‹ Nouveaux éléments de pathologie généraleChapitre 40 sur 102 · I . — Anémie · texte numérisé non relu

I . — Anémie

(Oliuoriim.'. ischémie, ;q p;umis;omenl <lu san^.'

V anémie locale ou ischémie est caractérisée par la diminution absolue ou relative de la quantité de sang renfermée dans une partie du corps.

Sur le cadavre, un organe est considéré comme étant anémique, quand les surlaces de section laissent échapper moins de sang, montrent moins de points rouges, on offrent des vaisseaux moins remplis qu'à l'élut normal; il en est de même quand l'organe paraît pâle ou du moins décoloré, car lous les organes ne pâlissent pas par l'anémie attendu (pie leur coloration norm île dépend à la lois de celle du sang et de leur teinte propre (pneumonie pigmentée, par exemple). En outre, le volume, le poids, la turgescence et la résistance des organes anémiés, sont moindres qu'à l'état normal. L'anémie peut atteindre tous les vaisseaux simultanément; mais parfois elle s'observe surtout dans les veines, parfois dans les capillaires.

La né roscopie ne peut pas toujours nous donner une idée exacte de la masse «lu sang contenu dans les organes pend;- ut la vie et avant l'agonit: : ainsi que le prouvent les observations cliniques et l'expérimentation. Ackermann <V;rcîi. .tr(7/.,W. p. iOl) a démontré, par celie dernière méthode, que la mort par asphyxie se rat tache constamment à l'anémie cérébrale, et que la congestion du cerveau que loi trouve souvent sur les cadavres d< s asphxxh s, est toujours la conséquence d'une stase mécanique, et par conséquent, un phénomène cadavérique.

Les causes de l'anémie locale se présentent tantôt isolément, tantôt simultanément avec d'autres troubles, surtout avec l'anémie générale (après des héinorrhagies, etc.) et la diminution de l'activité di cœur.

1° L'anémie mécanique ou passive résulte ordinairement d'une compression de cause interne ou externe, exercée sur l'ensemble de vaisseaux, spécialement sur les artères, ou bien seulement sur les capillaires; la compression qui atteint uniquement les veines produit une hyperémie veineuse. L'anémie par compression se développe à la peau sous l'influence des vêlements, de bandages, etc.; à la peau et danc les parties internes, à la suitn de contractions musculaire?, d';ie

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annulation de produits de sécrétion, sous l'influence de l'hydropisic, d'exsudats, d'extravasats, de la rétraction de cicatrices, de néoplasmes divers, etc. Elle s'observe dans les poumons fortement emphysémateux, dans rintestin météorisé à un haut degré, au cerveau dans les fractures du crâne avec enfoncement, etc. Ces causes d'anémie sont à redouter quand l'organe comprimé ne peut se déplacer ( dans le crâne) , ou bien ne peut que céder légèrement, ainsi que cela s'observe dans le canal vertébral, le thorax des vieillards, etc.

2° L'anémie mécanique s'observe encore à la suite du rétrécissement ou de l'oblitération des artères, et par conséquent consécutivement à un obstacle à l'afflux du sang : cest V ischémie artérielle. Elle survient à la suite d'une pression exercée sur les artères, surtout dans les régions où celles-ci ne peuvent se déplacer (ainsi sur l'artère crurale au niveau du pubis, sur certaines artères situées audessous d'aponévroses résistantes) ; à la suite de leur déchirure, de leur ligature, ou de leur oblitération ; consécutivement à des troubles autochthoncs ou emboliques, à des maladies des parois artérielles (métamorphoses graisseuse, crétacée, lardacée) surtout quand il ne s'établit pas de circulation collatérale.

Certaines anémies collatérales se rattachent à ce groupe, par exemple, l'anémie cérébrale qui accompagne la dilatation des artères thyroïdiennes.

3° V anémie idiopathique ou spasmodique (arrêt de la circulation) se produit par action directe (par action du froid sur les fibres musculaires artérielles ou sur les capillaires), ou bien par contraction des artères résultant d'une irritation ou d'une excitation du grand sympathique. L'excitation prend naissance, soit dans le centre nerveux, soit dans la continuité ou à la terminaison des nerfs, et elle est directe ou réflexe : telle est l'excitation que produisent les émotions morales dépressives, la peur, la crainte, le chagrin, l'attente ; les passions emportées, comme la colère ; certaines convulsions locales ou générales (épilcpsie réflexe) ; le frisson de la fièvre ; un grand nombre de paralysies (les membres paralysés sont souvent pâles et froids, et le pouls y est plus petit, moins sensible) ; certaines hyperesthésies ; l'électricité; quelques médicaments hémostatiques ou atyptiques, particulièrement le plomb, le seigle ergoté, les sulfates de fer, de zinc et de cuivre, etc., peut-être aussi le tannin et les acides minéraux; certains narcotiques et notamment l'opium; la digitale.

Brown-Séquard a démontre que l'irritation du grand sympathique produit des effets opposés a ceux de la section de ce nerf, mais q* ils sont plus lents à se manifester (rclrrcisscmont des vaisseaux, pâleur et refroidissement des tissus).

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Stricker (loc. cit.) a vu certains capillaires (peut-être ceux de nouvelle formalion) se rétrécir presque jusqu'à l'oblitération, sous l'influence de l'irritation chimique ou électrique. Les capillaires contractés devenaient si pâles, et leurs contours si vagues, qu'on pouvait à peine les distinguer des parties voisines. Ces phénomènes se produisent sans l'intervention des nerfs, et il est probable que dans certains empoisonnements, il s'en manifeste de semblables sur les muqueuses touchées par le poison. C'est ce que semble démontrer un cas, observé par moi, d'affection de l'œsophage consécutive à l'action des alcalis caustiques.

D'après Du Bois-Ucymond (Arcli. f. Anat., u. s. \v., 1 800, p. -461), les cas de migrjinedans lesquels le côté malade de la tète pâlit, etc., résultent d'une contraction tétanique des muscles vasculaires correspondants. Quand la douleur se dissipe, l'oreille rougit et s'échauffe par suite de la fatigue des muscles artériels (lléinicrjniasympathico-tonica).

L'anémie d'une région coïncide toujours avec Phyperémie d'une ou plusieurs autres régions : hyperémie collatérale ou compensatrice; celle-ci se manifeste tantôt dans le voisinage de la partie anémiée (auréole congestive entourant le loyer d'inflammation ou d'exsudation, et les néoplasmes) ; tantôt à une dislance plus ou moins grande (congestion du lobe supérieur du poumon accompagnant une anémie du lobe inférieur consécutive à la compression ; hyperémie cérébrale, pulmonaire, etc. résultant de l'anémie des extrémités). Tantôt elle se déclare dans l'organe même qui est atteint d'anémie sur un autre point; tantôt dans des organes éloignés (dans le froid intense, dans le frisson de la fièvre). Elle prend en général une extension égale à celle de l'anémie : si celle-ci est limitée, la congestion Test également, et si l'anémie, auconlraire, se produit dans la peau tout entière, P hyperémie peut atteindre un grand nombre ou la totalité des organes internes. — Lhyperémie collatérale peut être artérielle ou veineuse selon que le sang artériel afflue des branches qui avoisinent la partie anémiée, ou que le sang veineux se déverse dans les capillaires et dans les veines placées en arrière des artères rétrécies, et dont la pression latérale est diminuée. — Tantôt l'hyperémie collatérale est persistante, tantôt elle se dissipe rapidement : le sang dans ce dernier cas ne séjourne pas longtemps dans les environs de la partie anémiée, mais il rentre bientôt dans la masse générale du liquide sanguin.

Les symptômes yénéraux de l'anémie sont ceux d'une diminution de la quantité de sang renfermée dans la partie, se traduisant par de la pâleur, un abaissement de température et une diminution des propriétés fonctionnelles. C'est seulement aux parties extérieures, notamment à la peau, dans les muscles et dans le système nerveux périphérique et central, que ces symptômes nous sont positi-

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vement connus. Ils varient- considérablement du reste, d'après le degré et l'extension qu'atteint l'anémie, d'après la rapidité avec la. quelle elle se produit, au moins pour certains organes, notamment le cerveau, d'après son siége-eb d'après l'importance que prend l'hyperémie collatérale, etc.

La durée de l'anémie varie d'après les causes et exerce une grande influence sur les conséquences ultérieures. Quand l'anémie est passagère, les suites en sont très-variables suivant les organes atteints (peau et cerveau) ; quand elle se prolonge, au contraire, ou quand elle se produit tout d'un coup à un haut degré, la nutrition s'altère, même quand l'anémie n'atteint que les vaisseaux fonctionnels; il se développe une atrophie de nature variable et même de la gangrène.

Voyez V Embolie et la thrombose, pour ce qui concerne la différence, sy m ptomatologique existante entre l'anémie des vaisseaux fonctionnels et celle des vaisseaux nutritifs.

La peau anémiée pâlit ou devient tout à fait blanche, si elle ne présentait auparavant aucune coloration anormale ; son volume paraît aussi diminué (quand il n'arrive pas de complication, de l'œdème par exemple). Elle est plus froide pour le malade comme pour le médecin ; la sécrétion en est diminuée ; elle est sèche et souvent sans éclat. L'anémie des nerfs cutanés se traduit par une diminution de fonctionnement ; le toucher est obtus ou donne la sensation de velouté dans les régions cutanées anémiées (refroidies). Les opérations faites en de semblables régions sont moins douloureuses (anesthésie locale) .

D'après Alsberg (Marb. Dis». 1863), l'anémie et l'hyperémie de la peau ont pour conséquence une diminution du sens de rétendue. Le sons de la température est émoussé par l'hyperémie cl rendu plus subtil par L'anémio.

Notbnagel (D. Arch. (. kl. Med. 1866, H. p. 173) décrit une névrose causée par une contraction artérielle, qui atteint les mains et les avant-bras et consistant dans la sensation de velouté, dans des fourmillements et des douleurs déchirantes, accompagnées d'un sentiment de froid désagréable et d'une obtusion du toucher. Les doigts et les mains sont pâles et ont subi un abaissement de température de 1/2 à 2* C. C'est le matin, au sortir du lit, que les phénomènes sont le plus prononcés : la chaleur les modère, ainsi que les excitations cutanées (frictions et surtout courant continu).

On observe assez souvent des affections convulsives analogues, limitées à des points de peu d'étendue, à l'extrémité des doigts ou bien a un ou plusieurs doigts, survenant et se dissipant plus ou moins promptement, parfois douloureuses et dont la durée peut se prolonger dos semaines et des mois.

L'anémie des muscles volontaires se traduit par de la diminution dans la conlracttlité, par de la rigidité et de la contracture ; si elle atteint un haut degré et qu'elle se produise soudainement, il en résulte

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uni1 paralysie musculaire complète, ainsi à la moitié inférieure du corps après la ligature de l'aorte abdominale. Les symptômes de l'anémie du parenchyme du cœur sont encore peu connus.

L'anémie cérébrale, quand elle arrive à un très-haut degré, qu'elle offre une extension générale et un développement très-rapide, par exemple, à la suite de la ligature des quatre artères du cerveau, produit la perte de connaissance, l'abolition des mouvements volontaires et de l'irritabilité, le ralentissement de la respiration, la dilatation des pupilles et des convulsions, c'est-à-dire le tableau des convulmous épileptiques et éclamptiques. Des degrés légers d'anémie cérébrale sont probablement la cause des défaillances que l'on observe particulièrement chez les malades ou les eomaloscents qui se lèvent ou se n.cttrnt sur leur séant dans leur lit, etc. A la suite de la ligature ou de l'oblitération embolique de la carotide, ou bien consécutiv ornent à l'embolie d'une artère de la scissure de >\ Mus, il se produit si ment une paralysie instantanée de la moitié opposée du corps. Lorsque l'anémie se développe moins rapidement , les symptômes varient d'après les âges, et il e>t souvent difticile de la distinguer de riwperemie. Parfois il survient en nnine temps de l'anémie dans cei laines régions de l'encéphale it de rhypereniie dans d'autres partit s. ce qui occasionne l'apparition d'un ensemble de symptômes encore plus complexe en produisant à la te-is les phénomènes de la i unpii>>i>n et ceux de l'irritation. On ne [eut Sfpaicr l'anémie du arwaii de (.elle dis nirniiuo ; ordinairement i»u nl»>erve à la fois l'atu-mio vie ielk>-u et i<Tle dis i.iki.t- >upu l'< iél:e> du cerveau.

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Nothnagel (Virch. Arch. XL, p. 203), d'après des expériences dans lesquelles il a observé les vaisseaux de la pie-mère a travers une couronne de trépan, suppose que les accès d'épilep&ie résultent du rétrécissement réflexe des vaisseaux cérébraux qui ont, comme on le sait, la même origine que ceux de la pie-mère, rétrécissement consécutif à 1* irritation des nerfs sensibles périphériques. Celte supposition est confirmée par un grand nombre de cas à'épilepsie réflexe.

Dans les organes glandulaires volumineux, l'anémie diminue et probablement aussi modifie la sécrétion ; toutefois nos connaissances sur ce sujet sont encore incomplètes.

Lorsque le sang no remplit qu'incomplètement le ventricule gnuche et les artères rénales, l'urine devient moinsk abondante, moins aqueuse; elle se concentre et se colore davantage, et les urates étant proportionnellement augmentés, se précipitent facilement. Nous observons la même chose dans les transpirations abondantes.

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