Habitation
On peut considérer V habitation comme le climat particulier que chacun se fait à son gré : le genre d'habitation a d'autant plus d'importance pour la santé que l'on reste davantage chez soi ; et cette importance est plus grande pour l'homme du Nord que pour l'habitant du Midi, parce que celui-ci vit davantage en plein air. II faut tenir compte surtout des locaux dans lesquels un grand nombre d'hommes se trouvent rassemblés pendant longtemps (salles de fabrique, chambres de malades, salles d'école, chambres à coucher). L'homme sain passe près du tiers de sa vie dans sa chambre à coucher.
Voici les conditions que doit remplir une bonne habitation : chambres suffisamment grandes, car c'est de là que dépend principalement la pureté de l'air ; sécheresse du sol et des murs et jusqu'à un certain point de l'air; dans notre climat, exposition, autant que possible, à l'est ou au sud ; ensuite possibilité d'aérer, sans avoir un courant d'air continuel ; situation dans une contrée salubre ; ombrage suffisant, etc.
L'air frais et pur, c'est-à-dire souvent renouvelé, est une chose essentielle pour les personnes bien portantes comme pour les malades ; mais il est surtout nécessaire aux individus qui pendant des heures, des mois ou même des années, séjournent dans certains locaux (salles a école, orphelinats, casernes, prisons). La viciation de l'air dépend de l'insuffisance des locaux habités, d'une ventilation nulle ou défectueuse, de mélanges nuisibles, mécaniques ou chimiques, etc.
On ne peut déterminer le volume d'air absolu dont un homme, «in ou malade, a besoin pour séjourner dans un espace clos : on l'a
évalué dans les différents pays et dans des conditions diverses, à ôOO et jusqu'à 800 pieds cubes (casernes, hôpitaux, etc.).
La grandeur du local est du reste d'une importance relative fort minime, car on peut y suppléer parfaitement à l'aide d'une ventilation convenable.
Ln se basant sur l'étude de la respiration, on a évalué à 6 mètres cubes (160 à 170 pieds cubes), le volume d'air dont un homme a besoin par heure, pour ne pas viciei' l'air par son propre acide carbonique et sa perspiration.
On a calculé plus exactement encore
qu'un enfant a besoin de 1 m. 50 c. cubes d'air
— enf. avec un vieillard 5, 00 —
- adulte — 8, 00 —
L'éclairage et le chauffage, qui consomment aussi beaucoup d'oxygène, no sont pas compris dans ce calcul, non plus que les meubles. Le nombre d'heures que l'on passe dans un local doit èlre en rapport avec la grandeur de celui-ci : ainsi une chambre à coucher pour quatre personnes doit avoir au moins 200 mètres cubes, c'est-à-dire 12 pieds de hauteur, 24 pieds de longueur et 18 pieds de largeur.
L'insalubrité des petites chambres est due surtout au manque d'oxygène et à l'accumulation d'acide carbonique ; mais comme les effets qui en résultent ne se produisent que d'une manière insensible, on ne peut désigner de maladies bien déterminées, sauf l'anémie, la scrofule et la tuberculose, qui atteignent de préférence les habitants de logements trop étroits.
Les autres causes d'insalubrité des logements ne produisent guère que des indispositions et de l'irritation des muqueuses : nous citerons entre autres l'hydrogène sulfuré, le sulfhydrate d'ammoniaque et l'ammoniaque qui s'exhalent des fosses d'aisance et des égouts et montent vers les étages supérieurs, surtout quand les habitations sont chauffées; les huiles empyreumatiques provenant d'un mauvais éclairage ; les acides volatils de la transpiration de l'homme ou des animaux; l'oxyde de carbone existant dans la fumée du feu de charbon, qui étourdit et peut même tuer; l'acide carbonique (voy. p. 94), etc. 11 est beaucoup de personnes, surtout les personnes nerveuses, qui redoutent les fortes odeurs, telles que le parfum des fleurs.
D'après Poltenkofer, à qui nous sommes redevables de recherches multipliées sur la ventilation, un adulte expire par minute 5 litres d air contenant 4 p. 100 d'acide carbonique, soit 500 litres d'air et 12 litres d'acide carbonique par heure. L'atmosphère dans laquelle l'homme a séjourné n'est salubre qu'à la condition de ne contenir que 1 p. 100 d'acide carbonique au plus; pour arriver à ce résultat, il faut nécessairement amener une quantité considérable d'air frais qui lave pour m'exprimer ainsi, le local clos. Pour que l'atmosphère reste toujours respirable dans un espace clos quelconque, il faut y faire arriver au moins '200 fois le volume de l'air expiré ;
ÉTIOLOGIE GÉNÉRALE. 405
ainsi, quand on homme expire 300 litres d'air par heure, il faut faire entrer dans la chambre 90,000 litres, soit 60 mètres cubes d'air dans le même laps de temps. Laos les salles où séjournent pendant longtemps un grand nombre de personnes bien portantes ou malades, on ne peut parvenir à ce résultat que par un système de Teniibtion convenable, et surtout au moyen d'appareils qui introduisent directement sYt \ plutôt qu'à l'aide de ceux qui aspirent celui des salles. Ce but est également aiie<ni dans les hôpitaux en maintenant ouvertes de nombreuses et vastes feuêtres, e; su> kOiu au moyen du système à pavillon et à tente, importé d'Amérique.
Frt eofcofer a démontré en outre que les murs secs de nos habitations, surtoutles nw* en brique et même en pierre, maçonnés au mortier, sont facilement perméables à l'air, et que les enduits de chaux, de gypse, et même d'huile dont on les recouvre ne détruisent pas cette perméabilité. Les -pores innombrables du mur, par teouels l'atmosphère d'une chambre communique avec celle de l'extérieur, laissent [u&er beaucoup plus d'air que les fentes des portes et des fenêtres. — Chaque coup «te veu* sur le mur extérieur détermine un mouvement dans l'air intérieur. — Le degré d'intensité de l'échange gazeux à travers les murs dépend de la différence de température des deux atmosphères communiquantes : plus cette différence est grande, dans les temps froids par exemple, et plus le courant est prononcé. — La porosité des murs disparait aussitôt qu'ils deviennent humides ; de là les inconvénients des maisons nouvellement bâties. La ventilation naturelle à travers les murs, s'accroît légèrement, mais pas autant qu'on l'admet généralement, par le chauffage artificiel des salles.
S'il est un certain nombre de gaz nuisibles qui répandent une odeur spéciale ou qui impressionnent d'une manière désagréable la conjonctive, le larynx, etc., il en est d'autres qui ne sont nullement perceptibles à l'odorat ; tels sont l'acide carbonique, l'hydrogène carboné, etc.
Le mode de chauffage, d'aération et de fermeture des fenêtres, le choix de l'emplacement des habitations, etc., sont du ressort de l'hygiène. Les maisons les plus malsaines sont celles dont les pavements et les murs sont humides ; elles sont plus froides ou bien les murailles en sont moins poreuses, la putréfaction et les moisissures s'y développent aisément ; enfin on y subit l'action de l'air humide. 11 est certain qu'on y contracte aisément des rhumatismes et des névralgies.
Ce sont les établissements publics de toute espèce qui réclament le plus d'attention ; les bureaux, les orphelinats, les hospices d'enfants trouvés, les maternités, les maisons de santé, les hôpitaux, les refuges et les prisons. Le plus ordinairement, en effet, on n'entre pas volontairement dans ces établissements, et l'État doit ménager la santé des personnes qui sont forcées d'y séjourner.
Malheureusement on n'a pas toujours satisfait à ces exigences, même dans les fut* civilisés, surtout pour ce qui concerne les prisons. Toutefois si la mortalité est plus grande dans celles-ci, cela dépend en partie de conditions particulières inévitables : elle s'y élève en général ai : 20 ou 30, et dans les mieux aménagées à 1 : 40; ce chiffre surpasse encore celui de la mortalité générale, car il n'y existe pas de
L^ rr.ort-siiîé de» .rr-inde» \ill»» e>t ['lu- »lev»e en » t» et à 1 autorr.ivqur< ct:\\t' de» '• irnpajne». t mdi* qu'elle e»t un ['OU n.-'.niroen hiur. Le» h-ihitinU, MJit'jiit f-Mjx qui - » 1 1 1 j»*u tii»t-». y >« «uni eut de 1 entablement de la p"pul.jtiun : mu» il v exi»te en nutiv une î-juie d auties causes nui»ib!e» : toiles »<>nt le* éiiMnali«»n*> du >ol sur lequd les nni- -orj- -ont b.die» l'une contre l'autre, et qui, p'ir -uite de rintilti\iti'»n de -î déjection» humaines, sont imprégnée» de substance» organiques en putréfa' tion ou même de principe* contagieux. c<»uime ceux du choléra et du typliu»: I ab»ence d'une végétation qui absorbe 1 acide carbonique de l'air; la stagnation de l'air dan» les rues étroites et l alternative de courants de température différente ; la fumée et la poussière: la falsification des aliments: les exhalaisons fétides des éiiouts. des cimetière>, des ateliers d'équarrissage, des établissements de gaz, etc. Par contre, dans les grandes villes bien administrées, les mesures sanitaires sont mieux exécutées par les autorités, et, en cas de maladie nu de besoin, les secours sont plus proches et plus abondants. IisiriM les petites villes et les campagnes au contraire, les habitants sont habituellement plus indifférents à l'égard des mesures sanitaires; les médecins et les établissements de charité font défaut, et les dangers que présente le sol se manifestent à un plus haut degré.