DE LA TERMINAISON DES MALADIES. — MORT
un long caillot veineux clans la veine cave ou dans le cœur droit et de Ih dans rartère"^ pulmonaire en interceptant le cours du sang dans les poumons; d'une syncope complète qui suspend presque entièrement les battements du cœur, ou d'une destruction de la moelle, au niveau du bulbe racbidien, de manière à détruire tout inllux nerveux. Sauf les cas d'embolie, elle laisse très-rarement des traces sur le cadavre, et dans les cas de syncope on n'y trouve aucune altération appréciable pour les sens. Cette terminaison est rare. On l'observe quelquefois dans les maladies chroniques, et les malades meurent en parlant ou au milieu de leur repas. Assez souvent il y a lutte entre la vie et la mort, les individus restent plus ou moins longtemps sans connaissance, dans un état fort grave qui a reçu le nom d'agonie (l).
1. J)e l'agonie. — Les phénomènes précurseurs de la mort varient pour chaque espèce morbide; mais, aux derniers moments, ils sont toujours les mêmes, et l'agonie se présente partout, à peu de chose près, de la même manière. Fort courte chez les uns, très-prolongée chez les autres, voilà toute la différence qu'on y trouve.
Dans cet instant, et après quelques phénomènes particuliers, tels que le hoquet, des rêves tristes et de noirs pressentiments, la sécheresse des exutoires, la paresse de vessie et de l'œsophage, des troubles plus graves se manifestent. Le visage pâlit et prend une teinte étrange, mate, jaunâtre ou livide ; les lèvres, froides et tremblantes, se décolorent ou bleuissent, les tempes se creusent, les joues s'affaissent, le nez se pince et perd sa chaleur, les yeux s'enfoncent dans les orbites, et un voile couvre la transparence du regard.
Les mains perdent la carnation et la transparence de la vie. Toujours froides, elles restent d'un blanc jaunâtre, très-mat, ou au contraire livides et couvertes de taches bleuâtres. Les ongles sont toujours plus pâles que le reste de la main.
La température extérieure s'abaisse surtout aux extrémités et aux parties exposées à l'air; le visage, le nez et les oreilles, les mains et les pieds sont froids. La peau se couvre d'une sueur froide plus ou moins abondante, surtout marquée au front et sur les mains.
Les mouvements s'affaiblissent et perdent de leur vigueur, principalement dans les membres pelviens.
Les membres supérieurs sont ceux qui conservent le plus longtemps leur motilité. Il n'y a pas jusqu'au larynx qui ne présente celte altération, car la voix, à demi éteinte, peut à peine se faire entendre.
L'intelligence, émoussée, ne tarde pas à disparaître ainsi que Faction des organes des sens. Les individus sont sans connaissance, n'entendent rien, ne voient plus ce qui se passe autour d'eux, et la pupille est contractée comme dans le sommeil.
La respiration s'embarrasse peu à peu, elle est inégale, quelquefois suspirieuse, lente, pénible, accompagnée d'un léger effort des lèvres qui ressemble à
(1) Bouchut, TraM dos signes do la mon et des moyens d'empôoher les enterrements prématurés. Paris, 1848, in-l2. Ouvrage couronné par l'Institut de France.
320 PATHOLOGIE (iÉNÉUALlî.
1111 mouvcinciil de déglulilion. Des mucosités s'accumuk'iiL dans les hroiiclics sans possihililé d'expecloralion, à cause de la faiblesse du malade, et il en résuli»; un bruit désigne sous le nom de rûle trachéal. Les mouvements respiratoires perdent de leur fréquence et tombent à dix ou douze par minute dans les dernières minutes qui précèdent la mort.
La circulation se ralentit et s'alîaiblit; les battements du cœur et du pouls perdent successivement de leur force et de leur fréquence, ils tombent à vingt par minute, puis tout à coup à un ou deux, et ce sont les derniers.
Ce dénoûment n'est pas toujours très-rapide, et il peut se faire attendre une heure, un ou deux jours. L'individu est presque sans connaissance, n'a plus l'organe de l'usage de ses sens; son visage est froid, décoloré; ses yeux sont immobiles, avec contraction des pupilles, et les paupières demi-closes; il respire avec peine toutes les vingt ou trente secondes, puis une fois par minute; son pouls cesse d'être senti quatre minutes avant la dernière respiration, et au cœur les battements tombent h quinze et dix dans les trois dernières minutes de l'existence, puis à trois ou quatre après le dernier mouvement respiratoire, et tout bruit 'du cœur cesse définitivement. C'est la mort. Aussitôt le visage change de couleur; il perd sa transparence, devient mat comme de la cire, et le corps se crispe sous l'inHuence d'une contraction musculaire générale. La peau de certaines régions, entraînée par un mouvement spécial, semble se rétracter comme si elle était sur des charbons ardents. Les bras se retirent vers le cou par un mouvement d'ascension de l'épaule, et tombent immobiles. Une horrible grimace déforme les traits, qui reprennent aussitôt leur immobilité; les yeux, entraînés par leurs muscles dans le fond de l'orbite, tournent sur eux-mêmes, et reviennent à leur place couverts d'un voile ; quelques larmes tombent, et la pupille, encore contractée, se dilate de manière h offrir le double de son diamètre habituel. Ce mouvement de la vie est le dernier.
Les phénomènes de l'agonie présentent de nombreuses variétés, suivant les individus et suivant les maladies. Toutefois, malgré leurs différences, dans la majorité des cas, ils se présentent tels que je viens de les décure.
Chez quelques sujets très-nerveux, le calme est remplacé par une grande agitation et la mort se présente avec un caractère de violence qui ne lui est pas ordinaire. Dans certains cas, la peau est très-foriement colorée, lorsque es individus qui succombent meurent à la suite d'une maladie cpji entrave les fonctions circulatoires. Ailleurs, la dernière contraction musculaire qui vient agiter la face est peu apparente, et l'écoulement des larmes qui 1 accompagne X pas lieu. On l'observe cependant toujours dans les cas de mort v.o.ente, et chez les animaux qu'on fait périr ce dernier phénomène ne manque jamais Enfm, chez quelques personnes, il y a au même moment un «"^^^ urine, d sperme et de matières stercorales, mais cela est très-rare, et on ne 1 observe que
dans les cas de mort violente.
II De la mort. - Quelles que soient les différences offertes par ces phénomènes de l'agonie, ceux qui annoncent la mort sont toujours les mêmes et ne varient jamais. Il est très-important de les connaître pour montrer leur de.re
DE LA. Tl.RMINATSON DES MALADIES. — MORT. 321
de ccrliludc, pour (établir que toute ciTcur à leur sujet est impossible de la ^art des médecins vraiment instruits, et que tout ce qui se d6i)ite dans le monde sur le danger des inhumations précipitées dans les cas de mort apparente, est
imaginaire. Ces signes sont :
r L'abaissement de la température superficielle ; — 2" l'anéantissement de la motilit'é et de la sensibilité des organes des sens ; — 3° la cessation des mouvcmenls respiratoires et de l'hématose ; — 4Ma contracture générale qui précède la mort; — 5° la disparition du pouls et la cessation prolongée des battements du cœur à V auscultation; — 6° la dilatation de la pupille consécutive à une contraction des plus prononcées; — 7« le relâchement simultané de tous les sphincters; — 8" la décoloration du réseau capillaire de la choroïde, ce qui donne au fond de l'œil un aspect grisâtre de plomb terni; — 9° la disparition de la papille du nerf optique (jui cesse de trancher sur le fond rouge de la choroïde et qui devient grise comme la rétine, ce qu'on peut apprécier avec le réflecteur d'un ophlhalmoscope; — 10° le défaut de relâchement de l'iris et de dilatation de la pupille sous l'inQuence des instillations d'atropine qui deviennent ainsi un réactif de la mort; — 11° la disparition des artères de la réline par suite de leur viduité ; — 12° l'interruption de la colonne sanguine dans les veines rétiniennes, ou anémie partielle des veines de la rétine.
Je pourrais grossir cette liste des signes immédiats de la mort (l); mais qui ne voit que tous ces phénomènes et ceux qu'on y pourrait joindre ne sont que des effets nécessaires d'un arrêt de fonctions placé lui-même sous l'influence d'une cause supérieure dont la nature nous échappe? Viennent ensuite les signes éloignes de la mort, la rigidité cadavérique, qui ne sont plus qu'un effet de l'action des causes physiques sur le corps, et parmi eux se trouvent la putréfaction visible d'abord par la tache brune de la sclérotique, et la coloration verdâtre des parois abdominales.
La mort qui ne laisse pas de traces matérielles dans les organes est très-commune. Celle qui survient avec des lésions somatiques insignifiantes ne l'est pas moins, et on la voit, tantôt produite par une lésion circonscrite, tantôt, au contraire, attendre en quelque sorte le développement de lésions très-étendues.
C'est le cas de la phlhisie tuberculeuse pulmonaire, qui fait périr certains individus avec des lésions du poumon à peine développées, tandis que d'autres vivent irès-longlemps avec une épouvantable désorganisation. La résistance à la mort dont jouissent certains individus, et la facilité avec laquelle elle se produit chez d'autres, montrent bien que ce n'est pas dans les organes qu'il faut chercher la cause exclusive de la cessation des fonctions, mais qu'il faut remonter un peu plus haut dans l'ordre hiérarchique des causes, et la placer dans le fait même qui a mis les fondions en mouvement. La résistance à la mort est, comme la tolérance organique dont j'ai parlé à propos des maladies latentes, une preuve de la diversité des forces de la vie pour chaque individu. Il y a des
(1) Bouclmt, loc. cil., 18i8,p. Ii8, et Des nouveaux signes de la mort fournis par V ophlhalmoscope (Comptes rendus do PAcadémic des sciences pour 1867).
B. — PATHOL. UÉN.
322 PATriOLOfrlE GÉNÉRALE.
familles où l'on meurt loiijoiirs à un Age avancé, tandis fine chez d'aulres on meurt jeune. La résistance à la mort est la suite de l'inipi-t^^sion génératrice qui fait la ibrme, le tempérament, la constitution, l'idiosyncrasie, la prédisposition et la diathèsc de chaque être en particulier; or, tous ces faits, qui se révèlent à nous par dos choses de l'ordre physique, ne sont pas du monde physique et matériel, ce sont des forces spéciales qui entraînent, dirigent et dominent les ■ éléments organiques de l'honmie. Quelle ({ue soit la i)art des poumons, du cœur et du cerveau, dans la mort dite naturelle, l'emharras de ces organes et la cessation de leurs fonctions sont l'eiret des atteintes subies par les forces de l'individu. L'action nerveuse ne cesse pas d'elle-même, non plus que le cours du sang, ou l'hématose, il faut une impression m^rbifique particulière dont rciîet anéantisse les forces de ces diiïérenles fonctions. Sans pouvoir en déterminer la nature ou l'espèce, il faut admettre son existence par les effets •lu'elle produit, et ne pas prendre ces effets pour la cause du phénomène a
expliquer. . • n
Dans la mort violente, les choses sont différentes ; on occasionne artificiellement ou mécaniquement des actes semblables à ceux de la mort naturelle, et l'on produit un effet physique dont l'impression sur l'organisme est la cessation deljnitive des fonctions. Ainsi, lorsqu'on serre le cou d'un animal pour empêcher l hématose, et qu'on prolonge un peu l'expérience, l'impression morb.fique est telle nue l'on peut ensuite enlever le lien de strangulation, sans que l animal, qui n est pas encore mort, puisse revenir à la vie. L'absence mécanique d'hématose produit dans ce cas, sur la cessation des fonctions, l'effet qu'une impression morbihque peut produire d'emblée en agissant d'abord sur les fonctions du poumon. C'est ainsi qu'un même résultat se trouve produit de deux manières différent et doit être attribué à la cause la plus simple, quoique la moins sa.s.ssable plutôt qu'à une condition mécanique dont l'influence réelle n'est pas tout dans la production de l'accident.
ARTICLE m.