DE LA DURÉE DES MALADIES. — MALADIES LATENTES
Vu comme moi, d'anciens colons ou des soldais d'AfHque, «iyaiit éb les Plèvres, Vënir à Paris sans avoir aucun troiible de sanlé ni aiicune lésion organique âppâfente et présenter au bout d'un an, et |*lusicurs années de suite, des accès fébriles intei-milteiits qui indiquaient l'èvisielice d'une maladie Idtiînte à longue période.
Des phénomènes semblables s'observent dans les maladies ntil-veuses, c està-dife dans les névroses, et dans les uialiulies diatliésiques. Ici ce ne sont plus des nialadios orgaiiiqlies i-estant cacliées daiis ia profondeur des liquides et dés (solides consiitdant les tissus et les organes; ce sont des maladies latentes dont le siège anatomique est inconnu, et qui ne se révèlent que par des trOtlblfes fonctionnels particuliél's. Ce sOlit dei* mùMies dynamiques latentes. Elles sont plus nombreuses que lès auti-es. La plupart des névroses et des dialhèses se iiiontrent aitisi h l'état latent. Un épileptifiue est très-régulièi-eiiiènt malade de ses attaques une ou deux fois i'aii, et, dans l'intervalle, quoiqu'il n'éprbtivè rien dé pal-iiculièr, il èist néâhliioins épileptique ; sa maladie est latente : la {)t'êùvé, c'est qii'elle est héréditaire, qu'elle peut se manifester plus frêqucmihëiit, ët veilii-, par exemple, tous les hiois ou tous les iquinze jours. Donc, il y â au moins une maladie nerveuse qui peut être latente. Mais ce n'est pas la une exception. Il y en a bien d'aUtiëS. Est-cé qUe l'hysiérique u'est pas hystérique, hnièllie en dèhofs de seS attaijdes convulsivés et lorsqu'elle iië prêsèlilè riën dè particulier? Chez uiie semblable personne, nè Suffit-il pas d'un regard, d'une émotion, d'une odeur, d'un atlouchément, pour faire apparaîlrë les accideiils morbides? Donc l'hystèriè èst due maladie latente comme l'épilep.sie. J'en dirai autant de la hiigrairie, dès liôvralgies. Mais la oij la fù'rme lài'éhté sè rètfolivè d'bne façbU plus manifesté, b'ëst dans lës maladies héréditaires, dans les dialhèses et dans les maladies diâthésiques. Le scrofulisme, le podagrisme, le îiyphilisme, l'herpétisme, etc. , sont des maladies latentes qui, très-souvent et trèslongtemps, restent en puissaUce de l'économie sans donner lieu à aucun trouble fbhctionuel appréciable, et <]Ui, tout à bodjî, donnent lieu aux manifestations particulières à chacune de ces diathèses. Ce n'est assurément pas le lieu d'indiqher ici la marche de ces affections si différentes ; mais, ])our démontrer ce que J*âvarifce, je prendrai un exemple dans le scrofulisme. Voici un cnfént né de père et de mère sCl-ofulèux, l'un et l'autre morts de phthisie pulmonairë; cet èrtfaiit lié présente d'àbofH rien dé particulier, éa ilùtritibn ést botinè, fit je n'observe sur lui aucun trouble fonctionnel appréciable. A deux ans, au mOniètit de la dentition, il a des gourmes sur le visage et des glandes au cou, mais il guérit. Sa sauté est de nouveau parfaite. A huit ans, il a une nouvelle éruplioH de gourmes sur le visagë, qui disparaît rapidement. La puberté arrive, c'èst un hbmme qiii s'enriiume facilement. Cha(|ue hiver, il tousse pendant quelques mois; mais l'été arrive, et tout disparaît. A vingt ans, il a une hémoptysie et meurt de phihisie pulmonaire, avec une diarrhée colliquative cl lirt engorgement tuberculeux des glandes mésentéri(iues.
Dans ce tableau imaginaire, qui est le résumé succinct d'une observation de feus les jours, que voit-on? Une uffection héréditaire, lë ?crpfglisinc, qui se
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révMe chez un enfant prédisposé, par des gourmes, des bronchites et la tuiierculisalion pulmonaire ou inésentérique définitive. Mais, d'un bout à l'autre de la vie de cet enfant, le scrofulisme n'a pas cessé d'exister ; manifeste à quatre ou cinq reprises, il restait à l'état latent jusqu'au jour où une explosion plu*» forte d'accidents morbides vient faire périr le malade.
C'est là l'histoire abrégée de la plupart des maladies diathésiques et des maladies héréditaires ou provoquées par l'influence génératrice. Toutes peuvent exister plus ou moins de temps sous la forme latente^ paraître ou disparaître jusqu'au jour où elles s'emparent de l'économie d'une manière ouverte et définitive.
Ainsi, parmi les maladies organiques humorales et dynamiques, un grand nombre peuvent exister a l'état latent pendant toute la vie d'un individu, ou seulement à une époque déterminée de la maladie. Quand l'état latent est ainsi momentané, ce n'est souvent qu'à une période de la maladie, comme dans les cas d'incubation rabique, ou bien cet état offre lui-même des intermittences curieuses, témoin le fait des manifestations successives de la diathèse syphilitique, scrofuleuse, goutteuse, herpétique, etc., manifestations dans l'intervalle desquelles les individus peuvent jouir d'une bonne santé apparente. Comment expliquer ce phénomène avec les idées courantes sur la nature de la maladie, sur les troubles qui la caractérisent, puisque l'on voit ces troubles manquer coiTiplétement ou en partie? Cela est assez difficile, et, en présence de pareils faits, je ne comprends plus les médecins qui ont la prétention de faire de la médecine une science exacte, positive et d'une certitude mathématique. — Du moment que, selon les âges, les saisons, les climats, les idiosyncrasies, etc., les maladies peuvent offrir une marche différente, offrir ici des symptômes qu'elles ne montrent pas ailleurs, ou ne présenter aucun symptôme lorsqu'il existe des lésions somatiques semblables et déterminées, la pathologie ne sera jamais autre chose qu'une réunion de probabilités plus ou moins grandes faites pour faire briller le talent de l'observateur intelligent, mais ce ne sera jamais une science exacte dont les différents problèmes soient résolus avec la certitude dite mathématique. Or, sans ce dernier caractère, l'exactitude n'est qu'une illusion ; car, en y regardant de près, on voit que ce n'est qu'une demie ou un quart d'exactitude, c'est-à-dire ce que tout le monde appelle la probabilité.
L'existence des maladies organiques et dynamiques latentes démontre d'une façon péremptoire que la symptomatologie n'est pas une science rigoureuse, et qu'il est impossible de faire un tableau synoptique des lésions somatiques en rapport avec les troubles qui les accompagnent. C'est qu'entre les influences morbifiques et les maladies, entre les lésions et leurs symptômes, il y a l'organisme vivant tout entier, avec sa force ou sa faiblesse, sa sensibilité ou son apathie; il y a la vie et la manière de ressentir les influences morbifiques et les désordres qui éclatent dans la confédération viscérale. De même que la saignée, l'émétique, l'opium et la plupart des médicaments ont leur tolérance bien connue du médecin, de môme il y a une tolérance vitale, complète ou mcom- .plète, plus ou moins bien caractérisée, et dont le résultat est de rendre ccrtams
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individus insensibles à des troubles organiques qui font périr d'autres persoiuies, et constituent les maladies latentes ou l'état latent des maladies.
Non-seulenienl il y a des maladies latentes, c'est-à-dire sans symptômes réflexes, pendant toute ou partie de leur évolution, mais il y a encore des maladies qui cachent aux yeux du médecin le plus attentif et qui déterminent des symptômes différents de ceux qu'elles offrent habituellement. — Leur marche est insidieuse, irrégulière et impossible à prévoir. Ce sont les maladies larvées, — La syphilis, l'herpétisme, la scrofule, l'affection ])aludéenne, etc., apparaissent souvent sous des formes qui ne leur sont pas habituelles et qui masquent la véritable nature du mal. On s'imagine avoir affaire à des phlegmasies aiguës ou chroniques, qu'on traite comme telles jusqu'au jour où^ changeant de méthode curative, ou les voit guérir, l'une par le mercure, l'autre par le soufre, celle-ci par l'iode, celle-là par le sulfate de quinine, et ainsi des autres. Est-il rien de plus extraordinaire que ces observations des contrées marécageuses dans lesquelles certaines pneumonies, quelques fièvres, certaines méningo-encéphalites, guérissent par le quinquina plutôt que par les émissions sanguines et les antiphlogistiques ? Du reste, il n'y a pas besoin d'aller si loin pour voir des maladies larvées. Chaque jour, des nialadies papulcuses et ulcéreuses de la peau sont prises comme des maladies cutanées herpétiques, tandis qu'elles sont dues au scrofulisme ou au syphilisme. Que de névralgies faussement attribuées au rhumatisme, et qui ne sont autre chose que des formes larvées de la syphilis ou de la chlorose! — Que de palpitations dites organiques sont causées par l'appauvrissement globulaire du sang et guérissent par les préparations ferrugineuses! J'en dirai autant de certaines congestions cérébrales qui n'ont pas d'autre origine, et qui guérissent par les mêmes moyens. Si je devais compléter celte énumération, j'indiquerais les paralysies larvées dues à la syphilis, les maladies larvées de nature goutteuse ou autre; mais cela m'entraînerait trop loin, et ce que je viens de dire me paraît suffisant pour établir sans contestation possible la catégorie maladies larvées dont la marche indécise, irrégulière, peu constante, ne peut être rigoureusement déterminée. Ici encore nous voyons apparaître, entre l'influence morbifique et la réaction morbide, l'organisme vivant avec sa susceptibilité particulière. En effet, pourquoi l'impression des effluves marécageux produit-elle ici une fièvre intermittente, là une névralgie, ailleurs une fièvre pernicieuse cholérique, et plus loin une pneumonie avec tous les symptômes de la pneumonie ordinaire? Les effluves sont sortis au même moment des marais d'une seule localité; ce sont les mêmes effluves, et il n'est pas possible d attribuer leur différence d'action à une composition différente. La cause morb.hque ne renferme donc pas en elle la raison de son action multiple e c est dans la nature même du corps sur lequel elle agit qu'il faut la rechercher. Ce corps, c est l'organisme vivant qui réagit, en tant que vivant, sur impression morbifique, et la transforme, selon son idiosyncrasie, en l'un ou 1 autre des maladies que j'ai indiquées.
ARTICLE II
Maladiks apparentes.
tes maladies apparentes sont de beaucoup les plus communes. Éllcs sont rendues manifestes par des symptômes physiques ou réflexes qui indi(|uent généralement la iiàturé dès trotbles fonctionnels et le degré d'altération de la substance du cbt'ps. Ce sont les tumeurs superficielles, les plilcgmasies aiguës, les liémorrhagies abondantes, les Ilux, certaines fractures, etc., maladies dont le nosographe peut déterminer l'origine, la marche et la terminaison, a cause de leurs symptômes constants et certains. Dans ces maladies, j'aurai à étudier leur type, leur forme, aiguë ou chrbnique, leurs périodes et leur manière d'être, suivaui les âges, les sexes, les climats, etc.
Les malàdiés apparentes, dont l'évoliition est régulière, ont iihe marche qui peut être approxiinativeirient déterminée d'avance, sauf l'intervention de quelques circonstances, telles que l'âge, le sexe, la constitution, les idiosyncrasies, etc. , dont il faut absolument tenir compte en médecine quand on préfère la nosographie sérieuse et vraie à cette pathologie exclusivement anatomique qui supprime de l'observation médicale tout ce qui gêne et contrarie le système qu*on lient à faire prévaloir.
Quelle que soit la nature des maladies, quand une lésion somatique ou un trouble dynamique èn est la cause, le médecin n'en peut suivre la marche que par les changements survenus dans les symptômes, dans leur continuité, dans leur intermittence, daiis leur succession, dans leur durée et dans les variations comparées qu'ils présentent au milieu de quelques circonstances particulières. Sous ces rapports, les maladies offrent à étudier : 1° le type; 2" la forme aigue ou chronique qu'elles présentent; 3° les périodes dé leur évolution; k" leurs variétés par les âges, le sexe, etc.
g -i|er — Type «les malailics.
Le type (de tÛttoç, forme, empreinte) est l'ordre suivant lequel se succèdent et s'exaspèrent les différents symptômes réflexes des maladies. Il est continu ou
I Type continu. - Les maladies dont les symptômes se succèdent d'une manière cohthiue avec une égale intensité, depuis le début jusqu'à leur terminaison, sont des maladies à type continu: exemple, la fièvre typhoïde, la rougeole, la variole, etc. Il est cependant rare de voir ainsi les siTiiptomes des maladies se dérouler avec cette uniformité. Ordinairement .1 y a dans 1 ensemble des symptômes, ou à Tégard de l'un d'entre eux, une d.mmuuon réelle avec ou sans augmentation ultérieure, ce qui constitue des variations phénoménales plus ou moins prononcées. Quand les symptômes diminuent aprts un redoublement d'intensité, on dit qu'il y a rénusswn, et leur redoublement se