que ces attributs sont le résultat de l'agent vital incorporé à cette matière.
Qu'on multiplie les observations, et toujours ou verra que l'agent séminal, dépositaire et gardien de la loi de fixité des espèces, est le seul principe physique de la formation des races et de leurs variétés; que dans l'individu, c'est lui qui fait et conserve la forme extérieure; que par lui on fait des animaux pourvus des qualités de taille, de chair, de couleur, de produits qu'on désire ; qu'on multiplie les poissons et les mollusques h volonté ; qu'on fait des fruits plus savoureux ; enfin, que dans certaines limites on modifie les lois de la nature de la façon la
(1) Bouchut, Ekloirc de la médecine et des doctrines médicales. Cours professe à l'École pratique. 1" partie. Paris, 1864, l vol. in-8.
(2) L'agent vital n'eU pas la vie. C'en est la condition matérielle première, comme chez. l'Homme le nœud vilal trouve par M. Flourens en est la condition organique seconde. En effet, l'iiomme vit avant d'avoir ce nœud vital qu'on ne peut touclier sans amener la mort foudroyante, el c'est Tagenl vital préparé par la vie d'un être antérieur qui forme ce nœud sans lequel la vie de l'homme adulte est impossible.
plus surprenante. De si importanls résultats ne sauraient passer inaperçus ni rester sans signification. Or, l'enseignement qui résulte de cette étude de phénomènes de la vie dans tous les êtres vivants, c'est qu'un agent de nature matérielle, probablement de la nature des ferments, variable dans chaque espèce, est la cause de toute génération ovulaire gemmipare ou fissipare. C'est là un fait de premier ordre et qui fera désormais rentrer l'étude de la vie dans le domaine de l'observation, dégagée de toute hypothèse.
Cette manière de voir diffère profondément de celle de Barthez, qui a fait dn principe vital quelque chose d'immatériel^ d'abstrait, de surnaturel, comme l'àme raisonnable, et pour lequel il faut invoquer le secours de la foi au moins autant que les lumières de l'expérience. Elle se rapproche davantage de la théorie de Slahl qui, en considérant l'àme comme la première cause de la vie, lui accorde pour son usage un mécanisme plus ou moins compUqué avec des organes doués de propriétés spéciales. La différence porte sur le mécanisme que nous faisons double, et qui renferme : 1" l'agent de sa formation et de son entretien, 2" l'organisation elle-même, qui, avec ses besoins, possède la faculté de les satisfaire.
Barthez a dédoublé l'âme pour attribuer à la seconde les facultés de la vie : ce n'est qu'une hypothèse ; tandis que moi, je dédouble l'organisation en montrant quel est l'agent physique de son évolution et quels sont ses attributs. Au lieu de vouloir saisir l'agent vital dans la forme immatérielle de l'âme raisonnable, ce qui me paraît prétendre courir dans le vide pour arrêter une ombre, je le démontre dans l'organisation, uni à elle comme l'ingénieur à sa machine ou comme le ferment dans la pâte dont on fait le pain.
En résumé :
Il y a dans l'homme un principe qui maintient la matière brute en dehors de ses lois habituelles pour l'assujettir aux besoins de son existence, pour favoriser son développement, pour entretenir la forme et la perpétuité de l'être, pour lutter contre les causes nuisibles et pour empêcher la décomposition du corps.
Ce principe, susceptible d'analyse, est incorporé aux germes, et donne à la matière vivante des attributs spéciaux d'impressibilité, d'autocinésie et de promorphose, antérieurs à toute organisation et indépendants de la structure des organes.
Ce principe, susceptible d'altération, peut être malade et engendrer des aiïections de nature spéciale.
C'est enfin le moteur de la matière organique, et par son analogie avec les ferments j1 mérite le nom de ferment vital.
PATHOLOfilF. GÉNÉRALE.