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DU SIÈGE DES MALADIES

qu'y aurait-il à dire à leur sujet, et comment pourrait-on les traiter, s'il fallait se guider d'après le faux principe de Bichat?

li ne faut pas être exclusif et vouloir imposer des lois de fantaisie à la nature morbide, car, jusque dans ses écarts et dans ce que nous appelons ses désordres, elle obéit à une force d'évolution nécessaire qu'il faut essayer d'apprécier. Elie seule a dans le monde la puissance de faire sortir l'ordre du désordre; et tous les jours la guérison des maladies en est la preuve. Il ne faut donc pas faire reposer ia médecine entière sur la base exclusive du siège ànatomique des maladies, si l'on ne veut la précipiter dans les voies de l'erreur. En effet, dans ce système ou la coupe eh deux, et l'on ne sait quoi faire de cette moitié qui comprend les maladies dont le siège ànatomique est inconnu. D'une autre part, (ians la moitié qui reste, rien ne dit que la connaissance du siège ànatomique soit aussi importante que la nature du mal. Cela est en effet très-contestable, et je viens d'en fournir les preuves.

Ce qu'il faut ici, comme partout en médecine générale, c'est une appréciation de tous les éléments morbides connus, des éléments matériels aussi bien que des élémenls dynamiques. A cette condition, la vérité pourra se faire jour, et la science, en équilibre, ne flottera plus, "ballottée sur les vagues agitées de systèmes opposés les uns avec les autres.

Si ie siège anaiomiciue des maladies ne doit pas être la première chose de la médecine, cette recherche n'en a pas moins une grande importance dans l'étude des maladies. C'est ia connaissance de l'effet venant après celle de la cause, et sa situation hiérarchique est encore assez belle.

Le siège des maladies est la connaissance de la détermination morbide. Ainsi, lorsqu'une impression morbifique a eu lieu, et qu'elle amène une réaction morbide, ii se produit dans les forces, dans les liumeurs ou dans les solides, 3es troubles qui constituent la détermination morbide. Je dis détermination morbide au lieu de localisation, qui entraîne une idée d'altération somatique présente, et fausse en tant que démontrable par les sens. Le siège des maladies o'esi pas exclusivement ànatomique, il est quelquefois vital, lorsque le résultat de l'impression morbifique reste limité aux forces et ne s'est pas localisé, soit faute de temps, soit parce qu'il est dans l'essence de la maladie de ne se localiser jamais.

En s'adressant à Vimpressibilité, les causes de la maladie, c'est-à-dire les impressions morbifiques, déterminent des troubles dynamiques, souvent suivis de désordres matériels, et l'ensemble de ces désordres ei de ces troubles constitue des maladies dont le siège est tantôt matériel, tantôt dynamique. Ainsi lès. spasmes, lesS syncopes, les convulsions, la contracture, les paralysies des sëiïs et toutes les névroses qui résultent d'une impression morale, ou néVrosiqué, né sont pas toujours des maladies ayant un siège ànatomique appréciable et détér- Brtidé. Lé plus souvent ce sont des troubles fonctionnels directs ou sympathiques, dont le siège n'a rien de matériel et qui sont la conséquence directe de i'impressibilité altérée. Un ijenia existe dans l'intestin, et quelquefois ce n'est pas cel organe qui souffre; rien, au contraire, ne montre que ses fonctions soien^

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troublées, mais l'individu a une épilcpsie ou un asthme, qui guérira par l'expulsion de riielminllie. Quel est, dans ce cas, le siège de la maladie convulsive? Est-ce l'intestin, ou un trouble fonctionnel sympathique des fonctions cérébrales, sans altération organique du cerveau? Poser une pareille question, c'est presque la résoudre, et personne ne soutiendra que l'épilepsie soit, en ce cas, sous la dépendance d'une désorganisation cérébrale. Ailleurs l'influence des impressions morbifiques se traduit promptement par des altérations humorales et organiques plus ou moins marquées, qui constituent ce qu'on appelle le siège anatoiiiique des maladies. Toutes les maladies humorales et organiques rentrent dans cette catégorie et reçoivent une grande partie de leur lumière par l'anatomie pathologique. Sous l'impulsion de Th. Bonet, de Morgagni, toutes les générations médicales de ce siècle ont parcouru ce champ si fécond en découvertes utiles, Broussais, Cruveilhier (l), Andral, Louis, Bouillaud (2), Rayer, Piorry, Rostan, etc. , tous se sont lancés, au risque de passer le but, dans cette carrière d'où l'on a retiré tant de matériaux inconnus. On croyait même avoir tout achevé dans cette étude, lorsqu'une autre anatomie pathologique est venue dire à la première qu'elle n'avait rien vu qu'incomplètement et qu'il fallait tout recommencer. Alors la chimie pour son compte, et la micrologie pour le sien, ont apporté leur contingent de découvertes sur la composition et la structure morbides des humeurs et des éléments de chaque tissu, et il a fallu, avec Andral, Donné (3), Ch. Robin [k), Lebert (5) Virchow (6), et toute l'école allemande, reprendre en sous-œuvre ce qu'on croyait terminé. Poursuivant ainsi les effets des impressions morbifiques, (le ce qu'on voit à ce qu'on ne voit plus que par l'analyse chimique ou optique, et allant du tronc vers les branches, nous touchons à leur extrémité, car on finit à présent même cette exploration du domaine et du siège anatomique des maladies. Alors il faudra revenir vers le tronc de l'arbre, vers la souche d'où s'élance la vie et où tout doit revenir, c'est-à-dire vers les principes qui gouvernent, dirigent et vivifient toutes choses.

Une grande partie de l'éclat de la médecine d'aujourd'hui, son exactitude et sa précision, chaque jour plus grandes, sont dues aux progrès des études anatomo-pathologiques de l'école de Paris, dont la gloire est d'avoir donné l'impulsion à ce genre de recherches. Mais il fàut se garder de dépasser le but, et, comme plusieurs, de prendre les effets pour les causes, et de voir, dans les

(1) Cruveilhier, Anatomie pathologique du corps /lumoin. Paris, 1830-1842. — Traité d'anatomie pathologique générale. Varis,l8lid-I86li-

(2) Bouillaud, Traité de nosographie médicale. Paris, 1846.

(3) Donné, Cours de microscopie complémentaire des éludes médicales. Paris, l&àli. — Allas du Cours de microscopie . Paris, 1846.

(4) Ch. Robin et Verdeil, Traité de chimie anatomique. Paris, 1853. — Robin, Programme duCours d'histologie. Paris, 1864.— Robin, Leçonssur les humeurs. Paris, 1867.

(5) Lehert, Physiologie pathologique, Varis, ISà.^.— Traité d'anatomie pathologique, générale et spéciale. Paris, 1855-61.

(6) Virchow, la Pathologie cellulaire. Paris, 1866.

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résultats fournis par l'analoniie pathologique, la cause primitive des accidents morbides. Celait lît le danger. Arrivés à l'exlrémité des branches de l'arbre anatomo-palhologiqne médical, que des verres grossissants font paraître un monde, beaucoup de médecins y ont pris pied, lixé leur demeure, et, sans autre horizon que leur voisinage, ils ont perdu le souvenir de leur origine, à ce point qu'ils se sont imaginé à eux seuls être l'arbre tout entier. Ainsi a fait l'anatomie pathologique. Elle est devenue de l'histoire naturelle. Mais toute cxagéralion de doctrine a son péril et soulève contre elle une réaction qui la fait périr. Au solidismc exclusif de 1830 a succédé le mélange d'un solidisme tempéré par le nouvel humorisme de 18i0, et aujourd'hui les savants professeurs qui ont créé l'hématologie pathologique professent l'existence d'un dynamisme humain, constituant, avec les éléments matériels du corps, cette dualité physiologique d'où sort une médecine nouvelle.

Les maladies ont donc pour siège, tantôt l'impressibilité toute seule, et tantôt l'impressibilité dans ses rapports avec une altération des Iluides ou des solides. Dans le premier cas, la détermination morbide est purement fonctionnelle; dans le second, au contraire, elle s'effectije dans le ferment vital, dans les humeurs, dans les éléments des tissus et dans les organes formés par l'agglomération de ces tissus.

Les maladies qui ont pour siège l'impressibilité, et dont la détermination morbide consiste dans un trouble fonctionnel exempt d'altération somatique appréciable, sont très-nombreuses. Telles sont certaines variétés d'hystérie, d'épilepsie, d'hydrophobie, d'amaurose, d'héméralopie, de surdité, de contractures, de convulsions, de chorée, de tremblement musculaire, d'anesthésie, de paralysies musculaires, de céphalalgie, de toux nerveuse, de hoquet, de névralgies, de palpitations, d'asthme, et la plupart des névroses. Tels sont encore cerfains cas de gastrorrhée, de rhinorrhée, d'éphidrose, de polyurie, de diabètes, cl, en général, les exemples de flux prononcé. Dans toutes ces maladies, en effet, il y a souvent impossibilité de constater après la mort, et malgré les recherches les plus attentives, une altération somatique réelle, constante, dont la présence puisse rendre compte des troubles fonctionnels observés pendant la vie. Tantôt les organes n'offrent aucune modification de structure, tantôt ils renferment des lésions variables par leur nature, par leur siège, par leur étendue, lésions qu'on observe très-souvent, par hasard, sur d'autres individus qui n'ont offert aucun trouble fonctionnel. En conséquence, comme les désordres fonctionnels, qu'on serait tenté d'attribuer à une .lésion somatique détermmée, peuvent se rencontrer en l'absence de cette lésion, qui, de son côté, peut exister sans donner lieu à aucune manifestation morbide, ils doivent être' jusqu'à nouvelle découverte, considérés comme des maladies spéciales, résultant du trouble de Vimpressibilité organique, générale ou partielle. Ce sont ces maladies que Ton décrit habituellement sous le nom de flux, de névroses el que les nosographes comprennent sous le nom générique de maladies dmil Siège est inconnu.

Les maladies produites par les troubles de l'impressibilité suivie de lésions

de Structure ont une détermination morbide tantôt facile et tantôt difficile à découvrir. Elles ont leur siège anatomique soit dans le ferment vital, soit dans le sang et les humeurs émanées du sang, soit dans les organes et dans les tissus qui les composent. De ces maladies, les unes sont dites locales, quand elles ne sont pas irès-étendues et qu'elles n'ont rien de spécilique ou de dialhésitjue, et les autres ç/énérales, quand elles occupent un ou plusieurs points de l'organisme et qu'elles résultent d'une cause diathésique ou miasmatique, et virulentes spécifiques.

Il y a très-peu de maladies locales, sauf les maladies directes, c'est-à-dire celles qui résultent de l'impression des agents physico-chimiques, des corps étrangers, des obstacles accidentels ou naturellement développés dans l'organisme, etc. La plupart des maladies qu'on appelle ainsi, parce qu'elles sont circonscrites à un tissu ou à un organe, ne méritent pas ce nom. Ce n'est pas la petite étendue et le caractère superficiel du mal qui doivent servir de base à cette distinction nosographique, c'est sa nature intime. Èn eiïet, un chancre induré, une petite §xostose, une bulle de pemphigus chez un syphilitique, un petit lupus chez un scrofuleux, ou une phlyclène gangréneuse chez un charbonneux, ne sont pas des maladies locales. Si peu étendues que soient les lésions, quand elles sont de nature diathésique on spécifique, la maladie qui les produit n'est pas locale et doit être considérée comme le résultat d'une affection générale; La plupart des maladies réflexes, les maladies spécifiques, les maladies diatkésiques, sont aussi des maladies générales, car elles expriment la souffrance de l'économie tout entière. Leur cause morbifique détermine dans l'impressibilité organique une modification entière, d'où résultent secondairement les altérations matérielles et fonctionnelles constitutives de la maladie.

Les maladies générales sont de beaucoup les plus nombreuses. Grandes ou petites* ies inflammation.^ et les gangrènes de cause interne, les dégénérescences organiques, etc., appartiennent à cette classe, et, pour être circonscrites à un petit point de l'économie, elles n'en sont pas moins des maladies générales. Quoi de moins grave, en apparence, qu'un noli me tangere ou un épithéhoraa des lèvres et du nez? et cependant l'expérience a montré combien il était dangereux de les enlever, h cause de leur rapide et mortelle reproduction. Quant aux maladies humorales, septiques, virulentes, aux fièvres de toute espèce, aux maladies diaihésiques, etc. , leur qualité de maladies [/énérales, qui leur a été contestée un instant, lors de la courte domination du système prétendu physiologique de Broussais, leur est aujourd'hui rendue sans qu'il soit nécessaire d'en fournir la démonstration nouvelle.

DES PRODROMliS DANS LES MALADIES.

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