DE LA DURÉE DES MALADIES. — MALADIES LATENTES
leur etc. Après une indisposition de huit jours environ, cet homme mourut presque subitement, avec des symptômes de compression.
Autopsie. — On trouva dans le lobe antérieur de l'hémisphère cérébral droit, qui était très-ramolli, un abcès contenant environ 1 \ grammes de pus. Un morceau de 1er (fragment du cation de fusil) pesant un peu plus de 45 grammes, était situé entre l'apophyse crista-galli et la fosse orbilaire ; il était entouré d'un kyste formé, en partie du moins, par la dure-mère refoulée; cette poche contenait également quelques séquestres. Le fragment de fer avait laissé une empreinte sur la face inférieure du lobe cérébral enflammé. Au niveau de la plaie, l'os frontal présentait une fente longue d'un pouce, comblée par une cloison membraneuse (1).
M. Laborie a rapporté des faits analogues observés à l'asile de Vincennes.
Observ. IV. — Cancer latent du crâne. — Un homme convalescent de pleurésie entra à l'asile de Vincennes, où il fut pris d'une pleuro-pneumonie dont il guérit; il était même sur le point de sortir, lorsqu'il tomba dans le coma et mourut quelque temps après.
Autopsie. — On trouva une tumeur cancéreuse du crâne, située au niveau du rocher. La présence de ce produit morbide n'avait donné lieu, pendant la vie, à aucun symptôme; le malade se plaignait seulement d'entendre moins bien de l'oreille correspondante au côté oii la tumeur était située.
Observ. V. — Cancer latent de l'œsophage. — Un malade était entré dans un hôpital pour se faire traiter d'un rétrécissement de l'œsophage ; on pratiqua plusieurs fois le cathétérisme de ce conduit, et le malade allant beaucoup mieux, on pensa qu'il s'agissait d'un œsophagisme, d'un spasme de l'œsophage, et on l'envoya à l'asile de Vincennes comme convalescent. En effet, le mieux continua, et le malade pouvait avaler sans difficulté, lorsqu'il fut pris subitement d'une hématémèse et mourut.
Autopsie. — On trouva un cancer de l'œsophage, au niveau de la cinquième vertèbre dorsale, qui était à nu ; l'œsophage était réduit, à ce niveau, à une simple bande, et la colonne vertébrale formait la partie postérieure de ce conduit.
Observ. VI. — Cancer latent de l'estomac. — Un convalescent de rhumatisme articulaire était sur le point de quitter l'asile, lorsqu'il eut tout à coup une hématémèse et mourut.
Auiopsie. — On trouva un cancer de l'estomac, situé sur la petite courbure de cet organe, qui était plein de sang. Le foie présentait plusieurs petites tumeurs de nature cancéreuse; enfin, sur l'une des plèvres pulmonaires, on rencontra une petite tumeur dure, comme pierreuse, qui n'est autre chose qu'une fausse membrane devenue fibreuse, et dans laquelle il s'est fait un dépôt de matière crétacée comme cela s observe sur certains corps de l'utérus. '
Ces observations offrent le plus grand intérêt nosologique au point de vue des maladies latentes, c'est-à-dire des maladies sans symptômes, et le nombre en est grand.
Que les organiciens e.vclusifs ferment les yeux sur cette forme des maladies je le comprends, car elle ruine leurs prétentions à l'exactitude mathématique qu'ils accordent à la médecine. Mais la science ne se fait pas ainsi- elle ne peut être coupée en deux, l'une que l'on montre à l'appui d'un système et
(1) Tho Lancel, 18 septembre 1858, et Gazette hebdomadaire.
l'autre que l'on cache parce qu'elle contrarie ce système. Les maladies sans symptômes, ou dont les symptômes ne sont pas en rapport avec les lésions somatiques, ont besoin d'être connues. A ce titre, un exemple de méningite aiguë suppurée dont le pus a été constaté au microscope est une chose fort importante. C'est dans le service de M. Rayer, à la Charité, qu'il a été recueilli, par conséquent il n'y a pas de doute sur son exactitude.
Observ. VII. — Une femme atteinte de cancer du foie, et ayant conservé jusqu'à la mort la liberté de ses mouvements, de rinteiligence et de la faculté de sentir, les méninges étaient remplies d'une quantité considérable de pus. Nul symptôme de délire, de convulsion ou de paralysie, ne fut observé pendant la durée des accidents, et il n'y eut pas de symptômes particuliers dans cet état organique, généralement accompagné d'une réaction nerveuse si vive.
Athalin, au xviii" siècle^ a publié le fait d'un énorme épanchement de sang dans le cerveau, qui ne produisit absolument aucun symptôme pendant cinquante-quatre jours, et ce fut alors seulement que les accidents commencèrent
M. Déguise a vu des aliénés succomber avec des foyers hémorrhagiques énormes du cerveau, sans avoir offert aucun symptôme de paralysie.
Je n'en finirais pas si je voulais énumérer tous les faits de ce genre, mais ceux que je viens de signaler sont en nombre suffisant pour établir la réalité de mes assertions. Quelhs que soient les difficultés qu'on éprouve pour comprendre ce phénomène de tolérance, il est évident qu'il existe, et que des lésions soraatiques souvent très-graves peuvent se produire au sein des principaux organes, sans autre conséquence que des troubles circonvoisins de circulation capillaire, et sans déterminer de symptômes réflexes appréciables. Cette tolérance vitale doit être prise en grande considération quand on étudie la marche et l'évolution des maladies.
Il y a aussi un très-grand nombre de maladies miasmatiques et virulentes, accompagnées de troubles organiques, qui sont à Vétat latent dans l'uiie ou l'autre de leurs périodes. Ainsi, entre la guérison d'une ulcération syphihtique primitive et l'apparition des phénomènes syphilitiques secondaires ou tertiaires, M bout d'un an et davantage, l'homme est bien certainement sous l'innuence de la syphilis ; il est malade sans pouvoir s'en douter; nul symptôme ne révèle chez lui l'existence de cette affection clandestine et latente, il peut se croire en parfaite santé ; néanmoins, quand il a des enfants, ce sont des mort-nés ou des enfants syphilitiques : donc il était malade et il avait Ime syphilis latente.^ Toutes les maladies virulentes, la rage, \A Variole, été. , dans leur période d'nicubation, sont dans ce cas; entre l'instant de l'infection par le virus mtroduit dans le sang et celui de l'apparition des premiers accidents morbides, le mal existe à l'état latent sans donner lieu à aucun trouble fonctionnel, et il n éclate qu'au bout de dix, quinze ou vingt jours, et qtielquefois au bout d'un an lorsqu'il s'agit de la rage. — Il en est de (nôme des maladies cfffuviques paludéennes, qui laissent souvent plusieurs mois de repos à leur victime, sans donner lieu aucun phénomène morbide. - J'ai plusieurs fois vu, et tous les médecins 1 ont