Stase du sang
a. Rétrécissement du conduit vasculaire ; thrombose par compression. — La compression exercée sur les vaisseaux, produit d'abord le ralentissement du courant sanguin sur un point déterminé et cnsuilc la coagulation du sang à cet endroit. La coagulation ne reste pas limitée, mais se propage aux parties périphériques du vaisseau. C'est ainsi qu'il se forme des thrombus à la suite de la ligature d'artères ou de veines; sous l'influence de la compression exercée sur les artère? et surtout les veines, par des loyers de suppuration ou des tumeur> (notamment les ganglions tuberculeux et cancéreux); à la suite d'hémorrhagies consécutives à des contusions ; par faction de la rétraction cicatricielle, des luxations, etc. Toutes ces causes agissent d'autant plus efficacement que. la circulation artérielle est plus affaiblie. — Il arrive fréquemment que la compression n'agit pas directement sur les grog vaisseaux, mais sur les capillaires dune région ou d'un organe, et qu'elle n'atteint qu'indirectement les artères et les veines, diminuant pour celles-ci l'impulsion communiquée par le cœur. La coagulation se propage alors des capillaires aux grosses veines dont le calibre est resté intact, plus rarement aux artères. Telles sont les coagulations qui se produisent dans les \eines émergeant d'organe* anémiés; dans les ramifications des vaisseaux pulmonaires sous l'influence de la pneumonie chronique; dans les veines rénales à la suite de la néphrite parenchymatcuse ; dans les veines porte et hépatiques en cas d'hépatite chronique ; telle est dans certains cas la thrombose veineuse itraumatiquei qui se développe dans les plaies extérieures.
b. Section et déchirure des vaisseaux: Thrombose traumatique. — Celle-ci constitue la cause la plus importante de Thémostasie spontanée ou artificielle : quand un vaisseau est divisé dans sa continuité, il doit se produire une hémorrhagie persistante ou une coagulation du sang. Dans ce dernier cas, les artères se retirent et se contractent un peu; il se développe, avec ou sans ligature, un thrombus qui s'étend jusqu'à la collatérale la plus proche et qui, ordinai-
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rement, s'organise. Si on pratique la ligature d'une artère soii dans sa continuité, soit sur un moignon d'amputation pour arrêter l'hémorrhagie, la tunique interne se rompt sous la constriction du fil et forme des plis fins et longitudinaux qu'on peut encore apercevoir après plusieurs mois ; les tuniques moyenne et adventice s'étranglent en se fronçant également. Les plis de la membrane moyenne et spécialement ceux de la tunique interne favorisent considérablement l'adhésion du thrombus qui se moule sur eux et s'y attache. — Les veines, dans une amputation par exemple, perdent toute communication avec le cœur ; le sang qu'elles renferment n?est plus poussé en avant par la visa tergo résultant de l'impulsion cardiaque, du moins jusqu'au niveau de la première collatérale. Il reflue par conséquent vers la plaie à cause de la compression que subit la veine de la part des tissus environnants ; ou bien il se coagule, ce qui, du reste, se produit toujours d'une façon plus ou moins prononcée dans tous les cas. Les valvules modèrent le reflux du sang ; mais dans les veines qui en sont dépourvues et qui, par une cause physiologique ou pathologique, restent béantes, comme par exemple les veines du plexus vésical et hémorrhoïdal, celles de l'utérus en gestation, des sinus crâniens, du cou et des os, la thrombose acquiert une extension beaucoup plus considérable. — La situation des valvules, dans les veines qui en possèdent est d'une grande importance au point de vue de l'extension que peut prendre la thrombose.
Nous devons accorder une mention spéciale à la thrombose veineuse consécutive à la saignée, aux amputations ou à l'accouchement.
Après chaque saignée il se produit un épanchement de sang sous-cutané et un caillot qui va de la blessure de la peau à celle de la veine ; parfois celui-ci se forme déjà pendant la saignée, par exemple quand l'incision de la veine est trop petite ou que la peau se déplace. La portion du caillot qui proémine dans la veine, se rapetisse progressivement, devient plus dense et plus paie, s'organise et ferme l 'ouverture. Parfois, quand par exemple le bandage est mal appliqué ou que le malade est indocile, il se déposo de nouvelles couches coagulées autour de la partie proéminente du caillot et il se produit ainsi d'abord un thrombus pariétal, puis selon les circonstances un thrombus obturateur partiel ou total.
Dans les amputations des extrémités, le sang de la portion inférieure de la veine jusqu'à la première valvule, s'écoule au dehors, et la veine s'affaisse sous l'influence de F évacuation de son contenu et en outre par suite d'une véritable contraction, notamment pour les veines pourvues de parois très-musculcuses, telles que les veines cutanées : la lumière du vaisseau se rétrécit alors ou s'oblitère, la tunique interne se plisse longiludinalement et la paroi tout entière s'épaissit. Quand le vaisseau reste béant comme dans les veines osseuses, ou dans le cas d'adhérence de l'adventice avec les parties molles environnantes, le sang voisin de la surface de la plaie s'écoule habituellement au dehors. L'inflammation qui s'empare de la plaie et à laquelle participent les parois des veines, contribue aussi a rétrécir les vaisseaux ; les bourgeons se for-
ment, puis se cicatrisent et ferment définitivement la blessure des veines. S'il exi>l<\ entre le point blessé et la première valvule, une ou plusieurs petites branches qui déversent un peu de sang dans l'extrémité de la veine, il peut se développer un petit thrombus. Dans d'autres ras, il se produit des caillots plus volumineux dont U longueur dépend de l'état des branches collatérales qui se jettent dans la veine audessus de la valvule la plus voisine de la plaie : quand il existe une grosse branche collatérale immédiatement au-dessus de la valvule, le sang continue ordinairement de circuler dans la veine sectionnée. Si, au contraire, la collatérale est trop petite, si son extrémité est également coupée, ou bien si elle manque complètement, le sang situé au-dessus de Li valvule ne subit plus l'influence de la vis à tergo, et alors il s'arrête et se coagule ordinairement d'autant plus vite qu'il est plus voisin de la surface de la plaie, c'est-à-dire qu'il est plus exposé à éprouver le contact de l'air. D'autres conditions encore qui favorisent la coagulation ; ainsi une position défavorable du membre, un bandage mal assujetti, la faiblesse d'impulsion du cœur, la grande coagulabilité du sang, la ligature de l'extrémité veineuse sectionnée, etc. ; dans ce dernier cas, le sang qui se trouve entre la valvule et la plaie, s'écoule toujours plus ou moins au moment de l'amputation, mais habituellement il en revient de nouveau par les petites collatérales qui se jettent dans l'extrémité de la veine. Quand il s'est formé un caillot d'un certain volume, son extrémité centrale atteint ordinairement l'embouchure de la grosse collatérale la plus voisine, et la saillie qu'il forme se recouvre de nouveaux caillo's provenant du sang de la collatérale; on peut voir alors celle-ci et même le tronc veineux voisin, s'oblitérer également.
Après l'accouchement, l'utérus offre une plaie semblable à celle d'un amputé (Cruveilhier). Tantôt la caduque vraie reste dans la matrice; tantôt, notamment après un accouchement artificiel et spécialement après le détachement artificiel du placenta, la muqueuse utérine est enlevée avec ses couches superficielles et profondes, et la couche musculeuse est mise à découvert. Fréquemment il se produit en outre des lésions superiiciclles ou profondes de la muqueuse, non-seulement au lrenulum et au museau de tanche, mais encore dans le vagin et dans ïa cavité «lu col.
En même temps des vaisseaux plus ou moins volumineux se déchirent au niveau do ces lésions. Si l'utérus sr contracte éucrgiqueiuent après la délivrance, ses vaisseau sont comprimés mécaniquement et le sang mf ils renferment est en grande partie expulsé; toutefois il en reste toujours une petite quantité dans les vaisseaux, d'abord parce que la matrice ne se contracte jamais assez énergiquement pour boucher complètement la lumière du vaisseau, et ensuite parce que les veines utérines étant dépourvue de valvules, se remplissent constamment à mesure que le sang s'en écoule. Mais d'unau're coté, le caillot qui remplit la matrice envoie probablement toujours des prolongements dans l'ouverture des vaisseaux qui se jettent dans la cavité de cet organe.
c. Dilatation des vaisseaux et du cœur : Thrombose par dilatation, — Toutes choses égales d'ailleurs, le courant est d'autant plus lent que le canal est plus large; aussi dans les dilatations sacciiormesdes voies circulatoires, les couches sanguines voisines des bords cessent de circuler. Les thrombus, dès le début, sont ordinairement pariétaux. Ils peuvent rester à cet état et s'organiser, parfois même se crétitier (phlébolithes) ; dans d'autres cas, ils se transforment
insensiblement en thrombus obturateurs totaux. Il est rare que le caillot obture complètement le vaisseau dès le début; ainsi qu'on 1 observe dans la dilatation générale des veines, de celles des ligaments utérins par exemple. — Nous pouvons comparer à cette thrombose veineuse la formation de caillots dans les anévrysmes artériels, cl le développement de végétations globuleuses dans le cœur quand les parois de cet organe ont subi la dégénérescence graisseuse ou calleuse dans toute leur épaisseur ou dans le voisinage de l'endocarde.
C'est à ce genre de thrombose que Waldeyer rapporte les cas dans lesquels, après des blessures ou des opérations, la gangrène succède rapidement à la congestion inflammatoire, et où les vaisseaux, spécialement les veines, se transforment en un tissu mou, sans résistance et pulpeux, après avoir perdu leur élasticité et leur contractai i lé.
(I, — La thrombose d'épuisement se développe quand la puissance éi»eœur diminue, ainsi que celle des parois vasculaircs, des muscles respiratoires et des muscles qui entourent les veines; il se forme alors de* caillots dans les grosses veines et particulièrement dans la crurale et l'iliaque, dans les branches musculaires, notamment celles du siège et de la cuisse; dans le plexus veineux du bassin, dans les sinus crâniens, entre les trabéculcs du cœur, etc. La production en est d'autant plus facile que les malades sont plus tranquilles. La coagulation débute dans l'angle que forment la valvule et la paroi de la veine à leur point d'union. Cette thrombose s'observe fréquemment dans le marasme consécutif aux opérations importantes qui doivent être suivies d'une immobilité prolongée ; après les affections pyrétiques graves, telles que le typhus : elle constitue une complication rdinaire de la tuberculose chronique et de la carcinosc, des affections articulaires et osseuses chroniques, des maladies musculaires graves et de la trichinose.